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Interview   

Phil Campbell n’a pas sa langue dans sa poche !


« On ne fait pas semblant », déclarait Mikkey Dee dans le documentaire « Lemmy : The Movie ». Motörhead, c’est un groupe qui s’assume pleinement. Motörhead ne vous cachera jamais son envie de se faire plein de pognon via une pub pour Kronenbourg. Motörhead n’a pas honte non plus de ses clichés.

Lorsque nous entrons dans la loge, ce n’est pas à Phil Campbell que nous avons affaire mais au parfait tableau de la rock star dans toute sa splendeur et sa démesure. Rien ne manque, si ce n’est le rail de coke sur la table basse. A commencer par ce « vous ne comptez pas prendre de photos, n’est-ce pas ? Car je ne me suis pas rasé ! » Tout à fait sérieux de la part d’un guitariste déjà vêtu d’une tenue de scène élégante. Dans une main, un verre de vin blanc, dans l’autre, une demoiselle aux formes… suggestives, visiblement âgée de vingt-cinq ans. La totale. Ironie du sort, nous comptions notamment parler à Phil du fait que « Lemmy : The Movie » brisait quelques-uns de ces clichés du rock’n’roll. Et Phil de nous proposer de nous servir en bières sur le buffet fort bien garni de la loge (merci Kronenbourg). Chez Motörhead, quand on vous promet de vous payer un coup, on s’y tient, c’est une question d’honneur.

L’entrevue se passait bien jusqu’à ce que nous posions cette question que l’on pensait pourtant anodine et que nous avions même failli supprimer de notre liste. C’était sans compter sur l’ego froissé de Phil Campbell (ego qui s’exprimera d’ailleurs à quelques reprises dans cette interview), qui répliquera en larguant une véritable bombe à l’encontre des réalisateurs de « Lemmy : The Movie ». Assez de suspense : voici cet entretien tenu à peine quelques heures avant que le groupe ne foule les planches de la Halle Tony Garnier.

« Je préfère être le seul guitariste. C’est bien plus fun et cela fait de moi un meilleur performer ; ça m’oblige à courir davantage sur scène. Je préfère très largement ça. Je ne pourrais pas revenir à une situation où il y aurait un autre guitariste. »

Radio Metal : Apparemment The Wörld Is Yours est sorti en Angleterre par le biais d’un contrat de publication exclusif avec le magazine Classic Rock. Quel était votre intérêt là-dedans ?

Phil Campbell (guitare) : Je ne sais pas ! Nous n’avions jamais fait cela auparavant. Nous pensions que ce serait bien si nous avions le soutien d’un magazine. Mais ce n’est pas vraiment important. De toutes manières, l’album est désormais disponible chez les disquaires.

Tu as perdu ton père pendant la conception de l’album. Penses-tu que ce triste événement a eu un impact sur la musique de l’album ?

Oui, j’aime le penser. Je suis revenu de Los Angeles pour être avec lui. Je le voyais tous les matins avant d’aller en studio au Pays De Galles pour enregistrer les guitares. Ensuite, je revenais le soir pour le voir à nouveau. A Los Angeles, il y a énormément de distractions alors que, cette fois-ci, je me suis concentré sur deux choses : mon père et la guitare. Donc, probablement que cela a eu un impact sur l’album. Qui sait ? De toute façon, je suis content du jeu de guitare sur l’album.

Vous avez tourné un clip vidéo pour le titre « Get Back In Line ». On t’y voit, toi, Lemmy et Mikkey rentrer dans un casino rempli de businessmen pathétiques et tout casser. Ça a dû être particulièrement jouissif à tourner !

Ouais, c’était très marrant. Dans la première partie de la vidéo nous jouons à Londres au sommet d’un building et il faisait si froid ! Nous gelions sur place ! C’était une idée des personnes qui ont fait la vidéo et je dois dire que ça rend plutôt bien au final. Je pense que ce clip est très correct. Vous voulez une bière ? On a de la Kronenbourg !

OK, pourquoi pas. Merci ! Quel est le message derrière ce clip ? Est-ce pour dire que le business est anti-rock’n’roll et qu’il n’a rien à faire avec la musique ?

Tout ce que les banquiers à Londres aiment faire, c’est remplir leurs propres poches. Ils n’en ont rien à foutre des autres. Il y a toujours des exceptions à cette règle mais c’est un concept amusant pour une vidéo et certains businessmen sont vraiment des enfoirés.

Les maisons de disques ont du mal à faire du business de nos jours à cause d’internet et des nouveaux comportements des consommateurs. Beaucoup de groupes font leur promotion et vendent leurs albums par leurs propres moyens. Penses-tu que ce soit une bonne chose ?

Si cela fonctionne pour certains groupes, oui. Chaque cas est différent. Nous ne vendons pas notre album au stand de merch car nous avons la chance d’avoir des fans qui sortent et l’achètent. Mais, quoi qu’il arrive, les maisons de disques prennent la plus grosse part des bénéfices. C’est donc une bonne chose si les maisons de disques commencent à avoir des difficultés. Ça fait des années et des années que ça marche très bien pour elles mais maintenant la roue tourne et c’est mieux ainsi pour le musicien.

Dans le livret de The Wörld Is Yours, on trouve des dessins un peu étranges et naïfs. Qui en est l’auteur ?

Lem’ les a fait.

Que représentent-ils ?

(Phil fait un signe pour exprimer la folie) Demandez-lui, je ne sais pas ! (Rires) Il s’ennuie la nuit lorsqu’il n’arrive pas à s’endormir. (Rires)

« Si cela ne tenait qu’à moi, la setlist serait totalement différente ! (Phil montre du doigt le mur qui nous sépare de la loge de Lemmy) Je deviens trop vieux pour rentrer dans des putains de disputes ! »

Cela fait maintenant quinze ans que tu es seul au poste de guitariste dans Motörhead mais à un moment donné un second guitariste, Würzel, était à tes cotés pendant un peu moins de dix ans. Dans quelle situation te sens-tu le plus à l’aise ?

Je préfère être le seul guitariste. C’est bien plus fun et cela fait de moi un meilleur performer ; ça m’oblige à courir davantage sur scène. Je préfère très largement ça. Je ne pourrais pas revenir à une situation où il y aurait un autre guitariste. Nous avons passé de très bons moments à l’époque avec Würzel mais c’était sa décision de partir. Et cela n’arrivera plus. Ce sera toujours uniquement nous trois.

Nous ne t’avons jamais entendu dans un autre groupe que Motörhead, même si je sais que tu avais un groupe avant de rejoindre Motörhead qui s’appelait Persian…

Persian Risk, oui. Nous avons fait quelques albums…

Mais n’es-tu pas intéressé par le fait de réaliser ton propre projet parallèle comme beaucoup de musiciens le font ? Même Lemmy a son propre projet Headcat…

Si, j’essaie de faire mon album solo. Je suis en train d’écrire un livre aussi. J’ai joué sur des albums d’autres personnes. J’ai joué sur le dernier album de Girlschool, j’ai joué sur l’album de Crucified Barbara… Mais il faut trouver le temps. Nous sommes tellement occupés avec Motörhead ! Mais pour le moment, je suis sur mon livre ; il contiendra de nombreuses histoires marrantes. Quant à l’album, il met du temps à venir mais il sortira un jour.

Est-ce que ce sera un livre sur ta vie ?

C’est un livre sur toutes les conneries invraisemblables qui surviennent lorsque nous sommes sur la route ! (Rires) Des trucs marrants, quoi ! Ce ne sera pas l’histoire de ma vie, autrement ce serait chiant ! Mais nous ne savons pas encore quand cela verra le jour. Nous venons tout juste de le commencer mais je suppose que nous pouvons nous attendre à le voir sortir d’ici trois ans.

Motörhead a réalisé un version lente et bluesy de « Ace Of Spades » pour une publicité de Kronenbourg. Lemmy ne semble pas être très convaincu par ce réarrangement ; il dit que c’est un peu trop lent. Quelle est ton opinion à ce sujet ? Aimes-tu ce genre d’exercice ?

C’était différent. C’était en effet un réarrangement un peu lent. Je ne sais pas si je l’aime ou si je le déteste. C’est difficile à dire. Je ne me suis pas encore fait une opinion. Mais c’était fun et ils nous ont payé un sacré paquet de fric. Sans compter que maintenant j’ai un frigo entier rempli de Kronenbourg. (Rires) Donc ce n’était pas si mal !

Nous avons demandé à Lemmy si le groupe ferait un album acoustique avec des titres dans l’esprit de « Whorehouse Blues » et il a dit que c’est quelque chose à laquelle il avait pensé et qu’il fallait que vous en parliez. En avez-vous donc parlé ?

C’est moi qui ai eu cette idée ! J’ai eu cette idée de faire un album acoustique. Il se pourrait bien aussi que nous fassions un album de reprises. Ce pourrait être notre prochain album. Nous en avons fait plein par le passé d’ailleurs. Nous avions repris « Cat Scratch Fever » (NDLR : originale de Ted Nugent), nous avions fait « Shoot ‘Em Down » par Twisted Sister, « Hellraiser » d’Ozzy (NDLR : mais initialement composée par Lemmy), « God Save The Queen » des Sex Pistols, nous avons joué « Rockaway Beach » des Ramones et plus encore. Mais cet album n’est pour le moment qu’une idée pour le futur, nous ne savons pas encore ce qu’il contiendra.

Ces derniers temps le groupe est critiqué pour être tombé dans une certaine routine et des automatismes dans ces shows. Penses-tu que la régularité des tournées et des enregistrements a eu une influence sur vos shows d’une certaine manière ?

Non, nous y allons pour nous amuser et nous donnons le meilleur de nous-mêmes chaque soir. Nous ne prenons pas trop en considération ce que font les autres groupes. Ce qu’ils font, ils s’en sont donné la charge et nous, ce que nous faisons, c’est être nous-mêmes. Nous essayons simplement d’écrire la meilleure musique que nous pouvons et de la jouer en concert. Nous nous amusons. Tous les jours, c’est du plaisir. Si tu ne te fais pas plaisir tous les jours, tu peux mourir dans ce business !

Avec tant d’albums au compteur, ce doit être compliqué de construire une setlist pour les concerts…

Oh, oui…

Vous devez choisir parmi tant de classiques mais ne voudriez-vous pas mettre un peu plus de titres moins connus parfois ?

Si cela ne tenait qu’à moi, la setlist serait totalement différente ! (Phil montre du doigt le mur qui nous sépare de la loge de Lemmy) Je deviens trop vieux pour rentrer dans des putains de disputes ! Nous pourrions faire des shows de quatre ou cinq heures pour faire en sorte que tout le monde soit content mais cela n’arrivera pas.

Pourquoi ne pourriez-vous pas faire des shows de quatre heures ?

Si tu avais mon âge, tu ne me demanderais pas ça ! (Rires)

« Ils ont passé trois ans à me suivre, à suivre Mikkey, nous tous, tu sais. Trois putains d’années et la plus grosse image qu’ils ont de moi, c’est moi en train de me coucher pour dormir dans le bus avec la série Familly Guy (NDLR : Les Griffin en version française) qui tourne sur la TV ! (Rires) […] Quelle bande de connards ! »

Nous l’avons appris dans Lemmy : The Movie et nous en avons fait nous-mêmes l’expérience durant le Hellfest en backstage cette année : nul ne doit essayer d’interrompre Lemmy lorsqu’il joue à des jeux. Est-ce que ça t’es arrivé alors que tu n’étais pas encore au courant de son genre d’addiction aux jeux ?

J’ai été au courant depuis le premier jour. Après mon audition, je ne connaissais personne à Londres et il m’a emmené dans un club. Il n’y avait personne là-bas. Il m’a payé une boisson donc je me suis assis. Il s’est assis à côté de moi pendant quelque chose comme deux minutes à peine et ensuite il a commencé à jouer sur une machine. Alors j’étais assis seul pensant qu’il allait revenir. Mais il est resté là pendant trois heures sur sa putain de machine ! Je l’ai déjà interrompu plusieurs fois pour lui parler mais il n’aime vraiment pas être dérangé. (Rires)

Toi et Mikkey apparaissez très rarement dans le film. Comment cela se fait-il ? Vous êtes pourtant ses partenaires depuis si longtemps…

Demande-le aux types qui ont réalisé le film ! C’est cela qui nous fait chier. Ils ont passé trois ans à me suivre, à suivre Mikkey, nous tous, tu sais. Trois putains d’années et la plus grosse image qu’ils ont de moi c’est moi en train de me coucher pour dormir dans le bus avec la série Familly Guy (NDLR : Les Griffin en version française) qui tourne sur la TV ! (Rires) Le film est à propos de Lem, bien sûr, mais c’est vraiment insultant à notre égard. Quelle bande de connards !

Il y a une scène qui est particulièrement étonnante : on y voit Lemmy dans son petit appartement en train de dire qu’il ne souhaite pas en changer car il serait difficile d’en trouver un moins cher. Nous sommes très loin des clichés sur les rock stars. Peut-être est-ce une question naïve mais Motörhead, ça ne paie pas ou quoi ?

Tu sais, j’ai un hôtel, j’ai deux maisons, j’ai un chalet… Mikkey a de grosses maisons, des Lamborghini et tout… C’est juste que Lem aime cet appartement parce qu’il est très près du Rainbow ! Il peut marcher jusqu’au Rainbow en remontant Sunset Strip. Mais, si, ça paie très bien !

Voici maintenant une question idiote : pourquoi portes-tu toujours un bonnet sur scène ?

Parce que lorsque tu es sur scène tes cheveux s’imprègnent de sueur. J’ai toujours fait ça, tu sais. Je préfère cela plutôt que de me retrouver avec mes putains de cheveux qui retombent n’importe comment, les avoir dans les yeux et ce genre de merde.

Note : après l’interview nous avons demandé à Phil de se prêter au jeu de notre traditionnelle dédicace sur un objet insolite (dans ce cas il s’agissait d’une souris d’ordinateur). Il a accepté et nous a confié la chose suivante :

La chose la plus difficile que j’ai eu à signer était un clitoris. « Philip Anthony Campbell », ça m’a pris trois semaines ! (Rires)

Interview réalisée par Spaceman et Metal’O Phil à la Halle Tony Garnier le 14 décembre 2010.
Traduction : Spaceman



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  • Bonjour,

    J’ai eu la chance de passer 2 soirées à Varsovie avec Phil que je ne connaissais absolument pas. Je ne connaissais pas les albums non plus, juste le nom du groupe.
    Purée, ce mec m’a bluffé : il est incoyablement sympa, drole et intelligent !
    ça a été les 2 soirées les plus incroyables de ma vie… Il nous faisait rigoler à chaque phrase…
    Les mecs qui ont fait le documentaire sont vraiment passés à coté d’un monument !!!!!
    Bravo pour votre interview, on y perçoit son humour incroyable…

    [Reply]

  • Salut !

    C’est de loin, une des meilleures interview de Phil que j’ai pu lire ! Croyez moi j’en ai lu des tas !!! Je suis un fan lourd de Motörhead et encre plus de Phil Campbell qui est pour moi un des meilleurs gratteux en ce monde !

    Vous sortez enfin du carcan « quand as tu rencontrer Lemmy », « Ace of spades », « Fast eddie »… et vous vous intéressez vraiment au personnage avec des questions aux réponses pleines de nouveautés (à l’époque comme le livre, le disque solo) !

    Merci les gars, good job !!! Pour les fans de Phil et de Motörhead, j’ai une page Fb à son sujet; http://www.facebook.com/PhilWizzoCampbell

    [Reply]

  • La classe, j’aimerai bien avoir un hotel un chalet deux baraques!!! J’ai déjà cherché Lemmy au Rainbow plusieurs fois mais il n’y est jamais!

    [Reply]

  • Je le trouve plutôt modeste, on lui consacre une place anecdotique voir ridicule dans un reportage sur Lemmy et il en fait de l’humour acide… y’a pire comme ego : )
    Je sais bien que le film est sur Lemmy, mais tout de même, il mérite mieux !

    [Reply]

    Pour le côté égocentrique, à vrai dire c’est plus un constat global sur l’attitude du personnage que nous avons rencontré qu’une conclusion hâtive tirée de cette réponse bien acide par rapport au film.

    Car pour le coup, c’est certes un reportage sur Lemmy, mais pour quelqu’un qui le connaît depuis tant d’années, c’est quand même bizarre de l’avoir si peu fait intervenir. Alors qu’on aurait certainement pu se passer de la trentaine d’apparitions de James Hetfield (même si j’avoue que le défilé de stars qui s’expriment chacun leur tour, c’est quand même grave la classe) ;).

  • Phil Campbell a peut être un égo important (qui n’en a pas avec une telle notoriété) mais il est également généreux. Nous avions discuté avec lui au HELLFEST sur le stand des guitares LAG. Il choisissait une guitare pour offrir à son technicien. Grande classe!

    [Reply]

  • On sent tout de même une certaine montée d’ego parfois, c’est vrai mais Phil Campbell n’a pas l’air non plus de se prendre trop la tête pour autant quand on voit le statut de légende où est inscrit Motörhead. C’est plutôt cool ^^. Et puis, au moins, il était en charmante compagnie 🙂

    [Reply]

    Spaceman

    Quand tu parles de charmante compagnie, je suppose que tu parles de Metalo et moi-même?

    Margoth/RM

    Je ne savais pas que Metalo et toi étiez des demoiselles aux formes… suggestives 🙂

    Spaceman

    Ben tu vois, tu nous connais mal. 😉

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