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Interview   

Philip H. Anselmo : les vertus de l’extrême


S’il s’est fait discret pendant un temps, suite à la fameuvse polémique sur son geste alcoolisé de mauvais goût début 2016, mettant notamment son groupe principal, Down, en sommeil, Phil Anselmo ne s’est pour autant pas tourné les pouces, en profitant pour relancer Superjoint et déterrer quelques projets d’albums de longue date. Ainsi l’ex-chanteur de Pantera nous revient avec Choosing Mental Illness As A Virtue, son second album solo, accompagné de son groupe The Illegals, remanié pour l’occasion.

Un album qui a notamment servi de prétexte pour lui pour remonter sa lignée et y faire des découvertes sur la santé mentale de ses descendants… Mais surtout un album qui va encore un peu plus loin dans l’usage du metal extrême en tant qu’exutoire, et notamment vocalement, lui qui a débuté sa carrière avec Rob Halford comme référence vocale. L’occasion donc de revenir sur ce parcours insolite et évoquer cette passion pour l’extrême et l’underground. Mais pas uniquement, puisqu’Anselmo met également les choses au clair au sujet de la polémique évoquée en préambule et nous fait languir sur son mystérieux et d’ores et déjà surprenant projet En Minor.

« Je suis toujours ce gars qui se rend dans tous les magasins de disques et achète chaque putain de démo et groupe obscures, et j’absorbe autant que possible et sirote toutes les différentes musiques qui existent. […] Mon cœur reste jeune grâce à l’underground. »

Radio Metal : Ton groupe, The Illegals, a beaucoup changé depuis le premier album, vous êtes un quintet désormais, et tu as trois nouveaux membres. De plus, tu semblais avoir une bonne connexion avec le guitariste Marzi Montazeri. Du coup, qu’est-ce que ça a changé pour toi, qu’il ne soit plus là et d’avoir une nouvelle équipe pour faire cet album ?

Phil Anselmo : Tout d’abord, j’ai toujours voulu un groupe à deux guitares et je crois que Marzi est plus à l’aise à jouer en solo, même si… C’est le genre de guitariste qui jouera n’importe quel type de musique avec n’importe qui mais ce que j’avais prévu pour l’avenir n’était pas tellement son style, mais plutôt un style direct avec deux guitaristes. Sur ce dernier album, c’est intéressant parce que nous avons fait trois guitares – j’ai fait une guitare, l’excellent Stephen Taylor en a fait une et le génial Mike Deleon en a enregistré aussi, donc nous nous sommes tous les trois glissés dans ce mix [petits rires]. Je crois que Mike est complètement à droite, je suis complètement à gauche et Steve est quelque part entre les deux.

Ce nouvel album solo semble encore plus chaotique et penche probablement plus encore vers le black et death metal underground que le premier. Sachant que dernièrement tu as également sorti un nouvel EP avec ton groupe de black metal Scour, qu’est-ce qui t’as poussé dans de telles extrémités récemment ?

C’est juste que les gens sont en train de rattraper leur retard par rapport à moi ! Car pour moi, ce sont des vieux trucs. Je suppose que Scour est quelque chose que je fais pour me marrer. The Illegals, j’imagine que c’est pareil, c’est quelque chose que fais pour m’amuser, parmi tous mes groupes. Cet album Choosing Mental Illness As A Virtue a été enregistré à divers moments entre début 2015 et la toute fin 2016. Ça fait un moment que suis assis sur cet album. Donc vraiment, c’en est arrivé à un point où j’en suis malade, Nicolas ! J’ai toute cette musique qui dort, et je veux que les gens l’entendent et aient l’occasion de la prendre pour ce qu’elle vaut comme faisant partie de ma vieille discographie, car j’ai tout un tas d’autres musiques qui arrivent et qui sont très différentes de ceci. C’est juste une autre page dans le chapitre, pour ainsi dire.

Est-ce que cette direction plus extrême que tu as pris ces dernières années pourrait être un genre de rejet du mainstream et de la soi-disant norme qu’on nous impose ?

Il y a toujours un rejet du mainstream. Et si tu regardes mon histoire, même quand j’étais au sommet du monde, je ne portais pas des t-shirts de sommet du monde, je portais des t-shirts de Darkthrone [rires]. Je soutenais l’underground même quand j’étais au sommet du monde. Donc vraiment, mon esprit a toujours été aux côtés de l’anti-pop, de l’anti… enfin, pas vraiment anti quoi que ce soit, c’est juste que j’en ai rien à foutre de ce qui est populaire et ce qui ne l’est pas. Je fais exactement ce qui me chante, ce que j’apprécie, et j’explore la musique qui m’intéresse.

Est-ce que le fait d’avoir l’esprit dans l’underground, pour ainsi dire, t’a aidé à garder les pieds sur terre ?

Je ne sais pas trop pour ça, mec. Peut-être que c’est l’inverse ! Que c’est parce que j’ai les pieds sur terre que l’underground vient à moi naturellement comme il l’a toujours fait. D’un autre côté je suis un enfoiré pété de la tête, donc peut-être que c’est aussi pour ça que ça vient à moi, mais que ce soit l’un ou l’autre… Mec, avec la technologie d’aujourd’hui, c’est évidemment très différent mais dans mon cœur, je suis toujours ce gars qui se rend dans tous les magasins de disques et achète chaque putain de démo et groupe obscurs, et j’absorbe autant que possible et sirote toutes les différentes musiques qui existent, et de nos jours, c’est très dur de faire ça parce que c’est tellement vaste, il y a des millions de groupes. Donc ouais, tu te focalises sur un groupe… Tout du moins, c’est ce qui m’arrive, je me focalise sur un sous-genre ou un artiste particulier et ensuite, à partir de cet artiste, je vais remarquer qu’un sous-genre s’est construit autour ou que cet artiste fait partie d’un autre sous-genre. Le terrier, pour ainsi dire, dans lequel tu peux descendre est incroyable. Donc je me focalise sur ce que je peux, ce qui accroche mon esprit, mes oreilles et mes yeux. Je ralentis un peu avec ça, mec, je deviens vieux ! Mais hey, mon cœur reste jeune grâce à l’underground. Dans tous les cas, terre à terre ou pas, ça m’aide à rester jeune dans mon attitude.

Tu as parcouru un sacré chemin depuis qu’on t’a entendu pour la première fois sur l’album Power Metal de Pantera. A quel moment de ta vie t’es-tu mis dans le metal extreme et le black metal ?

J’ai toujours été un fan de ce genre de musique, depuis que j’ai vu grandir les tous débuts de tout ce truc qui ne s’appelait même pas encore black metal. Black metal était juste le nom d’un album de Venom lorsque j’étais gamin. Je ne pense pas qu’on pouvait définir le black metal en tant que style avant la fin des années 80, début des années 90, lorsque les Norvégiens l’ont fait. Je me souviens de tout dans la façon dont le heavy metal a évolué, ça m’intéressait. Je suis devenu fan de vitesse juste pour la vitesse, je me souviens de l’essor du thrash… On mesurait l’intensité, on mesurait la complexité, toutes ces choses étaient importantes pour la croissance d’un groupe. Pour ma part, je trouvais intriguant ces traits particuliers. En conséquence, si on suit l’extension logique le temps d’une décennie… Si tu regardes un album comme Raining Blood de Slayer, même si Hell Awaits est mon préféré, et ensuite dix ans plus tard, ou peut-être moins, tu as Altars Of Madness ou Blessed Are The Sick de Morbid Angel, pour moi, c’est la suite logique, avec les batteurs extrêmes, les thèmes de guitare dissonants – je crois qu’on appelle ça chromatique -, les solos… Il y a de nombreuses similarités, et on continue à suivre ce modèle. Ensuite tu regardes Morbid Angel et la suite logique, pour moi, ce serait Portal. C’est ce qui m’intéresse et continue à m’attirer dans l’underground, des groupes comme ceux-là.

« Il y a un passif de maladie mentale et certaines anomalies cérébrales dans ma lignée familiale, autant du côté de mon père que de ma mère. […] Si effectivement je souffre de maladie mentale, ce qui est très probable, ai-je un autre choix que de l’accepter ? C’est la question. »

Donc, j’ai vu tout ça s’élever et grandir, et en même temps, je jouais avec des musiciens plus vieux et nous étions obsédés par des groupes comme Judas Priest et tous les autres qui ont précédés ces groupes, qui existaient avant même que la plupart de ceux-ci n’aient été fondés ! Evidemment, étant donné ma classe d’âge, j’étais encore très influencé par ce qui se passait autour de moi, j’écoutais du rock des années 50 [petits rires] jusqu’à la musique de la Nouvelle-Orléans, qui est mon chez-moi, ma ville, qui est très illustre dans sa scène musicale, jusqu’à mon adolescence, où le heavy metal a pris les devants et était au centre, et les groupes comme Judas Priest, Iron Maiden et ainsi de suite sont devenus très importants dans ma vie. Ces années étaient parfaites pour commencer à chanter et monter un groupe de garage rock, et passer par des phases où tu crains, mec ! J’étais nul à chier ! Le pire chanteur du monde ! Jusqu’à ce je travaille encore et encore et encore. Et on aurait presque dit que du jour au lendemain j’ai acquis la capacité, ma tessiture a grandie, et soudainement, Rob Halford, sa tessiture, son style, ce n’était plus complètement aussi démentiellement hors d’atteinte. Et je me souviens mes derniers jours d’école – j’avoue que j’ai décroché du lycée -, je vivais encore chez mes parents, je rentrais à la maison et mettais l’album Unleashed In The East de Judas Priest, le faux album live, et je m’entraînais là-dessus, du début à la fin, encore et encore, et à la fois, j’étais dans de petits groupes qui faisaient de plus en plus de concerts. Mec, c’était mon style ! Je suis devenu très bon pour chanter à la Rob Halford mais pour moi, il n’y a qu’un seul Rob Halford, le style avait déjà été conquis, il y a un million d’autres chanteurs qui font ce style. Je suis donc parti dans une autre direction.

En fait, je vais dans plein de directions différentes. La musique est vaste. Je suis un grand fan du grand artiste et innovateur italien Luigi Russolo. Il était le premier à faire de la noise, pour ainsi dire, c’était le premier compositeur de noise. Il utilisait ce qu’on peut vaguement qualifier d’orchestres et il utilisait le vent, le tonnerre et des machines qui produisaient des sons. Renseignez-vous sur lui ! Luigi Russolo. J’écoute de tout, de Luigi à The Cure de l’époque Faith et Seventeen Second, à Throbbing Gristle, à The Church, à Judas Priest, aux débuts de Van Halen, à Portal ! La musique est énorme ! Le monde de la musique, c’est une histoire à lui seul. Donc tout ce que je suis, c’est un voyageur dans ce merveilleux monde riche en histoire. Et tu verras, tout au long de rien que cette année, tous les challenges vocaux et styles auxquels je me suis adonné. C’est plein de choses différentes parce qu’il existe plein de choses différentes, Nicolas !

Sur l’album tu emploies une certaine variété de styles vocaux extrêmes. Tes fans de Pantera et Down auront sans doute du mal à ne serait-ce que te reconnaitre parfois…

Bien ! Mission accomplie ! Si tu regardes les vieux concerts où Morbid Angel ouvrait pour Pantera, je venais et je chantais sur la chanson « Day Of Suffering » de Morbid Angel à chaque fois. Donc le chant death metal, black metal… Je veux dire que je faisais des chœurs pour Necrophagia, Viking Crown et ce genre de choses. Ce sont des choses que je fais depuis longtemps. C’est vraiment très facile !

Et donc, plus généralement, quel était ton état d’esprit pour ce second album de The Illegals par rapport au premier ?

Je suppose que je voulais un album impitoyable dans la veine de Darkness Descends de Dark Angel, où chaque chanson se jette sur la suivante. J’étais très influencé par le death metal australien. Donc j’imagine qu’à l’époque, c’était ce que j’avais en tête, et tel est le résultat. Et au niveau paroles, je m’explorais moi-même, j’explorais la société, et pour en revenir à moi, j’explorais ma lignée des deux côté de ma famille, du côté de mon père et de ma mère. Il y a un passif de maladie mentale et certaines anomalies cérébrales dans ma lignée familiale, autant du côté de mon père que de ma mère. Les deux côtés ont des histoires très différentes. Je dirais que du côté de mon père, c’est plus un truc neurologique médical, alors que du côté de ma mère, c’est juste… j’appellerais ça littéralement une dépression maladive. Ça m’a permis de faire des recherches et découvertes au sein de ma famille. Il y a plein de chose à propos de ma famille que je ne sais pas. C’est comme si j’étais né, je suis sorti comme une furie de l’utérus pour rejoindre le monde, et je n’ai pas vraiment regardé en arrière avant bien plus tard. Et c’est intéressant de voir d’où je viens, les circonstances, mon enfance et ma lignée.

L’album s’appelle Choosing Mental Illness As A Virtue (« choisir la maladie mentale en tant que vertu »). Est-ce que ça veut dire que tu as adopté ou accepté cette lignée marquée par la maladie mentale ?

C’est un titre intéressant [petits rires]. Tu vois, évidemment, ça fait réfléchir les gens. C’est genre : « Qu’est-ce qu’il veut dire par là ? » Tout d’abord, je veux que les gens lisent le titre et l’interprètent par eux-mêmes dans le cadre de leur propre vie. Mais, deuxièmement, je dirais que pour ma part, ça pourrait vouloir dire différentes choses. Deux qui me viennent d’emblée à l’esprit seraient pour répondre directement à ta question, et ce serait : si effectivement je souffre de maladie mentale, ce qui est très probable, ai-je un autre choix que de l’accepter ? C’est la question. Numéro un. Et numéro deux, ce que le titre veut vraiment dire, dans mon cœur, est le fait que j’ai la musique pour canaliser n’importe quel genre de négativité ou d’épreuve que je traverse avec la dépression mentale et ce genre de choses ; le fait d’avoir la musique comme exutoire, je vois vraiment ça comme une vertu, car lorsque tu ressens une colère irrationnelle ou bien une colère rationnelle mais tu sais qu’il faut que tu restes dans le rang et que tu te tiennes à carreau, et dans les limites des lois humaines, évidemment, je dirais que c’est bien plus sain d’écrire une putain de chanson que de sortir foutre ton poing dans la tronche de quelqu’un [rires]. Au moins j’ai la musique comme exutoire, tandis que plein de gens galèrent avec leur maladie mentale. Je vois souvent des gens qui, je suppose, se posent des questions sur eux-mêmes, comme « où est-ce que j’évacue cette colère ? Où est-ce que j’évacue cette confusion ? Comment est-ce que je retourne ce problème pour prendre cette énergie négative pour en faire quelque chose de positif ? » C’est toujours une épreuve.

« Le fait d’avoir la musique comme exutoire, je vois vraiment ça comme une vertu, car lorsque tu ressens une colère […], je dirais que c’est bien plus sain d’écrire une putain de chanson que de sortir foutre ton poing dans la tronche de quelqu’un [rires]. »

Tu es un grand fan de films d’horreur, et la maladie mentale a été très largement exploitée par ce genre de films. Vois-tu un parallèle entre ta musique et ces films d’horreur ?

Je vois un parallèle entre le metal extrême et les films d’horreur, point barre. Toujours, depuis des décennies. On peut remonter aussi loin qu’Alice Cooper et même avant. Enfin, je sais qu’il y un génie de la musique là-dehors qui dira : « Wow ! Untel et untel l’ont fait avant untel et untel ! » Mais ce n’est pas là où je veux en venir, ce que je veux dire c’est que l’imagerie et toutes ces conneries, ça vient des films d’horreur et de notre idée des films d’horreur. Les monstres, les sons que font les montres, les dinosaures, les loups-garous, les putains de dragons, etc., et surtout, bien sûr, les corps possédés de l’Exorciste, et surtout le premier Evil Dead, tout ça égale le death metal. Fais-moi confiance. J’étais là. Je sais pourquoi ça existe [petits rires]. Donc les parallèles ont toujours été là. C’est quelque chose que je vois clairement.

On dirait que le monde devient de plus en plus fou chaque jour. Dirais-tu que c’est la maladie mentale qui contrôle le monde ?

Eh bien, si tu lis mes paroles, je pense que tu seras content de savoir que j’ai remarqué la même chose !

Penses-tu que les malades mentaux ne sont pas toujours ceux qu’on croit ? Je veux dire, penses-tu que certaines personnes considérées comme saines sont bien plus dérangées que d’autres diagnostiquées comme malades mentales ?

C’est intéressant que tu parles de ça, Nicolas, parce que nous vivons aujourd’hui dans un monde où, avec les réseaux sociaux, on peut entendre des voix s’exprimer en provenance de partout dans ce monde de dingues. La seule façon pour moi de le dire correctement, et avec bon sens, est que l’on a désormais sous nos yeux quelque chose qu’on nous a toujours raconté, et c’est que tout le monde ne vit pas de la même façon, et ne voit pas la vie pareil, et tout le monde ne pense pas pareil. Le fait même que ça soit sous nos yeux, qu’on le voit vraiment… C’est intéressant rien que de vivre aux Etats-Unis et voir comment la dernière élection présidentielle s’est jouée, comment chaque parti essaye de disgracier le parti opposé juste parce qu’ils sont de tendance politique différente et ce genre de chose, ça me semble un peu dur et un peu extrême. Quand on voit certaines insultes… Peut-être que ma génération a été éduquée à croire qu’être ouvert d’esprit et à l’écoute des arguments de l’autre prouvent notre valeur, et ça s’est toujours avéré durant mon enfance et ma vie de jeune adulte. Lorsque quelqu’un faisait quelque chose de déplaisant, pour ainsi dire, on le réglait, c’était pardonné et ça s’arrêtait là.

Mais aujourd’hui, on dirait que toutes les semaines il y a quelqu’un avec un nouveau… J’appelle ça les quinze minutes de honte. Tout le monde a ses quinze minutes de honte de nos jours [rires]. C’est là où internet devient une mentalité de ruche. C’est genre « bon sang ! » Tout le monde a un avis sur internet et c’est comme ça. C’est en partie pour ça que je ne vais même jamais sur les sites musicaux, à moins que quelqu’un m’envoie un lien par un biais quelconque, ce qui est très rare, parce que je viens de la culture des fanzines, mec ! Je reçois toujours des fanzines faits main, et tu sais de quoi ils parlent ? Ils parlent de musique ! Ils parlent de groupes qu’ils aiment, ils promeuvent des groupes, ils font des interviews intéressantes, et ils ne sont pas là à raconter de la merde, ils ne sont pas là « regarde qui a dit ça ! », ils ne sont pas là pour les drames, ils ne sont pas là pour faire du clic, et c’est ce que j’aime. C’est très rare de tomber sur un soi-disant site musical de nos jours sans voir des conneries pour faire du clic, mec ! Je préfère largement être informé sur un groupe plutôt que de connaître leurs convictions politiques ou leur putain de… Rien de tout ça n’est important ! Je n’en ai rien à foutre ! Tout ce qui m’intéresse, c’est la musique mec !

Pour rester sur le sujet de la maladie mentale : quelle est la chose la plus dingue que tu aies faite ?

C’est impossible… Il n’y a pas moyen que je puisse dire ça à la radio [rires]. C’est une question sacrément audacieuse, Nicolas ! [Petits rires] Essaierais-tu de me donner mes quinze minutes de honte ? Je les ai déjà eues, mec ! Ça me suffit ! [Rires]

Justement, en parlant de quinze minutes de honte, en février 2016, tu t’es retrouvé dans la tourmente à cause d’un salut nazi que tu as fait étant ivre. Est-ce que les choses se sont calmées par rapport à ça ?

Le seul endroit où ça a vraiment été monté en épingle était sur internet, point barre. Et c’est tout, mec, vraiment. Et regarde, la vérité sur le sujet, pour clarifier les choses pour quiconque serait embrouillé : je n’ai pas de putain d’esprit politique, je fais des blagues grossières, je fais un tas de choses rustres. Je viens de la culture du mauvais goût. J’ai été élevé avec G.G. Allin et ces putains de The Mentors. Ecoute, je veux qu’une chose soit très claire, si jamais des gens… Et la raison pour laquelle je dis ceci, c’est parce que pour moi, insinuer que je sois raciste – je déteste même employer ce mot ! – c’est non seulement fourbe et des conneries… Je veux qu’une chose soit très claire : premièrement, toutes mes excuses. Les seules personnes envers qui je m’excuse sincèrement sont tous ceux qui se sont sentis offensés ou même qui se sont demandé si j’étais un genre de suprématiste blanc ou… [Petits rires] Ecoute, je sais de quoi j’ai l’air, mais la vérité, c’est que je vis à la Nouvelle-Orléans, en Louisiane, et il fait putain de chaud là en bas ! J’ai eu des cheveux longs, mais c’est plus confortable d’avoir le crâne rasé ! Putain, c’est tout. Je sais de quoi j’ai l’air [rires]. C’est putain de ridicule. Regardez la personne que je suis. Regardez ma vie pendant rien que cinq ou dix minutes s’il le faut. Regardez les paroles que j’ai écrites.

« La vérité est que j’ai de l’amour pour tout le monde dans mon cœur. […] Bon sang, je crois que la personne avec laquelle j’ai le plus gros problème dans ma vie, c’est moi ! Merde ! Je crois que je me déteste avant tout, donc… Je suis un ‘raciste anti-moi-même’. »

Je ne crois pas toutes ces conneries. Putain, je suis rangé du côté de personne. Je suis rangé de mon côté. Et ma religion, c’est la musique. Ma religion, ce sont les films d’horreur. Ma politique, ce sont les putains de matchs de boxe. C’est ça ma vie. La boxe poids lourds, la musique et les putains de films d’horreur. Et hey, je veux vraiment que ce soit très clair : j’ai de l’amour dans mon cœur. Il se peut que je donne le sentiment d’être un genre de salopard en colère ou je ne sais quoi. Très bien, mais la vérité est que je n’y peux rien si j’ai cette tête ! Et je n’y peux rien si mes influences sont ce qu’elles sont, c’est-à-dire les chanteurs de hardcore des années 80, Roger Miret, Henry Rollins, voilà qui je voulais être, ce sont et ce sera toujours mes influences, ce style agressif. Donc vous prenez ça, vous le voyez et vous lisez à ce sujet, très bien, mais il y a une personne sous cette imagerie. Je suis un mec cool ! [Petits rires] Je suis assez relax, mec ! Je suis assez terre-à-terre. Et la vérité est que j’ai de l’amour pour tout le monde dans mon cœur. Je n’en ai rien à foutre. J’ai des amis en tous genres. Je n’ai pas vraiment une once de haine en moi. Peut-être que je suis en colère sur certains sujets, peut-être que j’ai du ressentiment, mais mon ressentiment est principalement envers moi-même, bordel ! Donc, bon sang, je crois que la personne avec laquelle j’ai le plus gros problème dans ma vie, c’est moi ! Merde ! Je crois que je me déteste avant tout, donc… Je suis un « raciste anti-moi-même ».

De nos jours, il y a toujours quelqu’un avec un smartphone prêt à filmer quoi qu’il se passe. Fais-tu plus attention désormais à ce que tu dis ou fais sur scène et en public ?

Ouais, honnêtement, si les gens veulent jouer à ce petit jeu qui consiste à être pointilleux et supérieur, et être absolument et parfaitement vertueux dans la vie, alors de la part d’un mec haut en couleurs, marrant, charmant, diablement bel homme tel que moi, ils n’obtiendront plus grand-chose. En personne, je serre la main, je dis bonjour, mais c’est à peu près tout. Internet a tué le vieux… C’était quoi ? « Radio killed the video star » ? Sur scène, je n’ai pas grand-chose à dire. Je suis là pour faire le concert, donc je chanterais les chansons et je partirais. La fête est finie, Nicolas !

J’ai d’ailleurs entendu dire que tu as même décidé d’être sobre désormais…

Ouais, je n’ai pas bu une goutte d’alcool depuis environ deux ans maintenant.

C’était à cause de ça ?

Nan. C’était un pari et le pari s’est avéré être une bonne chose, et ça a été assez facile, et très sympa, en fait. Plus de gueule de bois, mec ! Ça fait du bien !

Tu as un nouveau projet qui s’appelle En Minor…

Ça aussi c’est vieux !

Oui mais justement, comment se fait-il que toute cette vieille musique sorte seulement aujourd’hui ?

Ça fait une éternité que je suis assis dessus ! Et c’est genre : « Putain, mec ! » Honnêtement, j’ai vu tant de mes pairs mourir, et mourir jeunes. Ça me fait réfléchir et me dire : « Mec, je suis assis sur toute cette putain de musique ! » Tu sais, c’est suffisamment bon pour que les gens puissent l’écouter. S’il y a des gens qui sont du genre à vouloir toute la discographie d’un artiste… J’ai tout un tas d’étranges conneries que j’ai faites par le passé. Doucement, je vais les faire fuiter, de manière incrémentale, ici et là, sous diverses formes. En Minor, là-dedans aussi il y a pas mal de nouveaux éléments. J’imagine que c’est ainsi que les choses vont fonctionner pour la plupart des plus vieux projets, ils vont être réinitialisés, surtout si les mecs du groupe s’impliquent, évidemment, les choses prendront un tournant, ça va changer et se métamorphoser. Mais peut-être qu’un jour je déchargerais sur tout le monde tout un tas d’enregistrements quatre-pistes que j’ai fait, il y en a des centaines, soit parce que ça vaut la peine pour se marrer un coup, soit parce que c’est un aperçu d’une toute autre facette musicale par rapport à ce que j’ai fait pendant des décennies.

On en sait très peu sur En Minor, en dehors du fait que ce sera très différent et très inspiré par le côté sombre des années 80. Peux-tu nous en dire plus ?

Je ne veux pas que les gens se fassent de fausses idées sur cette histoire de côté sombre des années 80, comme quoi ce serait trop ancré dans la culture pop, ce n’est pas ce qu’il faut se dire. Il ne faut pas s’imaginer Billy Idol [petits rires], ou même The Cure, c’est trop produit. Je ne peux pas dire que c’est aussi bon que ça ou même que ça joue dans la même division. J’essayais juste de faire une généralité pour expliquer d’où ça vient. Et si quelqu’un sait de quoi je parle, peut-être qu’il pourra en retirer quelque chose, mais si tu regardes un groupe comme U2, spécifiquement, évidemment, globalement, il y a très peu en commun avec En Minor, mais si tu considères un morceau qu’ils ont fait qui s’appelle « Drowning Man », tiré de l’album War, là, cette chanson en soit pourrait être un bon reflet du genre de chanson que je fais dans En Minor. C’est une chanson d’un type de groupe dont chaque chanson a son propre feeling et sa propre identité. J’espère que ça ne le fait pas trop monter en épingle, je ne veux pas décevoir les gens, mais c’est différent. C’est, encore une fois, une autre page dans le satané chapitre. Est-ce que tu aimes « Planet Caravan » ? Est-ce que tu aimes Swans ? Est-ce que tu connais la chanson de U2 dont je parle, « Drowning Man » ? C’est vraiment dans cette veine. Clairement « Planet Caravan », ou « Solitude » de Black Sabbath, ce genre de connerie.

Bon sang, il y a tellement de trucs ! Ce premier album contient seize chansons, mec, et il reste probablement encore trois albums [petits rires]. C’est quelque chose que nous faisons depuis très longtemps, c’est juste que… Tous les gars avec qui j’ai jammé viennent d’autres groupes, donc se rassembler pour faire encore un autre projet et trouver le temps de le faire correctement… C’est une question de timing, mec. Nous avons enfin un enregistrement que je trouve suffisamment bon pour que les gens puissent l’entendre. Il y a de vraies imperfections sur l’album, surtout de mon côté, mais je pense que j’en parlerais une fois que vous l’aurez tous entendu. Je ne veux pas trop en parler, car toi et les gens, vous ne l’avez même pas encore entendu. Mais pour résumer, quand je parle d’imperfections, ce sont des choses que j’ai faite en connaissance de cause, je les ai laissées parce que ça sonnait bien. Encore une fois, nous en parlerons quand tu en prendras connaissance.

« Si les gens veulent jouer à ce petit jeu qui consiste à être pointilleux et supérieur, et être absolument et parfaitement vertueux dans la vie, alors de la part d’un mec haut en couleurs, marrant, charmant, diablement bel homme tel que moi, ils n’obtiendront plus grand-chose. […] La fête est finie ! »

Tu es plus que jamais un électron libre : tu as ton groupe solo, Superjoint, Scour, Down et tu as désormais En Minor. Est-ce important pour toi de ne pas être catégorisé ?

Tout à fait, car je trouve que c’est toujours très intéressant de parcourir la discographie d’un artiste solo, au bout du compte. Si tu regardes un gars comme David Bowie, par exemple… Je ne suis pas David Bowie, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit, mec ! [Rires] Et jamais on ne me confondra avec lui. Mais ce que je veux dire c’est que, pour de la pop, il a touché à un très large éventail, il a utilisé tellement d’instruments différents qui étaient à sa disposition à différentes époques musicales, encore et encore, avec tellement de génie et de façon si merveilleuse, je dois le dire : c’est très inspirant. Et je sais d’où je viens, je sais quelles sont mes racines, le heavy metal, et j’y reviendrai toujours, mais s’éloigner… ce qui n’est pas vraiment s’éloigner, car j’ai fait des chansons douces par le passé avec des groupes, comme Pantera avec « Suicide Note Part I », ou Down qui a évidemment ses propres chansons douces. Je l’ai fait auparavant mais de cette façon particulière, où je peux être un vrai baryton, et vraiment me focaliser sur un mode mineur, que j’adore, j’adore le mode mineur, c’est essentiel pour moi, vraiment, c’est amusant, mec.

Dans cette prolifération de groupes et projets, qu’est-ce qui t’attire le plus ? Est-ce plus l’aspect collaboratif ou plutôt le fait que tu as l’occasion de toucher à tous les styles que tu veux ?

Je pense que c’est la liberté musicale. C’est vraiment ça. Le groupe de gars qui m’entoure aujourd’hui est très flexible et je pense que nous sommes à un stade de nos vies où nous savons que la musique est… Jusqu’à ce que quelque chose de nouveau débarque dans le metal extrême, je dirais que nous sommes face à un mur. Pour ce qui est de la musique extrême, on sait à quoi s’attendre. Je veux dire, les blast beat seront plus rapides ? Je ne sais pas… Donc d’ici à ce que quelque chose de neuf qui soit acceptable ou devienne acceptable est présenté, et peut-être que c’est un instrument, peut-être une fréquence, peut-être une nouvelle complexité, je ne sais pas encore ce que ça sera, mais d’ici à ce que ça arrive, en attendant il y a une sorte de mur, donc je suppose que nous avons le sentiment d’avoir fait ce que nous avions à faire. Il y a certaines limites, j’aimerais me poser un instant et absorber de nouveaux sons… Honnêtement, ces derniers temps, je suis là et n’écoute vraiment rien, je regarde mon équipe de football, on est sur des matchs décisifs et on vient de gagner hier soir. Donc j’ai mis un peu la musique en pause et parfois, c’est bien de faire ça. J’ai gribouillé de nouvelles paroles, donc c’est quelque chose, mais reposer mes oreilles vis-à-vis des riffs et tout le toutim, ça fait du bien. C’est comme recharger les batteries. Voilà où j’en suis là tout de suite. C’est comme attendre l’inéluctable, c’est-à-dire normalement des riffs que finiront par venir en tête.

Donc, pour ma part, la liberté musicale, c’est ce que je choisis. Je pense que c’est ce que tout le monde a à l’esprit. Je sais que Jimmy Bower a expérimenté avec un paquet de styles différents. Kevin Bond a toujours été un livre ouvert. Steve Tayler est un musicien démentiellement incroyablement génial, qui est toujours en train d’écrire quelque chose de nouveau et qui peut emprunter n’importe quelle direction. Et ensuite il y a Mike Deleon et Walter Howard qui sont toujours en train de cravacher. Deleon est mon partenaire de death metal ; son principal centre d’intérêt dans la vie c’est le putain de death metal en quatre-quatre [petits rires], et je lui dois une accolade pour ça, c’est un bon gamin ! Mais tu sais, ça me permet de rester équilibré. J’ai un super groupe de putain de musiciens autour de moi, j’espère que je n’ai omis personne… Blue [Jose Manuel] Gonzales ! Qu’est-ce que je ferais sans Blue ?! Il apprend vite ! Il est toujours dans sa phase d’apprentissage, c’est vraiment un excellent batteur. Je crois qu’il a 26 ans, j’ai hâte de l’entendre… J’aurais largement dépassé ma date de péremption d’ici là, lorsqu’il aura 36 ans, j’en aurais 206, mais bref, lorsqu’il aura 36 ans, ce sera un batteur encore meilleur. Il est toujours en processus d’apprentissage et pourtant c’est déjà un super batteur, mais le plafond est très haut pour Blue. Je m’éclate, Nicolas !

Peux-tu nous donner des nouvelles de Down ? Vous aviez ce projet de sortir une série d’EPs, deux sont déjà sortis, du coup vous en êtes où ?

Je dirais que nous en sommes à un stade idéal, mec. Pepper [Keenan] vient tout juste de sortir le nouveau COC, je sors tout juste le nouvel album de The Illegals, Eyehategod est en tournée. En Minor a jammé ici et là… Donc ouais, tout est parfait, mec. Il se passera sûrement encore deux ans avant le prochain EP ou quelque chose comme ça, mais Nicolas, voilà la bonne nouvelle, même si je sais que je te fais un peu marcher, sois indulgent avec moi, parce que mon sens de l’humour peut aller loin, et je suis un homme absurde, mais fais-moi confiance lorsque je te dis de me faire confiance : il y a bien plus de chances que le nouveau Down se fasse plutôt qu’il ne se fasse passe pas. Ça arrivera, faites-moi confiance !

Interview réalisée par téléphone le 8 janvier 2018 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Danin Drahos (1, 5 & 6) & Jody Dorignac (2 & 3).

Site officiel de Phil Anselmo : philanselmo.com.

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  • C’est exactement l’image que je me faisais de lui.

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  • Issou… Que dire de plus ?

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  • C’est que du pipo anselmo et radio metal defendent ce type

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    Killjoy

    Moi aussi je le défend !

    Avé Cesar !

  • Prolifique le Phil ! Prolifique et toujours vivant ! qu’on l’aime ou pas chaque projets qu’il sort est un grand Fuck à ses détracteurs

    Avé Phil

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  • Anselmo attire la sympathie. Le gars semble avoir un goût pour jouer avec la ligne rouge et il a raison. Ce n’est pas son T-shirt de Deathspell Omega, très bon combo au demeurant, qui le contredira. En cette période de retour à un certain ordre puritain et de la dictature du politiquement correct , je trouve ça rafraîchissant et ceci dépasse le cadre purement musical.Je ne suis pas fan de Pantera ni des ses autres projets actuels mais peu importe, sa rebellion semble saine.

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  • Phil est grand!
    Quelle sagesse pour un gars tordu.

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    Killjoy

    Absolument d’accord !!!

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