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Chronique   

Pig Destroyer – Head Cage


Le grindcore. Un genre qui rebute encore de nombreux amateurs de metal. Certains y voient les exemples les plus violents de la scène, d’autre une vaste blague avec pour seul dessein d’amuser et de défouler les masses. La réalité est évidemment bien plus complexe. Derrière une violence incontestable quelle que soit sa forme, le grind peut être porteur de sens. C’est un peu ce que prônent les lascars de Pig Destroyer, l’un des maîtres de la scène depuis Prowler In The Yard sorti en 2001. Le groupe a montré de nombreuses facettes de sa musique, on pense notamment à l’EP Natasha (2008) plus proche du sludge et du doom. Leur dernier effort, Head Cage (premier album du groupe avec un bassiste, John Jarvis, et le batteur Adam Jarvis impliqué dans la composition), n’est pas une course effrénée ni un album de drone. Pig Destroyer semble situer sa musique dans un juste milieu, sans perdre de sa verve.

Head Cage tire son nom d’un instrument de torture médiéval. Le chanteur JR Hayes a eu l’idée d’utiliser l’instrument en se référant à des paroles qu’il a écrites pour un projet de noise avec Blake Harrison, l’arrangeur du groupe. Head Cage symbolise l’isolement, l’anxiété, la dépression, soit des thèmes récurrents dans la discographie de Pig Destroyer. En outre, l’album est le résultat d’un long processus de composition puisqu’il sort six ans après Book Burner (2012). JR Hayes ne s’est pas inspiré des mêmes groupes, il s’est cette fois tourné vers des groupes de noise rock comme Cherubs et Metz. Head Cage est une sorte d’hybride étrange entre l’agressivité du grindcore et le groove inhérent aux riffs de sludge. La production d’Head Cage sonne plus massive, sans doute parce que Scott Hull, guitariste du groupe, habituellement préposé à la chose, a laissé le mix et le mastering à Will Putney (Body Count, Exhumed, Knocked Loose). Cette différence dans le son se ressent particulièrement lorsque Pig Destroyer emploie des tempos plus mesurés et s’adonne à des riffs chaloupés à l’instar des trois minutes d’ « Army Of Cops » (avec la participation de Richard « Grindfather » Johnson d’Agoraphobic Nosebleed). La guitare et la basse de Pig Destroyer emprunte des tonalités à la nu-metal que les puristes regretteront, néanmoins il y a un impact indéniable qui vient contre-balancer l’hystérie des titres complètement survoltés que sont « Terminal Itch », « Trap Door Man », « Mt. Skull » ou « Dark Train », quatre compositions qui rappellent quels sont les premiers affects du groupe.

Pourtant, Pig Destroyer, lorsqu’il s’emploie à complexifier ses parties rythmiques, parvient à surprendre. Le groupe démontre une certaine aisance, voire de l’excellence dans le groove. Le riff d’amorce de « Circle River » emprunte des gimmicks parmi les guitares de hardcore les plus complexes. En terme d’arrangements, l’approche n’est pas aussi frontale qu’à l’accoutumée. « Circle River » profite d’un final post-rock qui permet de soulager l’enchainement de riffs. « The Torture Fields » s’ouvre par un micmac rythmique qui rappelle l’écriture d’Aaron Turner au sein de formations comme Old Man Gloom ou Sumac, la transition thrash en plus. Il y a en outre des réminiscences bienvenues de sludge notamment sur « Concrete Beast » qui voit la participation de Kat Katz au chant (Agoraphobic Nosebleed, aussi présente sur « Teminal Itch »). Pig Destroyer peut même se permettre un titre de sept minutes via « House Of Snakes » (l’histoire d’horreur de l’album) avec comme mantra de ne pratiquement jamais répéter le même riff. Il y a constamment un agencement rythmique différent, une partie de batterie qui s’enrichit ou s’épure. Le titre se conclut par une ligne de guitare-basse complètement délurée portée par un Adam Jarvis dantesque derrière les fûts.

Head Cage impressionne par son riffing. Certes l’album pourra déplaire à ceux qui attendent les mêmes sensations que Prowler In The Yard. Il est cependant indéniable que Pig Destroyer, en étendant volontairement son horizon musical à des influences noise-rock, sludge et un tantinet djent, contribue paradoxalement à apporter de la subtilité à un genre qui n’en a souvent rien à faire. Head Cage est une machine à groove, incisive et inarrêtable. La violence est moins directe mais tout aussi franche.

Clip vidéo de la chanson « The Torture Fields » :

Clip vidéo de la chanson « Army Of Cops » :

Album Head Cage, sortie le 7 septembre 2018 via Relapse Records. Disponible à l’achat ici



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