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Metalanalyse   

Philip H. Anselmo relâche la bête


Malgré son statut d’icône du metal, Phil Anselmo a toujours gardé une partie de sa sensibilité dans l’underground. Il aime quand c’est sale, il aime quand c’est rugueux. Il faut voir en lui une attirance pour l’authenticité, la spontanéité et l’humain. C’est dans cette optique que Down, son célèbre groupe stoner, s’était littéralement enfermé vingt-huit jours dans sa propre grange (Nödsferatu’s Lair comme ils l’avaient appelé) en Louisiane pour passer du temps ensemble et enregistrer leur second album. Anselmo est connu pour être un grand passionné de la scène doom / stoner / sludge, il vénère les ténors (Black Sabbath bien sûr mais aussi Saint Vitus par exemple) et a toujours montré son soutien aux jeunes groupes s’appropriant la tradition (à chaque festival où une de ces formations se produit, on peut le voir profiter des shows sur les côtés de scènes secouant la tête), usant de sons ultra « fuzzés », de rythmes ultra lents ou d’ambiances ultra psychés .

Et c’est aussi ça visiblement qu’Anselmo aime dans l’underground : l’absence de compromis et les extrêmes qui s’y sont développés et s’y développent encore aujourd’hui. On peut de manière évidente faire allusion à la scène doom/stoner précédemment citée ou au vivier hardcore mais aussi aux mouvances death metal et black metal pour lesquels son affinité est un peu moins connue mais pourtant quasi historique. C’est ainsi que sa vie d’artiste, souvent en tant que guitariste, est jonchée de petits groupes à la carrière courte et confidentielle, que ce soit le hardcore / punk d’Arson Anthem ou ses participations sous le pseudonyme, pour le moins évocateur, d’Anton Crowley, tels que le black metal de Christ Inversion, avec le groupe de death metal Necrophagia ou encore le « supergroupe » Eibon, en compagnie de Killjoy (Necrophagia), Fenriz (Darkthrone), Satyr (Satyricon) et Maniac (Mayhem), qui n’a malheureusement à ce jour produit qu’un unique titre.

Outre son implication dans la scène locale de Louisiane et son propre label Housecore Records, cette nouvelle production, la première sous son propre patronyme, apparaît comme un véritable aveu, celui qu’il est avant tout un enfant de l’underground. Le format tout d’abord : un split EP. Un format collaboratif hérité de l’époque où le vinyle et les cassettes régnaient sur l’industrie musicale et qui permettait de consacrer la première face à un artiste et la seconde à un autre. La formule a été récupérée à l’avènement du disque compact, essentiellement par les labels indépendants, car il permettait à deux artistes de joindre leurs moyens sur un même produit. Véritable symbole du partage, de l’entraide, de l’humain en somme. Puis il y a la pochette : visiblement du fait main, approximatif, avec ce logo piquant, presque illisible dans un esprit parfaitement black / death. Et le choix du groupe avec qui il partage l’espace : Warbeast, jeune formation thrash metal/hardcore texane sans concession et que la plupart découvrirons sans doute via ce disque.

Warbeast présente deux compositions efficaces, aux riffs acérés et littéralement « dans ta face ». Deux compositions en cohérence avec ce que l’ex-frontman de Pantera a à proposer en compagnie de son backing-band The Illegals (dont le batteur de Warbeast Joe Gonzales fait partie). Depuis que Down est devenu le groupe principal du chanteur, sa facette la plus extrême semblait s’être éteinte. Voilà avec ce War Of The Gargantuas de quoi remettre les pendules à l’heure. Dès l’amorce brutale de « Conflict (Nerve Meets Bones) », dont l’impact est dans la droite lignée des ouvertures de « Strenght Beyond Strenght » ou « The Great Southern Trendkill », l’auditeur se fait terrasser par la violence et ce chant littéralement vomi sur des riffs death metal de toute évidence influencé par Morbid Angel, voire black metal. Un titre intense, usant même, voire névrosé (ces leads de guitares hystériques vers la fin). Le second titre, « Family, Friends And Associates », est moins « pied au plancher » mais toujours intense avec cette voix poussée jusqu’au death metal.

Voilà un disque de quatre titres parfaitement anti-commercial et sans compromit. Et le fait que le chanteur signe ces compositions sous son propre nom semble dénoter d’une envie de mettre sa vraie nature sur la table. Ceci sachant que ce split EP n’est qu’un avant-goût de ce qui se profile à l’horizon, que ce soit pour Warbeast qui proposera en avril son second album finement intitulé Destroy (et faisant suite au non moins finement intitulé Krush The Enemy) mais aussi pour Anselmo lui-même qui devrait sortir son album solo complet dans le courant de l’année.

Pour situer ce qui est présenté sur War Of Gargantuas par rapport à ce qui se trouvera sur l’album, Anselmo a avoué en janvier dernier à Crave Online : « mes deux titres qui figurent sur ce split sont parmi les plus directs et, honnêtement, faiblards en comparaison de ce que l’album aura à offrir. Donc je suppose que je dois me considérer content si vous leur trouvez ne serait-ce que quelques qualités. »

Split EP War Of The Gargantuas, sortie le 15 mars 2013 via Season Of Mist



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