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Chronique   

Pop Evil – Versatile


Pop Evil refuse d’entériner le constat d’un rock vieillissant, où les têtes d’affiche légendaires quittent peu à peu le navire et qui font dire à certains que le rock n’est plus porteur, un dinosaure qui s’oppose à son extinction inéluctable. Pop Evil se sert de sa carrière en guise de contre-exemple : du riffing-spectacle, des manches retroussées et une détermination sans faille à faire découvrir sa musique partout où il le peut. La bande emmenée par Leigh Kakaty a justement su forger une musique taillée pour le plus grand nombre, honorant les accroches grandeur nature du néo-metal et du pop rock. Une démarche que les ventes et le streaming n’ont pas contrariée. Versatile, leur sixième album, est justement un exercice de déclinaison : Pop Evil entend piocher dans tous les genres populaires et les subordonner à son essence rock. De quoi faire le funambule entre le racolage ou une audace présumée.

Versatile honore son titre jusque dans sa démarche d’enregistrement. Ce dernier a été enregistré fin 2019 et Pop Evil a convié une multitude de producteurs différents afin de respecter l’identité propre de chaque chanson. Versatile fait partie de ces œuvres extrêmement « contemporaines » dans leur approche sonore, comme pour clamer haut et fort que le rock ne meurt pas, il évolue d’abord soniquement. « Let The Chaos Reign » joue le rôle de la mise en jambe traditionnelle : un riffing gras, des rythmiques à la caisse claire stéroïdée et un affect non dissimulé de Leigh Kakaty pour l’alternance chant mélodique/chant rappé qui a fait la gloire du néo-metal au début des années 2000. En somme, Pop Evil dans sa présentation la plus directe, gage d’efficacité indéniable. « Set Me Free » respecte les ingrédients annoncés par « Let The Chaos Reign » en introduisant davantage la facette plus « accessible » de Pop Evil à travers un refrain extrêmement mélodique qui vient contrebalancer les rythmiques syncopées. Se dégage cette impression de pouvoir fédérer sans vraiment briller, un privilège qui vient avec l’écriture taillée pour les ondes. « Breathe Again » termine cette gradation vers un rock très grand public, contenant tout juste assez d’agressivité pour ne pas effrayer ceux qui tiqueront sur une utilisation non dissimulée d’un Auto-Tune dont le crabcore abuserait.

« Breathe Again » annonce l’imminence de cette « versatilité » justement. Pop Evil délaisse le heavy et le néo-metal pour s’essayer aux sonorités EDM à travers « Work » et ses subs martelés au visage de l’auditeur. Pop Evil a tranché : il doit rejoindre la mouvance syncrétique qui mêle le rock à l’électro, le hip-hop et la pop pour être garante de sa survie. Une évolution vertueuse lorsqu’on s’appelle Bring Me The Horizon, trop délicate pour être systématiquement gage de réussite musicale (Bullet For My Valentine et Architects peuvent alimenter le débat). À ce jeu, Pop Evil s’en sort raisonnablement. « Work » ne verse pas dans la grandiloquence ou l’excès : il s’en tient à un refrain qui respecte les canons que Pop Evil a toujours défendus. Versatile ne fait pas de Pop Evil un transfuge, la pop rock très enlevée de « Stronger (The Time Is Now) » est finalement une exagération volontaire des traits les plus aguicheurs du groupe. « Raise Your Flag » est déjà plus malaisant, sorte de Twenty One Pilots de série B où le groove doit rattraper les errances d’un chant crié impromptu. Les expérimentations de Pop Evil sont plus probantes lorsqu’elles s’intègrent dans sa formule principale, à l’instar des quelques couplets électro de « Same Blood », qui participent par un jeu de dynamique à renforcer la puissance des parties heavy, ou des distorsions alourdies de « Fire Inside ». Mais c’est surtout lorsqu’il épure son discours pour se recentrer sur son sens de l’accroche mélodique que Pop Evil excelle, en témoignent un « Human Nature » sans grande prétention mais diablement entêtant ou le refrain de « Survivor ».

Pop Evil pose la question de l’obsolescence du rock. D’une part, certains prétendent que le genre ne doit pas dévier de ses premières itérations et qu’un public le soutiendra toujours, ce sur quoi s’appuient les mouvements « revival ». D’autre part, des groupes adoptent pleinement les recettes miracles de la musique contemporaine labellisée « commerciale » pour opérer une fusion avec les riffs de guitare. Tout est une question de dosage et d’inspiration et Versatile s’en sort raisonnablement. De là à parler de prise de risques, personne n’est dupe lorsqu’il s’agit d’embrasser ce qui attire le plus grand nombre. Pop Evil, à l’image d’autres formations récentes, affirme avec Versatile que le rock doit se métamorphoser quand d’autres prônent une approche plus dogmatique. Il restera de toute façon ceux qui ne se soucient que de la qualité intrinsèque d’une chanson.

Clip vidéo de la chanson « Set Me Free » :

Clip vidéo de la chanson « Breathe Again » :

Chanson « Let The Chaos Reign » :

Chanson « Work » :

Album Versatile, sortie le 21 mai 2021 via eOne. Disponible à l’achat ici



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