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Interview   

Perzonal War : l’éternel groupe underground


Matthias Zimmer - Perzonal War« Peut-être sommes-nous l’éternel groupe underground ! Mais nous sommes toujours là ! » En une phrase, le guitariste-chanteur Matthias Zimmer résume plutôt bien la carrière de son groupe Perzonal War. Ça fera pas moins de vingt ans l’année prochaine que le groupe allemand existe, fort de huit albums, dont la plupart sont des vraies pépites de power/thrash metal, et pourtant il y a fort à parier que la plupart d’entre vous qui lisez ces lignes ne le connaissent pas ou très peu. Comme nous l’explique le musicien, Perzonal War a depuis longtemps abandonné l’idée de rencontrer un quelconque succès d’envergure. Et si le groupe est encore là aujourd’hui, après toutes ces années, c’est pour une seule raison, la seule vraiment valable diront certains : la passion et le plaisir de faire la musique qu’ils aiment et ont envie d’entendre. Qu’importe le reste ? Ils ont des boulots à côté, si bien que vendre ou pas leurs disques serait presque accessoire. Au contraire, Matthias Zimmer se félicite de leur longévité là où tant d’autres groupes ont jeté l’éponge, d’avoir une maison de disques, de pouvoir encore donner des concerts, de pouvoir encore faire des albums…

Et justement, s’il est arrivé un peu plus tard que prévu – mais après tout trois ans, ce n’est pas si long -, Perzonal War revient cette année avec un nouvel opus : The Last Sunset. Un album qui représente un retour aux racines du groupe, avec une musique simplifiée, par rapport à leurs dernières productions plus modernes et techniques, et un accent mis sur la mélodie. Le leader de Perzonal War nous en parle, avec d’autre thématiques, ci-après.

Perzonal War

« Notre expérience nous montre qu’il faut prendre un peu de temps pour écrire des trucs merdiques pour finalement aboutir à de meilleures chansons. »

Radio Metal : Nous nous étions parlé en 2012

Matthias Zimmer (chant et guitare) : Ouais, je sais ! Je me souviens t’avoir dit que notre prochaine sortie arriverait très bientôt ! [Rires]

Exactement ! [Rires] Et c’est justement ma première question : à l’époque tu as dit que vous vouliez vous concentrer sur de la nouvelle musique et espériez sortir un nouvel album à l’été 2013. Mais au final, ça vous a pris deux années supplémentaires pour sortir un successeur à Captive Breeding. Pourquoi n’êtes-vous pas parvenus à honorer votre souhait originel de sortir rapidement l’album ?

C’est comme un bon vin, tu sais [rires]. Il faut du temps pour qu’il se bonifie ! Non, je pense que les raisons principales sont des choses personnelles. Je pense que lorsque nous nous sommes parlé, je venais juste d’avoir mon premier enfant, je crois qu’il avait six mois et six mois plus tard nous avons acheté une maison, et entre temps j’ai eu un second enfant qui a aujourd’hui un an et demi. Tu sais, le temps change lorsque tu as des enfants, tu as moins de temps, tu as moins d’heures de sommeil [rires], tu as bien plus de responsabilités… Donc ouais, tout était un peu plus lent que ce à quoi nous nous attendions. Mais au final, nous sommes contents de sortir l’album aujourd’hui. Même si la pause a été plus longue que nous le souhaitions au départ, je pense que le plus important est que nous sommes toujours là dans la scène, que nous sortons toujours des albums, que nous jouons toujours en concert. Je pense que lorsque les enfants seront plus âgés, ce sera plus facile de faire des pauses plus courtes, j’espère !

Et ce sera quand ?

[Rires] Avec un peu de chance, le plus tôt possible ! Si je te dis que nous sommes en train d’écrire de nouvelles chansons, tu ne me croiras pas ! Il vaut donc mieux que je ne dise rien et alors peut-être que tu seras surpris de voir qu’il arrive plus vite que tu ne t’y attendais !

En fait, est-ce que l’album a été conçu tout au long de ces trois dernières années ?

Il y avait quelques idées brutes qui ont été écrites très tôt mais c’est pareil avec chaque album que nous faisons : les premières chansons que tu écris, tu les jettes. Tu es complètement enthousiaste avec tes premières idées et tu crois que ce sont des trucs supers, mais notre expérience nous montre qu’il faut prendre un peu de temps pour écrire des trucs merdiques pour finalement aboutir à de meilleures chansons. C’est l’évolution du processus de composition. Pour chaque album, nous écrivons au moins sept ou huit chansons que nous ne gardons pas parce que tu obtiens de meilleures chansons en passant plus de temps lorsque tu es à fond dans la composition. Je ne sais pas si nous avons utilisé des idées qui ont été écrites au moment où nous nous étions parlé, je ne sais vraiment pas. Mais il y a quelques idées sur l’album qui ont un an et demi, peut-être deux ans. Nous avons fait des enregistrements demo qui étaient grosso-modo des riffs ou quelques idées mais pas des chansons complètes, et nous avons utilisé certaines d’entre elles mais pas tout.

Votre batteur, Martin Buchwalter, travaille dans un studio. Est-ce que ça vous aide d’avoir quelqu’un dans le groupe qui a ce genre de compétences ?

Oui, il est ingénieur depuis plus de dix ans maintenant. Il a son propre studio qui est presque tout le temps réservé. Il travaille pour d’autres groupes aussi, des plus petits mais aussi des plus gros : il a enregistré les deux derniers albums de Destruction, il a travaillé avec Victor Smolski pour certains de ses groupes, il a fait presque tous les albums de Suidakra… Il est très actif ! Bien sûr que pour nous en tant que groupe c’est une bonne chose que nous puissions enregistrer en profitant des compétences professionnelles que nous avons dans le groupe, mais c’est bien et pas bien à la fois parce que tu te dis que tu as tout le temps que tu veux, mais plus tu as de temps, moins tu te mets la pression. Je pense que, peut-être, pour un groupe comme nous, ce serait utile de réserver un studio en sachant que dans trois mois il faudra enregistrer un album, nous mettant la pression pour composer en visant un objectif. Lorsque tu as en tête que tu peux enregistrer n’importe quand, tout le processus peut prendre plus longtemps qu’il ne devrait. Pour faire court : nous avons enregistré l’album en décembre et ça nous a pris trois semaines, pas plus parce que lorsque nous enregistrons dans son studio, Martin ne gagne pas d’argent [rires], donc nous devons être aussi rapides que possible !

Andreas Ballnus a rejoint le groupe en 2012 mais n’a pas participé à la composition de Captive Breeding. Quel a été son apport cette fois-ci ?

Son apport, ça a été des super solos. Il n’a pas été beaucoup impliqué dans la composition mais il a aidé avec des arrangements et des solos, et ça a plutôt bien marché.

Votre nouvel album, The Last Sunset, sonne plus old school que le précédent. Déjà en 2012 tu avais en tête de faire un album retour aux sources. Tu disais que le but était : « plus simple, plus brut, plus vivant. » Etait-ce ton leitmotiv pour cet album durant tout le processus ?

Oui. Lorsque nous considérons avec du recul nos albums précédents, Captive Breeding et Bloodline, nous sommes devenus de plus en plus heavy. Tu as raison lorsque tu dis que tout le truc est un retour aux sources, c’est cool que tu le vois ainsi. C’était notre intention de le rendre un peu plus basique, moins technique et plus simple, ce qui signifie avoir moins de parties différentes, plus de mélodies et obtenir un meilleur équilibre entre la lourdeur et les éléments mélodiques. Le mieux est l’ennemi du bien, en ce sens. Lorsque je regarde les albums que nous avons faits, mes préférés sont toujours Faces et When Times Turn Red, et je pense que le nouveau revient un peu plus aux racines et dans cette direction. C’est même plus difficile de faire des chansons simples qui sont quand même bonnes que d’enchaîner les riffs… Pour moi, le défi c’est de faire une chanson facile qui reste intéressante, et j’espère que nous avons fait ça avec The Last Sunset.

Perzonal War

« Je n’ai pas l’impression d’être vieux ou que nous jouons depuis vingt ans avec Perzonal War, c’est ridicule ! [Rires] »

La dernière fois que nous nous sommes parlé, tu as qualifié Captive Breeding comme étant votre « album le plus progressif à ce jour ». Crois-tu que vous avez été aussi loin que vous le pouviez dans cette direction ?

Je le crois, oui. Captive Breeding était très technique et très agressif. Je l’aime toujours, c’est cool, mais je pense qu’il existe de meilleurs groupes techniquement. Il y a énormément de groupes très doués qui sont bons techniquement, et même des groupes plus agressifs. Je pense que la chose que Perzonal War a eu dès le début et qui a fait que nous étions différents du groupe de thrash metal typique, c’était que nous conservions beaucoup de mélodies dans les chansons, même si nous sommes toujours un groupe de thrash metal. Je dirais que c’est plus comme le style de la Bay Area. Lorsque tu regardes des groupes comme Anthrax, Megadeth ou Testament, tous ces groupes, à mon sens, combinent des mélodies avec de supers riffs, des riffs thrash mais aussi des parties qui groovent, et c’est aussi ce que Perzonal War peut faire. Je peux chanter de manière mélodique, alors pourquoi ne pourrais-je pas le faire ? Pourquoi se contenter de crier lorsque tu peux montrer cette diversité ? Je pense qu’il n’y a aucun besoin de le cacher. Et c’était l’intention avec les nouvelles chansons, d’être un peu plus mélodique.

Penses-tu que de nos jours les groupes de thrash metal et de power metal tendent à un peu oublier les mélodies ?

Oui, je le pense. Pour moi, il y a de très bon groupes de thrash typiques mais les bons chanteurs, les bonnes lignes, mélodies, etc. me manquent. Evidemment j’aime aussi des groupes dont le chanteur crie. Pour moi, beaucoup de groupes sonnent pareil. Ils sont agressifs, plus techniques, deviennent plus rapides, deviennent plus heavy, accordent leurs guitares encore plus bas… Avec Perzonal War, nous n’avons pas pour objectif d’être complètement neufs, nous faisons juste la musique que nous aimons le plus. Je pense que c’est ça le plus important. C’est bien de jouer la musique que tu aimerais entendre de la part de tes groupes préférés, c’était ça notre intention.

Les chansons sur le nouvel album semblent être dans des tonalités plus hautes…

Ouais, tu as raison. Captive Breeding, je crois était complètement en drop de Do ou même plus bas et avec le nouvel album nous nous sommes à nouveau accordés un peu plus haut, en Ré, comme nous le faisions lorsque nous avons commencé avec Perzonal War. En faisant ça, je trouve que les chansons se retrouvent avec une atmosphère totalement différente, comme tu l’as dit, elles sonnent un peu plus old school et tout le chant est plus aigu.

Dirais-tu que ça met un peu mieux en valeur l’aspect mélodique des chansons ?

Oui, je le pense. En général, selon moi, la guitare sonne mieux lorsque tu l’accordes selon l’accordage typique. Il y a une raison pour qu’une guitare soit normalement accordée en Mi, c’est simplement parce que ça sonne mieux en Mi. La raison pour laquelle nous accordions les guitares un peu plus bas lorsque nous débutions Perzonal War, et que nous le faisons encore, c’est juste que ça permet d’arranger le chant un peu plus facilement et les parties aiguës sont plus faciles à chanter pour moi, mais les chansons ont toujours presque la même atmosphère que si tu accordais les guitares en Mi.

Vous avez souvent utilisé l’effet Whammy sur les guitares par le passé, mais on dirait qu’il n’y en a pas sur cet album…

Oui, tu as raison ! [Rires] Je crois qu’il y a quelques effets Whammy mais ils ne sont presque pas audibles. Mais tu as raison, par le passé nous en utilisions davantage et certaines des chansons sur lesquelles nous en avons utilisé réclamaient vraiment de la Whammy. Pour les nouvelles chansons sur The Last Sunset, nous n’avons pas eu le sentiment qu’elles en avaient désespérément besoin, donc nous avons juste inclus quelques effets Whammy pas très typiques, comme des effets « swallow » ou des « drop bombs », ce sont plus des effets que tu ressens que tu entends. Mais c’est cool que tu entendes ça ! La plupart des gens ne savent même pas ce qu’est une Whammy !

Il y a une chanson qui s’intitule « Never Look Back » (NDT : « Ne regarde jamais en arrière »). Est-ce ta devise personnelle ?

Oui. Surtout cette chanson, c’est étrange… Lorsque tu prends du recul avec un groupe… L’année prochaine sera les vingt ans de Perzonal War et lorsque tu y repenses, tu te vois toujours comme un jeune gars qui vient tout juste de commencer à jouer de la musique. Je n’ai pas l’impression d’être vieux ou que nous jouons depuis vingt ans avec Perzonal War, c’est ridicule ! [Rires] Lorsque nous avons démarré, nous étions très jeunes, nous avions seize ou dix-sept ans, et beaucoup de gens sont venus nous voir pour dire : « Wow, vous êtes jeunes et talentueux ! Super ! Continuez à faire de la musique ! » Et nous pensions : « Oh, cool, merci beaucoup ! » Mais maintenant, avoir été depuis vingt ans dans la scène signifie que tu es vingt ans plus vieux et beaucoup de choses se sont passées entre temps ! Surtout pour moi, les quatre ou cinq dernières années ont changé beaucoup de choses dans ma vie, je me suis marié, nous avons acheté une maison, j’ai eu deux enfants… Mais ma vie a évolué de la façon que je souhaitais. Lorsque nous avons commencé à jouer de la musique, bien sûr, et je pense que tous les groupes pensent pareil, l’intention était de devenir de plus en plus gros et de gagner de l’argent avec le groupe et de devenir célèbre, et je pense qu’il faut être naïf pour simplement continuer à jouer… Ce n’est pas toujours marrant et ce n’est pas facile d’être dans un groupe, ça représente beaucoup de travail, y compris par rapport à des choses que tu aurais préféré ne pas connaître lorsque tu en sais plus sur la scène. Il faut être un peu fou pour continuer pendant aussi longtemps. Nous avons continué avec le groupe mais j’ai pris la décision de ne pas mettre la priorité sur le groupe mais plus sur ma famille, tout du moins pour le moment. Pour en revenir à la chanson, « Never Look Back » est d’une certaine façon une réflexion à propos de ce qui se passe lorsque tu reviens sur ton propre parcours et pour ma part, je peux dire que je suis satisfait et heureux. C’est très important pour moi, personnellement.

Perzonal War - The Last Sunset

« Lorsque nous avons commencé à jouer de la musique […] l’intention était de devenir de plus en plus gros et de gagner de l’argent avec le groupe et de devenir célèbre, et je pense qu’il faut être naïf pour simplement continuer à jouer… […] Il faut être un peu fou pour continuer pendant aussi longtemps. »

« Ne regarde jamais en arrière », n’est-ce pas un peu contradictoire avec le désir de faire une musique un peu plus old school ?

Ouais mais tu sais… [Rires] Nous n’avons pas fait un album plus old school pour faire la même chose que ce que nous avons fait avant. C’est juste une étape naturelle que nous avons franchie. Nous sommes devenus plus techniques et agressifs avec nos albums précédents. Tous les albums, lorsqu’ils sont sortis, étaient pour moi les meilleures choses que je pouvais faire à ce moment-là mais peut-être qu’un an ou deux plus tard, je vois les choses différemment. C’est ce qui est super avec la musique : c’est toujours un instantané d’un moment, tu investis de la sueur, du sang et de la passion dans les chansons et avec l’album suivant tu fais la même chose. Tu deviens technique et agressif, tu penses que c’est une bonne voie à prendre pour le moment, mais ensuite tu réfléchis et tu te dis que tu peux faire autre chose. Je ne sais pas si un pas en arrière c’est toujours… Comment est-ce que je peux dire ça ? C’est difficile à expliquer ! [Rires] Tu vois ce que je veux dire ? Ce n’est pas que nous voulons faire un album old school, revenir à nos racines et virer tous les éléments modernes. L’atmosphère est plus old school mais même sur le nouvel album il y a, selon moi, assez d’éléments modernes pour qu’on ne le qualifie pas totalement d’old school. Comme peut-être la ballade sur l’album, c’est une nouvelle étape pour nous, ou la chanson que tu as mentionnée, « Never Look Back », je trouve qu’elle est complètement différente de ce que nous avons fait par le passé et pour nous c’est nouveau mais ça sonne toujours old school. C’est plus une question d’atmosphère que vraiment faire un retour arrière à ce que nous faisions il y a vingt ans.

Vous avez une chanson qui s’appelle « Speed Of Time » et une autre « Times Of Hate » et vous avez souvent eu des chansons liées au temps (“When Times Turn Red”, “Time Of Lies”, “For The Last Time”, “5 More Days”, “Our Century”, etc.). Est-ce que tu as une relation particulière au temps ?

[Il réfléchit] Maintenant que tu me le fais remarquer, je crois que tu as raison ! Je n’y ai jamais vraiment réfléchi [petits rires) mais oui, je pense que tu as raison. De temps en temps, je pense que tu dois réfléchir sur ta vie : es-tu satisfait ? Est-ce que tu as fait les choses de la bonne manière ? Qu’est-ce que tu as fait de mal ? Est-ce que tout ce que tu as fait était bien ? Est-ce que tu aimerais défaire quelque chose que tu as fait dans le passé ? C’est étrange mais l’idée du temps apparaît dans toutes mes paroles sur tous mes albums, comme tu l’as remarqué ! [Rires] Comme je l’ai mentionné, un album c’est un instantané d’un moment et d’une période particuliers de ta vie. Lorsque nous avons commencé à jouer de la musique, j’étais grosso-modo le même gars que je suis aujourd’hui mais j’ai eu des expériences particulières, j’ai beaucoup appris, j’ai appris de mes erreurs, j’ai appris d’autres choses… Pour moi, à titre personnel, il m’est nécessaire de temps en temps de réfléchir sur là où j’en suis aujourd’hui, si tout va comme je veux ou pour voir si je pourrais faire mieux. Je trouve qu’il est important simplement de voir qu’il y a une évolution et que tu as toujours les mêmes racines mais que tu grandis. Je ne suis pas le gamin que j’étais il y a vingt ans, je suis un adulte avec beaucoup de responsabilités, je travaille à mon compte, j’ai des enfants, j’ai une femme, il faut que je me préoccupe de beaucoup de choses auxquelles je ne pensais même pas lorsque nous avons commencé la musique. Mais tu as raison, le sujet du temps, pour moi, personnellement, paraît être très important. Je ne peux pas te dire particulièrement pourquoi, c’est juste que ça semble constamment revenir.

Certaines chansons ont un côté désespéré voire dépressif, comme « When Faith Has Gone Forever », « The Last Sunset » ou « I See Nothing ». Et vous avez cette illustration pour l’album qui dépeint un monde ravagé, avec des animaux morts sur le sol, excepté un cerf qui regarde un énorme soleil rouge et menaçant. Est-ce que ça symbolise ce que tu ressens par rapport au monde et là où il va ? Qu’est-ce qui t’as inspiré cette vision pessimiste ?

Cette touche apocalyptique reflète notre monde en 2015. Tu sais, lorsqu’on regarde les nouvelles, ça devient de pire en pire, tu n’entends que parler de terreur, de crise partout, d’extrémistes qui se tuent et tuent d’autres gens… Je me demande simplement : « Où va-t-on ? » Si on continue dans cette voie, il ne restera plus grand-chose de notre mère adorée la Terre dans le futur. Et tu vois ça comme étant encore plus critique lorsque tu as des enfants. Aussi, la chanson « 30 Years » qui se trouve sur l’album, elle montre l’environnement avec la guerre, la pollution, les réfugiés, l’économie, peu importe, et parfois je me demande : « Où serons-nous dans 30 ans ? Que restera-t-il pour nos enfants ? » Tu ne peux qu’espérer qu’ils feront mieux que nous. Lorsque tu prends soin de tes propres enfants, tu essaies de les élever, d’être un bon père, tu leur dis de ne pas faire ci et que c’est mieux de faire ça… Le monde est petit… Lorsque les enfants sont petits, rien ne peut les blesser, tu sais. Ils vont suivre leur propre chemin lorsqu’ils grandiront et ils verront le monde comme n’ayant pas seulement de bonnes choses et de bonnes personnes. Tu ne peux pas juste t’occuper de toi-même lorsque tu as des enfants, soudainement, un jour, il y en a un autre dont tu dois t’occuper. La manière dont tu vois certaines choses change le jour où ton premier enfant naît. Je suis plus sensible à ces choses que je ne l’étais auparavant.

Capitve Breeding avait d’ailleurs déjà ces types de thématiques apocalyptiques. Penses-tu que ça a empiré dans ce laps de temps de trois ans ?

Je ne sais pas si les choses ont empiré. Peut-être que les temps ont changé mais aussi les médias ont changé. Peut-être que les même choses se produisaient il y a cent ans mais les gens n’en savaient rien parce qu’il n’y avait pas de TV, il n’y avait pas d’internet, il n’y avait pas de téléphones portables, il n’y avait rien. Le temps pour que l’information te parvienne est de plus en plus court et si quoi que ce soit se produit à l’autre bout de la planète, tu le sauras cinq minutes plus tard. Même vingt ans auparavant, peut-être que les choses se passaient mais simplement tu n’étais pas au courant !

Perzonal War

« Je ne sais pas si nous grossirons, ce serait sympa, ouais, peut-être, mais je pense que nous sommes trop paresseux pour ça ! [Rires] »

Et crois-tu que le fait d’avoir toutes ces informations sur ce qu’il se passe à l’autre bout du monde nous rend encore plus pessimistes ?

C’est difficile à dire. Peut-être que ça nous rend un peu plus pessimistes mais c’est peut-être aussi dans l’instinct de l’être humain qu’une mauvaise nouvelle est plus attrayante qu’une bonne nouvelle. S’il y a une catastrophe et que cent personnes meurent, je pense que pour la plupart des gens c’est plus important que quelque chose d’heureux qui sera moitié moins intéressant. Peut-être que c’est notre nature humaine. C’est la même chose lorsque tu passes en voiture à côté d’un accident ; les gens se demandent ce qu’il s’est passé, ils ne le font pas si tout va bien.

Vous avez une chanson qui s’appelle « Metalizer ». A-t-elle été conçue pour être un hymne metal ?

[Rires] Je pense que les paroles de cette chanson collent parfaitement à l’esprit old school de la chanson. Depuis le début, lorsque nous avons commencé Perzonal War, nous faisons ce que nous aimons le plus. Nous sommes toujours un groupe underground, à mes yeux, mais nous sommes encore en activité et nous nous portons bien, et j’espère que nous serons encore là dans dix ans. Lorsque tu es accro au metal, je crois que tu reste metal. Ce n’est pas une mode. J’écoute du metal depuis vingt-cinq ou trente ans maintenant, et je joue dans un groupe depuis vingt ans, et je pense que lorsque tu es accro à ce genre particulier de musique, tu restes sur cette scène. Donc, d’une certaine façon, nous sommes tous des metalizers. Bien sûr, c’est un peu marrant, et c’est censé l’être, mais il y a aussi quelque chose dans la chanson qui raconte quelque chose sur comment nous sommes et ce que nous sommes.

De nombreux groupes allemands ont fait des hymnes metal, je pense par exemple à Doro ou Destruction. Est-ce que le côté fraternel avec le metal est quelque chose de très allemand ?

[Rires] Je ne sais pas mais peut-être as-tu raison ! Nous avons vraiment pensé au titre et aux paroles lorsque nous composions la chanson, nous avons dit : « Hmm, est-ce qu’on peut faire ça ? » Parce que, tu sais, nous avons essayé d’éviter tous ces clichés metal typiques par le passé. Mais nous avons dit : « Pourquoi pas ? C’est amusant ! » C’est censé âtre amusant d’écouter de la musque. Je pense que c’est très important de ne pas se prendre trop au sérieux. Je trouve que « Metalizer » possède le même esprit que notre chanson « Born » que nous avons faite sur Different But The Same, c’est un peu rock n’ roll et dans ta face. Peut-être as-tu raison à propos de truc sur la fraternité dans le metal. Je n’y ai pas pensé mais maintenant que tu le dis, je pense que tu as raison ! Tu fais partie d’une scène, et c’est une super scène et tu en es fier. Nous en sommes fiers, nous sommes des metalizers !

Comme tu l’as mentionné, l’année prochaine marquera les 20 ans de Perzonal War. Comptez-vous célébrer ça ?

Nous avons déjà calé un concert anniversaire pour célébrer les vingt ans, oui. Et nous espérons faire quelques festivals aussi, parce que vingt ans, c’est un jalon important. Mais attendons de voir ce qu’il se passe. Au moins, nous avons planifié ce concert anniversaire ici à Siegburg, c’est la ville où nous avons grandi, donc elle a une importance particulière pour nous.

La dernière fois que nous nous sommes parlé, je t’avais demandé si vous seriez intéressés par réenregistrer les deux premiers albums de l’époque où vous vous appeliez Personal War, et tu m’avais dit que ça ne t’intéressait pas et que tu préférais faire de nouvelles chansons. Mais ce vingtième anniversaire ne serait-il pas justement une bonne occasion de le faire ?

Nous y avons pensé. Il y a deux ou trois semaines, nous en avons parlé et nous avons pensé : « Que peut-on faire ? Est-ce que ce serait bien de réenregistrer quelque chose ? » Tu sais, personnellement, je n’aime pas non plus les réenregistrements des autres groupes. A titre personnel, ce genre de chose ne m’intéresse pas parce que lorsque tu as écrit et enregistré des chansons, elles reflètent le groupe et toi-même à un moment particulier. Peut-être que je ne chantais pas très bien à cette époque, nos aptitudes en tant que groupe n’étaient pas aussi bonnes qu’elles le sont aujourd’hui mais il fallait que ce soit ainsi et c’était bien sur le moment. C’était juste la chose parfaite que nous pouvions faire à ce moment. Bien sûr, peut-être que c’est intéressant pour d’autres gens d’entendre comment ces chansons seraient jouées aujourd’hui, comment elles seraient arrangées. Je pense que ce qui serait encore plus intéressant, ce serait un EP spécial en vinyle avec de nouvelles chansons ou peut-être des chansons que nous n’avons jamais sorties à ce jour, tu sais, il y a des face-b que nous n’avons jamais sorties. Nous essayons de faire quelque chose de spécial mais je ne sais pas quoi. Peut-être que sur un prochain album il y aura des réenregistrements mais je n’en suis pas sûr. Personnellement je ne suis pas un grand fan de ça mais attendons de voir ce que nous pourrons faire. Peut-être que nous irons plus vite pour sortir notre prochain album ! [Rires] Donc nous n’aurions pas besoin de réenregistrements, je ne sais pas !

Perzonal War

« Si on ne vend pas de disques, ça n’impliquera pas la mort du groupe parce qu’on gagne de l’argent avec différentes choses et le groupe est là pour qu’on s’amuse et être une respiration. »

Tu as dit que Perzonal War était « toujours un groupe underground ». Et c’est vrai, car Perzonal War est toujours un groupe largement méconnu, tout du moins en dehors de l’Allemagne. Vois-tu ceci changer dans le futur ?

Je ne sais pas mais ce n’est pas si important. Il y avait une interview que j’ai donnée pour le dernier album où le gars m’a demandé : « N’est-ce pas frustrant d’être toujours un groupe underground après avoir sorti autant de disques ? Pourquoi continuez-vous à jouer de la musique ? » Et j’ai répondu que peut-être sommes-nous l’éternel groupe underground ! Mais nous sommes toujours là ! Il y a tant de groupes qui ont jeté l’éponge, des groupes avec lesquels nous avons grandi lorsque nous avons démarré. Il y a, je pense, vingt à trente groupes avec lesquels nous avons joué qui n’existent plus. Nous avons toujours un groupe, nous sommes toujours amis, nous avons toujours l’opportunité d’écrire des chansons et il y a toujours des gens partout dans le monde qui apprécient Perzonal War. Je pense que nous ne serons jamais un gros groupe. C’est toujours lié à la manière dont tu vois les choses. Bien sûr qu’on pourrait être plus gros et qu’on pourrait avoir un meilleur statut que celui que nous avons aujourd’hui mais on pourrait aussi être plus petits, ne pas avoir de label, ne pas sortir de disques, ne pas avoir l’opportunité de donner des concerts et jouer dans des festivals, et on ne pourrait pas atteindre les personnes qui apprécient notre musique, mais nous avons tout ceci ! Tu sais, nous avons un label qui nous soutient, nous pouvons donner des concerts et lorsque nous sortons un nouvel album, nous recevons des messages venant de France, de Suède, des US, du Brésil où il y a des gens qui aiment Perzonal War. Je trouve que c’est super bien ! C’est la raison pour laquelle nous faisons ça ! Je ne sais pas si nous grossirons, ce serait sympa, ouais, peut-être, mais je pense que nous sommes trop paresseux pour ça ! [Rires] Tu sais, lorsque tu veux devenir plus gros, les priorités changent. Tu dois jouer plus souvent en concert et sortir plus d’albums mais d’un autre côté, ça signifierait que tu es forcé de faire ça. Je suis très heureux avec Perzonal War, du fait que je peux faire ce que j’aime et qu’il n’y a pas de pression. Si on vend des albums, alors c’est super ! Et si des gens aiment notre musique, c’est super aussi ! Mais si on ne vend pas de disques, ça n’impliquera pas la mort du groupe parce qu’on gagne de l’argent avec différentes choses et le groupe est là pour qu’on s’amuse et être une respiration dans notre journée habituelle de travail. Je suis très, très reconnaissant que nous ayons l’opportunité de faire ça avec Perzonal War. Nous faisons ce que nous aimons lorsque nous le voulons et comme nous le voulons, et ça fait du bien.

Est-ce que ça veut dire qu’à aucun moment vous avez eu l’ambition d’une plus grande carrière internationale, de tourner à travers le monde, etc. ?

Bien sûr que nous avons eu l’ambition. Particulièrement avec Faces et When Times Turn Red, nous en étions à un stade où nous pouvions percer. Les deux albums se sont plutôt bien vendus et nous avons eu un très bon soutien de la part du label à l’époque. Je pense qu’avec ces albums nous aurions pu réussir mais… Ça ne devait pas arriver, alors ça n’est pas arrivé [rires]. Je ne sais pas… Peut-être que c’est mieux ainsi parce qu’autrement je n’aurais pas ma famille aujourd’hui !

Peut-on espérer voir Perzonal War donner des concerts plus régulièrement hors d’Allemagne dans le futur ?

Je l’espère encore. Ce n’est pas confirmé mais il y a un festival en septembre en France où j’espère que nous jouerons. Mais ce n’est pas encore confirmé, donc je ne peux pas en dire plus. Surtout cette année, nous prévoyons de faire plus de concerts. Nous allons donner un concert pour la sortie de l’album aux Pays-Bas, nous allons faire une tournée en Allemagne avec Architects Of Chaos, le nouveau groupe de Paul Di-Anno [avec le guitariste de Perzonal War Andreas Ballnus], en décembre et il y a des festivals durant l’été, pour le moment en Allemagne mais nous espérons vraiment que nous obtiendrons d’autres dates. Nous allons promouvoir le nouvel album avec des concerts acoustiques aux Pays-Bas et en Allemagne, dans des boutiques et de petites salles. Ouais, nous allons essayer de jouer plus souvent dans le futur et avec un peu de chance ça marchera. Pour cette année, je pense qu’il y a entre douze et quinze concerts qui sont déjà calés et j’espère qu’il y en aura plus. Ce serait cool [de revenir en France]. Nous avons joué là-bas dans un festival [qui s’appelait le Metalliance Festival II en 2006], Anathema et Paradise Lost y ont joué. C’était un super festival mais il n’y avait pas tellement de monde. Je pense que dans le public, ils étaient, disons, 250 dans un grand hall où au moins 500 personnes auraient pu tenir. Nous espérons revenir ! Si nous en avons la possibilité, nous viendrons ! Il nous faut juste une opportunité !

Tu as mentionné que vous allez donner des concerts acoustiques, dirais-tu que votre musique se prêtre facilement à cet environnement ?

Ouais, ça fonctionne bien. En fait, nous l’avons déjà fait par le passé et ça a plutôt bien marché. C’est surtout sympa de réarranger des chansons heavy pour lesquelles tu ne t’attendrais pas à ce qu’elles fonctionnent avec des guitares acoustiques, mais si tu y passes assez de temps, ça fonctionne. Nous avons hâte parce que c’est totalement différent. Tu ne peux pas te cacher derrière une grosse batterie ou la distorsion. Tu es assis là, tout nu, tu n’as rien pour rattraper les erreurs, rien pour couvrir ce que tu fais, tu joues et tu sonnes comme tu sonnes. C’est une super expérience. C’est amusant !

Ne seriez-vous pas intéressés par aller plus loin par rapport à ça et expérimenter avec l’acoustique en studio ?

Non, pas vraiment. Nous avons ces parties acoustiques ou en son clair déjà dans Perzonal War. Sur le nouvel album, avec une chanson comme « Never Look Back », tu as des guitares acoustiques là-dedans. « What Would You Say ? », la ballade, elle contient des parties de guitare classique… Mais pour ma part, pour les albums, je trouve que ça suffit. Ça rend les chansons plus intéressantes mais ce n’est pas l’intention principale lorsque nous faisons Perzonal War, autrement nous ferions une musique complètement différente.

Interview réalisée par téléphone le 8 mai 2015 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo (2, 3 & 5) : Nicole Volz (heelofsteel.de).

Site officiel de Perzonal War : www.perzonalwar.de.



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    Hellfest - Valley - Jour 3
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