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Chronique   

Phazm – Scornful Of Icons


Phazm - Scornful Of IconsLes expériences de vies sont intégrées par les Hommes, et se mettent en mouvement chez tout un chacun dans nos psychés respectives. Des individus produiront un fruit matériel de ces ressentis, et de leurs émotions, par le biais de l’art. Nous parlerons ici d’une réflexion qui s’est matérialisée par la musique, car c’est bien de ça dont il s’agit avec Scornful Of Icons, quatrième opus de Phazm, groupe ressuscité en 2012, délivré huit ans après son prédécesseur Cornerstone Of The Macabre.

Il est important de replacer le contexte de la composition de cet album pour en comprendre sa subtilité. En effet, Pierrick Valence, le chanteur-guitariste du combo, a perdu son père. Dans son travail de deuil, il a développé une pensée autour des religions monothéistes, aboutissant à une « haine profonde » – comme il la nomme – de tout ce qui s’en approche de prêt ou de loin. Il poursuivit en disant : « Alors oui, je l’avoue, regarder en arrière en m’inspirant des anciennes croyances me fait du bien. Parce qu’il n’y a plus belle cathédrale qu’une forêt. Que lorsque les dieux sont multiples, qu’ils nous ressemblent en nous montrant que face au Destin, nous sommes tous égaux. » C’est ce regard nouveau qui sera la source principale d’inspiration du musicien.

L’opus se place dans un univers musical tourné autour de cérémonies occultes, porté principalement par une palette vocale oscillant entre le black et le death, mais aussi par des chants ésotériques sur certains passages, rappelant les voix basses profondes de chants mongols par exemple. La superposition de ces chants porte une image de rituels druidiques. Le long break de « Conquerors March », par exemple, dessine une ambiance nocturne et ritualiste, le jeu des percussions et la montée en puissance prennent aux tripes, rebasculant soudainement vers une férocité qui place l’auditeur en spectateur d’un sacrifice mystique. Les sonorités autour de la nature, comme les bruits de pluie, loups hurlant à la pleine lune et autres cris d’oiseaux connectent cette musique à la Terre, à l’instar des groupes de black pagan.

Si on se place dans un style qui conserve des attraits black/death’n’roll, on effleure une dimension musicale plus large à travers l’opus grâce à la diversité des influences, tout en restant dans un univers cohérent. Le growl et le blast-beat permettent d’exprimer, par la violence qu’ils incarnent, le rejet des religions monothéistes qui exploitent la peur des hommes face à la mort et l’hostilité dont fait part le chanteur-guitariste, de façon parfois très black metal comme sur « The Godless Pope ». Mêlé à ça, les ajustements plus rock et groovy de la guitare apportent une mélodie davantage dynamique et enjouée qui se démarque de la virulence de l’ensemble : l’album ne se situe pas dans un esprit de fatalité et de désespoir, il est au contraire dans un certain optimisme, sonnant comme une révélation et une libération. Se rajoutent aux instruments metal habituels du violon sur « Scornful Of Icons » et de la nyckelharpa, un instrument à cordes traditionnel suédois. Apparaît également sur le morceau éponyme un chant féminin, à la fois doux et angoissant – notamment sur l’intermède ambiant. L’ensemble peut parfois rappeler dans son esprit musical les albums Assassins et Addicts de Nachtmystium où, dans une fusion entre le black metal et le rock psychédélique, Blake Judd mettait en avant un rapport mortifère aux drogues, et sa délivrance en prenant conscience de sa propre addiction, ce qu’il abordait dans ces albums via un rendu musical à la fois violent et euphorique. Si nous sommes ici dans un volet spirituel, Phazm semble exprimer un sentiment de l’ordre de la délivrance des religions monothéistes en se tournant vers des croyances païennes anciennes.

Un album comme Scornful Of Icons demande plusieurs réécoutes pour en comprendre son ensemble. A la fois riche, sans être démonstratif, il est homogène musicalement et dans l’esprit qu’il veut décrire. Phazm montre à nouveau que la scène metal française est minutieuse autour des recherches de sonorités, et que les temps de production de l’album sont liés à une volonté de précision et de perfectionnisme. Comme un peintre ou un romancier, le musicien Pierrick Valence réussit la sublimation d’un travail interne personnel, autour de questions que chacun se posent à un moment donné, sur la mortalité humaine et sur ce qui se pense autour d’elle.

La lyric vidéo pour la chanson « Ubiquitous Almighty » :

Album Scornful Of Icons, sortie le 25 mars 2016 chez Osmose Productions.



Laisser un commentaire

  • Mr Claude dit :

    Le 25 mars 2016 est un grand jour : le PHAZM est de retour pour dévorer nos âmes errantes

    Hail to the PHAZM \m/

    [Reply]

    Mr Claude

    Ah oui, j’ai oublié de dire que la chronique est assez dense au niveau vocabulaire, tout comme tout l’être cet album. A écouter prochainement et abondamment.

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