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Chronique   

Porcupine Tree – Closure / Continuation


Depuis 2010, Porcupine Tree n’a pratiquement donné aucun signe de vie. Steven Wilson a brillé en solo, tandis que Richard Barbieri et Gavin Harrison multipliaient les projets. Un retour du groupe se rapprochait davantage du fantasme que de la réalité. L’implication accrue de Gavin Harrison au sein de The Pineapple Thief (sans parler des tournées de King Crimson) et la réussite en solitaire de Steven Wilson n’allant pas dans le sens d’une réunion. Et pourtant, Porcupine Tree n’a jamais vraiment évoqué une séparation mais bien un hiatus. Douze années plus tard, après une longue gestation, Closure / Continuation réalise bel et bien l’inespéré : Porcupine Tree est de retour aux affaires, toutefois sans le bassiste Colin Edwin. On ne sait pas si Closure / Continuation marque un retour sur le moyen terme ou s’il est un baroud d’honneur. Peu importe. Lorsqu’il s’agit d’un groupe aussi marquant, on ne rechigne pas.

Pour tout amateur de rock progressif, Porcupine Tree fait partie des meubles. Le succès commercial du groupe est une petite prouesse au vu de la complexité de certains de ses morceaux et des concepts. Pourtant, il y avait déjà ce goût pour la musique accessible que loue dernièrement Steven Wilson dans ses œuvres solos. Les huit minutes d’« Harridan » renouent avec cette formule. Porcupine Tree mélange à nouveau des grooves rock accessibles portés par la finesse de Gavin Harrison, ponctués du goût pour la musique expérimentale de Richard Barbieri et sublimés par la qualité d’écriture de Steven Wilson. Fait notable de ce Closure / Continuation : la basse résulte du travail du frontman. D’ailleurs on ne s’y trompe pas : le groove de cette dernière en ouverture du disque se fait d’emblée plus rentre-dedans et claquant, moins rond et feutré que ce à quoi nous avait habitués Colin Edwin. Selon le groupe, certains morceaux sont nés de jams basse-batterie et ce jeu de basse a orienté les musiques d’une manière différente ; une omission naturelle en quelque sorte. « Harridan » nous renvoie à l’ère Deadwing/Fear Of A Blank Planet, là où un riff massif, des sons aux consonances industrielles et des percussions énergiques peuvent aisément côtoyer les accalmies pop que chérit Steven Wilson. Les accords de guitare qui ouvrent « Of The New Day » et le phrasé de Steven Wilson ont des airs de « Lazarus ». Indéniablement, Closure / Continuation nous renvoie au Porcupine Tree post-2000. Cela s’explique aisément : la composition a débuté peu de temps après le cycle de The Incident (2009). Il faut à nouveau dépasser le stade de l’apparente simplicité de certaines compositions pour en appréhender les subtilités. Le travail de Richard Barbieri est à ce titre essentiel, ses arrangements sophistiquent des fausses ballades à l’instar de « Dignity ». Le trio a raison lorsqu’il affirme que L’ADN est incontestablement celui de Porcupine Tree et personne d’autre, pas même de ses individualités.

Justement, Closure / Continuation semble peu profiter au premier abord de l’expérience acquise des musiciens durant ces années de hiatus. Le riff d’« Herd Culling » semble littéralement tiré d’In Absentia (2003). Les arpèges de « Chimera’s Wreck » n’ont pas la même puissance qu’« Arriving Somewhere But Not Here » mais ce n’est pas le propos : certes Porcupine Tree pourra donner l’impression à une frange du public de se laisser aller à des développement superflus, il n’en ravira pas moins les fans de ses pièces les plus progressives. Tout comme « Rats Return » dont le riff syncopé et les plans rythmiques frisent le jazz-rock ou l’instrumentale « Population Three » qui joue sur des nuances d’atmosphère et d’intensité. L’approche électronique minimaliste d’un « Walk The Plank » apporte quant à elle de la fraîcheur et participe à la diversité de l’œuvre. Steven Wilson agrège parfaitement son timbre aigu avec un groove de basse trafiquée à souhait. Toute la finesse des musiciens s’exprime, ce qui contraste avec les moments où les automatismes priment. Il faut en revanche reconnaître que derrière des accroches parfois réchauffées, Porcupine Tree n’a pas perdu en efficacité. « Never Have » conjugue ponctuations mélodiques subtiles et refrains entraînants avant d’emprunter au lexique des premiers albums solos de Steven Wilson. Le groove aérien et suspendu de « Love In The Past Tense » n’est pas frileux lorsqu’il s’agit d’aborder des progressions mélodiques évidentes. Pourtant la somme fonctionne, avec des sonorités en écho aux élans plus psychédéliques des débuts. Si l’on veut se montrer sévère, c’est comme si Porcupine Tree était passé maître dans l’art du recyclage de qualité là où il était toujours à la pointe.

Closure / Continuation a de quoi réjouir : c’est bel et bien le retour d’un Porcupine Tree qui a perfectionné ses vieilles recettes. Il ne faut que quelques secondes pour reconnaître ses caractéristiques, presque trop facilement justement. A certains égards, ce Closure / Continuation sera aussi plaisant pour certains qu’il sera frustrant pour d’autres : on renoue avec ce qu’on adore, au prix d’un manque de surprises et de la trop grande discrétion des acquis individuels des musiciens depuis 2010. Tout dépend finalement de la facette privilégiée de l’album. À cet égard, il faut que ce soit le « Continuation » qui prime.

Lyric vidéo de la chanson « Herd Culling » :

Lyric vidéo de la chanson « Of The New Day » :

Lyric vidéo de la chanson « Harridian » :

Album Closure / Continuation, sortie le 24 juin 2022 via Music For Nations/Sony. Disponible à l’achat ici



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  • Hype, hype !
    Jolie analyse, en tout cas.
    Chtite typo je crois : C’est « Fear of a Blank Planet », pas « the ». ^^

    [Reply]

    Spaceman

    Corrigé, merci 🙂

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