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Metalanalyse   

Phil H. Anselmo : la brutalité comme exutoire


Phil Anselmo est un artiste reconnu de la planète metal : incontestable dans son apport au genre par son leadership vocal dans Pantera, incontesté dans son engagement continu pour la cause Metal qui va bien au-delà de Pantera et qui se poursuit principalement avec Down, mais aussi diverses autres formations et son label Housecore Records. Et en tant qu’artiste, il fait donc… de l’art, avec la rage qui le caractérise et sans concession aucune. Outre cette belle lapalissade, s’il convenait de faire une quelconque analogie avec le monde de la figuration abstraite dans la peinture, Philip Hansen Anselmo, avec ce premier album solo accompagné de The Illegals, serait en quelque sorte le Kasimir Malevitch du Metal. Malevitch, c’est celui qui a offert à l’art contemporain le « Carré blanc sur fond blanc », une œuvre souvent incomprise et polémique, mais qui représente l’expression la plus simple et aussi la plus intégrale d’une certaine forme d’art. La sensation ressentie à l’écoute de Walk Through Exits Only pourrait ainsi s’apparenter, pour de nombreuses personnes peu rompues aux joutes du bonhomme, à la tête qu’ils feraient devant un monochrome de Malevitch. Pour les autres, l’étonnement en serait bien moindre.

Qu’a donc cherché à faire Phil Anselmo avec ce brûlot – précédé en début d’année par un split EP avec Warbeast – d’une brutalité plutôt inouïe et d’une rare spontanéité ? Une arme de destruction massive vouée à tout brûler sur son passage ? Une réaction par rapport à son travail dans Down et ses délires quasi psychédéliques et surtout très rock’n’roll comme le récent dénommé « Witchtripper » ? Ou tout simplement un album efficace dans un style qui lui convient pour exprimer ce qu’il voulait musicalement à ce moment précis de sa carrière ? Un peu de tout ça, sûrement et aussi un moyen d’exorciser ses douleurs physiques et psychologiques. Toujours est-il qu’Anselmo ne s’est pas économisé vocalement une seule seconde sur ces huit intenses titres, aidé par une batterie démente d’agressivité et des riffs thrash version apocalypse en continu voire death metal. Cet album aura son lot de fans inconditionnels. Car il exprime une version tellement jusqu’au-boutiste d’un style et d’une vision du Metal, qu’il est inconcevable qu’il n’ait pas son nid d’adeptes… et de détracteurs.

Le rapprochement dans l’intention pourrait se faire avec la démarche des Dillinger Escape Plan dans leurs moments les plus intenses. De la folie rythmique, de la brutalité et une caractérisation scénique qui va s’avérer forcément bouillonnante. La comparaison s’arrêtera pourtant là. Car il ne faudra pas chercher de mélodies, de breaks ou de passages planants. Le flot de violence est continu et Anselmo sue jusqu’à la dernière goutte pour déblatérer des odes aux titres équivoques de sens : « Music Media Is My Whore », « Battalion Of Zero » ou « Usurper’s Bastard Rant ». Servez-vous, il y en a pour tout le monde. Anselmo est donc revenu à l’une des fonctions de base du metal, à savoir ses vertus de défouloir. Ou alors, le bougre serait reparti dans une sorte d’Horror Metal, tout fasciné qu’il est par les milliers de films d’horreur qu’il a pu ingurgiter tout au long de sa vie… Mais le décorum n’est pas assez élaboré, bien que l’album ait été enregistré dans son studio de la Nouvelle-Orléans baptisé Nodferatu’s Lair. Le propos est bien trop direct pour cela. Pourtant, les intentions d’un « Betrayed », avec un chant presque black metal sont franchement menaçantes : Anselmo déverse son fiel tel un furieux, à en devenir parfois effrayant. Le moment le plus posé reste le final de l’œuvre, avec plus de cinq minutes d’une rythmique de guitare répétitive, presque industrielle, et des leads mélodiques, développant une ambiance glauque qui petit à petit évolue vers du bruit. Une fin inquiétante mais, paradoxalement, quasi apaisante après un tel déferlement de d’agressivité primaire.

Un peu à l’instar de Jason Newsted avec son nouveau groupe, Phil Anselmo donne pour la première fois son nom entier à un projet, et cela se retrouve être un album 100% Metal et brutal. C’est son projet, son idée, et il l’assume intégralement en voulant voir son nom associé à cette éruption sonore, du haut de ses quarante-cinq ans. En regardant bien, on pourra trouver du Pantera, époque Far Beyond Driven et Great Southern Trendkill, dans cet album solo, peut-être dans certaines rythmiques, breaks ou même riffs (cf. sur « Irrelevant Walls And Computer Screans » par exemple). Mais en dehors peut-être de quelques brefs clins d’œil à ses anciens projets, il s’agit surtout pour Anselmo de montrer où il en est aujourd’hui : un fan de musique metal extrême, sans concession et à sa manière.

Dans l’entretien que nous avons eu avec Anselmo plus tôt cette année, il nous avouait que les souffrances qu’il avait endurées, après ses blessures au dos et ses différentes opérations et traitements, avait pu d’une certaine manière être expulsées par ce chant extrême et colérique qu’il décline sur ce Walk Through Exits Only. Pour lui, sans conteste, le metal a des vertus, presque physiques. Et le chaos qui naît de cet album solo a un sens, en plus de l’exutoire qu’il représente : c’est la vision brute d’Anselmo sur la façon de faire du metal extrême, sa marche quasi militaire, comme le laisse entendre le rythme du titre « Music Media Is My Whore », vers son idéal musical. Et même si ses prochains albums solos seront tous différents, comme il l’affirme, il montre que personne d’autre que lui-même ne tracera la voie de son avenir artistique.

Album Walk Through Exits Only, sortie le 19 juillet 2013 via Housecore Records / Season Of Mist



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  • Necrodaemon dit :

    Je n’ai jamais été le plus grand fan du père Anselmo d’un point de vu musical, mais j’ai toujours apprécié le bonhomme qu’il est.

    Je n’ai absolument pas accroché au split avec Warbeast, me rappelant un peu (trop ?!) Pantera mais dépouillé de toutes les mélodies qu’apportaient les frères Darrell.

    Par contre cette galette est totalement différente du E.P.; et même de tout ce que l’on a pu entendre depuis bien longtemps. Il ne m’a même pas fait penser une seconde à Pantera. Comme vous le dite (RM), « Anselmo est donc revenu à l’une des fonctions de base du metal, à savoir ses vertus de défouloir. » Il nous a pondu un son brut(al) et direct, entièrement personnel, complètement anti-commercial … et c’est bien là sa force et son intérêt. La première écoute m’a déstabilisé et je me suis demandé ce que c’était cette connerie … mais en y repensant et surtout en le réécoutant entièrement cette fois, ça n’a été que du bonheur auditif. Cet album est une perle rare, un chef d’œuvre !!

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  • sounds like some old group…who said Pantera? (lol)

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  • L’album de metal de l’année !

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  • Premier album sans concession et brut de décoffrage, du Phil Anselmo tout craché quoi… c’est aussi pour ça qu’on l’adore !

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