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Interview   

Powerwolf : la croisade monte en puissance


Powerwolf 2015

Powerwolf ferait-il partie de la relève du heavy metal, la nouvelle génération qui remplacera les indéboulonnables dinosaures ? A en croire Falk Maria Schlegel et Roel Van Helden, respectivement claviériste et batteur de la meute de loups, ce pourrait bien être le cas. Et le succès qu’ils remportent et ne cesse de s’accroître à chaque nouvelle sortie semble leur donner raison. Après tout, Powerwolf a tous les ingrédients à son avantage : une pelletée d’hymnes, une identité musicale et visuelle forte, des shows ultra-divertissants, une bonne régularité, une constance dans l’offre musicale que les fans de heavy généralement apprécient, etc. Powerwolf sort en tout cas désormais son sixième album Blessed & Possessed, qui a la lourde tâche de succéder au très réussi Preachers Of The Night avec lequel le groupe a marqué beaucoup de points. Mais les aficionados du combo germanique ne devraient pas déchanter tant celui-ci s’inscrit rigoureusement dans une continuité.

Nous avons abordé ces différents sujets avec les deux musiciens, revenant également sur leurs marques de fabrique : les thématiques à la fois religieuses et horrifiques relevant souvent du littéraire, leur goût pour le cliché, leur sens du divertissement, etc. Cette discussion en toute décontraction permet aussi de voir à quel point les musiciens aiment s’amuser et blaguer. Pour autant, attention à ne pas les prendre pour un groupe de « rigolos », la musique, pour eux, ça reste du sérieux !

Powerwolf 2015

« Il y a une nouvelle génération de fans de heavy metal qui ne connaissent pas les plus vieux groupes. […] Désormais une nouvelle génération grandit en écoutant Powerwolf ! »

Radio Metal : Depuis le début, Powerwolf a rigoureusement sorti un album tous les deux ans. Est-ce important pour vous cette régularité ?

Falk Maria Schlegel (claviers) : Je ne sais pas si c’est important mais c’est comme ça que nous faisons [rires].

Roel Van Helden (batterie) : C’est notre cycle. Beaucoup de groupes ont ce cycle de deux ans. Je crois que Megadeth fait ça aussi. Ça nous laisse assez de temps pour tourner, composer et enregistrer. Je ne sais pas si nous allons continuer sur ce rythme dans le futur mais jusqu’ici ça nous a bien convenu.

Falk : Je pense aussi que nous sommes un groupe de bosseurs. Donc, dès que nous terminons les tournées, nous commençons immédiatement à composer ; nous voulons écrire de nouvelles chansons et travailler sur un nouvel album. Après Blessed & Possessed, je ne sais pas, peut-être que nous allons tourner pendant deux ans…

Roel : Je sais que nous allons tourner pendant deux ans ! [Rires] Je connais le planning !

Pour votre nouvel album Blessed & Possessed, vous avez une nouvelle fois fait appel à Fredrik Nordström en tant que producteur, Matthew Greywolf a une fois de plus réalisé l’illustration et vous avez même utilisé le même orgue que vous aviez déjà utilisé sur plusieurs de vos derniers albums. Pour faire court : on dirait que vous êtes très conservateurs vis-à-vis de votre musique et la manière de la faire…

Falk : Je pense que c’est bien d’être entouré d’une bonne équipe mais ça ne veut pas dire que c’est toujours pareil.

Roel : Nous avons fait appel à quelqu’un d’autre pour le mastering cette fois-ci.

Falk : Oui, nous avons fait appel à Jens Bogren cette fois-ci. Mais c’est une chance d’avoir la même équipe parce que ça nous permet de peaufiner les détails dans les chansons. Par exemple, nous avons utilisé ces percussions orchestrales. Nous avons eu une chorale que nous avons enregistrée de façon individuelle de manière à pouvoir faire un mixage spécial. Fredrik a une nouvelle fois fait le mixage mais, d’une part, il sait comment doit sonner Powerwolf mais aussi il a l’occasion de se pencher plus sur les détails. Ce n’est donc pas une question de toujours faire la même chose et d’avoir le même producteur et ainsi de suite, c’est plus… C’est souvent plus de travail de travailler avec les mêmes gars [rires], car tout le monde veut améliorer des choses.

Roel : Oui, c’est une très bonne raison pour vouloir faire appel à la même équipe : tu peux prendre du recul sur ton album précédent et te dire : « Nous avons bien fait ceci mais nous pouvons faire mieux avec cela. » Et si tout le monde dans l’équipe pense ainsi, le produit ne fera que s’améliorer. D’un point de vue sonore, ceci est le meilleur album que nous ayons eu jusqu’à présent.

Falk : Le fait que tu puisses améliorer des trucs est une chose, mais d’un autre côté, chacun de nous évolue. Je dis toujours que c’est comme une photo de famille. C’est ainsi et ensuite, deux ans plus tard, ça devient autre chose, et ensuite tu peux combiner le tout. C’est une bonne équipe, et nous avons besoin de cette famille.

Apparemment, ça vous a pris neuf mois très intenses pour faire cet album. Avez-vous le sentiment d’avoir investi plus d’efforts dans celui-ci, surtout dans la mesure où vous deviez battre Preachers Of The Night qui a rencontré un franc succès ? Comment compareriez-vous votre investissement dans cet album par rapport aux autres ?

C’est toujours beaucoup de travail ! [Petits rires] Je ne peux pas dire que c’était plus que Preachers Of The Night.

Roel : C’est un peu pareil : nous nous donnons à cent pour cent.

Falk : Chaque album représente un travail sept jour sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et nous sommes vraiment contents maintenant de faire une interview avec toi [rires], car ça signifie que nous avons terminé ! Et tu as raison, Preachers Of The Night était un grand succès pour nous. Au début du processus de composition, pour être franc, il y avait un peu de pression. Pas de la pression venant des gens ou du label. C’était une pression venant de nous car nous voulions écrire un autre bon album. Nous nous disions : « Est-ce qu’on peut encore y arriver ? » Ensuite, nous avons écrit « Blessed & Possessed », la chanson d’ouverture sur le nouvel album, et nous avons dit : « Oui, nous le pouvons ! » [Rires] Donc, ça, c’était le point de départ du processus pour Blessed & Possessed. Et nous faisons toujours de notre mieux. Je ne peux pas dire si ça représente plus ou moins de travail que Preachers Of The Night, Blood Of The Saints ou Bible Of The Beast. C’est toujours beaucoup de travail, et maintenant nous sommes heureux de remonter sur scène !

Même si le processus était globalement le même qu’avec les albums précédents, vous avez invité les chorales masculine et féminine à chanter directement en studio cette fois, ce qui a causé des difficultés logistiques. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet et qu’est-ce que le fait de procéder ainsi a apporté à la musique ?

Roel : Ca représentait trente-cinq personnes, n’est-ce pas ?

Falk : Oui, trente-cinq personnes. La dernière fois, c’était avec dix personnes qui étaient enregistrées ensemble. Nous avons eu des problèmes pour le mix parce que du coup nous n’avions qu’une piste pour tous. Donc cette fois-ci nous les avons enregistrés séparément. Je pense que c’était une bonne idée mais c’était un planning de fou…

Roel : Mais au final, ça a été payant parce que si une chanson nécessitait seulement cinq choristes, nous pouvions simplement mettre cinq pistes. Et si nous avions besoin d’un gros son, nous pouvions tous les mettre.

Falk : Une chose avec la chorale, nous l’utilisons mais parfois tu n’y fais même pas attention, donc ce n’est qu’une question de détail. Par exemple, « Higher Than Heaven » est une chanson qui présente un combat entre la voix d’Attila et la chorale, et c’est Attila qui gagne [rires]. C’est important : nous sommes un putain de groupe de heavy metal ! Nous avons besoin de ça pour notre son mais ce n’est pas une partie principale.

Roel : C’est juste un détail.

Falk : Imagine un peu : nous avons enregistré trente-cinq personnes pour la chorale, et ce n’est qu’un détail ! C’est comme ça que fonctionne Powerwolf. Nous avons cette atmosphère particulière sur les chansons mais nous sommes quand même un putain de groupe de heavy metal. Nous ne voulons pas tout remplir de chœurs et tout. A la base, le but est d’obtenir une bonne chanson, avec de bonnes parties de batterie, de bonnes guitares et, bien sûr, l’orgue [rires].

Powerwolf - Falk Maria Schlegel 2015

« Nous ne sommes pas chrétiens, nous ne sommes pas du tout croyants mais si des chrétiens ou n’importe quelle personne religieuse lisaient nos paroles, ils ne seraient pas offensés. C’est important pour nous. »

L’orgue est d’ailleurs devenu très important dans votre musique…

C’est quelque chose qui a évolué. Au début j’utilisais un son d’orgue Hammond. J’aime vraiment l’orgue Hammond. J’aime vraiment les trucs de Jon Lord dans Deep Purple. Au bout d’un moment, je me suis mis à utiliser un orgue d’église…

Roel : C’est devenu une marque de fabrique.

Falk : C’est devenu une marque de fabrique et je pense que parfois ça sonne un peu plus diabolique ou lourd qu’un son de guitare.

Roel : Ça sonne assez agressif.

Falk : Je le crois, ouais. Ça te donne vraiment des frissons dans le dos lorsque l’orgue d’église joue tes chansons. Et d’un autre côté, ça colle aux chansons. Mais aussi, certaines parties sur l’album, par exemple le couplet de « Dead Until Dark », nous n’avons pas besoin d’orgue ici, c’est bien sans. Il faut que ça convienne à la chanson. Nous ne l’utilisons pas juste parce que nous avons un orgue. Nous l’utilisons parce que ça convient à Powerwolf.

Roel : Parce que ça ajoute un plus…

Falk : Non seulement ça ajoute un plus, mais parfois je joue la même partie que la guitare ou que le chant. Donc… C’est Powerwolf, tu sais. Honnêtement, je n’utiliserais jamais des sons de clavier comme des cordes ou les trucs que les groupes de metal progressifs utilisent, ce n’est pas mon style. Pourtant j’aime des groupes qui font ça…

Roel : Ah bon ? Pas moi ! [Rires]

Falk : Dream Theater… [Rires] Non, mais c’est Powerwolf, tu sais.

L’album s’appelle Blessed & Possessed (NDT : Béni et Possédé), ce qui parait être deux termes contradictoires. Qu’est-ce que vous mettez derrière ces mots ? Quelle en est la symbolique ?

Roel : Nous aimons cette opposition et ça vient aussi de nos concerts où nous avons, d’un côté, la présente scénique majestueuse, notre scène donne toujours l’impression d’être dans une église – une église heavy metal -, notre chanteur Attila envoie de l’encens, avant les concerts nous nous mettons en cercle et nous commençons à hurler comme une meute de loups… Tous ces trucs majestueux représentent la partie « Blessed ». Et la partie « Possessed » c’est lorsque nous commençons à…

Falk : Lorsque nous commençons à péter un câble… [Petits rires]

Roel : Lorsqu’il se met à courir partout sur scène et à crier et… Lorsque l’audience se met à devenir folle, c’est ça la partie « Possessed ».

Falk : Pour ce qui est des paroles, Blessed & Possesses signifie, d’un côté, tu as cette vie religieuse, ou une vie normale avec des règles, et d’un autre côté, tu veux briser tout ça. Par exemple, la chanson « Sacramental Sister » parle d’une nonne qui vit une vie religieuse dans la chasteté, alors qu’à côté de ça elle a des désirs sexuels. Donc Blessed & Possessed se rapporte, comme nous l’avons dit, à notre musique et nos concerts mais aussi à…

Roel : Ça revient beaucoup dans nos paroles…

Falk : Tu peux aussi comparer ça aux croisades – nous écrivons beaucoup sur les croisades : ces gens sont bénis et vivent une bonne vie mais ensuite ils se mettent à tuer des gens. Nous avons beaucoup de chansons de ce genre. « Catholic In The Morning… Satanist At Night », par exemple aussi. Il est très important de mentionner que nous ne sommes pas des fanatiques religieux ou quoi que ce soit de ce genre. Nous décrivons des événements historiques et des choses religieuses mais nous ne voulons pas blesser les croyances religieuses des gens, nous ne voulons pas faire la morale sur ces sujets. C’est vraiment une chose importante.

Roel : Ouais, nous ne sommes pas chrétiens, nous ne sommes pas du tout croyants mais si des chrétiens ou n’importe quelle personne religieuse lisaient nos paroles, ils ne seraient pas offensés. C’est important pour nous.

Vous avez toujours mélangé les thèmes de la religion et des créatures horrifiques, surtout les loups-garous, dans votre musique. D’où vous vient cette association et comment l’utilisez-vous ?

Falk : Au début ça venait d’Attila parce qu’il a ses racines en Roumanie. Au bout d’un moment ça a évolué et nous avons changé en ce truc religieux. Mais on s’intéresse aussi à ces sagas et nous lisons beaucoup, par exemple « Armata Strigoi » est aussi lié à l’histoire des loups-garous de Roumanie. Tu peux lire beaucoup de choses sur les strigoi, c’est une créature sans corps et mort vivante, il y a tellement de significations à voir derrière ça, c’est très intéressant pour Powerwolf.

Roel : Ça colle aussi à la musique, de chanter à propos de morts vivants, de loups-garous, de vampires, de zombies… Tout ça va très bien avec le metal ! [Rires] Ca s’assemble parfaitement !

Falk : Voilà le truc : nous adorons les clichés ! Et d’un autre côté, nous lisons beaucoup sur ces sujets. Par exemple, Matthew a lu des choses sur les strigoi. Il m’en a parlé il y a deux ans, et puis maintenant nous avons écrit un bout de chanson et il a dit : « Ça colle vraiment à ‘Armata Strigoi’ ! » Nous lisons beaucoup de choses de la bible, nous lisons beaucoup de choses historiques, nous lisons beaucoup de ces sagas, et ensuite nous écrivons une chanson, nous écrivons un refrain, et nous nous rendons compte que ça colle parfaitement à « Armata Strigoi ».

Dans la vidéo making of tu mentionnes que « la Bible est un livre sacrément massif – il offre beaucoup d’espace pour paraphraser et expérimenter. » A quel point la Bible est-elle une source d’inspiration pour vous ?

Une grande source d’inspiration, c’est un gros livre ! [Petits rires] Mais il n’y a pas que la Bible. Dans ma ville de Saarbrücken, tu as la frontière française où il y a beaucoup de bibliothèques avec beaucoup de vieux livres, et c’est quelque chose qui m’a intéressé depuis que je suis enfant et c’est pareil pour Matthew. L’histoire est sans fin. Il y a tant de choses à lire…

Roel : La Bible ou, comme tu le dis, les très vieux livres sont une très bonne façon d’avoir un regard direct sur le passé, avec ce que les gens ont écrit il y a des centaines et des centaines d’années. C’est ce qu’il a de plus proche du voyage dans le temps ! De simplement recevoir ça directement de l’écrivain, avec quelqu’un qui te parle depuis le passé à travers ces livres. C’est très intéressant.

Falk : Ça ne veut pas dire que nous écrivons des paroles qui parlent directement de ça, mais ça reste en tête. Et après un moment, tu le gardes en toi, et ensuite tu écris une chanson. Ce sont des choses que l’on connaît, et on ne peut qu’écrire sur des sujets qu’on connaît [petits rires].

Powerwolf - Blessed & Possessed

« Nous avons ce divertissement sur scène, évidemment, mais nous ne voulons pas avoir cette image rigolote, du genre ‘bière, bière, bière, bière… ‘ »

Chacun de vos albums se termine avec une outro atmosphérique…

Oui [rires] !

En fait ça donne une sensation de fin d’une l’histoire ou même d’un film…

Même d’un film ? [Petits rires]

Roel : Ouais ! Comme les crédits de fin !

Est-ce que vous voyez un côté cinématographique dans votre musique ?

Falk : C’est une question difficile.

Roel : Je pense que lorsque tu écoutes vraiment la musique, ça te donne des images, peut-être sur ce que les paroles racontent. Je pense que ça provoque des images dans l’esprit de l’auditeur.

Falk : Tu as raison, la dernière chanson est vraiment… Tu peux l’entendre et repenser à l’album ou quelque chose comme ça. Lorsque nous avons composé la musique de « Let There Be Night », nous ne savions pas qu’elle finirait par devenir la dernière chanson, mais lorsque nous avons écrit le refrain, alors nous savions. Tu vois ce que je veux dire ? Nous ne composons pas une chanson en ayant en tête qu’elle sera la dernière, mais nous nous disons : « ‘Let There Be Night’ ? Ça c’est la dernière chanson ! »

Si vous étiez des réalisateurs de film plutôt que des musiciens, quel genre de films feriez-vous ?

Roel : Du porno !

Les deux : [Eclatent de rire].

Roel : Je suis désolé mais je suis entouré par toutes ces photos sur le mur ! [Rires] Je ferais un film pornographique avec plein de zombies ! Sans doute. [Rires]

Falk : Des films comme Night Watch nous intéressent. C’est un film russe qui nous a inspirés pour notre dernier album (NDLR : la chanson « Nochnoi Dozor »). Donc ça aussi c’est dans le thème principal. Nous l’avons vu dans le tour bus, n’est-ce pas ?

Roel : Ouais ! Ca et les DVDs de Manowar…

Falk : Oui ! [Rires]

Il y a délibérément beaucoup de clichés dans votre musique. Comment et où mettez-vous la limite pour éviter de devenir un groupe parodique ? Est-ce que vous faites attention à ça ?

Roel : Il y a une étroite limite…

Falk : Je ne sais pas s’il y a une limite…

Roel : Il y a une limite. J’ai rejoint le groupe en 2011. Et beaucoup de choses marrantes se produisaient sur scène, comme lorsque notre chanteur joue avec l’audience, et dès le premier ou second concert j’ai pensé à un truc sympa à faire. Lorsque je faisais mon solo de batterie, j’ai échangé mes baguettes habituelles par des baguettes de gressin – tu sais, pour manger avec ta soupe -, je les ai tenues en l’air et puis je les ai mangées. Du point de vue de l’audience, ils se disaient : « Qu’est-ce qu’il fait ? Il mange ses baguettes de batterie ? » Ca a pris dix secondes pour que les gens se rendent compte : « Oh, ce ne sont pas de vraies baguettes de batterie ! » Je trouvais ça assez cool mais ensuite, après le concert, des types sont venus me voir : « Qu’est-ce que tu fais ?! » « C’était une blague marrante à faire ! » « Non, c’était ridicule ! » Donc là, j’avais franchi la limite qui me sépare de la parodie. Comme Steel Panther, eux ils ont franchi la limite, mais pas nous.

Falk : Le truc par rapport à ces limites, pour souligner que nous ne sommes pas des fanatiques religieux, c’est que nous avons parfois une manière ironique de décrire les choses. Par exemple « Resurrection By Erection » montre clairement que nous ne sommes pas des fanatiques religieux. Ça c’est un côté des choses, mais d’un autre côté, la musique est très sérieuse. Nous avons ce divertissement sur scène, évidemment, mais nous ne voulons pas avoir cette image rigolote, du genre « bière, bière, bière, bière… » ou quelque chose comme ça. Tu peux faire la fête, mais tu as aussi le message, nous ne sommes pas un groupe rigolo, tu vois ce que je veux dire ? Nous voulons divertir et que les gens s’amusent, mais… Tu as saisi le truc. Donc, il y a peut-être des limites mais je ne sais pas… Est-ce qu’il y a des limites ? Peut-être suis-je trop stupide ! [Rires]

Matthew Greywolf a été clair quant au fait que le groupe voulait continuer à faire exactement la même musique à chaque album, simplement avec de bonnes nouvelles chansons. Comment parvenez-vous à être encore stimulés par votre musique sans jamais changer ? Ne ressentez-vous pas de la lassitude ou bien n’avez-vous pas peur de provoquer de la lassitude parmi les fans ?

Le truc, c’est que les changements sont dans les détails. Nous avons créé notre propre style. Je ne connais aucun groupe qui utilise un orgue d’église et qui joue du heavy metal comme ça. Après, pour être franc, nous jouons du heavy metal, mais le truc c’est que nous avons ajouté de la fraîcheur là-dedans. Selon moi, il y a une nouvelle génération de fans de heavy metal qui ne connaissent pas les plus vieux groupes. Ils connaissent Powerwolf et Sabaton, des groupes comme ça. Oui, nous écrivons de nouvelles chansons, mais il y a une évolution dans les détails. Nous avons notre manière de créer nos chansons, pourquoi devrait-on changer ça ?

Roel : Nous adorons la musique que nous faisons. Les fans semblent l’aimer. Pourquoi changer ? C’est comme AC/DC, ils ne changent jamais ! Les gens seraient seulement déçus si nous changions !

Falk : C’est le point de vue des fans mais nous aimons la musique que nous faisons. Nous composons notre musique et nous y sommes vraiment accros. Il y a donc une évolution mais c’est ça la musique que nous composons. Ce n’est pas du tout honteux ! Tu peux changer des trucs mais pourquoi ? Le faire juste pour le principe de changer n’est pas une bonne raison.

Roel : Et nous ne voulons pas changer.

Falk : Nous voulons écrire de bonnes nouvelles chansons ! [Rires]

Powerwolf 2015

« Nous adorons la musique que nous faisons. Les fans semblent l’aimer. Pourquoi changer ? »

L’édition limitée de l’album contient un CD bonus, intitulé Metallum Nostrum, rempli de reprises de Judas Priest, Savatage, Iron Maiden, etc. Je sais que vous avez un genre de rituel avant de monter sur scène : vous écoutez ensemble des chansons d’autres groupes pour vous donner de l’énergie. Est-ce que les chansons de ce CD bonus sont celles que vous écoutez avant de monter sur scène ?

Roel : L’une d’entre elles, oui ! « Gods Of War Arise » d’Amon Amarth, nous écoutons toujours cette chanson avant de monter sur scène.

Falk : Ça et Bon Jovi ! Mais ça, ce n’est pas sur le CD bonus [rires].

Roel : Ouais, on écoute des musiques bizarres parfois [rires] pour calmer nos nerfs.

Falk : Ouais, la dernière chanson que nous avons utilisée avant de monter sur scène, c’était Amon Amarth, mais Metallum Nostrum représente plutôt l’histoire de chacun. Et nous avons choisi des chansons qui ne sont pas très connues. Tu sais, « Touch Of Evil » de Judas Priest n’est pas…

Roel : Ouais, et « The Evil That Men Do » d’Iron Maiden est bien connue mais elle n’a pas été tellement reprise. Nous essayons d’éviter les clichés habituels dans les reprises.

Falk : Et nous avons « Power And Glory » de Chroming Rose. Est-ce que tu connais Chroming Rose ?

Roel : Seuls les Allemands connaissent ça ! Je viens de Hollande et je ne connaissais pas ce groupe !

Falk : C’était le premier album que Matthew Greywolf a acheté ! Ca faisait un moment que nous avions cette idée en tête, et nous voulons sortir des éditions limitées de très bonne qualité. Et aujourd’hui, nous avons eu l’occasion de faire cet album de reprises, et la première chose que Matthew a dite, c’est : « Il faut que nous reprenions ‘Power And Glory’ de Chroming Rose ! » [Rires] Et Charles a dit : « Il faut que nous reprenions Running Wild ! » Et moi j’ai dit : « Savatage ! » Donc chacun a eu son choix de chansons. Dix chansons, deux albums…

Roel : C’était beaucoup de travail de faire ça ! [Rires] Pour un simple album bonus ! Il se trouve qu’il est vraiment bien ! Pour certaines chansons, nous les avons faites comme les originales – nous ne voulions pas trop toucher à Judas Priest – et pour d’autres, nous avons fait des changements. Bien sûr, c’était le cas avec Amon Amarth où la voix death metal a été remplacée par celle d’Attila, donc ça fait quand même une bonne différence. Nous avons fait une chanson de Gary Moore, « Out In the Fields », c’est un peu une chanson de hard rock et nous l’avons vraiment refaite à la sauce heavy metal, avec double grosse caisse, de Powerwolf.

Charles Greywolf s’occupe des parties de basse en studio mais sur scène vous n’avez pas de bassiste. N’avez-vous jamais envisagé intégrer un bassiste, que ce soit à vos débuts ou plus tard ?

Falk : Non !

Roel : Non ! Ça fonctionne bien ainsi, avec moi derrière la batterie et quatre gars qui courent sur scène, à secouer la tête, crier et faire des trucs de fous. Nous n’avons pas besoin d’un cinquième membre sur scène. Nous cinq dans le groupe, nous sommes soudés, nous sommes une meute de loups… Ca fait onze ans que ça fonctionne, donc nous n’allons pas changer.

La popularité de Powerwolf semble sans arrêt grandir avec chaque album. Vous avez même atteint la première place dans les classements allemands avec Preachers Of The Night. Comment expliquer ce succès graduel ?

Le fait de travailler dur…

Falk : Travailler dur, c’est une chose, mais tu ne peux pas prévoir le succès. Je ne sais pas. Je pense que nous avons fait notre truc de manière particulièrement honnête. Nous avons écrit la musique que nous avons écrite, nous faisons notre truc sur scène, nous faisons… Et nous n’avons rien changé. Personne ne nous a jamais dit : « Vous devriez composer cette chanson de cette façon. » Pour être honnête, notre label ne reçoit notre CD qu’une fois terminé ! Nous le faisons donc uniquement pour nous, et ensuite les gens l’aiment. C’est un plaisir et un honneur pour nous.

Roel : C’est, d’un côté, le fait de travailler dur et de faire tout notre possible et, d’un autre côté, je pense que nous avons eu la chance d’être là au bon moment. Si nous avions joué cette musique, à faire la fête sur scène, au début des années 90, lorsque tout le monde était déprimé à écouter du grunge, ça n’aurait pas marché. Je pense que les gens sont aujourd’hui prêts pour le divertissement.

Falk : Peut-être que ça a à voir avec ce que j’ai mentionné au sujet de la nouvelle génération…

Roel : Ouais, ils veulent faire la fête lorsqu’ils vont voir un concert.

Falk : Certaines personnes me demandent : « Et si Iron Maiden n’existait plus, ou Motörhead ou Judas Priest ? » « Oh mon Dieu ! Iron Maiden ne devrait jamais cesser d’exister ! » [Rires] Je suis accro au heavy metal depuis que je suis gamin, et désormais une nouvelle génération grandit en écoutant Powerwolf ! Je suis reconnaissant pour ça. Et la meilleure chose que je puisse faire, c’est d’écrire de nouvelles chansons et monter sur scène.

Powerwolf - Attila Dorn 2015

« Lorsque les gens doivent te regarder pendant une heure et demie, tu dois t’assurer qu’ils ont quelque chose à regarder. Nous ne sommes pas très beaux, donc… [Rires] »

Alors que beaucoup de groupes ont tendance à intellectualiser le heavy metal, vous vous semblez miser sur le divertissement. Est-ce que c’est ça le heavy metal pour vous en premier lieu, un divertissement ?

Roel : Je pense que Powerwolf va dans les deux sens : nous prenons notre musique et nos paroles très au sérieux, et lorsque nous montons sur scène, nous essayons de jouer du mieux que nous pouvons – nous prenons ça aussi au sérieux -, mais arrive aussi le moment de faire la fête tous ensemble avec la foule !

Falk : Je crois que le heavy metal a le droit de divertir, qu’il a le droit d’utiliser les clichés. Lorsque tu vas voir Iron Maiden, lorsque tu vas voir Kiss, lorsque tu vas voir Judas Priest, qu’est-ce qu’ils font ? Ils jouent la musique mais aussi ils divertissent. Lorsque je ne veux pas divertir, je me contente d’enregistrer [rires].

Roel : Lorsque je vois un groupe qui est juste là sur scène, à jouer leurs trucs, je trouve ça ennuyeux ! Tout du moins, pour ma part.

Falk : Peut-être que d’autres gens aiment ça mais…

Roel : J’ai été à un concert de Rush à Frankfort. Musicalement, c’était superbe ! Des chansons excellentes ! Mais pourquoi ne devrais-je pas juste rester chez moi et mettre la musique ? Parce que ça ne fait pas beaucoup de différence ! Rien ne se passe sur scène, si ce n’est que tu peux les voir jouer en direct mais tu ne n’es pas diverti par ce genre de groupe. Tu dois offrir quelque chose en plus lorsque tu te retrouves là. Lorsque les gens doivent te regarder pendant une heure et demie, tu dois t’assurer qu’ils ont quelque chose à regarder. Nous ne sommes pas très beaux, donc… [Rires]

D’ailleurs, vous utilisez du maquillage pour vous donner un look qui aujourd’hui est plus généralement associé au black metal. Est-ce important de rappeler que des groupes comme Kiss ou Alice Cooper ont en premier fait usage de ceci et que ce n’est pas le privilège des groupes de metal extrême ?

Falk : Effectivement, ce n’est pas le privilège des groupes de metal extrême ! Je ne considère pas Powerwolf dans la continuité de Kiss mais le côté visuel a été très important dès le début. Et tu peux aussi voir une évolution lorsque nous avons joué, par exemple, à Paris avec Gamma Ray (NDLR : le 17 octobre 2005) par rapport à aujourd’hui. Onze ans plus tard, ça s’améliore.

Roel : Nous avons l’air un peu plus professionnel…

Falk : Le truc pour moi c’est que je ne me contente pas d’utiliser du maquillage, comme un acteur. Lorsque tu montes sur scène et tu portes le maquillage…

Roel : Tu peux entrer dans la peau d’un personnage…

Falk : Ouais, le personnage, mais j’ai aussi l’occasion de faire ressortir ma personnalité. Donc je ne monte pas juste sur scène avec le maquillage pour jouer la musique… Tu as cette personnalité en toi, et ce maquillage m’offre la possibilité de vivre ça au grand jour, de le faire ressortir, c’est authentique. Par exemple, deux heures avant le concert, je commence à me mettre mon maquillage, je prends un truc à boire, etc. ; c’est un rituel. J’aime l’odeur du maquillage et tout, c’est super pour moi. Ce n’est pas juste une question de mettre le maquillage et ensuite monter sur scène. Et oui, nous avons souvent cette question sur les groupes de black metal. Il n’y a pas que ces groupes qui ont le droit de faire ça, et nos maquillages sont différents.

Roel : Mais c’est drôle parce que parmi les gens qui ne connaissent pas Powerwolf et voient un de nos concert, certains d’entre eux s’attendent à du bruit extrême, un genre de death-grind-black-je-sais-pas-quoi, et ils sont agréablement surpris de voir que nous jouons du heavy metal ! Mais parfois c’est aussi l’inverse, lorsque quelqu’un se dit : « Oh, il y a un groupe de black metal qui joue ! Allons écouter ça ! » Il se peut qu’il soit déçu ! [Rires]

Falk : Une très bonne chose pour Powerwolf c’est que dans notre public il y a énormément de gens différents : il y a des fans de black metal, des fans de heavy metal, des fans de hard rock…

Roel : Des fans de lounge… [Rires]

Falk : Donc c’est un honneur pour nous de rassembler les fans de metal. J’aime le metal dans son ensemble : j’aime le death metal, le metal progressif, le speed metal, le thrash… Pas les groupes de black metal extrêmes, ce n’est pas mon style [petits rires]. Mais la famille principale, c’est le heavy metal.

Roel : Moi, j’aime vraiment le metal végétarien cannibale.

Falk : C’est quoi ça ? [Rires]

On voit bien des groupes de metal végétaliens aujourd’hui…

Roel : Du metal végétalien ? Ouais ! Mais j’aime uniquement le metal végétalien cannibale [rires].

Interview réalisée en face à face le 22 mai 2015 par Valentin Istria.
Retranscription, traduction, introduction et questions : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Manuela Meyer.

Site officiel de Powerwolf : www.powerwolf.net.



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