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Pogo Car Crash Control : Entre maîtrise et maturité… à suivre…


Pogo Car Crash Control jouait sur la péniche du Petit Bain, à Paris, ce 25 Janvier dans une affiche où la star était James Leg et où Dätcha Mandala ouvrait la soirée.

James Leg c’est un texan au piano simplement accompagné d’un batteur déversant un rock blues crasseux avec une voix rocailleuse à souhait. Dätcha Mandala, c’est un trio bordelais, déversant un heavy blues rock très oriental en version Kashmir. Et Pogo Car Crash Control, calé au milieu de cette affiche et que nous avons suivi tout au long de cette journée, c’est quoi ?

Eh bien pourquoi ne pas embarquer avec nous au Petit Bain pour en savoir plus ? Allez, ne restez pas dehors, il fait bien trop froid.

Artistes : James LegPogo Car Crash ControlDätcha Mandala
Date : 25 Janvier 2017
Salle : Petit Bain
Ville : Paris [75]

Bravant la vague de froid qui s’éternise sur la région parisienne, nous sommes donc allés à la rencontre de cette jeune pousse du rock français comme ils aiment se définir – rock pas jeune pousse -, chantant en français s’il vous plaît, plus par goût et amusement que par revendication – Simon confie amusé que lorsqu’il s’essaie à l’anglais seul avec sa guitare acoustique, il se fait rire lui-même ! Rock, peut-être, très punk assurément dans les faits. Une qualification avec laquelle le groupe est tout à fait en phase. Et quand on leur demande de quel mouvement punk ils se sentent le plus proche, No Future, Punk’s Not Dead ou American Idiot, Olivier, guitare et chant, explique qu’il aime le punk-hardcore, le punk 77 ou le post punk. Et vous verrez que le punk est loin d’être la seule influence de ce groupe créé au lycée en Seine et Marne, il y a maintenant six ans, sous forme d’un trio avec Olivier, Louis et son frère Simon désormais guitariste et chanteur de leur dernière configuration. Après plusieurs allers et venues de bassiste, Lola les a rejoints il y a quelques mois. Le nom, un délire sans signification particulière, a été proposé par le frère d’Olivier, comme l’explique Louis. Certes difficile à prononcer, le délire est plutôt réussi, le nom étant assez dynamique. Et il peut même être réduit à P3C. Déjà un raccourci ? SOAD, RATM, A7X… hum, hum, souhaitons-leur qu’ils atteignent les mêmes sommets.

Les P3C jouent-ils trop fort ?

Nous disions très punk dans les faits. Justement venons-en aux faits. Aux méfaits plus exactement (rire sarcastique satisfait de ce bon mot). Six morceaux rassemblés sur un EP à la pochette très percutante, voulue et assumée dans une veine trash gore à la Evil Dead et autres séries Z. La main coupée est très fun ! Va pour l’emballage, mais à l’intérieur, que vaut le contenu ? Nous y reviendrons plus tard, il est 16h30 et les balances commencent, une interview à peine terminée. Cadences infernales…

Louis démarre avec la batterie. Peut-être tape-t-il trop fort car la péniche bouge ! Effectivement pour ceux qui ne connaissent pas le Petit Bain, il s’agit d’une péniche amarrée – solidement peut-on espérer – à la Seine à côté de la Bibliothèque François Mitterrand. Les balances sont l’occasion d’évoquer le passage des Pogos à Rock En Seine sur la scène Ile-de-France l’été dernier (souvenez-vous, il faisait chaud !) et leur amusante collision avec le monde politique ! En effet, Valérie Pécresse, présidente du conseil régional d’Île-de-France, faisant une intervention, le groupe a du arrêter les balances. Trop fort et gênant l’allocution de la femme politique. Toutefois, ce concert reste un de leurs meilleurs concerts comme l’indique Olivier. Et quand on les interroge sur Sum 41 et Iggy Pop, groupes entre lesquels ils jouaient, ils confirment tous qu’il s’agit bien de deux références. Louis précise que Sum 41 a été le groupe avec lequel il a commencé, qu’Iggy Pop étant venu plus tard en toute logique. Et même s’il a été déçu par leur récent passage au Trianon à Paris, il écoute encore avec plaisir les anciens albums qu’il a apprécié à leur époque.

Ca bouge, non ?

Restons au Petit Bain où les balances continuent avec Lola qui attaque la basse vers 17h00. Le titre « Royaume De La Douleur » sert à caler le son. Excellent d’ailleurs au niveau des balances, il le sera aussi pour le concert et cela sera vrai pour les trois formations qui se produiront. Très bon point pour la salle et qui confirme ce que disait le groupe sur les bonnes conditions de ce soir. Il est vrai que le temps qui leur est alloué pour régler leur son est tout à fait correct pour une première partie. Position de première partie qui ne déplaît pas aux Pogos, leur permettant finalement de s’affranchir de la pression inhérente à une tête d’affiche pour laquelle les spectateurs font le déplacement. Gageons que l’avenir leur permettra de connaître cette saine pression !

Pour l’heure, les balances se terminent, pile poil dans le créneau imparti. L’exercice n’est pas pour déplaire au groupe et comme le souligne Louis, il leur permet de se chauffer. C’est aussi le moment où on leur indique qu’ils jouent trop fort, fait remarquer Lola. Et de fait ce soir, l’ingénieur du son dira qu’effectivement, ils sont un peu fort. 105 db. Objection assez vite rejetée par Olivier avec un sans appel « on est dans les limites légales, non ? » « If it’s too loud… » dirait ce bon vieux Ted Nugent.

Mais peut-être est-il temps d’aborder le contenu de cet EP aux doigts coupés, non ? Finalement, la pochette est un bon résumé de la musique : tranchante ! Punk rock débridé, chant « braillé » bien géré – le sera-t-il live ? -, avec un côté assez frais sur une base pourtant très familière. Très réussi. Et un aspect révolté, « on balance tout et on vous emmerde tous » assez jouissif.

Les balances, l’occasion de se chauffer…

Olivier n’adhère pas à cette notion de révolte, s’interrogeant sur ce qui ferait penser que les Pogos font quelque chose de révolté. Parlons donc d’énergie déployée, de son très agressif, très corrosif, de cette impression que l’on a lorsque l’on écoute l’EP que le groupe veut rentrer dans la face du public. Là, le chanteur est plus en phase. Simon fait remarquer qu’effectivement il s’agit de rentrer dans la face du public mais avec respect, dans le bon sens du terme. Et Lola d’enchaîner sur un ton très poli « bonjour, je viens rentrer dans ta face (rires). »

Olivier cite les Dead Kennedys comme influence et effectivement cette référence est très parlante par rapport à l’énergie déployée par la musique du groupe. Il approuve ce rapprochement tout comme il approuve aussi le fait d’avoir senti les Kinks dans leur musique (le riff d’intro de « Paroles / M’Assomment » par exemple). Étonnamment, le groupe de Ray Davies connu dans les années soixante parle carrément aux Pogos. (« You Really Got Me », c’est eux, « All Day And All Of The Night » aussi). Tout comme le mouvement garage qui a refait surface il y a quelques années et qui les a influencés. Les amplis Fender, le son corrosif viennent de là. Pour autant, ils ne se définissent pas comme un groupe garage. Ils ont voulu suivre leur direction à savoir un groupe plutôt rock, un peu punk, certes.

Étonnante maturité de leurs influences qui remontent assez loin dans l’histoire du rock, en tous cas par rapport à leur génération. Les Kinks, les Dead Kennedys. Killing Joke aussi pour Olivier mais aussi Nirvana, les Melvins et Slayer dont il est « un gros, gros fan » et dont « il connaît tous les albums. » Slayer qui lui a ouvert d’autres horizons à une époque, comme Coltrane, lié au fait que Dave Lombardo est un batteur très ouvert (quand on vous dit que les chapelles sont des illusions néfastes !).

En termes d’influences, Louis citera System Of A Down, Fidlar et Serj Tankian. Simon parlera de formations plus récentes comme Fidlar et Metz. Le guitariste explique avoir écouté pas mal de hard rock avant de passer à des choses différentes, changeant son jeu de guitare dans le même temps, calmant les solos ; du coup, citer ses influences est plus compliqué, même si Nirvana reste une bonne référence. Lola évoque un mélange, Nirvana, Sum 41, Green Day mais aussi et surtout Jack White sous toutes ses formes, acoustique blues ou plus énervé ; la bassiste apprécie particulièrement sa simplicité dans les thèmes qu’il aborde.

Le calme avant de couler la péniche…

Impossible de ne pas évoquer les vidéos. Le groupe a quand même créé trois vidéos pour un EP de six titres. Beau ratio ! Celle de « Consensuel » est particulièrement savoureuse dans son délire de fête de Noël qui part en vrille. Celle de « Paroles / M’Assomment » avec sa tête perdue vaut aussi le coup d’œil. Olivier explique que c’est son frère qui a réalisé leurs trois premiers clips et revient sur la genèse du premier, celui de « Crève ». L’idée est venue quand ils sont tombés sur une pub pour des stock-cars. Le groupe s’est rendu une première fois sur place pour voir ce qu’il en était et ils ont bien accroché en découvrant ce monde, Lola faisant remarquer qu’ils s’étaient rendus compte à cette occasion que les Pogos n’étaient pas si bruyants finalement par rapport aux voitures de stock-car et cette impression que leur moteur est carrément dans ton oreille ! Et puis le stock-car collait bien avec le nom, précise Louis. « Depuis, Simon est devenu professionnel de la discipline ! (rires) » Plus sérieusement, le guitariste note l’importance des clips, trouvant certaines limites aux vidéos qui se contentent de montrer juste un groupe en train de jouer.

Pochette percutante avec main coupée, clips qui veulent sortir du lot, les Pogos, sans forcément l’afficher très clairement, envoient une image forte assez cohérente avec ces premiers morceaux acérés, tous signés collectivement par Pogo Car Crash Control. Et en dehors des titres de leur propre groupe, quel morceau chacun des membres des P3C aurait-il aimé avoir écrit ? Pour Lola, c’est « Five O Five » (505) des Arctic Monkeys. Louis penche pour « Ma Benz » de NTM tandis qu’Olivier assume « Le Petit Bonhomme en Mousse » (NDA : oui celui de Patrick Sébastien) pour arrêter de travailler. Simon part sur « Running Wild » d’Airbourne, en regrettant après coup de ne pas avoir opté pour « Smells Like Teen Spirit » de Nirvana.

Le concert va bientôt commencer, l’occasion est belle de voir quel concert a marqué nos jeunes rockers. Pour Olivier, cohérent avec le titre de ses rêves, c’est Patrick Sébastien lors d’un enregistrement du Plus Beau Cabaret Du Monde où ses parents l’avaient emmené alors qu’il était enfant. Il en garde un souvenir manifestement ému… D’accord, on s’est permis d’enjoliver la réalité ! En y réfléchissant mieux, le guitariste chanteur a plutôt parlé de Black Label Society à l’Elysée Montmartre d’avant l’incendie, son premier concert de rock, première sortie tout seul à Paris, sans Papa Maman, sans surveillance alors qu’il était en cinquième, il y a dix ans maintenant, ce qui ne nous rajeunit pas, comme le fait très justement remarquer Louis ! « C’était énorme, avec tous ces motards… » Effectivement, on peut sans problème imaginer l’impact de Zakk Wylde et sa bande sur le tout jeune adolescent qu’était alors Olivier. Simon lui parle de Motörhead au Zénith de Paris, vu avec son père alors qu’il ne connaissait pas trop. « Je me suis pris une bête de claque et j’ai appris ce que c’était un son de basse, » explique-t-il. Pour Louis, c’est Metz au Point Éphémère. Et le batteur de détailler : « C’est le premier groupe où je me suis dit, tiens, c’est marrant, ils sont comme moi, ce ne sont pas des vieux rockers. Je me suis plus reconnu dans ces groupes-là que dans les groupes qu’on allait voir avec mon père. » Lola parle de Band Of Skulls, vu au festival de Dour et revu ensuite au Trabendo à Paris. Grosse impression pour la bassiste qui apprécie leur son et leurs harmonies de voix. « Et il y a une fille à la basse ! »

Mais il est 20h00 et les concerts démarrent ! Penchons-nous donc sur Dätcha Mandala qui arrive sur scène, scène qu’ils ont aménagée à leur sauce : tapis au sol, tissu sur les amplis. Cohérent avec leur inspiration orientale. Le trio démarre devant une audience clairsemée et offre un heavy blues très (trop ?) teinté Led Zeppelin avec une sincérité et un enthousiasme bienvenus. La voix est bonne tout comme le son. La prestation est virevoltante, comme Nicolas Sauvey, basse et chant, et Jérémy Saigne, guitare, qui se démènent, se roulant à terre, faisant le poirier ! Le public présent apprécie, sans effusions particulières.

Dätcha Mandala

Changement de registre avec l’arrivée des P3C, le rock punkoïde du groupe n’ayant que peu de liens avec le registre des bordelais. Visuellement, le changement est aussi notable : les bordelais étaient plutôt lumineux, les franciliens évoluent eux dans une pénombre recherchée, renforçant l’impact de la musique. En quarante-cinq minutes, le groupe a montré sa maîtrise de la scène : malgré leur jeunesse, l’impact scénique, l’attitude sont réellement là. Quelques slammeurs et pogos ont secoué la péniche que le groupe n’aura pas réussi à faire couler malgré une bonne (?) volonté évidente. A défaut de péniche coulée, Louis aura quand même réussi à casser sa caisse claire impliquant un changement en direct.

Titres de l’EP et nouveaux titres de l’album prévu en 2017 se mélangent sans soucis et la setlist permet au groupe de tenir à peu près quarante-cinq minutes. Pour leur nouvel album, le groupe va d’ailleurs bientôt entrer au Studio Black Box près d’Angers, « taillé pour le rock avec du vieux matos », là-même où ils ont déjà enregistré l’EP ; Lola espère du coup profiter de ce terrain familier pour « pouvoir pousser le truc encore plus loin. »
Sur la fin du concert, Olivier interagira avec le public qu’il fera chanter. Peut-être que sur ce point communication, plus d’échanges pendant l’ensemble du concert serait bénéfique. En tous les cas, il est indéniable que le groupe maîtrise son sujet « scène / concert ».

Belle attitude en concert

Avec l’arrivée de la tête d’affiche, on change à nouveau de registre, le public est déjà plus fourni et James Lang peut déverser son blues rock crasseux du tréfonds de sa voix rocailleuse. La configuration clavier / batteur ne permet pas une grande variation en terme d’animation scénique mais le texan a un certain charisme naturel qui permet de transmettre quelque chose. Belle soirée musicale avec deux représentants nationaux (cocorico !) et un duo plutôt original en tête d’affiche.

James Leg, rocailleux à souhait

Avant de se quitter afin de mieux se retrouver pour de nouvelles aventures, voyons comment le groupe se projette dans une France réputée peu rock. Question intéressante avec ce nouvel album en préparation et le choix du chant en français. Clairement le groupe ne partage pas cette vision d’une France soit disant peu rock, Louis indiquant que sans être un pays totalement rock, il existe une réelle mouvance rock chez nous, Olivier citant Jessica93, les Tits, Cheveu, etc. pour montrer que l’Hexagone n’est pas non plus un désert en termes de rock. Et le guitariste de continuer en indiquant qu’il y a une vraie scène underground, que dans le sud, vers Marseille, il existe un réseau de gens militants qui se bougent. Il concède que le rock n’est pas dans la culture commerciale française, que le rock n’est pas représenté à la télévision, certes, mais que « la télé, cela n’a jamais été bon, de tout temps, la télé, c’est bête. » Et Lola d’ajouter « C’est vrai, il faut arrêter avec la télévision ! » Simon ajoute que tant que les gens viennent au concert, le reste n’est pas très grave. D’accord, d’accord, Lola a raison, éteignez votre télévision, allez au concert et rejoignez-nous sur Radio Metal !



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