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Chronique   

Powerwolf – Blessed & Possessed


Powerwolf - Blessed & PossessedPowerwolf est l’un des combos les plus en vue ces dernières années, jouissant d’une aura sur la scène heavy des plus grimpantes, comme dans son Allemagne natale où le groupe caracole plus que jamais en tête des charts avec son power metal mélodique bon enfant qui trempe conjointement dans la liturgie et les histoires de loups-garous et autres créatures légendaires. Une recette qui tendrait selon les langues les plus sévères à tourner en rond – un mal qui frapperait aussi des groupes récents et analogues tels que Sabaton ou Orden Ogan – et ce nouvel opus, Blessed & Possessed, pourrait bien leur donner raison. Le disque précédent, Preachers Of The Night, laissait entendre que le bénitier était arrivé à ras bord, et en persévérant de trop, celui-ci déborde désormais allègrement.

Tout commence pourtant si bien, avec une entame d’album sur le morceau éponyme qui donne le ton, vite secondé par « Dead Until Dark » qui maintient l’entrain (et dont les claviers et le grain peuvent rappeler instinctivement les compositions d’Iron Maiden sur Seventh Son Of Seventh Son). Puis suivent le représentatif single « Army Of The Night » au rythme marqué à la manière d’un Sabaton et le guerrier « Armata Strigoi » aux cavalcades façon New Wave Of British Heavy Metal. Plus loin se démarque le heavy effréné de « Christ & Combat » (un clin d’œil à « Amen & Attack » de l’opus précédent ?), doté d’une batterie déchaînée, sur lequel vient se poser le chant chaleureux et grisant d’Attila Dorn, qu’on imagine bien mener ses troupes la lame tendue à bout de bras. Si les différents chœurs ajoutent à cette façade allant droit au but, ce sont en revanche les parties d’orgue signées de Falk Maria Schlegel qui représentent plus que jamais la clef de voûte de la musique des louveteaux – celles-ci ont une fois de plus été enregistrées sur l’orgue de l’Eglise Sainte-Barbe de Thionville [57].

Le groupe s’amuse avec l’humour qu’on lui connaît des stéréotypes afférents à la religion et célèbre la messe en grande pompe. Attila Dorn en bon tribun qu’il est ne se montre pas avare en locutions latines ou en « Hallelujah » dont il lui arrive de les enchaîner à la mitraillette sur le percutant refrain de « Sanctus Dominus », qui s’empare instantanément de tout le cortège pour être repris à l’unisson. Une pièce efficace même si elle ne fait que resservir la même potion façonnée sur l’album Preachers Of The Night avec « Coleus Sanctus ». C’est là que le bât blesse le long de cette sixième croisade des loups allemands. Peut-être un manque flagrant de véritables hits, contrairement à Preachers Of The Night qui en regorgeait, ne parvenant pas à tromper notre attention, toujours est-il que Blessed & Possessed met en exergue les plus gros défauts du groupe. A savoir, en premier lieu, la difficulté à se renouveler. L’impression qu’on nous ressert le même plat, une recette appliquée en mode automatique, usant des mêmes ficelles, des mêmes types de refrains mais réchauffés, se fait prégnante. Celle-ci est particulièrement frappante quand on assiste par exemple à un « Higher Than Heaven » qui musicalement repasse sur les empreintes de pas encore frais des bataillons d’« Army Of The Night » et d’ « Armata Strigoi ». Deux titres qui eux-mêmes font dans la redite thématique : « Armata », en roumain, signifiant aussi… « armée » et « Strigoi » étant dans le folklore roumain des créatures mort-vivantes apparentées aux vampires, en somme une « armée nocturne ». Même avec un « We Are The Wild » enjoué et rassembleur qui se démarque dans l’album, on se rend vite compte qu’on a affaire à un recyclage – dans la musique et dans le titre – du plus ancien « Sacred And Wild ».

Un conservatisme que Powerwolf a, certes, toujours assumé, notamment dans l’usage une fois de plus de la paire Frederik Nordström et Henrik Udd à la production qui participe un peu plus à l’effet de redite. Avec toutefois le mastering confié à Jens Bogren pour un résultat conférant puissance aux compositions. L’album se clôt sur « Let There Be Night » qui, du haut de ses sept minutes pouvait laisser entrevoir un morceau plus épique et tortueux que d’ordinaire afin de varier les plaisirs, mais Powerwolf continue en réalité dans sa tradition de terminer le dernier titre de l’opus sur un passage ambiant de plusieurs minutes, dénué de tout instrument, en forme de générique de fin – ici, un sample mortuaire sur fond de tonnerre, de vent, ainsi que de lointains carillons d’église et hurlements de loup. Une dernière preuve s’il fallait s’en convaincre que le groupe s’auto-influence, s’attache à répéter ses gimmicks à l’envie. Et si le kitsch et la caricature font partie intégrante du concept Powerwolf, en l’absence d’accroche plus solide, ce dernier a tendance cette fois-ci à tomber du mauvais côté de la barrière. Reste que la bande des frères Greywolf conserve toute son identité immédiatement reconnaissable et le côté – curieusement – classieux de son art, au risque autant de continuer à séduire que de décevoir.

Voir le clip pour la chanson « Army Of The Night » et la lyric-vidéo du morceau « Armata Strigoi » :

Album Blessed & Possessed sortie le 17 juillet 2015 chez Napalm Records.



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