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Interview   

Philippe Lageat : la légitimité pour s’exprimer


Philippe Lageat est le rédacteur en chef de Rock Hard France,[/urlb] le seul mensuel metal actuellement disponible en kiosques. Créé en 2001, le magazine va fêter comme il se doit son 100e numéro en juin prochain. Un événement qui méritait bien que Radio Metal s’y intéresse. Car Phil Lageat fait partie des rares personnes qui ont acquis, au fil des années, une légitimité indiscutable dans le milieu du metal. Alors lorsque Phil parle on se tait et on l’écoute (enfin en l’occurrence on le lit) religieusement. Surtout quand notre interlocuteur – qui a le grand mérite de ne pas avoir la langue dans sa poche – évoque le numéro 100 de Rock Hard, l’histoire du magazine, sa toute nouvelle stratégie web ou encore ses confrères de la presse metal. On vous aura prévenu, ce très long entretien est à ne louper sous aucun prétexte.

6 avril 2007 : Angry Anderson, Phil Lageat et le regretté Mick Cocks à l’Empreinte de Savigny-Le-Temple, après un excellent concert de Rose Tattoo
Radio Metal : Rock Hard existe depuis 2001. En juin vous allez sortir votre 100e numéro. Pas mal pour les grands malades que vous étiez et que vous êtes toujours je présume ?!

Philippe Lageat : En effet c’est pas mal ! Pour nous le numéro 100 ne sera pas spécialement différent des numéros 99 ou 101 sur la manière d’agir. Par contre, c’est un chiffre symbolique en forme d’aboutissement après ces 9 années de travail. On est contents, surtout dans la conjoncture actuelle peu favorable aux ventes de disques et de magazines. On travaille donc sur ce numéro 100 et on va le terminer vers le 28 mai. La pagination sera de 148 pages au lieu des 108 ou 116 habituelles. Il y aura aussi un petit gadget inséré dans 1/3 des magazines avec les cornes du diable clignotantes que l’on peut retrouver dans les concerts d’AC/DC. On peut également noter la présence du programme 64 pages du Hellfest 2010 dans tous les magazines. Le public aura également entre les mains un magazine dos carré/collé au lieu des agrafages habituels qui lui donnera un côté collector. Ce sera donc un numéro exceptionnel, avec en plus des gadgets et innovations évoquées précédemment, le sampler.

Concernant les cornes d’AC/DC, elles seront présentes dans 1/3 des magazines vendus. En effet on ne souhaitait pas imposer ça à tous les lecteurs. Elles seront donc dispersées dans les kiosques, et le mag avec les cornes sera un peu plus cher que le mag classique également disponible. Mais de toute façon, les cornes resteront bien moins chères que le coût de ces gadgets aux concerts. Donc personne ne se sentira obligé de payer le magazine un peu plus cher.

Par ailleurs, avec ce numéro 100, on a eu la volonté de marquer le coup donc on a eu des idées farfelues que je ne te dirai pas ici car on les réutilisera peut-être dans le futur ! Enfin, tout ça est plutôt fun car, en plus, AC/DC vient pour deux concerts événements au Stade de France et à Nice les 15 et 18 mai prochains. Comme le premier numéro avait été consacré uniquement à AC/DC, c’était un petit clin d’oeil. Et le coup des cornes est aussi un petit clin d’?il au moment où l’époque des festivals arrive !

Après il y aura aussi une grosse différence dans le contenu puisque on pourra y trouver 40 pages supplémentaires. Il y aura de tout, notamment des photos choisies dans les archives de Marc (NDLR : Marc Villalonga, photographe de Rock Hard) qui retrace les 9 dernières années, une présentation individuelle de chaque membre de la rédaction passée et présent, un retour sur chaque numéro… En effet, il y aura du rédactionnel qu’on ne trouvera pas dans les autres numéros. Il est bien entendu événementiel pour cette raison.

Concernant l’Histoire de Rock Hard. A l’été 2001, est-ce que vous avez trouvé directement votre public ou les ventes ont mis du temps avant de décoller ?

Oui et non dans le sens où le premier numéro était en fait un numéro 0 qui avait été créé par 3 personnes : Marc pour les photos, Vanessa pour la maquette et moi-même pour le texte. A l’époque ça permettait de laisser le temps de se retourner aux amis de l’équipe qui allaient nous suivre le mois suivant (ndlr : Rock Hard a été créé par Marc et Philippe – ex-Hard Rock Magazine – avant que les autres membres de Hard Rock Mag ne les rejoignent) ainsi que pour Hard Rock Magazine qui du coup devait trouver d’autres personnes. Même si 99% de l’équipe Hard Rock nous a suivi. Le Numéro 1 était donc spécial car il avait été entièrement consacré à AC/DC. Sa pagination était réduite et il fait plus office de hors-série qui visait un public plus limité que le deuxième numéro.

Dans les faits, on a vendu correctement le numéro 1 et on a trouvé en partie notre lectorat. Les gens qui ne connaissaient pas Rock Hard étaient assez frileux, ce qui peut se comprendre car beaucoup de titres ont fleuri ses 15 dernières années avant de s’éteindre rapidement comme Metal Hammer, Metal Attitude, Total Addict etc. Tous ne sont pas restés donc on peut comprendre une certaine méfiance mais dès le numéro 2 les gens ont davantage compris qu’on était les anciens de Hard Rock et, au fur et à mesure, on s’est stabilisé niveau ventes. Nos noms étaient assez connus mais on n’avait pas l’argent nécessaire pour faire une campagne de promo vraiment efficace (affichage devant les maisons de la presse etc.). C’est donc le bouche-à-oreille qui a fonctionné pendant 8 ou 9 mois pour que ça se stabilise côté public. Concernant les labels, cela s’est fait naturellement car on avait déjà eu à faire à eux pendant 7 ou 8 ans avec Hard Rock donc on les connaissait depuis suffisamment longtemps.

Tu pourrais dégager comme ça, spontanément, les moments les plus durs et les plus beaux que tu as rencontrés pendant ces 9 années ?

C’est une question difficile car chaque mois a sa peine et ses joies. Avec un format mensuel, par définition on remet tous les mois le couvert dans un contexte différent. La sortie du numéro 2 avait été un moment fort car on voyait enfin ce qu’allait être réellement le magazine. Pour l’anecdote, la veille de la sortie on était à Paris pour une soirée Slayer réservée à la presse où le groupe assurait la promotion de son album (ndlr : God Hates Us All). Ca c’est fini très tard et c’était d’ailleurs une très bonne soirée alcoolisée ! Puis on s’est retrouvé dans le Paris de Jacques Dutronc, à 5 heures du matin, et on déambulait dans les rues pour trouver notre Rock Hard en kiosques…

En fait j’ai des souvenirs humains plutôt que journalistiques. Les premiers pas avec Rock Hard furent difficiles au niveau matériel et c’était différent du Hard Rock de l’époque en ce qui concerne les moyens qu’on avait à disposition. Avant Hard Rock Magazine on était confronté à des choses connues et on ne faisait QUE le magazine alors qu’avec Rock Hard il fallait directement faire le choix de l’imprimeur, assister à l’impression etc. Bref ce sont les difficultés des responsabilités. Nous attendions aussi les chiffres de vente avec une certaine fébrilité car Marc et moi on s’était engagé dans cette voie volontairement, les autres aussi mais on se sentait une certaine responsabilité envers les autres membres de l’équipe car il fallait du courage de leur part pour venir. Surtout quand on voit qu’un titre de presse peut se casser la figure au bout de trois numéros…

C’était une nouvelle responsabilité pour nous car à Hard Rock on était tous salariés. Le numéro marchait ou ne marchait pas, ce n’était pas fondamentalement grave car tout le monde gardait son boulot… Avec Rock Hard, j’ai un souvenir ému de certains bouclages dans un minuscule appartement de Montmartre, un endroit vraiment exigu où on bossait pendant 3 ou 4 jours non-stop. Ce fut des moments inoubliables et on était obligé de se serrer les coudes.

Et puis, concernant les mauvais moments, il y a eu des différences avec des membres de l’équipe. Je dirais que ce n’est jamais agréable d’avoir des différences avec les membres du staff et de se séparer de quelqu’un avec qui on bosse depuis des années. Il y eu des engueulades – une bonne tous les mois – ou encore certaines tensions dues au rédactionnel, aux chiffres de ventes etc. Mais rien de bien méchant en fait.

Avec Olivier Rouhet, Benji, Sébastien Baert, Stéphane Auzilleau etc., on ne partait pas de zéro quand même. On a toujours essayé de développer un ton assez humoristique et parfois on tombe même sur des lecteurs très sérieux – ce qui est bien aussi – et nous c’est vrai qu’on est assez rock n’roll dans l’approche. Au moment de la création et des débuts, la pression était là mais on avait certaines bases et on savait comment il fallait faire un magazine. Les labels étaient tout de suite partants avec nous et le fait que nos amis nous rejoignent nous a mis du baume au c?ur. Marc et moi, en créant Rock Hard, n’avions aucune certitude qu’ils nous suivent. Mais, sans aucune pression et de leur propre chef, ils nous ont rejoints. Cela nous a rassurés sur le volet rédactionnel car nous avions déjà des automatismes. Pour nous le plan amical est bien plus qu’un bonus. Benji est par exemple de Bordeaux et quand il vient à Paris il dort chez moi, et réciproquement ! Tu vois le truc…


Phil Lageat : « Pour l’anecdote, la veille de la sortie on était à Paris pour une soirée Slayer réservée à la presse où le groupe assurait la promo de son album (ndlr : God Hates Us All). Ca c’est fini très tard et c’était d’ailleurs une très bonne soirée alcoolisée ! Puis on s’est retrouvé dans le Paris de Jacques Dutronc, à 5 heures du matin, et on déambulait dans les rues pour trouver notre Rock Hard… »
Justement, depuis sa création l’équipe de Rock Hard a pas mal bougé. Aujourd’hui est-ce que vous êtes complètement stabilisés là-dessus ?

C’est marrant ça me rappelle la question qu’on pose aux artistes sur l’évolution de leur line-up ! Non je ne peux pas absolument assurer que l’on s’est stabilisés, je l’espère mais c’est aussi important d’amener du sang neuf. Il y a également des évolutions rédactionnelles ce qui est une bonne chose. Depuis 1 mois on a un stagiaire, François Blanc, qui est plus spécialisé sur le folk/metal, viking/metal. Ce sont des domaines dans lesquels on n’excelle franchement pas donc on se complète assez bien. Si c’est possible on espère, je croise les doigts, l’intégrer définitivement après ses 3 mois de stage mais c’est notre 1er stagiaire.

Au départ on était réticent à l’idée d’avoir un stagiaire. Sur tous les mags metal français, très peu paient leurs pigistes. Quand on a quitté Hard Rock Magazine on s’est dit avec Marc « si on fait ce mag, c’est pour travailler avec des gens qu’on apprécie et qui font donc un travail énorme tout au long de l’année donc soit on les paye – et pas au rabais – soit on arrête le mag ». Jusqu’ici, on a toujours payé tout le monde. C’est peut-être une de notre plus grande fierté car ce n’est pas le cas partout, loin s’en faut. D’autre part, on n’a jamais souhaité profiter d’élèves d’école qui viennent dans les bureaux sans être rémunérés. Et le rythme est tel qu‘on a de toute façon très peu de temps pour s’entourer de gens à qui ont veut inculquer le métier. C’est plus facile de dialoguer avec des mecs qui viennent des mags, des webzines ou des fanzines. Il fallait que les gens soient opérationnels tout de suite. Là le stagiaire est une exception. Ca se passe bien : c’est donc un accident heureux…

Faire plus de 100 pages tous les mois, est-ce pour Rock Hard une volonté et/ou une nécessité ? Car cela demande un investissement colossal…

Ce n’est en aucun cas une obligation. La pagination est fluctuante, le but est de stabiliser le journal à 108 pages. Je vois mal comment résumer l’actualité d’un mois intégral – même grossièrement – à moins de 110 pages. Sur un numéro, on avait fait 84 pages mais c’était une exception avec un mois sans actualité. A l’inverse, sur un ou deux numéros, on avait fait un mag de 132 pages mais là encore c’était une exception et la pub était très forte. Il n’y a pas d‘obligation ni de nécessité. C’est simplement lié à l’actualité. En effet il y a une quantité de travail très importante car à Rock Hard nous ne sommes que 5 salariés. Les autres de l’équipe sont pigistes ou ont des boulots à côté donc, en quelque sorte, ils mènent une double vie. Et ce n’est pas évident car ils ont leur boulot, une famille etc. Donc eux doivent travailler dans des moments propices comme le soir, la nuit…Ce n’est pas toujours facile. De toute façon il y a tout à faire : interviews, retranscriptions, sessions photos, relectures, maquette, impression, sampler…Sur le mois y’a de quoi faire, pas de soucis !

Malheureusement nous n’avons pas de secrétaire de rédaction – comme on avait à Hard Rock Magazine – car on ne pourrait pas le payer. Notre structure ne nous le permet pas pour l’instant. Nous n’avons pas envie de faire travailler quelqu’un bénévolement. On relit nous-mêmes les textes des autres donc il y a plus de fautes. C’est un des problèmes, on se relit mutuellement pour tendre vers la faute zéro mais on est en permanence collé sur le texte et même si quelqu’un relit ton texte il peut louper un mot etc. Dans l’idéal il nous faudrait un secrétaire de rédaction.

Notes-tu des différences entre la presse metal française et étrangère dans la professionnalisation ?

Il n’y a pas vraiment de différences en termes d’informations mais, par exemple, à Rock Hard Allemagne ce sont des structures plus professionnelles qui ont beaucoup plus de lecteurs. Il y a une certaine fluctuation du nombre mais en moyenne ils ont 60 000 lecteurs par mois. Rock Hard France a pour comparaison 15 000 lecteurs. A l’époque de Hard Rock Magazine, je crois que le record était de 38 000 ventes sur un numéro spécial avec sampler de reprises etc. C’était un gros numéro avec un très gros sommaire.

Mais Internet s’est développé d’une manière incroyable, ceci expliquant cela. C’était une autre époque où le lecteur n’avait accès à l’info quasiment que par les magazines. Tous les mois il y avait même une certaine fébrilité avant d’acheter les magazines, moi j’étais lecteur d’Hard Force qui était mon préféré à l’époque. C’était l’époque du bouche-à-oreille, des magazines et du tape trading (ndlr : l’échange de cassettes, de démos entre les artistes et entre les fans). Aujourd’hui Blabbermouth, c’est le Monde du metal en un clic avec des news en temps réel. Ca a vraiment changé. De la même manière, les plus jeunes aujourd’hui, pas tous et heureusement, ont pris le pli de télécharger pour avoir la musique gratuitement et cette certaine frange du public, qui ne sait plus ce qu’est acheter, préfère aller sur le web au lieu de dépenser 6 euros pour un magazine et un cd. Les mentalités ont changé.

Par ailleurs, ça me fait toujours sursauter que certains pensent que 6 euros pour un mag c’est cher avec le papier assez luxueux que l’on utilise. Rock Hard Allemagne a lui, par exemple, un papier très fin. Tout ça coûte cher… et 6 euros c’est en gros le pris d’un paquet de clopes. Même si j’aimerais vendre le magazine à 4,90 euros, vendre un mag à 4,90 euros serait pour nous très difficile alors que les NMP et NMPP prennent déjà 40% du prix total de vente ! 4/10e de mon temps sert à engraisser les NMP et NMPP donc c’est difficile…

Aujourd’hui on voit dans les kiosques français un mensuel Rock Hard, un mensuel gratuit Metal Obs’ diffusé dans les Fnac, un trimestriel Metallian et Hard Rock Magazine qui sort une fois tous les deux mois. Que faudrait-il pour qu’un nouveau mensuel voit le jour et est-ce tout simplement possible et nécessaire selon toi ?

C’est une très bonne question ! Etant de la partie, tu penses bien que je n’ai pas forcément envie de voir un nouveau mensuel débouler. Mais, très sincèrement, un nouveau mensuel qui débarquerait aurait intérêt à proposer quelque chose de fondamentalement nouveau et avoir derrière une structure financière conséquente pour s’imposer rapidement. Avec une promo que l’on n’a pas eue au départ, au moment de la création de Rock Hard. Ca nous botterait certainement le cul et c’était d’ailleurs le cas à l’époque de Hard Rock Magazine, Hard Force, Metallian etc. Même si on se complétait, on était tous concurrents. Je regrette l’absence d’un Hard And Heavy aujourd’hui qui dans les dernières années nous complétait bien. La presse metal va plutôt mal, c’est par exemple ce que montre le fait qu’un mensuel devienne bimestriel ou trimestriel et ça je ne peux pas m’en réjouir. On reste le dernier mensuel en kiosques. C’est une hégémonie assez confortable mais dans l’absolu l’absence de véritable concurrent mensuel en kiosques, je ne peux pas voir ça comme une très bonne chose.


Phil Lageat : « Je ne crois pas que ce soit viable de sortir un mag gratuit aujourd’hui en France, autrement dit il y a forcément des « combines » , entre guillemets, pour que Metal Obs’ puisse survivre. Cette « combine » c’est que, d’accord c’est un mensuel gratuit, mais qui prend de la pub au passage et qui donc adapte une partie de son rédactionnel par rapport à ça. Ce qui n’est pas du tout notre cas. »

Metal Obs’ je ne considère pas ça comme un concurrent. Les gens ont du mal à comprendre mais Metal Obs’ est un mag fait par des passionnés…mais qui est gratuit. De plus, en le cherchant dans les différentes Fnac, je le trouve assez rarement. Je sais que ça varie selon les régions, les magasins etc. Mais je ne crois pas que ce soit devenu forcément un rendez-vous incontournable et je ne crois pas qu’on fasse la même chose, voilà. Par exemple, sur le compte-rendu du Hellfest 2009 : 3 pages dans Metal Obs’, 80 chez nous et même 16 l’année d’avant. J’ai l’impression qu’on va plus en profondeur. Par ailleurs, je ne crois pas que ce soit viable de sortir un mag gratuit aujourd’hui en France, autrement dit il y a forcément des « combines », entre guillemets, pour que Metal Obs’ puisse survivre.

Cette « combine » c’est que, d’accord c’est un mensuel gratuit, mais qui prend de la pub au passage et qui donc adapte une partie de son rédactionnel par rapport à ça. Ce qui n’est pas du tout notre cas. C’est très important ça d’ailleurs. C’est incroyable cette image d’Epinal que certains lecteurs ou forumeurs ont sur la presse metal. Du style « ouais la presse metal ils parlent de tels groupes car ils ont de la pub des labels ! ». Alors je connais des magazines qui fonctionnent comme ça, je ne parle pas forcément QUE des mag metal mais aussi de certains magazines metal. Y’en a un qui fonctionne vraiment à partir de la pub mais nous, contrairement à ce qu’on peut lire, avoir un titre sur le sampler, c’est gratuit. On ne fait jamais payer le sampler. En Allemagne par exemple c’est différent car chaque titre est payé par le label ou par le groupe en question. De la même manière la publicité est un des nerfs de la guerre mais c’est surtout sur le rédactionnel qu’un magazine peut s’effondrer.

A Rock Hard on essaye de travailler en bonne intelligence avec les labels. On n’a pas de boss, on se fait plaisir et on parle essentiellement des groupes qu’on aime. Exemple avec le groupe Lyzanxia. Etant donné qu’on a eu une démarche spontanée avec le label, il y a de fortes chances – si le label a un budget pub – qu’il revienne vers nous d’une manière également spontanée. Les labels peuvent parfois mettre la pression, mais c’est une goutte d’eau dans l’océan. Ca me fait vraiment marrer de voir les gens penser le contraire et ce serait d’ailleurs une bonne expérience à faire que d’amener 10 lecteurs lambda pour qu’ils passent un mois avec nous. Ils seraient très surpris, on est pas Rock&Folk, on n’a pas toute cette structure, ces moyens de pressions. Non c’est beaucoup plus simple que ça. On fait un fanzine et la publicité tombe… ou ne tombe pas.

Sur la question de la pub. On fait 4 pages sur le groupe Deftones. On a contacté Warner directement et une fois l’interview réalisée on a envoyé des magazines à Warner. En 10 jours personne ne nous a répondu et quand on nous a répondu c’était pour nous dire non. Pour autant, on ne va pas supprimer les 4 pages. Pour nous c’est d’abord le contenu, et après la manière de faire ce contenu peut amener à fonder des relations de confiance avec certains labels. Après je n’ai pas envie de m’appesantir sur la presse metal. En tout cas, au début, quand j’ai découvert un média que je ne citerai pas en tant que lecteur, je me suis dit « voilà des passionnés, des doux dingues qui insistent vachement sur le metal extrême ». Fallait avoir le cran de sortir sur le metal extrême a l’époque. Mais je me suis aperçu, au fur et à mesure, que le plus commercial des mag metal en France est – et de très très loin – ce magazine. Eux c’est une entreprise, nous on est un fanzine luxueux, c’est très différent. Ce que je vois, c’est que là-bas tout se paye et tout se monnaye, et c’est loin d’être notre cas.

Plus généralement, que manque t-il au metal pour être représenté sur la FM et la TV ? Est-ce possible et est-ce que ce serait selon toi positif ? Beaucoup pensent que le style doit rester marginal…

Je ne suis pas d’accord avec ça. C’est un vaste débat car certains trouvent dans le metal un esprit et un côté marginal qui leur plaît, là-dessus pourquoi pas. Ce que je comprends moins c’est le discours « surtout n’ayons pas d’exposition médiatique car ça ne pourra que nuire au style ». Evidemment des sujets de M6 qui traitent du satanisme ne sont pas positifs et, dans ce cas, il vaut mieux qu’ils n’en parlent pas. Mais si on avait aujourd’hui des émissions aussi bonnes que Chorus – présentée par Antoine de Caunes où il y avait un concert live le samedi sur Antenne 2 – ça serait bien car ce type de programmes a apporté quelque chose en étant fait par des passionnés, comme nous. Et une bonne émission sur le metal ou le rock manque, c’est clair. Je ne comprends pas que sur des chaînes publiques, il n’y ait pas un bon créneau réservé à ça. Ca me parait être un très gros manque. En fait on se rend compte avec des émissions comme La Nouvelle Star qu’une majorité des téléspectateurs français n’en a rien à foutre du rock et du metal et préfèrent les émissions qui ont beaucoup moins de substance. Les chaînes font la course à l’Audimat et ne souhaitent pas se mouiller à faire une émission de rock. Même le jeudi entre minuit et deux heures du matin il n’y a aucune prise de risque. En Allemagne il y a Rockpalast, une émission culte. En France de toute façon je crois qu’on n’est pas très rock et ça se voit partout. Mais les 12/18 ans d’aujourd’hui ont des parents qui sont allés à des concerts… La roue tourne et la nouvelle génération sera peut-être plus rock.


Phil Lageat : « Au début, quand j’ai découvert un média que je ne citerai pas en tant que lecteur, je me suis dit « voilà des passionnés, des doux dingues qui insistent vachement sur le metal extrême ». Fallait avoir le cran de sortir sur le metal extrême à l’époque. Mais je me suis aperçu, au fur et à mesure, que le plus commercial des mag metal en France était – et de très très loin – ce magazine. Eux c’est une entreprise, nous on est un fanzine luxueux, c’est très différent. Ce que je vois, c’est que là-bas tout se paye et tout se monnaye, et c’est loin d’être notre cas. »
Tu as animé une émission de radio pendant 5 ans sur la région Bretagne (Fréquence Mutine). Quelle est ta vision du média radio aujourd’hui ? L’écoutes-tu ?

Très sincèrement je n’écoute quasiment jamais la radio. Et ce à mon grand regret ! C’est plus lié au boulot. J’écoute tellement de musique dans la journée et on a tellement de disques à écouter qu’il m’est déjà difficile de regarder la télévision… alors la radio. J’adore la radio pour en avoir fait et ça me manque. J’ai toujours pris mon pied car c’est un vecteur de communication génial qui laisse une plus grande part à l’imaginaire. La radio me manque : d’en écouter, d’en faire.

Je trouve ça d’ailleurs très bien que des gens comme toi en fasse sur le web, et en essayant en plus – et ça je l’ai vu depuis le départ – de glisser du contenu dedans. Un vrai magazine en paroles plus le contenu sur le site. Je t’encourage évidemment à fond à le faire. De là à te dire que tu es parti en croisade… je n’irai pas jusque-là mais ce n’est pas forcément ce qui est le plus évident ! Mais vous vous heurtez malheureusement au média Internet comme nous qui fait que le metalleux peut aller télécharger des disques et il y a suffisamment à faire sur le web pour passer à côté de la presse papier et, peut-être, du phénomène radio. Sachant que de plus en plus de groupes émergent mais ça n’a pas forcément d’impact sur la qualité. Les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas forcément le réflexe d’aller écouter la radio alors que mes parents écoutaient la radio car elle rôdait partout. Les émissions de Zégut ou Jeff Bouquet étaient des rendez-vous incontournables pour le hardos. Wango Tango de Zégut était un réflexe.

Internet est devenu un support incontournable. On sait que sur le net il y a à boire et à manger en termes d’information. Peut-on envisager un développement de Rock Hard à ce niveau ?

Oui et très rapidement. Au départ, Rock Hard devait imposer le magazine et le stabiliser. Aujourd’hui on a dépassé ça. La priorité a toujours été de développer le magazine papier et on n’a rien développé en parallèle pour ne pas être au four et au moulin. Mais on est en train de développer un site qui sera en ligne si tout va bien à la rentrée 2010. On pourra trouver des anciens numéros avec les archives, les sommaires détaillés, un service de vente détaillé… Il y aura beaucoup de contenus dessus et ce sera quelque chose de complémentaire au magazine. Notre problème aujourd’hui, c’est qu’on sort une fois par mois donc on peut être en retard sur une certaine actualité et le site Internet devrait nous permettre d’être ultra réactifs. Ce sera quelque chose d’interactif pour qu’on puisse discuter avec nos lecteurs, il y aura un forum mais pas que ça. Le but sera la rapidité et l’interactivité. Il faudra certainement quelques mois pour que le site se stabilise. Donc oui : on a enfin décidé de franchir le pas !

Pour terminer, une question sur ton actualité perso. Où en es-tu de l’avancée sur ton livre qui traite d’AC/DC ? Peux-tu nous retracer également en quelques mots ton histoire avec le groupe ?

En fait, j’ai commencé à écrire dans Let There Be Light, le fanzine sur AC/DC que j’avais créé. J’ai ensuite intégré Hard Rock Mag et AC/DC a toujours été mon groupe de c?ur. J’ai toujours voulu faire un livre sur AC/DC mais le livre que j’ai toujours rêvé d’écrire est sorti récemment ! Arnaud Durieux avait bossé dessus de son côté et il n’avait rien dit à personne. J’avais commencé à bosser dessus et quand Arnaud m’a contacté peu avant sa sortie car il avait besoin de certaines infos, je me suis dis « ah merde, c’est ce que je voulais faire ! » (rires).

Puis, le hasard a mis sur mon chemin un jeune fan d’AC/DC, Baptiste Brelet, qui faisait un webzine (Can’t Stop AC/DC Webzine) focalisé sur AC/DC et la France donc on a uni nos efforts pour faire le livre sur le groupe et la France. Le début remonte à 2 ans et demi maintenant. Au fil de nos pérégrinations et de notre petite enquête, on a mis la main sur des archives assez incroyables et notre but est de retracer le parcours d’AC/DC de 1976 jusqu’au Stade de France qui arrive en étant très exhaustif. Il y aura des centaines de photos, des interviews etc. On recule à chaque fois la date de sortie car on tombe sur des trésors mais on a la volonté d’arrêter réellement une date et de mettre tout ça à plat. Si tout va bien, le livre sortira à la fin de l’année 2011. Ce sera un beau livre de 350 pages environ. Ce sera très complet, on prend notre temps et aujourd’hui on n’a pas d’éditeur. Nous passerons peut-être par Grands Malades Editons qui édite Rock Hard. En fait, nous n’avons pas la volonté qu’un éditeur nous impose quoi que ce soit.

Radio Metal a également souhaité en savoir plus sur les relations qu’entretiennent Rock Hard et Patrick Roy, le fameux député qui a pris l’habitude de sortir le magazine à L’Assemblée Nationale ! Patrick Roy a montré plusieurs fois Rock Hard à l’Assemblée Nationale. C’est une très bonne publicité pour le magazine. Comment cela s’est mis en place avec lui ?

Ca ne s’est pas mis en place ! On n’aurait même pas eu l’idée, c’est d’ailleurs pour ça que cela nous semblait surréaliste. La première fois on ne le savait pas. C’est, je crois, son fils qui est lecteur et Patrick Roy a trouvé le magazine dans sa chambre. Il l’a feuilleté et quelqu’un de son cabinet nous a appelés pour nous faire part de la nouvelle comme quoi il l’avait sorti à l’Assemblée Nationale et nous a donné le lien vidéo : ce qui a été une sacrée surprise ! Ensuite, Patrick Roy nous a appelés directement pour nous en parler. On s’est rencontré et il a décidé de réitérer l’exploit. On n’avait jamais connu Patrick Roy avant. Ensuite, on l’a recroisé au Raismesfest ou sur différents concerts. Là il va organiser les Metallurgicales à Denain avec Paradise Lost, Soulfly etc le 5 juin prochain.

Je suis un peu partagé sur tout ça, la prochaine fois j’espère que, si il fait un coup d’éclat de la sorte, il parlera de Hard Rock, de Metal Obs’ ou de Metallian. Ca nous a fait de la pub mais est-ce qu’on a vendu un mag de plus grâce à ça ? Je ne voudrais pas que ça devienne systématique. Même si notre c?ur penche plutôt à gauche en aucun cas on a envie d’être récupérés. Pour l’instant ce n’est pas le cas mais il faut faire attention. On aurait pu tomber plus mal, un de Villiers avec Rock Hard – même pour en faire l’apologie – à l’Assemblée ca m’aurait beaucoup moins faire rire… Patrick Roy l’a fait avec le Hors Série du Hellfest. D’ailleurs, là aussi tu vois ça fait partie des très bons moments de Rock Hard. Pour la 1ere fois cette année il y aura toute l’équipe au Hellfest et on va certainement faire une fête carabinée jeudi soir à la veille du festival. Ce va être un sacré bon moment !

Site Rock Hard : www.rockhard.fr[/urlb]
AC/DC, le livre : www.acdclelivre.fr[/urlb]



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