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Live Report   

Plus c’est long, plus c’est bon


Une chose fait d’emblée plaisir : les gens se sont déplacés nombreux pour venir voir Anathema ce soir au Ninkasi Kao, tout comme sur les autres dates de cette tournée qui s’érige en véritable succès. Quoi de plus normal pour un groupe d’un tel talent ? Un groupe qui a sorti l’année dernière son premier album en sept ans. Un album méticuleux et peaufiné, d’une qualité éblouissante.

En comparaison de son dernier passage dans la capitale des Gaules, le contexte n’est plus tout à fait le même : la forte affluence réduit l’ambiance intimiste qui avait tant captivé et augmente la distance avec le groupe. Un groupe qui pourtant aime être au plus proche de son public, comme l’a laissé entendre la petite réflexion de Vincent Cavanagh au sujet de la ligne de front composée de nombreux canons de photographes.

En revanche, si les conditions changent, Anathema reste le même avec toute la générosité qui vient avec. C’est ainsi que, une fois n’est pas coutume, la formation de Liverpool aura proposé un set de deux heures, partagé cette fois-ci en deux mais toujours sans entracte : l’interprétation intégrale du dernier album We’re Here Because We’re Here et une seconde moitié réservée aux classiques pour soixante minutes d’échanges intenses avec le public.

Mais est-ce que la ritournelle en titre de cette chronique convient toujours et en toutes circonstances à Anathema ?

Artiste : AnathemaCloverseedsPetter Carlsen
Date : 21 février 2011
Lieu : Lyon
Salle : Ninkasi Kao

Live Reports : Claude (Anathema), Metal’O Phil (Cloverseeds), Spaceman (Petter Carlsen)

« Toi là bas, tu sais que tu me plais ? »

Petter Carlsen est là sur le côté gauche de la scène, seul avec son micro, sa guitare et son abat-jour. Oui, un abat-jour, un accessoire peut-être étonnant mais qui donne immédiatement l’illusion d’être rassemblés dans un chaleureux salon. Et là, Petter, délicatement, caresse sa guitare, et là Petter se met à chanter et là… et là tous écoutent attentivement. Une voix juste, cristalline, qui sait se faire puissante, suant l’émotion et qui n’est pas sans rappeler celle des frère Cavanagh. « Si j’ai la chance d’être la ce soir c’est grâce à Danny Cavanagh. Je suppose qu’il a bien aimé ma musique ! » dit-il à son public. Tu m’étonnes ! La sensibilité de Petter, même si plus épurée car « one man band » oblige, suit clairement les mêmes sentiers émotionnels qu’Anathema aujourd’hui. Il n’est pas étonnant que ces deux artistes se reconnaissent et s’apprécient. Il n’est pas non plus étonnant que le public adhère à cette mise en bouche de choix. Un public dont les premiers rangs restent accoudés sur le bord de la scène comme autour d’un feu de cheminée, les yeux luisants rivés sur le bonhomme. Il faut dire que Petter a un autre atout dans son jeu : il dégage de lui une extrême sympathie à chacune de ses interventions. C’est même en toute simplicité lorsque, en plein milieu du dernier morceau, il se trompe d’accord, qu’il s’arrête et s’exclame avec un sourire : « bon, laissez moi réessayer cet accord ». C’est sous un déluge de boucles de guitares, samplés au cours du dernier morceau, que Petter repose sa guitare, salue une dernière fois le public et se retire. Au troisième frangin Cavanagh, Jamie, de venir éteindre les sons qui tournoient et réclamer une dernière ovation à cette belle première partie.

« Ouais, j’en ai une grande comme ça ! »

Après une trop courte pause (il est appréciable de pouvoir bavarder un peu entre deux shows), c’est au tour des Clermontois de Cloverseeds de monter sur les planches. La formation évolue dans un registre alernativo-progressif, genre en vogue ces derniers temps, axé sur des alternances rock pêchu et ambiances pouvant parfois rappeler les groupes dans la veine de Porcupine Tree ou Oceansize. Le set est en place mais la formation est légèrement timide, si ce ne sont le guitariste de droite qui fait preuve d’une grande motivation et un chanteur démonstratif dans ses postures, ses mimiques et ses grimaces – peut-être un peu trop forcées ? La musique proposée est fine et à caractère atmosphérique, quoique clairement électrique. Le tout est très bien exécuté sans trop de démonstration. Sur le papier, la formation a tout, non pas pour VRAIMENT plaire, mais pour qu’on en dise qu’elle est de qualité. Mais malheureusement il est difficile d’en dire plus, par manque d’accroche. L’ennui n’est pas très loin, en dehors de quelques intéressantes rythmiques et atmosphères prenantes.

Anathema entre ombres et lumières.

Anathema est visiblement heureux de jouer à Lyon et attendait cet instant depuis leur dernier passage remarqué au C.C.O. Ce plaisir, Anathema allait le faire partager dans une démonstration de sensibilité. La formation est soudée, l’entente est au beau fixe : ça s’entend et ça se voit. Ce concert n’est qu’un flot harmonieux continu où chaque note tombe juste et résonne dans le Kao, dans la plus pure des délicatesses.

Le chant de Vinnie est vibrant d’émotion. Anathema est poignant du début à la fin. La première partie du concert est donc l’interprétation intégrale de We’re Here Because We’re Here, l’album à ne pas soumettre à la gent féminine. Comme sur votre chaîne hi-fi, les compositions sont resplendissantes et le groupe anglais emmène les chansons encore plus loin, avec une émotion palpable et des arrangements très bien sentis. Ces moments privilégiés de feeling intense transportent un public légèrement hermétique au départ.

Mais Vinnie sait haranguer la foule pour faire décoller les esprits dès qu’il enfourche sa guitare et balancer un énergique « Thin Air ». Ce morceau n’est pas du tout là pour caresser nos oreilles mais bel et bien pour provoquer une vague d’énergie et submerger nos esprits, et ne représente que le début d’une longue montée en intensité jusqu’à l’apothéose et ce sublime « Hindsight ». Les titres et parties instrumentales passent très bien dans cette salle et on se demande si ce n’est dans ce domaine que le groupe excelle le plus ? On pourrait toutefois déplorer un chant pas assez mis en avant, couvert par la batterie, et rompant l’équilibre subtil des compositions de la Cavanagh Conspiracy.

Jamie à la basse prouve que jouer dans Anathema c’est pas sorcier.

La suite est consacrée aux trois albums précédents. Quantité et qualité vont ici de paire quand on écoute des chansons comme « Deep » ou « Closure ». Une mention spéciale pour « Pressure » qui n’avait pas été joué à Lyon depuis longtemps et qui remue bien les tripes du public. Le groupe se sera investi énormément dans la ballade « One Last Goodbye » jouée soir après soir en hommage à la mère de nos trois orphelins roux de Liverpool. « Parisiene Moonlight » enfonce le clou dans l’interprétation des chansons issues de l’excellentissime Judgement, album très bien représenté dans la setlist. Lee Douglas assure les chœurs avec une grande justesse, comme elle l’a fait de ci, de là tout au long du concert. Discrète sur scène, sa voix n’en reste pas moins très touchante, comme sur « A Natural Disaster ». Les, en retrait derrière son clavier, ne se fait pas oublier, et c’est avec une grande musicalité que le thème répétitif de « Release » initialement joué par une délicate guitare acoustique, est ici arrangé sur un son de clavecin lancinant.

Les métalleux, fans de la période Alternative 4 et précédentes, verront leur patience récompensée à la fin du set où, en rappel, nos ex-death-doomsters gratifient les plus chevelus d’entre nous d’un enchaînement « Shrould Of False / Fragile Dreams » avant de conclure sur un « Closer » très alternatif voire électro. Un grand écart que le groupe ose sur scène et qui montre également la richesse de sa discographie.

Vincent et sa belle dentition.

Anathema n’est certes pas le Jean-Claude Van Damme du rock atmosphérique. En effet, il a su gommer sa brutalité primitive pour faire transpirer d’autres émotions que la colère ou le désespoir mais le groupe continue d’enchanter le public en parcourant un chemin sur lequel on contemple souvent la beauté et où l’on frôle l’extase.

Sur la longueur d’un concert de deux heures, c’est un peu éprouvant et il en va de hauts et de bas, mais le plaisir reste intact.

Plus c’est long, plus c’est bon ?

Laissons les hommes et les femmes qui ont partagé ce moment en juger.

Photos : Spaceman



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  • Euh.. ce n’est pas plutôt du titre « Closer », dont tu veux parler (au lieu de « Closure »)?

    [Reply]

    Effectivement ! C’est corrigé, merci ! 🙂

    claude

    effectivement, j’ai confondu l’orthographe avec la chanson d’Opeth « Closure » sur Damnation, qui aurait bien pu figurer sur un « Judgment » !!!

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