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Interview   

Powerflo : Sen Dog libère le metalleux en lui


Pendant que B-Real déchaîne les foules avec Prophets Of Rage, Sen Dog, son comparse dans Cypress Hill, lance également son aventure dans une musique crossover électrique : Powerflo. Monté avec son pote Roy Lozano, ils se sont entourés du riffeur de Biohazard Billy Graziadei, de l’ex-Fear Factory Christian Olde Wolbers à la basse et du batteur Fernando Schaefer (Worst). Une équipe de choc pour un rap metal musclé participant au regain de santé du genre. Car Sen Dog, lui, est convaincu d’une chose : on se dirige vers un nouvel âge d’or du rap metal.

Mais surtout, Powerflo est pour lui l’occasion de montrer qui il est vraiment. Car lui et le metal, c’est une histoire d’amour qui remonte à loin, lorsqu’un pote cubain lui aussi, un certain Dave Lombardo, a planté en lui la première graine quand ils fréquentaient le même lycée. Mais, à l’époque, il y avait encore tout à faire, dans une ville qui « peut t’avaler jusqu’à ce que tu disparaisses », avant qu’il n’atteigne le succès en tant que rappeur dans Cypress Hill. Mais laissons-le nous raconter tout ça dans la suite.

« Pendant longtemps, je ne savais pas… Je pensais que j’étais fou ou je ne sais quoi parce que je voulais faire du heavy metal mais… Il fallait juste que je me fasse à l’idée de franchir le pas. »

Radio Metal : Comment Powerflo s’est formé au départ ?

Sen Dog (chant) : Powerflo a démarré son aventure en 2014, c’est là que Roy Lozano, mon collègue dans le groupe, m’a abordé avec quelques morceaux et je n’étais pas en train d’enregistrer quoi que ce soit, j’étais juste en train de tourner avec Cypress Hill et lorsque je suis revenu de tournée, je ne faisais rien, donc il m’a donné quelques morceaux et nous nous sommes mis à écrire. Lorsque nous étions en studio, Roy qualifiait mon style de rap particulier posé par-dessus de la musique heavy du « power flow ». Lorsqu’il me montrait ce sur quoi il voulait qu’on mette du rap, il disait : « Ok, je veux que tu me fasses un power flow sur cette partie-là ici ! » Donc plus il prononçait ce mot, plus c’est resté ancré dans ma tête et j’étais là : « Wow, ça pourrait être un nom bien sympa pour un groupe ! » Donc, à l’origine, ce projet était censé être un album solo pour moi mais plus j’avançais dessus, plus je me suis rendu compte qu’il allait y avoir un groupe derrière pour jouer ça. Donc c’est ainsi que les premiers pas et la genèse de Powerflo ont eu lieu. Et une fois que j’ai compris que je voulais vraiment réunir un groupe autour de ça, c’est là que ça a commencé.

Roy comme Christian ont été invités sur des albums de Cypress Hill, et tu es apparu sur l’album State Of The World Address de Biohazard. Dirais-tu que ce n’était qu’une question de temps pour que tu finisses par travailler avec eux ?

Ouais, tu sais, maintenant tout a du sens. Mais lorsque j’ai commencé à y penser, le fait d’impliquer Christian et Billy, je ne pensais même pas à notre histoire ensemble. Je me disais juste que ce sont deux très bons musiciens qui sont les meilleurs dans ce qu’ils font. Mais lorsque tu regardes ça avec du recul, ouais, c’est quelque chose qui aurait pu se faire n’importe quand, étant donné l’histoire commune que nous avons tous. En fait, Billy et les gars de Biohazard, c’était les premiers à m’inviter, à me laisser être sur une chanson de heavy metal avec la chanson que nous avons faite qui s’appelle « How It Is » dans les années 90. Et Christian et Roy ont contribué à plein de projets de Cypress Hill, les projets Skull & Bones et Stoned Raiders, ils ont joué des instruments sur tous ces trucs. Donc ouais, c’était une question de temps. L’alchimie nous as réuni et nous ne faisons qu’un maintenant. Lorsque nous avons pour la première fois songé à former un groupe, j’ai d’abord contacté Christian parce que j’avais eu vent qu’il n’allait plus jouer dans Fear Factory. J’ai été le voir et je lui ai joué les toutes premières démos. Je ne suis même pas sûr si Christian avait encore envie de faire de la musique mais il a entendu les démos que nous avions et il a dit : « Wow, c’est plutôt cool ! » Donc au final il est venu, a intégré le groupe et a contribué. C’est ce genre de cas où tu as vingt ans d’histoire avec quelques gars – tous ces gars dans le groupe, sauf Fernando -, des gars que je respecte en tant qu’hommes et en tant que musiciens, et j’ai désormais l’occasion de faire de la musique fraiche avec eux.

Tu t’es déjà essayé au metal avec Cypress Hill, sur un album comme Skull & Bones. Mais peux-tu nous parler de ton background et ton histoire avec le metal ?

Mon histoire avec le metal remonte à il y a longtemps. J’étais au lycée avec un bon ami à moi qui s’appelle Dave Lombardo, qui est un membre fondateur de Slayer, évidemment, tu le sais, et nous allions à la même école et étions ensemble dans certains cours. Un jour il m’a dit que son groupe, Slayer, allait jouer pendant la pause déjeuner là-bas, à South Gate High School, et il m’a invité à venir les voir. Donc j’y ai été et je les ai vu jouer, mais à cette époque j’étais vraiment dans des choses comme le funk, le RnB et le classic rock, comme Led Zeppelin, Jimi Hendrix, Cream, Kiss et ce genre de trucs, et c’était la première fois que j’entendais de la musique vraiment très heavy et des vocaux vraiment très agressifs. Donc j’aimais mais je n’ai pas tout de suite su que j’aimais. Avec le temps, j’ai progressivement découvert que j’adorais la musique heavy. Donc quand j’ai eu 21 ou 22 ans, j’écoutais déjà des choses comme Run DMC et j’enchaînais ça direct avec des trucs comme Metallica [petits rires]. Je ne m’étais même pas rendu compte que le heavy metal faisait désormais partie de mon ADN, c’est juste que j’écoutais ce que j’aimais. C’était ça ma première introduction au heavy metal. Ensuite, je suis parti sur notre première tournée en 1992 et nous avons eu l’occasion de tourner avec Soundgarden, Ministry et Pavement, et j’étais le jeune gars qui se tenait sur le côté de la scène pour regarder tous ces groupes jouer. Ensuite, ça a vraiment commencé à m’affecter, y compris de manières dont je ne me rendais même pas compte. Je voulais acheter une guitare alors que pourtant je n’en jouais pas, mais je voulais en savoir plus sur la musique qui me fascinait. Plus je tournais avec Cypress Hill, plus nous croisions les genres, nous faisions des tournées avec Metallica, Fear Factory et tous ces groupes à l’affiche. Je pensais vraiment que, même si je rappais dans Cypress Hill, j’étais un metalleux, tu sais, je me produisais comme tel. Donc mon éducation et mon histoire avec le heavy metal remonte vraiment à lorsque j’avais seize ans et puis après j’ai écouté Pantera, Soulfly, Sepultura, etc. et je bassinais tout le monde avec du heavy metal dans le tour bus [petits rires]. C’est quelque chose qui s’est mis dans ma peau, dans mon sang et dans ma tête. J’adore le heavy metal et tout a vraiment commencé lorsque Lombardo m’a invité à aller les voir jouer.

« J’ai l’occasion d’être moi-même sur cette musique, contrairement aux trucs hip hop où je ne pense pas toujours être moi-même. Lorsque tu vois Powerflo, c’est vraiment qui je suis. »

Tu as d’ailleurs déclaré que quand tu étais gosse, le heavy metal n’était pas très accessible parce que tes parents ne pouvaient pas se permettre d’acheter une guitare ou une batterie, donc tu t’es mis à rapper. Penses-tu que si tes parents avaient pu se le permettre, tu aurais pu suivre un autre chemin ?

Ouais, c’est probablement une possibilité. Nos parents travaillaient très dur et ne se faisaient pas beaucoup d’argent, mais ce qui était abordable pour eux, ils nous l’offraient. Mais ouais, il est clair que j’aurais pu suivre un autre chemin, et évidemment on ne peut pas savoir [petits rires]. C’était intéressant parce que nous avons décidé que nous n’embêterions pas nos parents pour acheter des instruments de musique parce qu’ils pensaient que suivrions une voie dans le sport, mon frère et moi, que ce soit le football, le baseball, le basketball, peu importe ce qu’ils auraient voulu pour nous. Donc quand j’ai commencé à rapper… En fait, j’avais entendu du hip hop avant mais je n’ai pas voulu rapper avant de voir Run DMC un jour à la télé et c’est là que j’ai voulu m’y mettre. Donc immédiatement, le truc, c’est que tout ce dont tu as besoin, c’est du papier et un crayon pour écrire des rimes, et un microphone pour les chanter. J’aurais pu… En fait, je joue un petit peu de guitare maintenant mais pas de quoi le faire sur scène. Avec Cypress Hill, nous avions tous un background dans le hip hop, le funk et le RnB autant que le rock n’ roll et le heavy metal. Nous étions toujours en train d’expérimenter avec notre son et à essayer de créer quelque chose de différent de ce qui existait déjà, et j’ai commencé à me rendre compte que, pour ma part, je sonnais mieux sur les morceaux qui étaient un peu plus agressifs et un peu plus porté par des riffs metal ou qui avait un côté plus metal. Pendant longtemps, je ne savais pas… Je pensais que j’étais fou ou je ne sais quoi parce que je voulais faire du heavy metal mais… Il fallait juste que je me fasse à l’idée de franchir le pas, et une fois que je l’ai fait, j’ai pu dire : « D’accord, essayons de le concrétiser. » J’ai le sentiment que les choses se sont passées comme elles se sont passées pour une raison. Mais oui, c’est sûr, j’aurais pu commencer à jouer de la guitare à un jeune âge ; il est clair que j’aurais aimé pouvoir revenir en arrière et faire ça [petits rires].

Ton collègue B-Real dans Cypress Hill s’est retrouvé impliqué dans Prophets Of Rage. Est-ce que ça a pu jouer un rôle pour que tu franchisses le pas et fonde ton propre groupe de metal, d’une certaine façon ?

Je ne sais pas quand Prophets Of Rage a eu l’idée de se mettre ensemble… Je veux dire que j’ai mon idée mais je crois que je faisais déjà Powerflo avant que ce groupe ne se créé début 2016 ou je ne sais quand, je faisais déjà des démos avec Roy, Billy et les autres gars. Tout ce que je peux dire c’est que non, ça n’a pas eu d’effet sur moi pour avoir mon propre groupe parce que j’avais déjà le groupe avant. Quand B-Real m’a annoncé, je suppose que c’était en 2016, qu’il avait répété avec ces gars et qu’ils s’apprêtaient à tourner, j’avais déjà enregistré et mixé des chansons avec Powerflo. Je n’avais pas annoncé plus tôt que je faisais ce groupe parce que je voulais attendre de finir tout l’album, consolider le groupe et tout avant de débarquer et dire : « Hey, j’ai un groupe ! » Même si j’ai un respect absolu pour tous ces gars dans Prophets Of rage, le fait que B-Real soit avec eux n’a rien à voir avec le fait que je fasse Powerflo.

D’ailleurs, que penses-tu du duo que forme B-Real avec Chuck D dans Prophets Of Rage ?

J’adore ! Je trouve qu’ils forment un super duo. Ils ont tous les deux une grande histoire, avec de grosses ventes d’albums, alors combiner ces deux gars, je trouve ça cool. Je trouve qu’ils se produisent bien ensemble sur scène. Je me suis rendu à trois concerts de Prophets Of Rage et j’ai même été invité à monter sur scène pour chanter « How I Could Just Kill A Man » et « (Rock) Superstar » avec les gars, donc c’était vraiment cool, c’était à San Diego l’année dernière. Mais vraiment, j’aime bien, je trouve que Chuck D et B-Real ont une dynamique dans leurs voix, ils se complètent bien. Je serais un fan, j’irais direct m’acheter des billets pour aller les voir !

Comme tu l’as précisé, Powerflo est un mot qui décrit le style du groupe, lorsque tu « craches des couplets par-dessus quelque chose de super heavy, » comme a pu le dire Roy. Est-ce que le côté heavy de cette musique stimule ton rap et te pousse à un autre niveau, d’après toi ?

Oui, je le crois vraiment, mais j’ai aussi envie de dire que le heavy metal que je fais maintenant avec Powerflo permet en fait d’entendre qui je suis vraiment, j’ai l’occasion d’être moi-même sur cette musique, contrairement aux trucs hip hop où je ne pense pas toujours être moi-même. Lorsque tu vois Powerflo, c’est vraiment qui je suis. La façon dont je chante sur cette musique, c’est ce que je veux faire. C’est qui je pense être. Je ne sais pas si ça a du sens pour toi mais ça en a pour moi. Mais je crois fermement que pouvoir faire ce groupe a amené ma manière d’écrire à un autre niveau, un niveau plus élevé. Je suis à cent pour cent aujourd’hui par rapport à ma créativité et ma productivité grâce à la musique sur laquelle je chante. Je remercie le seigneur pour ça parce que lorsque je fais du hip hop, je peux devenir très frustré, très nerveux et parfois j’ai l’impression de ne pas avoir donné le meilleur de moi-même mais à la fois, j’ai l’impression que c’est tout ce que j’ai, alors que maintenant, avec Powerflo et le heavy metal, c’est comme si on ne pouvait plus m’arrêter, genre, donne-moi un morceau et je t’écrirais des putains trucs qui claquent ! [Petits rires] Donc j’ai clairement le sentiment que ça m’a pas mal ouvert l’esprit, oui !

« Si tu ne reconnais pas ta vocation lorsqu’elle se présente, dans une ville comme Los Angeles, tu resteras éternellement malheureux. »

« Victim Of The Circumstances » parle de la vie dans les rues, et le premier single « Where I Stay » parle du coin de Los Angeles où tu as grandi. Tu as déclaré que « c’est évocateur de la mentalité qu’il est nécessaire d’avoir pour survivre et la persistance qu’il faut pour être soi-même dans une ville avec autant de gens. » A quel point est-ce que ceci a façonné l’homme que tu es aujourd’hui ?

Je dirais que là où j’ai grandi a clairement façonné l’homme que je suis aujourd’hui, car une ville comme Los Angeles peut t’avaler jusqu’à ce que tu disparaisses, elle peut te rendre fauché, elle peut te tuer et tu dois trouver un moyen de survivre à travers tous ces obstacles et d’être toi-même, pas un suiveur. Tu n’es pas obligé d’être un leader mais surtout, soit toi-même. Tu pourrais te retrouver dans une ville avec tant de millions de personnes, tant de cultures différentes, et si ça ne façonne pas ta vie, ça façonnera ta mentalité. Donc pour ma part, une fois que j’en suis arrivé au stade où j’avais l’occasion de m’écarter des choses dangereuses, comme le fait d’avoir un gang de rues, commettre des crimes ou peu importe, j’ai décidé, moi seul, de retourner ma vie, d’arrêter ce que je faisais pour me concentrer sur autre chose, sur la musique. Si tu ne reconnais pas ça, ta vocation lorsqu’elle se présente, dans une ville comme Los Angeles, tu resteras éternellement malheureux, tu auras un boulot que tu détestes ou tu t’impliqueras dans des crimes ou dans la vente de drogue, ensuite tu vas en prison, ou pire encore, tu te feras tirer dessus ou quelque chose comme ça. Donc il faut la reconnaitre quand elle est là en face de toi. Et je pense l’avoir reconnue. Et même si je n’avais aucune idée jusqu’où j’allais aller dans la musique, j’ai pris conscience qu’ici, à Los Angeles, tu dois toi-même te construire ton avenir et tu dois en prendre conscience très tôt. Si je n’avais pas vécu certaines choses que j’ai traversé, la perte de tant de mes amis, je serais peut-être resté sur mon chemin. La ville elle-même, à la fois sa beauté et sa violence, m’a fait changer d’avis, elle m’a ouverte mon esprit et m’a fait devenir un homme.

Des chansons comme « Resistance » et « Start A War » évoquent une notion de combat. Et le communiqué de presse dit que la guitare aérienne, comme une sirène, de « The Grind » « sert d’appel aux armes ». Contre quoi te bats-tu aujourd’hui ?

Je pense que je me bats contre à quel point le monde est déglingué aujourd’hui et les tensions sont élevées, à quel point il y a… Comment puis-je le dire ? Il n’y a pas d’amour, mec. Il y a plein de gens dans notre pays, les Etats-Unis, et à travers le monde qui ont des problèmes, pas seulement financièrement mai aussi psychologiquement. Il y a des gens qui ne sont pas heureux dans la vie. Je pense que chaque jour est un combat contre la vie pour obtenir ce que l’on veut et ce que l’on a besoin d’elle. Les autres trucs à propos desquels je chante dans Powerflo sont des choses personnelles que j’ai moi-même traversé. J’ai un bon ami à moi, mon frangin Everlast, qui m’a dit un jour qu’il m’avait vu traverser des trucs vraiment lourds dans la vie et il a dit « mets ça en musique, mec ! » Et j’ai suivi son conseil, à partir de ce moment-là jusqu’à aujourd’hui. Et nombre de mes combats sont contre moi-même aussi. Une fois que tu as été loin dans une direction, tu te rends compte que tu dois aller dans une autre. Et le fait d’accepter mes décisions dans la vie, c’est une autre partie avec laquelle je me bats. Ca et la planète sur laquelle on vit et toutes les controverses qui arrivent aujourd’hui. Tu sais, la vie est un combat quotidien ! Je l’approche comme tel, et parfois sans même m’en rendre compte, ça se glisse dans mes paroles, mais il est clair que je me bats toujours aujourd’hui. Musicalement, j’ai toujours l’impression que je me bats pour gagner du respect, je me bats pour réussir, je me bats pour être moi-même dans mes paroles, ce sont toutes des choses qui font partie de mon combat quotidien.

N’est-ce pas un risque dans l’industrie musicale actuelle de démarrer un tout nouveau groupe au lieu de se focaliser sur Cypress Hill, qui est déjà très bien établi et peut-être plus sûr ?

Ouais, eh bien, tu sais, c’est une question légitime. Et je veux que personne ne pense que nous avons délaissé Cypress Hill. Cypress Hill a deux albums qui sont déjà enregistrés, qui sont prêts à partir et n’attendent que la bonne situation pour que nous puissions les sortir. L’album Elephants On Acid est enregistré et est terminé, et c’est un super album de Cypress Hill. Au niveau du feeling, le son et les paroles, mais pas forcément de la musique en soi, ça me rappelle un peu de plus vieux trucs que nous avons faits, c’est du Cypress Hill classique mais avec un petit quelque chose en plus. Mais à la fois, ça a pris pas mal de temps pour que Cypress Hill vienne à bout de cet album, compose la musique, etc. donc ça fait un petit moment que nous sommes dessus, et ça a peut-être pris un peu plus de temps que nous l’aurions pensé. Mais par rapport à nos projets à côté, le fait que nous avons eu du succès avec Cypress Hill ne signifie pas qu’on ne veut pas être autre chose aussi. Tu as toujours plus de musique en toi que ce qu’est ton groupe principal. Nous avons déjà fait ça par le passé : à une époque, j’ai fait mon premier groupe de rock qui s’appelait SX-10, B-Real avait son projet Kush et il produisait d’autres personnes aussi… Donc absolument, nous sommes toujours Cypress Hill, et il n’est pas du tout prévu que nous arrêtions, mais tant que tout n’est pas prêt, que tous les membres ne sont pas encore à cent pour cent à bord, nous allons faire d’autres trucs, mec, nous irons sur les routes et nous nous amuserons, nous nous occuperons de nos familles et nous ferons ce que nous avons à faire pour rester actifs musicalement et sous le regard du public, parce que s’ils ne te voient pas, alors ils t’oublient, mais pendant ce temps, B-Real a de grosses dates avec Prophets Of Rage et moi-même ainsi que le reste des gars dans Powerflo, nous démarrons notre truc. Donc nous sommes toujours actifs ! Et nous sommes tous les deux heureux. Lorsqu’il sera temps de refaire Cypress Hill, boom ! Nous débarquerons en étant à cent pour cent. Je veux dire que nous avons une tournée européenne de calée avec Cypress Hill en août, donc ce n’est pas comme si nous ne faisions rien du tout. Mais vous pouvez clairement vous attendre à de la nouvelle musique de la part de Cypress Hill dans un futur proche car, comme je l’ai dit, c’est plus ou moins prêt à partir. Donc quand tous les membres se rassembleront comme un seul homme, alors le processus démarrera. Mais avant toute chose, je suis Cypress Hill, je me le suis fait tatouer, tu vois ce que je veux dire ?

« Le hip hop et le metal ont le même esprit, la même âme. C’est un fait. »

Les gens ont tendance à opposer le rap et le metal. Mais on a pu voir tant de groupes qui ont démontré que les deux genres pouvaient fonctionner ensemble. Penses-tu que le rap et le metal ont plus en commun que les gens pourraient le penser ?

Ouais, c’est clair ! Le rap et le metal ont beaucoup en commun, c’est sûr. Lorsque le rock a commencé, les gens disaient que ça ne durerait pas, que c’était un phénomène éphémère, et ils ont dit la même chose à propos du rap et du hip hop. Lorsque le rock n’ roll a commencé, c’était une musique pour les marginaux de la société, et pareil pour le hip hop. Entre les gamins qui sont dans le hip hop et ceux qui sont dans le metal, la mentalité est la même. Ce sont des styles de musique et ce sont des genres de mode mais dans leur essence, je pense que c’est la même chose, c’est : « Putain, laisse-moi tranquille, je veux être qui je suis ! Et si ça me chante, je vais me secouer la tête à un concert, c’est ce qui me rend heureux et c’est ce que je vais faire. » Après, parlons au niveau musical, le rap et le metal se sont souvent bien marié. Fut une époque où il y avait des spectacles de freestyle, par exemple avec « Back In Black » d’AC/DC, où deux MCs et un DJ rappaient par-dessus le riff principal, encore et encore. Ça c’était il y a longtemps. Et lorsque Run DMC et Aerosmith se sont réunis pour faire « Walk This Way », boom ! Ça s’est [démocratisé]. Plus tard, on a fait la BO de Judgement Night, on a mélangé des groupes comme Helmet et House Of Pain, Living Colour et Run DMC, Sonic Youth et Cypress Hill, Biohazard et Onyx ont fait une chanson ensemble, Slayer et Ice-T ont fait une chanson ensemble… Ca montrait à quel point les gars dans le heavy metal portaient un intérêt envers les gars dans le hip hop et vice versa. J’ai toujours fermement cru que des paroles de hip hop sonnaient super avec des riffs de guitare. Ça me parle vraiment. Body Count, Public Enemy avec Anthrax, je trouve ça parfait, c’est ce qui me correspond. Le hip hop et le rock, et le hip hop et le metal ont le même esprit, la même âme. C’est un fait. Dans Prophets Of Rage, tu as Chuck D de Public Enemy et B-Real de Cypress Hill qui s’éclatent sur des riffs, avec un background heavy metal associé au hip hop, ce groupe le démontre bien.

Que penses-tu des scènes rap et metal actuelles ?

La scène rap, je pense est devenue très populaire, c’est presque la principale musique qu’on entend aujourd’hui, tout possède une touche de hip hop, une touche de rap, c’est devenu très commercial, mais à la fois, il y a un large mouvement underground avec plein d’artistes. Je ne peux pas trop parler de la scène rap actuelle parce que je ne l’écoute pas beaucoup, mais d’après certains trucs que j’ai entendus, je pense que ça pointe dans la bonne direction. C’est un style de musique qui s’est hissé dans le top cinq dans le monde, plein de gens l’apprécie et tout. Ceci dit, je n’écoute pas tellement de rap moderne parce que… Je dirais qu’une bonne part de cette musique est plus… Je ne sais pas trop comment l’expliquer. C’est moins musical dans le son, si ça a du sens. Pour ce qui est de la scène metal, c’est un autre genre qui se porte très bien aujourd’hui et qui connait beaucoup de succès avec ses artistes. Il y a plein de groupes de metal qui tournent et ainsi de suite. Je pense que les deux genres ne cessent de rencontrer le succès, d’évoluer, repousser les limites et ouvrir de nouvelles portes. Ces deux genres sont pour beaucoup responsables de plein d’autres musiques aujourd’hui qui ont du succès. Et pour ce qui est de la scène rap metal, je trouve qu’il y a une résurgence en ce moment. Il y a plein de trucs cool à écouter et voir aujourd’hui : Body Count tourne, les gars de Prophets Of Rage tournent, Powerflo démarre… Il va y avoir une renaissance de ce style musical, de ce genre, et c’est même un processus qui est déjà en cours. J’approuve, tout est pour le mieux aujourd’hui, et je pense que ça ne va aller qu’en se renforçant au cours des prochaines années. Je crois qu’un jour le rap metal sera juste du metal, comme n’importe quel autre type de metal. Voilà à quel point je crois en la force de ce mouvement et que les gens, les fans, veulent l’entendre. Je pense vraiment que nous sommes en train d’être témoin d’une résurgence.

Interview réalisée par téléphone le 7 juin 2017 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.

Page Facebook officielle de Powerflo : www.facebook.com/Powerfloband/.

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  • « Et Christian et Roy ont contribué à plein de projets de Cypress Hill, les projets Skull & Bones et Stone Raiders »
    >>> C’est StoneD Raiders l’album. C’est juste l’un de mes préférés de CH, alors merci de corriger sinon je débarque dans vos locaux. En toute amitié bien sur 🙂

    « Cypress Hill a deux albums qui sont déjà enregistrés, qui sont prêts à partir et n’attendent que la bonne situation pour que nous puissions les sortir. L’album Elephants On Acid est enregistré et est terminé »
    >>> Hein ? Comment ? J’ai bien lu ? 2 albums déjà d’enregistrés (kiki tout dur). Je savais pour Elephants on Acid qui devait déjà sortir durant l’été 2015… puis plus rien. Le groupe tournait. Sans la moindre info sur cet album, si ce n’est que 2 titres avaient / auraient ? fuités sur le tube.
    Mais ce 2ème album est une putain de bonne surprise.

    « Et nous sommes tous les deux heureux. Lorsqu’il sera temps de refaire Cypress Hill, boom ! »
    >>> Là Sen Dog me déçoit un peu. Il a un discours à la Corey Taylor (referais-je un autre album avec le Knot ? J’sais pas, je m’éclaire avec SS)

    J’ai appris qu’il était pote avec Dave Lombardo.

    Sinon, son discours sur la résurgence d’une scène rap metal dont il serait un des protagonistes, faut se calmer lol. Ca fonctionne en ce moment, il surfe sur la vague (comme d’autres l’ont fait avec d’autres styles, ou le timing se trouve être bon). Le rap/metal fonctionne surtout en mode « supergroupe » et sur un court / moyen terme.

    [Reply]

    Spaceman

    Correction faite pour le nom de l’album 😉

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