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Chronique   

Pestilence – Hadeon


Pestilence n’en a pas terminé. Malgré un nouveau coup d’arrêt, la formation emmenée par Patrick Mameli ne semble pas supporter de rester silencieuse. Cette fois, le line-up est totalement renouvelé, il ne reste que la tête pensante parmi les anciens membres : Mameli justement. Ce dernier nous livre un disque, Hadeon, qui semble issu d’une certaine colère/frustration liée à a la réception mitigée d’Obsideo (2013). Pour ce faire, outre le changement de line-up, Patrick Mameli a décidé d’abandonner les guitares huit cordes. L’expérimentation n’est pas vraiment à l’ordre du jour sur Hadeon, nouvelle œuvre de la formation néerlandaise, et Pestilence donne véritablement l’impression de s’être délesté d’un poids.

Le retour à la six cordes est le principal argument de l’album, donnant presque, aux premiers abords, l’illusion d’un retour à l’époque du classique Testimony Of The Ancients (1991) ; sensation sans doute aidée par une production assez « old school ». Une démarche qui a pour atout de mieux mettre en valeur le travail de Mameli et son fin tricotage, finalement pas si éloigné d’un Obsideo (2013), la lourdeur indigeste en moins. On retrouve évidemment cette dissonance dans les accords et un riffing saccadé, thrashy, et ce d’emblée avec « Non Physical Existence » qui vient donner le ton : Patrick Mameli a toujours ce growl au timbre écorché qui côtoie des harmonies décomplexées. La structure rythmique est portée par la basse de Tilen Hudrap au jeu proche de ce que proposait Tony Choy, à savoir alterner entre un son claquant avec cette capacité de lorgner vers des arrangements plus ronflants, plus « jazz » à l’instar du pont de la chanson « Astral Projection » où le bassiste se retrouve seulement accompagné de la voix trafiquée, robotique, de Patrick Mameli. Ce dernier évoquait les difficultés inhérentes à une production de guitare huit-cordes qui venait empiéter sur les fréquences de la basse. Le choix de revenir à la six cordes s’avère d’autant plus judicieux que Tilen bénéficie d’énormément de visibilité tout au long d’Hadeon.

Derrière les fûts, le travail abattu par Septimiu Harçan participe grandement à la dynamique très vive d’Hadeon. En effet, l’album multiplie les changements de rythmes tout en imprimant ses mélodies, enrichies d’harmoniques au fur et à mesure des compositions. La rythmique pseudo-binaire qui ouvre un « Multi Dimensional » proche de Coroner se voit vite supplanté par un blast death des plus classiques. Également, Pestilence parvient à créer un groove qui tranche avec les riffs alambiqués, à l’instar du refrain de « Timeless » (avant de revenir à un solo complètement décharné). Hadeon privilégie une forme d’immédiateté souhaitée dans l’approche, malgré la complexité de ce qui est développé. Le très thrash « Materialization » ne tergiverse pas plus que son jumeau « Layers Of Reality ». Lorsque Pestilence n’aborde pas le pan le plus abrupt de sa musique, il privilégie un riffing plus massif à l’image d’ « Oversoul » et de son couplet en palm-mute. L’alternance entre riffs death plombés, mélodies progressives et riffs cavaliers se voit un temps interrompu par un solo de basse de Tilen (« Subdivisions ») et son démarrage via des harmoniques, avec des réminiscences lointaines de Jaco Pastorius.

Si Hadeon est limpide quant à son orientation musicale, il le doit principalement à l’inspiration guitaristique de Patrick Mameli et de l’intérimaire Santiago Dobles. Les soli sont l’un des points forts indéniables d’Hadeon, qu’ils soient parfaitement calés sur la section rythmique, sans envolées, tel l’outro de « Discarnate Entity » ou le sweeping de « Non Physical Existent », plus classiques (« Multi Dimensional ») ou complètement débridés, « Oversoul » en tête. Les harmonies de Pestilence sont reconnaissables entre mille (Patrick a mentionné l’influence d’Allan Holdsworth, musicien de jazz décédé l’an dernier), parfois empruntes d’étrangeté, surtout elles ne provoquent pas d’indigestion en étant pas trop ancrées dans la démonstration. Pestilence est technique c’est un fait, il ne cherche pas à en faire le dessein de sa musique.

Pestilence affiche un visage qui justifie sa reformation. C’est un groupe qui puise dans ce qu’il a fait de plus probant, de fait Hadeon constitue l’un des disques les plus convaincants depuis sa première séparation en 1995. Hadeon est un album qui illustre la véritable démarche de réflexion qu’a adopté Patrick Mameli sur Pestilence, plus proche de son essence que jamais. Assurément, elle a porté ses fruits.

L’album en écoute intégrale :

Album Hadeon, sorti le 9 mars 2018 via Hammerheart Records. Disponible à l’achat ici



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