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Interview   

Pop Evil : de l’ambivalence à la polyvalence


Il n’y a pas tromperie sur la marchandise, Pop Evil a toujours annoncé la couleur rien qu’avec son patronyme. Sauf qu’aujourd’hui, le combo du Michigan étend son concept d’ambivalence pour revendiquer celui de la polyvalence. Une polyvalence façonnée à la fois par une origine géographique qui servait souvent de « marché test » pour l’industrie et des premières années du groupe à cachetonner à coups de reprises diverses et variées. Un apprentissage qui aboutit aujourd’hui au bien nommé Versatile, où le rap-metal de « Let The Chaos Reign » côtoie les sonorités EDM de « Work » et les mélodies pop légères et entêtantes de « Human Nature ».

Pop Evil est un groupe en constante remise en question, chaque album étant un prétexte pour étendre un peu plus ses horizons. En revanche, s’il y a une chose qui ne change pas chez Pop Evil, c’est son rapport à ses fans et son sens de l’écoute pour réussir à évoluer, progresser et expérimenter tout en répondant aux envies de ces derniers. Une équation délicate à résoudre, mais Pop Evil a de la bouteille et a eu le temps de peaufiner sa méthode : le groupe fête cette année ses vingt ans. Il faut laisser le temps au temps, tel est le conseil du chanteur-compositeur Leigh Kakaty avec qui nous nous sommes entretenus ci-après.

« Nous sommes un groupe expérimental, mais nous savons que nos racines sont le rock et le metal, nous n’allons pas nous en écarter. A la fois, il faut être créatif pour attirer de nouveaux fans, surtout des fans qui n’écoutent pas forcément tout le temps du rock et du metal. »

Radio Metal : Les sessions d’écriture de Versatile ont démarré durant l’été 2019, avec l’essentiel de l’album qui a été composé et enregistré durant l’hiver et le début de l’année 2020. Ça signifie donc que tout a été fait avant la pandémie ? A quoi a ressemblé le reste de 2020 pour vous ?

Leigh Kakaty (chant) : C’est tout à fait exact. Je crois qu’il nous restait peut-être une chanson à aborder et, évidemment, le mixage et le mastering, mais dans l’ensemble, tout l’album était fait. Nous étions censés faire une pause d’environ trois semaines, or nous n’avons habituellement pas ce genre de pause, donc je sais que nous attendions tous ça avec impatience. Puis nous allions commencer les répétitions et la tournée devait démarrer au printemps. L’album allait sortir peu de temps après. Nous pensions avoir planifié toute l’année 2020, et là, la pandémie arrive et tout a changé. 2020 a clairement été différente pour tout le monde. Nous ne nous sommes même pas vus parce que personne n’habite à proximité les uns des autres ; peut-être juste Dave et moi mais c’est à peu près tout. C’était différent. Rien que sur le plan personnel, une année sans nous voir, ça a été difficile, mais à la fois, c’était rafraîchissant pour tout le monde dans le groupe de reposer son corps. Ayant fait deux cents concerts par an depuis 2007, je sais que nos corps et nos esprits n’étaient pas contre du repos, surtout mes oreilles. J’ai essayé de récupérer et de me détendre un peu. C’était plutôt sympa, mais maintenant nous sommes tous prêts à y retourner. Nous essayons non seulement de rester nous-mêmes en bonne santé, mais aussi de faire attention à la santé des fans quand nous reviendrons.

Deux chansons sur Versatile, « Let The Chaos Reign » et « Work », sont sorties en avril 2020. « Let The Chaos Reign » paraît presque prémonitoire. Idem pour « Set Me Free », qui sonne comme une chanson de confinement, ou même « Work » quand tu chantes « Vais-je un jour m’échapper ? »…

C’est étrange ! Les chansons ont un sens totalement différent maintenant. Elles ont toutes été écrites avant le Covid-19. Maintenant que le Covid-19 est là, elles prennent un tout autre sens. J’ai même du mal à me souvenir quand je les ai écrites, car ça a été une année vraiment traumatisante pour ceux à qui on a arraché la carrière. Dans un contexte normal, si nous n’avions pas joué dans le groupe, nous serions revenus à la maison et nous aurions joué les weekends dans notre pub ou notre bar du coin, juste pour décompresser. Mais ne pas du tout pouvoir jouer a été très dur pour la plupart des musiciens. C’est difficile de ne pas rapprocher toutes ces chansons de la période que l’on vit, comme « Breathe Again » et « Work ». Rien qu’en sortant « Work » quand nous l’avons fait, nous nous sommes demandé si nous voulions le faire parce qu’il n’y avait pas beaucoup de gens qui travaillaient. Il y a eu de nombreuses discussions, beaucoup de réflexion pour savoir quelle serait la prochaine étape. Et nous ne savons toujours pas, il n’y a pas de manuel, personne en vie n’a vécu de pandémie, donc nous essayons de comprendre au fur et à mesure. Il est clair que ça a été différent, ça ne fait aucun doute.

Tu as déclaré que « quand on remonte [votre] discographie, on peut entendre que les refrains sont très vivants mais qu’il y a aussi beaucoup de mots. La musique n’a donc pas tellement l’occasion de s’exprimer. [Tu as] donc décidé que cette fois, [tu] voul[ais] vraiment que la guitare soit au centre de tout. » Comment cela a-t-il affecté les chansons et ton approche vocale ?

Pour cet album, nous pensions à essayer de surpasser nos précédents albums. Nous ne voulions pas faire des choses que, peut-être, nous avions faites sur nos précédents albums. Un très bon exemple est « Work ». Les refrains peuvent souvent être chargés en mots, or sur ce morceau en particulier, c’était super de simplement dire : « All I do is work » et laisser les guitares faire leur truc. Il est clair que nous pensions aux différents aspects de notre refrain, à ce que nous pouvions faire de différent et que nous n’avions pas déjà fait, et aux chansons que nous allions ajouter à nos setlists en concerts. A la fois, « Breathe Again » a un refrain et des lignes de chants sous forme d’envolées, où ma tessiture vocale peut monter d’une octave ou atteindre une certaine note, d’une façon à laquelle nos fans sont habitués et à laquelle nos vieux fans s’attendent. Mais nous voulions faire d’autres choses, comme manipuler les sons de guitare, les sons de batterie, etc. Dans les albums précédents, j’ai l’impression que nous n’avions jamais vraiment le temps, nous étions toujours pressés. Nous devions terminer l’album pour repartir en tournée. Avec celui-ci, nous n’étions pas obligés de nous presser comme ça. Nous avons même passé plus de temps sur les sons de batteries et différents modes de production.

« Certaines de mes performances préférées ne viennent même pas forcément des meilleurs chanteurs au monde, elles viennent de chanteurs capables de contrôler une salle alors qu’il n’y a que cinq personnes dans le public. »

Est-ce la raison pour laquelle tant de gens ont été impliqués dans la production ?

Dès le processus de démo, nous savions que nous n’allions pas avoir un seul producteur pour enregistrer cet album. Nous voulions nous assurer que si la démo était composée à tel endroit, alors c’est à cet endroit que nous allions faire venir tout le monde. Nous étions tous excités par les prises de voix démo d’une grande partie des chansons, comme « Breathe Again » et « Work ». J’étais là : « Ouah, c’est dingue ! » Je sautais dans tous les sens, c’était excitant. Quand l’album commençait à prendre forme, nous savions que nous tenions quelque chose avec « Breathe Again » et « Work », c’est le type d’énergie qui a fait jaillir le reste de l’album. Avoir différents producteurs était une manière d’exploiter cette énergie et de la mettre dans l’album. Nous nous disions que les fans voudraient entendre ça. On entend toujours plein d’amis, de membres de la famille ou même de gens en interview dire : « Bon sang, j’aurais aimé entendre ces démos. » Nous avons donc voulu conserver ce qui était excitant dans les démos et construire les chansons à partir de ça. Quand nous avons commencé à le faire, nous avons réalisé que cet album écrasait déjà tout ce que nous avions fait avant d’un point de vue sonore.

Nous étions en train de pogoter dans le studio. Nous étions là : « Si on a cette énergie dans le studio, alors c’est ce qu’on veut que les gens entendent. » Nous ne voulions pas essayer de trouver un producteur pour réenregistrer ça. Il n’y avait rien d’amusant dans cette idée, ça paraissait intimidant, ça ressemblait à du travail, or la musique est censée être amusante, être une libération et n’être que de l’excitation. Quand on est capable de libérer cette excitation, j’ai l’impression que c’est là que les fans répondent vraiment. C’est là qu’ils veulent venir nous voir en concert parce qu’ils sont déjà là à chanter dans leur voiture, sous leur douche, chez eux ou dans leur cuisine. C’est ça l’idée : comment faire ressortir cette énergie ? Tout ce business c’est de l’énergie, de la positivité, et ton énergie se transfère à la personne d’à côté. Cette personne ou ce groupe de cinq, leur énergie fédère cent mille personnes qui sautent dans la fosse, les mains en l’air. Ce n’est que de l’énergie. Si elle n’est pas dans l’album, elle ne sera nulle part sur scène. Il est clair que nous pensions ces choses différemment par rapport aux précédents albums. Les fans ont déjà réagi, rien qu’avec les chansons que nous avons sorties.

On dirait que chaque nouvel album étend un peu plus votre spectre sonore – une chanson comme « Work » apporte clairement un nouveau son à Pop Evil avec ses éléments EDM. Est-ce le résultat de la confiance que vous gagnez à chaque album pour tester un peu plus vos limites ?

Absolument, c’est tout à fait juste. Je n’y avais même pas pensé mais tu as raison. Probablement que les succès de nos précédents albums nous ont amenés à prendre des risques maintenant. Quand nous avons sorti « Work », au départ, les fans avaient probablement peur, ils se sont demandé si tout l’album allait être comme ça. Nous sommes un groupe expérimental, mais nous savons que nos racines sont le rock et le metal, nous n’allons pas nous en écarter. A la fois, il faut être créatif pour attirer de nouveaux fans, surtout des fans qui n’écoutent pas forcément tout le temps du rock et du metal. Peut-être qu’ils entendront une chanson comme « Work », qu’ils l’aimeront, et qu’ils écouteront le reste de notre discographie et qu’ils adoreront. Il faut être créatif dans le monde d’aujourd’hui. Ce monde n’est pas très porté sur les albums ou les CD, il est porté sur le streaming. Les gens n’écoutent pas toujours toute ta discographie, mais ils entendront peut-être une de tes chansons dans une playlist et l’aimeront. Si c’est le cas, tu te donnes l’occasion de leur faire écouter le reste de ton œuvre. Avec un peu de chance, si tout se passe bien, ils viendront à ton concert. Il y a plein de façons de voir les choses, mais le plus important, c’est qu’il faut s’amuser, et nous nous sommes amusés à faire cet album. Je sais que je me suis amusé pour les paroles, car c’était moins de boulot, plus d’enregistrement et plus de fun en studio. Je n’ai pas envie de réenregistrer des trucs que j’aime déjà. A partir du moment où cet élément était callé, nous avons construit par-dessus et ça a mené à une tout autre atmosphère dont nous n’avions jamais fait l’expérience avant dans un processus d’enregistrement. Avant même de nous en rendre compte, l’album était fait. Nous avions trente démos. Nous avons abandonné plein de bonnes choses, mais nous voulions créer un album qui montrait vraiment la polyvalence du groupe et, à la fois, qui montrait ce qu’était ce nouveau chapitre. Puis, soudainement, le Covid-19 est arrivé et tout a été mis sur pause.

« Nous avons déjà eu du succès, donc nous n’en avons plus forcément besoin de la même manière, nous pouvons être plus heavy. »

On a vu ces dernières années pas mal de jeunes groupes de rock revenir aux vieilles formes de rock des années 60 et 70, or ce que fait Pop Evil est complètement l’opposé, en étant très moderne et tourné vers l’avenir. Penses-tu que ce soit une nécessité pour le rock de se transformer et de fusionner avec d’autres formes contemporaines de musique, comme l’EDM, afin de survivre ?

Nous sommes des cols bleus. Nous venons du Michigan, donc c’est un marché très ouvrier. On a un méli-mélo de tout ici. On ne se pouvait pas se contenter d’écouter un album de Guns N’ Roses ici. On devait écouter des albums de Guns N’ Roses et Metallica, et ensuite on passait sur Do The Bartman, le CD de Bart Simpson. Quand je repense à certains des premiers CD que j’ai achetés, ça témoigne de l’endroit où j’ai grandi. Je me souviens de quelqu’un qui m’a demandé : « Est-ce que le Michigan a joué un rôle dans ta manière de composer ? » Je n’avais jamais réfléchi à ça, mais je pense que ça joue un rôle dans la manière dont les produits sont vendus sur ce marché. Il y a la Cereal City. Je sais que plein d’amis européens sont là : « Oh mon Dieu, c’est énorme la quantité de céréales que vous avez ici ! » C’est drôle, nous avons tellement les céréales comme référence que de nombreux tests de marché se font dans le Michigan. C’est pareil avec notre musique. On nous alimente de tellement de choses, à peine j’ai eu le temps d’écouter et t’aimer tel groupe, que tel autre groupe débarque et je l’aime aussi. Donc les genres musicaux se sont toujours mélangés dans ce que les gens écoutaient – ça ne concerne pas que moi mais ma famille et mes amis dans mon entourage. Quand je composais étant plus jeune, je le faisais toujours pour certains de mes amis proches et pour ma famille – « Qu’est-ce que vous pensez de cette chanson ? » « J’adore » « Nan, je n’aime pas. Et si tu composais comme ça ? » « D’accord » – c’était infusé.

Pour répondre à ta question, je pense qu’il faut être créatif pour se développer. Il n’y a plus de rayonnage, ils ne vendent plus de CD. On n’est même plus obligé d’aller dans un magasin et de regarder la section rock, elle n’existe plus. Je pense que les artistes ont plus que jamais l’occasion de composer ce qu’ils veulent. Nous sommes aussi des êtres humains, parfois nous sommes contents, parfois nous sommes tristes, parfois nous sommes de bonne humeur, parfois nous sommes déprimés, et ce que je fais, c’est écrire des chansons qui parlent de la vie. J’écris des chansons pour m’aider aussi. Parfois, si j’ai un feeling par rapport à « Breathe Again », et si je veux qu’elle soit un peu plus influencée par le djent ou les riffs, alors nous le faisons. C’est le même groupe, je veux que ça soit comme ça et que ça fonctionne. Je voulais un certain rythme, je voulais que ce soit plus infusé avec de la vraie batterie mêlée à un beat hip-hop synthétique avec des touches d’EDM, mais je voulais aussi des guitares qui déboîtent. Et évidemment, mon chant est ce qui fait le liant. Je voulais une chanson poussée par la basse. Je voulais que Matt soit sur une vraie basse, je voulais qu’il soit sur une contrebasse, je voulais bidouiller le son de la basse, voir comment ça sonnerait et y balancer une batterie dessus… Nous faisons des expériences sur des choses que nous n’aurions jamais faites par le passé.

Nous avons des chansons qui ont eu beaucoup de succès dans notre discographie. Quand vous venez voir Pop Evil en concert, nous avons des chansons que les gens connaissent. Maintenant, comment fait-on pour les stimuler davantage et créer plus ? Car ça ne tient à rien. En tant que fan, on veut que nos groupes préférés fassent un peu tout le temps la même chose, mais en réalité, si tu fais la même chose, tu stagnes et tu es rassis. Donc comment évolues-tu sur la corde raide en tant que groupe, en faisant des choses pour rester pertinent, attirer un nouveau public, mais à la fois, ne pas aliéner tes vieux fans pour qu’ils aient l’impression de faire aussi partie du voyage ? C’est un vrai défi. Comment fait-on ça pour entretenir sa propre énergie ? Par exemple, prenons « Trenches » ou « Breathe Again ». Nous avons déjà un « Breathe Again » maintenant dans notre setlist. Combien d’autres « Breathe Again » dois-je faire avant que ça soit la même chanson ? Tu as aussi envie de t’amuser en tant que musicien. Oui, c’est amusant de jouer des tubes pour les fans, toujours. A la fois, je ne sais pas parce que nous n’avons pas encore jouer ces chansons sur scène, mais ce sera génial de passer d’une chanson comme « Breathe Again » à une chanson comme « Work ». Ça, c’est ce que j’ai envie d’entendre quand j’entends un groupe, Je veux voir de la diversité. C’est mon point de vue. Certaines personnes aiment que ce soit tout le temps heavy, ou ils veulent écouter de la folk ou peu importe quoi, et ils veulent que ce soit tout le temps fidèle à ce son. Et ce n’est pas un souci, c’est leur préférence. Je suis juste un gars qui a envie d’entendre des trucs différents. Donc on retrouve cette influence dans la composition. Même mes guitaristes l’influencent, ils veulent essayer des choses. Je pense que nous nous y sommes tous habitués maintenant. Ils me disent même : « Et si tu renversais ta voix comme ça ? » ou « C’est ta voix rock. Et si tu chantais ‘Work’ avec ta vraie voix ? » Je pourrais même le faire en voix rap là tout de suite au téléphone, est-ce que ça va marcher ? Est-ce que ça va bien s’enchaîner ?

« Quand on m’entend chanter dans l’album, je ne pense pas que les gens s’attendent à ce que je ressemble à un gosse amérindien métisse. C’est quelque chose que j’entends de temps en temps durant les meet-and-greets : ‘Ouah, je ne savais pas que tu ressemblais à ça !' »

Justement, ces expérimentations, c’est ce que tu préfères dans la composition ?

Tu remarqueras qu’il y a dans cet album un gros accent qui est mis sur les ponts. Les ponts sont ce que je préfère dans toute la composition. Personne ne m’a jamais posé la question, mais je passe beaucoup de temps à m’assurer que les ponts sont un moment d’écoute unique dans l’album. Comme « Survivor », c’est de la pure vibe. C’est pour mes amis qui veulent se détendre, maintenant que la marijuana est légalisée, et profiter de leur taffe. Mais c’est une ambiance, je ne suis pas là à mettre ma voix partout. Le pont de « Waking Lions », c’est ce moment où les fans pleurent et où tu dis à tout le monde que c’est le moment de réveiller le lion, mais j’ai besoin de le réveiller pour pouvoir m’élever. C’est mon moment de gloire. Et ça peut parler à n’importe qui, qu’on soit un enfant qui se fait harceler, qu’on soit quelqu’un qui essaye d’avoir son premier boulot ou qu’on soit en train d’avoir son premier enfant, il s’agit de découvrir qui on est. Les ponts, c’est là que tout ceci converge. Je ne sais pas comment c’est pour d’autres artistes, il faudrait leur demander, mais pour moi, ça a toujours été un défi au début de ma carrière, mais maintenant c’est quelque chose que j’embrasse. J’adore ce genre de passage parce que l’auditeur ne l’entend qu’une seule fois dans ta chanson. Le seul moment où il entend à nouveau le pont, c’est s’il rejoue la chanson. Donc si ça doit être entendu une seule fois, il faut que ce soit mémorable, et c’est dur. Tout est une question de préférence, certaines personnes vont aimer tes chansons, d’autres non. Certaines personnes vont préférer tes chansons à d’autres. Il faut d’abord commencer par soi-même et ce qu’on aime.

Et vous aimez des choses très variées, d’où la polyvalence que vous revendiquez…

Mes groupes préférés sont des groupes variés, comme Pearl Jam. C’était l’un de mes groupes préférés étant gamin parce qu’il ne sonnait jamais pareil. Ils ont fait des chansons différentes, des morceaux heavy et des ballades. Dans sa jeunesse, on pouvait voir Eddie Vedder jouer « Alive », sautant sur scène, dégoulinant de sueur, puis on le voyait assis sur un tabouret avec ses guitaristes et il te faisait pleurer. Pareil pour Chris Cornell. Il était là sur scène hurlant à pleins poumons. Ce mec avait une voix rock de dingue. Puis il se calmait, avec l’un de ses guitaristes ou bien il chantait a cappella et il te scotchait. Ce n’est même pas une question d’avoir une super voix – évidemment, tous les deux avaient de superbes voix – mais c’est qu’ils étaient capables de tirer parti de l’instant pour t’émouvoir. Certaines de mes performances préférées ne viennent même pas forcément des meilleurs chanteurs au monde, elles viennent de chanteurs capables de contrôler une salle alors qu’il n’y a que cinq personnes dans le public. N’importe qui peut jouer devant des milliers de personnes, c’est facile, mais jouer devant une ou deux personnes, c’est brutal, ça craint. C’est dur parce qu’il n’y a rien que du silence après chaque chanson que tu joues. Que quelqu’un soit capable de contrôler ces moments, c’est vraiment quelque chose que j’ai toujours admiré.

Ces moments sont dans l’album. Comment créer ces moments quand on ne peut pas voir le public ? Mon groupe pense à ce genre de choses. Et c’est toujours avec les concerts en ligne de mire : comment produire ces moments ? Encore une fois, ça renvoie au fait que nous sommes tous différents. Nous aimons et n’aimons pas tous des choses différentes, nous aimons tous des artistes différents. Mais quand nous nous réunissons, nous essayons de montrer cette diversité et cette polyvalence. Nous sommes plus spéciaux quand nous sommes ensembles=. Nous prenons toutes nos forces et nous devenons plus forts, et avec un peu de chance, nous aimons croire que nos faiblesses se volatilisent. Je pense que la diversité dans ces albums et ces genres musicaux vient simplement du fait que les différents membres du groupe aiment différentes choses. Si nous nous contentions d’emprunter le droit chemin, je pense qu’aucun de nous ne serait encore là.

Des chansons comme « Let The Chaos Reign » et « Set Me Free » confirment à quel point l’expression rap-rock est une composante à part entière de votre musique. Mais il y a deux ou trois ans, tu disais que vous aviez « eu du succès avec ‘Trenches’ dans le temps mais malgré tout [tu avais] un peu peur de refaire ça sur les albums futurs avec toute la négativité rap-rock ». Qu’est-ce que tu voulais dire par « négativité rap-rock » ? De quoi avais-tu peur ?

C’était il y a longtemps mais je pense que je voulais dire qu’en ce temps, la radio avait permis au groupe de percer. Ce n’était pas toujours facile de faire jouer les chansons plus heavy à l’époque. La radio était un média important quand nous avons débuté et qui avait une influence différente. Encore une fois, nous venons du Michigan. J’ai grandi en respectant la radio et son importance pour la communauté. Au début de Pop Evil, peut-être que d’une certaine façon, on nous a poussés dans des directions différentes pour écrire des morceaux plus radiophoniques. Quand nous avons commencé, nous n’avons cessé d’entendre les cris de guerre de nos fans. Ils voulaient entendre plus le côté « evil » de Pop Evil, donc nous avons essayé de repousser un peu les limites, rien que pour voir si nous pouvions faire passer quelque chose comme « Trenches » à la radio. Puis bien sûr, « Trenches » est devenu un énorme tube pour nous et nous a ouvert des portes. Maintenant, avec des groupes comme Five Finger Death Punch et Bring Me The Horizon, la radio est plus heavy que jamais. Il y a vingt ou trente ans, qui sait combien de passages à la radio des groupes comme ça auraient obtenus. Maintenant, aux Etats-Unis, le format rock alternatif s’est ouvert davantage aux chansons plus heavy. « Breathe Again » est une chanson heavy et elle s’est hissée à la première place aux Etats-Unis cette semaine. C’est maintenant le bon moment.

« Il faut du temps. Il n’y a pas quelqu’un qui débarque un jour, on vous signe sur une maison de disques et tout arrive miraculeusement, les gens doivent comprendre que ça ne se passe pas comme ça. »

Nous avons déjà eu du succès, donc nous n’en avons plus forcément besoin de la même manière, nous pouvons être plus heavy. Il y a quand même toujours une inquiétude : sans ta communauté de fans et sans une maison de disques, ton groupe est fini. Il y a toujours un sentiment d’urgence dans un groupe du fait qu’on ne sait pas si on sera toujours là pour un autre album. On a toujours ça dans un coin la tête. Je suis un grand fan de Tom Brady, le joueur de football américain. Il a toujours eu cette mentalité aussi. Je m’intéresse beaucoup au sport. Il jouait toujours comme s’il n’était pas sûr si quelqu’un d’autre n’allait pas prendre son boulot demain. Ca a toujours été ma mentalité. Il y a toujours un autre groupe qui veut prendre une place. Il faut au moins que nous soyons intelligents pour comprendre quelle est notre position. Et avec l’âge, on peut prendre d’autres risques, et nous comprenons parfaitement que les fans veulent plus d’influences metal, comme la chanson « Let The Chaos Reign ». Nous ne savions pas forcément si ça allait devenir un single radio, mais nous savions que nous l’adorions et que c’était une bonne chanson. Nous savions que ça allait être super pour nous en live. Je crois qu’elle se rapproche déjà des dix millions de streams sur Spotify. La chanson a explosé, pas à la radio, mais du point de vue streaming, qui aujourd’hui ouvre des portes pour énormément de groupes. On n’est pas obligé d’écrire une chanson pour la radio si on peut être sur le streaming, c’est tout aussi bien. Quand on pense à l’autre côté de l’Atlantique, tout marche au streaming ; la radio est totalement différente.

Lorsque « Trenches » est sorti, nous n’avions même jamais été en Europe. Nous étions même un peu dans le pétrin parce que nous devions sortir de notre contrat avec notre première maison de disques et on nous a presque enterrés. Il fallait que nous nous sortions de cette situation et ça coûte de l’argent. A l’époque, nous n’avions pas l’argent et les ressources pour aller en Europe comme nous l’avons fait des années plus tard. Nous avons eu du mal à comprendre le système européen, la radio n’était pas aussi importante que le streaming. Les gens en Europe trouvent leur groupe autrement que les gens aux Etats-Unis. Une fois que nous avions compris ces tendances, nous avons réalisé que nous pouvions être aussi heavy que nous l’avons toujours voulu. Nous sommes arrivés par le biais de la radio, donc nous réfléchissions peut-être différemment. Il y a aussi qu’au début, nous n’avions pas le même budget. Nous avions un budget pour faire un album et nous devions avoir terminé l’album un mois plus tard, donc si nous avions enregistré treize ou quatorze chansons, elles allaient être sur l’album. Nous n’avions pas le temps d’enregistrer vingt chansons et de déterminer si c’était notre son ou pas. Nous devions faire avec. Aujourd’hui, nous pouvons, car nous avons connu le succès. Nous avons eu la chance d’avoir du succès, ce qui nous a permis de prendre du recul.

Nous avons compris qui sont nos fans, surtout grâce aux meet-and-greets. Les fans nous parlent constamment en personne durant ces meet-and-greets et ils nous disent ce qu’ils veulent. Souvent, on nous dit : « Nous voulons que ce qui est heavy soit plus heavy » et « Nous voulons un album acoustique » – c’est ce que nous entendons tout le temps ! Ils veulent le meilleur des deux mondes, ils veulent une chanson mid-tempo, mais à la fois, ils veulent du heavy. Et c’est ça Pop Evil. Nous avons des trucs mélodiques, mais maintenant, nous voulons leur rappeler que quand c’est « evil », ce sera heavy. Nous pouvons avoir autant d’influences metal et djent ou hardcore qu’il le faut, je peux emmener ma voix dans différentes directions qui ne sont pas toujours obligées d’être mélodiques. Même avec une chanson comme « Work », il y a un petit côté parlé dans les couplets. Nous sommes ouverts à essayer tout ce qu’il faut pour que nos fans restent sur le qui-vive.

« Le truc qui était unique dans le fait de jouer des reprises, c’est que ça permet de comprendre ce qu’est une bonne accroche. […] Ces premières années m’ont beaucoup appris sur la composition, sans même m’en rendre compte. »

L’idée de la survie revient dans deux chansons sur Versatile : « The Fire Inside » et « Survivor » – cette idée fait aussi partie de « Stronger (The Time Is Now) ». Te considères-tu comme un survivant ?

Absolument. Il ne s’agit pas tellement de vie et de mort. Le fait de survivre dans ce business, c’est de là que vient « Survivor ». Genre : « Mec, je suis un survivant. Six albums. Suivez-nous dans cette aventure. Rock n’ roll. » Ça a été écrit avant le Covid-19 et maintenant avec la pandémie, c’est comme si nous survivions à l’une des pires périodes de nos vies. Qui a envie de penser à cette période de dingue ? Des gens sont morts. On a perdu des êtres chers. On a perdu des ressources financières. On a perdu nos boulots. On a perdu tellement de choses afin de survivre. Donc survivons à ceci, serrons-nous les coudes et faisons-le avec ce que nous aimons le plus, c’est-à-dire la musique. C’est juste un nouveau coup dur de la vie. Il arrive souvent que les choses ne tournent pas comme on veut et il faut dépasser ça. Il y a beaucoup de positivité comme ça dans nos chansons, dans notre musique et certainement dans cet album. Etrangement, c’est facile de s’identifier à ces chansons maintenant qu’on a traversé ça. Je suis d’autant plus excité à l’idée de voir les gens écouter cet album. Peut-être que certains en auront besoin pour les aider à traverser cette période difficile, car ça ne va pas être simple demain non plus. Il va falloir des années pour que les gens rebondissent, se remettent sur pied et retrouvent un semblant de confort. Si nous aidons ne serait-ce qu’une personne à se remettre sur pied, ça vaut la peine. Avec un peu de chance, nous allons envoyer ces ondes positives à travers le monde et ça aidera.

Dans la chanson « Same Blood », tu chantes : « J’ai vu un million de visages, maintenant je commence à voir que l’on est tous du même sang. » Même si on essaye d’éviter, tout le monde a tendance à avoir des préjugés sur les gens qui sont différents de nous ou qu’on ne connaît pas. Evidemment, en tant que groupe qui tourne à travers le monde, vous voyez effectivement un million de visages. Est-ce que ça t’a ouvert les yeux sur les gens en général ? Est-ce que ça a changé ton regard ?

Cette chanson a été composée à une période différente. Ça parle de se rassembler comme un seul homme dans une communauté rock, ça a toujours été mon état d’esprit. Quand on tourne, on voit plein de gens différents qui ont des allures différentes. Ils sont de sexes différents, d’origines différentes, ils ont des parcours de vie différents. Quand je vois cette grande foule, je vois tout plein de gens ayant plein d’histoires différentes, mais ils se rassemblent dans un moment de partage avec la musique de l’artiste qu’ils aiment. C’est vraiment sympa à voir quand l’artiste dit : « Mettez les cornes en l’air » et ils brandissent leurs cornes à l’unisson. Nous ne faisons qu’un, nous sommes du même sang, nous sommes ensemble en tant que communauté, en tant que fraternité, en tant que sororité. Nous sommes tous là en tant que communauté rock pour rappeler aux gens dans le monde profane et mainstream, qui pensent que le rock et le metal sont morts, de nous ficher la paix. On doit faire ça ensemble unis comme un seul homme, il faut que plus de groupes de rock et de metal fassent équipe pour se créer des opportunités. Et on le fait avec le soutien de nos fans. C’était ça la mentalité quand cette chanson a été écrite. Maintenant, avec le Covid-19, on peut faire plein de corrélations différentes avec cette chanson, mais la réalité est que notre sang à tous est rouge, on saigne de la même couleur.

Toujours sur le sujet du même sang, as-tu toi-même été confronté à des préjugés ou du racisme à cause de tes origines amérindiennes ?

Je suis sûr que c’est arrivé au fil des années, mais je n’ai jamais rien laissé me décourager. J’essaye juste de me concentrer sur ce que je peux contrôler. Il n’y a rien de particulier qui m’affecte actuellement, mais bien sûr, je pense que ça arrive. Quand on m’entend chanter dans l’album, je ne pense pas que les gens s’attendent à ce que je ressemble à un gosse amérindien métisse. C’est quelque chose que j’entends de temps en temps durant les meet-and-greets : « Ouah, je ne savais pas que tu ressemblais à ça ! » La plupart du temps, tout le monde est très ouvert et nous soutient quand il nous voit jouer. Ça fait partie de la vie. Les gens ne réagissent pas toujours de manière sympathique avec toi, ce n’est pas différent de si je ressemblais à autre chose. Il faut prendre ça avec des pincettes, il faut essayer d’aborder chaque situation de la manière la plus positive possible et continuer d’avancer.

« Quiconque a poursuivi un rêve sait les sacrifices que ça implique. Ce n’est pas toujours joli. »

Pop Evil célèbre ses vingt ans cette année, puisque le groupe a été formé en 2001. Cependant, votre premier album Lipstick On The Mirror est sorti sept ans plus tard. A quoi ressemblaient ces premières années ?

Elles étaient brutales ! Mais elles font partie de notre histoire. Nous étions jeunes, nous montions les échelons, nous avions de grands rêves, et c’était du boulot. En gros, de mercredi à dimanche, nous essayions de faire autant de concerts que nous le pouvions. Nous faisions des reprises et nous essayions de garder de l’argent pour payer nos démos. Les gens nous demandent tout le temps : « Avez-vous des conseils pour les groupes locaux ? » Il faut du temps. Il n’y a pas quelqu’un qui débarque un jour, on vous signe sur une maison de disques et tout arrive miraculeusement, les gens doivent comprendre que ça ne se passe pas comme ça. Il faut une éthique de travail, y compris une fois qu’on a signé sur un label et après avoir connu le succès, pour que ça puisse continuer. Aucun label et aucun manageur vous font écrire de nouveaux albums. Il faut écrire de bonnes chansons. Il faut écrire des chansons que les gens partout dans le monde ont envie d’acheter ou d’écouter. C’est le défi. Comment fait-on ça ? Ces premières années étaient pleines de découvertes pour comprendre comment écrire des chansons.

Nous jouions énormément de reprises les weekends et nous nous faisions pas mal d’argent. Nous pouvions gagner près de mille dollars, ce qui permettait de mettre de l’essence dans le camion et de donner cent dollars à chacun. A l’époque, je pense que le fait de jouer ces reprises a mené à la diversité et à la polyvalence de notre composition. Nous jouions un tas de chansons différentes, mais le truc qui était unique dans le fait de jouer des reprises, c’est que ça permet de comprendre ce qu’est une bonne accroche. Certaines reprises attirent les gens sur la piste de danse et vers le groupe, et d’autres les repoussent. Genre, le chanteur chante dans cette tonalité et monte le chant pendant le refrain à tel niveau, ou il le baisse, mais ensuite il mélange les approches. Quel est son thème ? A propos de quoi il chante ? Est-ce une chanson pour jouer dans les bars parce que les gens sont bourrés ou bien est-ce une chanson qui parle aux gens à un niveau plus profond ? Ces premières années m’ont beaucoup appris sur la composition, sans même m’en rendre compte. C’était des années difficiles et il y avait toujours le stress que peut-être nous n’y arriverions pas. Il n’y avait aucune garantie que nous allions être signés à l’époque. Nous n’allions pas être signés parce que nous n’étions pas bons. Puis nous nous sommes améliorés et avons eu les bons outils pour aller en studio et nous mettre en position d’écrire de bonnes chansons. Vers 2005, j’ai composé « 100 In A 55 » et tout a changé.

Durant ces premières années, aurais-tu imaginé sortir un album comme Versatile à un moment donné ?

C’était mon rêve de sortir un album aussi bon que ça. J’avais encore beaucoup à apprendre en termes de composition, mais il est clair que j’en rêvais. Evidemment, je ne savais pas comment sortir une chanson comme « Breathe Again » qui se hisse jusqu’à la première place des classements. Imaginer avoir six chansons ayant été numéro un aux Etats-Unis et faire des interviews avec vous de l’autre côté de l’Atlantique, ça relevait du rêve. Que nous ayons finalement pu le faire, c’est une preuve de notre motivation. A la fois, c’est notre vingtième anniversaire cette année, ça a demandé beaucoup de temps, de sacrifices et d’engagement. De nombreuses relations perdues avec des membres de nos familles et nos amis ont dû être réconciliées, parce que j’étais parti et que je poursuivais un rêve. Quiconque a poursuivi un rêve et fait son truc sait les sacrifices que ça implique. Ce n’est pas toujours joli. C’est ce qui me vient en tête quand j’y repense.

C’est la première fois depuis War Of Angels que vous faites deux albums consécutifs avec le même line-up. Penses-tu que cette solidité se retranscrit dans la musique de Versatile ?

C’est une très bonne observation. Nous sommes excités par le line-up. C’est évidemment bizarre avec le Covid-19, mais nous sommes clairement excités. Ce line-up en particulier est très soudé. Je sais que tout allait comme sur des roulettes pour nous avant que le Covid-19 débarque. Ce sera intéressant de voir comment sera la dynamique à notre retour. Plein de choses changent. Ça a été une année [difficile], certains membres du groupe ont dû faire d’autres choses pour survivre car ils n’ont plus de revenus avec le groupe. Nous avons eu beaucoup de temps pour faire de l’introspection et cicatriser. Avec un peu de chance, tout ira bien quand nous reviendrons. L’avenir nous le dira. Mais pour ce qui est de l’album, nous étions dans un super état d’esprit au moment où nous l’avons fait.

Interview réalisée par téléphone le 4 mai 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Pop Evil : popevil.com

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  • Patrice Wauty dit :

    Salut !
    Merci pour cette interview super intéressante. 😉
    Dommage qu’aucun concert de Pop Evil est prévu sur le vieux continent.

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