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Interview   

Powerwolf : la grand-messe des loups


Powerwolf 2015Tous ceux qui ont vu Powerwolf en concert s’accordent sur une chose : ce groupe a un sacré sens du spectacle et du divertissement ! Décors de scène, costumes, accessoires, maquillages, etc., sans pourtant rentrer dans une dimension trop chorégraphiée, afin de conserver une part de spontanéité qui permet une vraie communion avec le public. « Communion » est d’ailleurs un bon mot pour décrire les apparitions live des Allemands, eux qui usent et détournent les codes religieux pour mettre en place leurs grand-messes heavy metal et bon enfant.

Avec six albums en dix ans, à célébrer l’office du heavy metal et galvaniser les meutes de loups venues prendre part au festin, le moment est bien choisi pour sortir The Metal Mass. Le menu est copieux, jugez plutôt : trois concerts – au Masters Of Rock Festival (République Tchèque), au Summer Breeze (Allemagne) et à Oberhausen (Allemagne) – et un documentaire dans lequel le groupe retrace son histoire.

C’est à l’occasion de la sortie de ce DVD/Blu-ray/CD que nous nous sommes entretenus avec le guitariste Matthew Greywolf et le claviériste Falk Maria Schlegel. Une bonne opportunité pour discuter de leurs prestations live mais également revenir sur certaines spécificités dans leur musique et leur histoire.

Powerwolf 2015 - credit Tim Tronckoe

« Si tu compares avec un show comme Rammstein le fait, c’est tout à fait incroyable ce qu’ils font, mais c’est structuré, chaque seconde du show est chorégraphiée et planifiée. Ce que nous voulons garder c’est d’être toujours capable d’agir spontanément. »

Radio Metal : Vous allez bientôt sortir The Metal Mass, constitué de plusieurs concerts et documentaires. Qu’est-ce qui vous a fait penser que c’était le bon moment pour sortir des enregistrements de concerts du groupe ? Pensez-vous que vous êtes à un tournant de votre carrière ?

Falk Maria Schlegel (claviers) : Non, je ne pense pas que nous soyons à un tournant. Je pense que nous avons toujours eu cet aspect visuel dans notre musique et nos prestations scéniques. Et le groupe existe depuis maintenant quatorze ans, donc le temps est venu de sortir un DVD retranscrivant l’atmosphère live sur trois concerts et où tu peux voir comment le groupe a grandi. Je pense que c’est le bon moment pour sortir un tel DVD maintenant. Après six albums, nous pouvons le faire parce que je ne voulais pas que le groupe sorte un DVD ou des trucs live après seulement deux opus officiels. Donc ouais, tu peux avoir une très bonne idée de ce qu’est le groupe sur The Metal Mass.

Dans le documentaire qui est inclus dans le DVD, vous appelez le moment où vous vous maquillez un « rituel » et ce rituel est important pour vous pour devenir la personne que vous êtes sur scène, et faire ce que vous faites sur scène. Pensez-vous que sans ce rituel, vous n’agiriez pas de la même manière et vous ne donneriez pas un si bon spectacle ?

Je ne sais pas, mais c’est vrai, c’est un rituel, et nous aimons faire ça, mais parfois nous détestons nous maquiller [petits rires]. Mais pour être honnête, ça dépend. Pour Powerwolf, c’est très important d’avoir ce truc avec le maquillage, et ce rituel fait partie de moi. Mais ouais, nous avons ces vêtements de scène, ces accessoires, ces maquillages et tout, et je ne pourrais pas imaginer monter sur scène sans rien.

Matthew Greywolf (guitare) : Nu ?

Falk : [Rires] Non mais seulement en jean ou en short, avec des vêtements normaux… Je ne pourrais pas imaginer que ça fonctionne avec Powerwolf. Et j’aime le divertissement ! Des groupes comme Kiss ou même Iron Maiden portent des vêtements de scène. Donc j’aime vraiment les groupes qui veulent aussi divertir avec leur comportement et leurs aspects visuels. C’est aussi ce que Powerwolf défend. Donc nous adorons faire ça !

Comment te sens-tu après ce rituel et quand tu montes sur scène ? Qu’est-ce qui se passe dans ta tête ?

Ça crée juste une certaine atmosphère, surtout pour moi. Je me concentre sur le concert et je suis très impatient de monter sur scène, j’aime ce moment où tu as le compte à rebours, cinq, quatre, trois, deux, et ensuite tu montes sur scène… Ca me donne de la force quand je monte sur scène, à chaque fois, dans chaque pays. Je suis vraiment possédé lorsque je fais ça.

Depuis le tout début, vous aviez un concept, tant pour les concerts qu’en général. Mais qu’est-ce qui vous a inspiré ce concept en premier lieu, et comment a-t-il évolué au cours du temps ?

Matthew : Tout d’abord, je dirais que des groupes comme Iron Maiden mettent toujours en place de supers décors de scène et autre, et c’est ce que nous voulions faire aussi. Et visuellement, concernant le maquillage et les costumes de scène, ça a été influencé par le théâtre classique, où les acteurs jouaient avec du maquillage et des costumes. Et je pense que ça s’est constamment développé au sein du groupe. Je veux dire que nous ne sommes pas un groupe qui s’arrête en disant « c’est comme ça, on va le garder comme ça ». Par exemple, si tu compares la façon dont nous utilisons le maquillage, ça a constamment changé entre comment nous l’utilisions sur notre première tournée et comment nous l’utilisons à présent. C’est la même chose pour les costumes de scène, les accessoires, etc. C’est comme un développement permanent. Nous essayons d’améliorer et de développer un show, de tournée en tournée. Développer constamment le show fait aussi partie de ce que c’est d’être dans Powerwolf. Nous sommes vraiment passionnés par tout ça. Je veux dire que le but n’est pas forcément de rendre le show de plus en plus gros, parce qu’à un moment, tu arrives à un point où tu réalises que c’est important de maintenir une certaine spontanéité dans le jeu d’acteur. Par exemple, si tu compares avec un show comme Rammstein le fait, c’est tout à fait incroyable ce qu’ils font, mais c’est structuré, chaque seconde du show est chorégraphiée et planifiée. Ce que nous voulons garder c’est d’être toujours capable d’agir spontanément, comme un groupe de metal doit agir. Donc nous essayons d’améliorer des éléments du show mais en nous concentrant sur le caractère des membres du groupe eux-mêmes. Nous ne voulons simplement pas nous cacher derrière des milliers de lumière ou quoi que ce soit [petits rires]. Au bout du compte, ce sont les caractères [des membres] du groupe qui font que le show se réalise. L’interaction avec le public est quelque chose qui est assez important, et je pense que c’est quelque chose dont tu peux te rendre compte en regardant le DVD, aussi. Ce sont les choses que nous voulons conserver, même si le show devient un peu plus gros et plus élaboré.

Powerwolf - The Metal Mass

« Ici en Allemagne, pendant les premières années, c’était très difficile d’attirer l’attention, parce que nous avions le maquillage, les accessoires, etc. Parce que tout le monde était là : « S’ils font quelque chose comme ça, alors la musique ne peut pas être bonne ». Mais c’est genre, non, c’est quoi ce bordel ?! Si tu écoutes un album de Powerwolf, il n’y a pas de maquillage dessus ! »

Vos shows et votre musique utilisent différents codes et connotations religieuses, comme si c’était une sorte de messe, et vous chantez à propos de la religion d’un point de vue ironique. Quel est le message que vous voulez faire passer sur la religion en utilisant cette ironie ? Est-ce juste pour le divertissement ou y-a-t-il une idée plus profonde derrière cette approche ?

Eh bien, nous ne délivrons aucun message religieux. C’est simplement que c’est un sujet qui nous intéresse tous, et nous utilisons le symbolisme et l’imagerie religieuse pour les accessoires de scène, mais c’est plutôt que nous écrivons sur la religion et non pas sur des messages religieux. Nous ne sommes pas des prêcheurs. Je veux dire que nous ne voulons transmettre aucun message religieux. Pour en revenir à ta question : il n’y a pas de message sur la religion, nous chantons à propos de sujets religieux, mais nous n’essayons pas de faire comprendre quoi que ce soit parce que c’est très personnel et ça ne trouve pas sa place dans ce que fait le groupe.

Je sais que vous considérez le metal comme votre religion, et c’est ce que beaucoup de metalleux disent. Donc qu’est-ce qui fait du metal une religion pour vous ?

Beaucoup de gens viennent nous voir et nous disent qu’ils trouvent beaucoup de force dans la musique. S’ils ont des moments où ils ne se sentent pas bien, ils écoutent simplement leur musique préférée et ça leur donne de la force et de l’énergie. C’est quelque chose que qualifierais presque de fonction religieuse.

Falk, tu as régulièrement utilisé l’orgue de l’église Ste Barbe à Thionville. Qu’est-ce que cet orgue a de si spécial pour que tu y retournes sans cesse ?

Falk : Nous avons la permission de l’utiliser ! [rires]

Matthew : [Rires] C’est aussi simple que ça !

Falk : Au départ, quand nous avons fait ça, c’était difficile de trouver une église et d’avoir l’autorisation d’enregistrer avec un orgue d’église.

Matthew : Parce qu’on est un groupe de heavy metal et il y a beaucoup d’à priori sur le heavy metal.

Falk : C’est plus facile d’avoir une autorisation pour une chorale, je pense, parce qu’une chorale d’église a toujours cette image que tout est OK et gentil [petits rires].

Matthew : Je veux dire que pour beaucoup de gens en dehors du milieu, le heavy metal est toujours lié à « de mauvaises personnes qui font de mauvaises choses ».

Falk : Et ce n’est pas vrai.

Matthew : Tu ne penses pas ?

Falk : Parfois… [petits rires]

Matthew : Je ne veux pas aller plus loin dans les détails…

Falk : Donc, c’est une chose, et ensuite nous nous sommes rendu compte que cet orgue va parfaitement à Powerwolf. Donc nous ne l’avons pas changé. Ouais, c’est toujours ce qu’il se passe lorsque nous faisons [un album], on se connaît et c’est juste l’affaire d’un appel, genre : « Hey ! C’est encore Powerwolf ! » « Oh, OK, vous voulez encore enregistrer ! » Cet orgue est typique du son Powerwolf, et nous aimons aussi le divertissement en studio ou pendant l’enregistrement [petits rires].

Matthew : Et nous habitons assez près de Thionville, donc c’est une autre raison.

Falk, en fait, tu viens toujours sur le devant de la scène, à courir partout en faisant n’importe quoi, à un certain moment du concert. Te sens-tu frustré d’être à l’arrière de la scène derrière tes claviers, à tel point que tu ressens ce désir de rejoindre tes collègues à l’avant ?

Falk : Non, j’aime bien ça, mais maintenant, j’ai même deux endroits sur scène pour les claviers : à gauche de la scène et à droite. C’est très bien pour moi ! Donc je peux courir partout un peu plus parce que les distances ne sont plus aussi longues. Le fait est que c’est un jeu de scène spécifique à Falk Maria Schlegel de faire ça à l’avant [de la scène] et d’interagir avec le public ou avec Attila. J’aime bien le faire parce que j’essaie toujours de ne pas être un claviériste normal qui est debout derrière ses deux claviers et qui joue comme s’il s’ennuyait [petits rires]. Même Powerwolf a certaines parties sans orgue et dans tous les groupes de metal, tu n’as pas besoin en permanence d’orgue ou de clavier, donc c’est le moment pour Falk Maria de divertir le public [petits rires]. Je suis vraiment possédé quand je fais ça, et j’adore vraiment le faire. Pour être honnête, je ne veux pas jouer sur ce Keytar. Battle Beast sont des amis à nous et ils font ça avec le Keytar, mais pour ma part, je joue mes trucs d’orgue à ma place sur scène et ensuite je fais mon truc de divertissement à l’avant de la scène, c’est mieux pour moi.

Vous êtes connus pour ne pas avoir de bassiste sur scène, mais comment faites-vous pour combler le manque de basse, musicalement ?

Matthew : La basse vient d’un disque dur. Ce n’est pas un secret du tout ! Charles joue la basse en studio, et en situation live, nous avons ces parties de basse qui sont jouées depuis un disque dur.

Powerwolf @ Hellfest 2014

« Un bon riff de guitare peut se chanter, c’est tout. Si tu ne peux pas chanter un riff de guitare, alors c’est de la merde. »

Vous avez dit dans le documentaire que quand vous avez été numéro un en Allemagne, beaucoup de médias grand-public se sont intéressés à ce qu’était ce groupe et c’était un défi pour vous de faire face à la situation, il y avait « de gros combats avec la maison de disques pour leur faire comprendre » que vous ne vouliez pas aller sur les plateaux télé car vous « ne vouliez simplement pas être la sensation éphémère ». Pensez-vous que les émissions de télévision ne recherchent que du sensationnalisme dans le metal ?

Non, tu ne peux pas dire ça pour toutes les émissions TV, bien sûr, mais pour la plupart des invitations que nous avons eues, c’était comme ça. Et je pense que c’est important, particulièrement quand on touche les médias grand-public en tant que groupe de metal, de choisir vraiment avec précaution quoi faire et ne pas faire. Je veux dire, je ne veux pas jeter la pierre aux médias grand-public en général. Bien sûr qu’il y a beaucoup de bons programmes et de bons journaux, et nous avons aussi fait beaucoup de promotion avec des journaux grand-public, etc., mais il y a eu des invitations à des émissions TV où nous nous sommes simplement aperçus que la manière dont ils voulaient que nous participions à l’émission n’était pas adéquate pour ce que nous voulons faire. Bon, nous avons été numéro un mais nous n’avons pas été numéro un aux classements allemands parce que nous sommes un groupe grand-public, nous avons été numéro un parce que nous faisons ce que nous faisons ! Et il n’y avait juste aucun intérêt à faire des choses que nous ne voulons pas vraiment faire. Je pense que c’est très important de rester fidèle à soi-même et de faire seulement les choses que l’on veut vraiment faire.

En vérité, certains fans de metal pensent que si l’on voyait des groupes de metal à la télé ou à la radio, ça altérerait la musique et le milieu du heavy metal. Pensez-vous qu’ils ont raison ?

Non. Je ne dirais pas ça. C’est juste une question de… Nous ne voulions pas prendre position en disant non aux émissions TV. Pas du tout. C’était juste que pour nous, personnellement, ça ne collait tout simplement pas, donc nous ne l’avons pas fait. Je pense qu’en tant que personne, tu dois te sentir bien avec tout ce que tu fais. Si ce n’est pas le cas, tu ne devrais pas le faire. Mais ça ne veut pas dire que je dirais que c’est une règle qu’aucun groupe de heavy metal ne doit jouer dans des émissions TV ou quoi que ce soit. Il y a des groupes qui le font, et quand c’est bon pour eux, ils font bien de le faire. Je ne dirais jamais qu’un groupe devient moins bon ou moins heavy metal juste parce qu’ils ont joué à la télé. C’est juste que nous ne voulions pas le faire.

Pensez-vous que vous vous êtes distingués de la plupart des autres groupes actuels de heavy metal par votre aspect visuel, que vos accessoires de scène, le maquillage, etc. expliquent en partie votre succès car cet aspect du metal manque aux gens ?

Je ne pense pas. Je dirais plutôt, au contraire, qu’ici en Allemagne, pendant les premières années, c’était très difficile d’attirer l’attention, parce que nous avions le maquillage, les accessoires, etc. Parce que tout le monde était là : « S’ils font quelque chose comme ça, alors la musique ne peut pas être bonne ». Mais c’est genre, non, c’est quoi ce bordel ?! Si tu écoutes un album de Powerwolf, il n’y a pas de maquillage dessus !

Falk : C’était toujours une question par rapport au black metal…

Matthew : Ouais, beaucoup de gens pensaient que nous étions un groupe de black metal.

Falk : C’était assez nouveau pour un groupe de power metal de faire ça sur scène.

Matthew : Ouais mais le fait est, comme je viens de le dire, que sur les albums, il n’y a pas de maquillage. Donc la raison de notre succès grandissant, c’était que nous faisions de bons albums, et que nous sommes un bon groupe live. C’est tout. Je veux dire, si tu considères simplement combien de centaines et de milliers de groupes de black metal utilisent du maquillage, eh bien, ils ne sortent pas tous du lot. Donc ce n’est pas une façon de se démarquer que d’utiliser du maquillage ou quoi que ce soit aujourd’hui. Nous le faisons simplement parce que nous voulons le faire pour nous-mêmes. Et nous sommes contents qu’aujourd’hui, peu à peu, les gens se rendent compte que nous ne sommes pas seulement un groupe d’apparence mais pendant les premières années, c’était très difficile d’être pris au sérieux. C’était plus difficile que si nous avions eu simplement la tenue typiquement power metal…

Falk : …les chaînes [rires]…

Matthew : …avec un t-shirt de groupe ou quoi que ce soit, tout le monde aurait dit « OK, c’est un nouveau groupe de power metal. » Mais comme nous utilisons le maquillage, nous avons vraiment dû convaincre les gens deux ou trois fois avant qu’ils disent : « Hey, ouais, c’est quand même bien ! »

Puisque vous avez sorti rigoureusement un album tous les deux ans, j’imagine que le prochain sortira autour de l’été 2017. Donc avez-vous déjà commencé à travailler dessus ?

Non, tu te trompes [rires].

Falk : Non, nous sommes juste concentrés sur les concerts en ce moment. Nous n’écrivons jamais de chanson dans le bus de tournée ou quelque chose comme ça. Quand nous sommes en tournée, nous sommes en tournée, et ça veut dire… [petits rires] Je dors un peu plus, je fais un bon concert le soir, je fais des soirées après le concert, je discute avec les fans et tout le monde… C’est important pour moi et je pense que c’est important pour le groupe aussi. Donc après toute la tournée, c’est un peu comme une renaissance pour nous, avec de nouvelles idées peut-être et nous commençons simplement la composition, et ensuite nous nous concentrons sur cette partie de Powerwolf. Quand est-ce que nous allons commencer ?

Matthew : Il y a encore quelques concerts à venir maintenant. Il y a la saison des festivals, ensuite à l’automne nous ferons une autre tournée en Scandinavie…

Falk : Et nous allons jouer à Paris, au Zénith !

Matthew : Ouais ! Et nous jouerons plein de concerts en Europe en janvier et février avec Epica. Nous allons revenir à Paris. Et je pense que quand cette tournée sera finie, nous nous réunirons pour commencer à parler de la composition du prochain album, mais jusque là, nous jouons seulement en live.

Powerwolf - credit Jenny Dorn

« Plus les choses sont structurées, plus elles deviennent sérieuses, plus c’est important parfois de décrocher de tout ça et d’être simplement l’artiste que tu es. La créativité a toujours quelque chose à voir avec le chaos. »

En fait, dans le documentaire, vous avez dit que « deux jours après [que vous ayez] joué au Wacken, vous aviez commencé à écrire Blood Of The Saints » et que « c’était une très bonne idée d’essayer d’amener cette adrénaline [de la scène] dans la composition ». Donc avez-vous continué à vous inspirer des tournées et de l’environnement live quand vous faites des albums ?

Absolument, ouais !

Falk : Nous voulons rendre cette énergie et cette atmosphère sur le CD. Je pense que tu peux vraiment entendre cela sur l’album Blessed & Possessed parce que, je pense, il y a beaucoup de mélodies à chanter en chœur, beaucoup de chansons qui se prêtent au live [petits rires], et c’est toujours une discussion que nous avons, de savoir quelle chanson nous devrions jouer en concert. Donc c’est bon pour nous dans le groupe et c’est ainsi que Powerwolf fonctionne.

Vous avez expliqué que souvent, les titres des chansons sont le point de départ de la composition, plutôt qu’un riff de guitare, comme c’est le cas d’habitude dans la plupart des groupes de metal. Pensez-vous que ça fait vraiment la différence ?

Matthew : Absolument, ouais. Je veux dire, la composition tourne complètement autour des mélodies, et les mélodies principales viennent toujours du chant, pas vraiment des guitares, au moins dans Powerwolf. Donc, sans aucun doute, ça change beaucoup de choses au bout du compte. En fait, nous commençons à chanter une éventuelle ligne de refrain, nous commençons à chanter d’éventuels couplets, et les riffs viennent plus tard, bien plus tard. Bon, nous chantons même les riffs de guitare ! [Rires] Un bon riff de guitare peut se chanter, c’est tout. Si tu ne peux pas chanter un riff de guitare, alors c’est de la merde.

J’ai lu quelque part sur internet qu’Attila Dorn ne parle pas anglais, qu’il écrit les paroles en allemand et ensuite il vous demande à toi, Matthew, et à Charles de les traduire en anglais, et quand il chante, il fait en gros une bonne imitation. Est-ce vrai ?

[Réfléchit] Eh bien, pas vraiment [petits rires]. Le fait est que l’anglais d’Attila n’est pas le meilleur. Ca c’est vrai. Je pense que nous avons eu le cas que tu décris pour une ou deux chansons pour lesquelles Attila avait des notes en allemand et nous en avons tiré des paroles en anglais. Mais la façon de procéder habituelle est que nous écrivons les paroles en anglais ensemble. Si, par exemple, j’écris les paroles d’une chanson, Attila va peut-être ajouter quelques trucs ou changer certains mots qui sont mieux pour lui à chanter… Je pense que c’est important d’écrire des paroles de manière à ce que le chanteur se sente bien à chanter ces mots-là. Les mots doivent sonner très « chantables ». C’est là que nous essayons de trouver une espèce de langage qui convient bien à Attila.

Toujours dans le documentaire, vous avez dit que la préparation du premier album, « en comparaison avec la manière dont [vous] écrivez aujourd’hui, c’était probablement très chaotique mais en même temps, peut-être même que le chaos que [vous] aviez [vous] manque. » Pensez-vous que vous avez perdu votre spontanéité au fil du temps ?

Je ne pense pas. C’est plutôt que tu dois faire attention à garder les choses spontanées, car plus les choses sont structurées, plus elles deviennent sérieuses, plus c’est important parfois de décrocher de tout ça et d’être simplement l’artiste que tu es. La créativité a toujours quelque chose à voir avec le chaos et simplement essayer et faire des choses, mais je pense que nous avons trouvé un moyen de toujours garder ça, assurément.

Nous t’avons déjà posé une question similaire dans le passé, Falk, donc c’est peut-être plus pour Matthew. Vous avez bien fait comprendre par le passé que le groupe voulait continuer à faire exactement la même musique sur chaque album, avec simplement de bonnes nouvelles chansons. Comment arrivez-vous à rester stimulés ? Ne ressentez-vous jamais le besoin d’explorer de nouveaux territoires et de diversifier votre musique ?

Je ne sais pas. Pas consciemment mais le fait est que… Bon, bien sûr, nous ne voulons pas être bloqués dans quoi que ce soit. Bien sûr, en tant qu’artiste, tu veux explorer de nouveaux territoires, ça va sans dire, mais je ne veux simplement pas explorer de nouveaux territoires juste pour le faire. S’il y a une idée qui nous vient, qui est différente mais que nous sentons comme « OK, ça va avec Powerwolf », alors c’est très bien, mais je ne commencerais jamais à écrire une chanson en essayant consciemment d’être différent parce que sinon ce n’est juste pas naturel. Mais on verra. Je veux dire, peut-être que nous arriverons avec des idées qui seront différentes la prochaine fois. Je ne sais pas ! C’est juste que je suis convaincu que l’écriture des chansons est quelque chose qui doit venir tout seul, tu peux juger l’idée quand c’est fini et quand c’est écrit, tu peux dire « oh, c’est devenu une chanson atypique ou une chanson classique » mais je ne pourrais jamais m’asseoir en disant « maintenant, je vais écrire une chanson atypique ».

Mais est-ce important, à ton avis, qu’un groupe de heavy metal reste cohérent et qu’il ne change pas trop au cours du temps ?

Matthew : Eh bien, je pense que c’est important de savoir quelles sont tes marques de fabrique. Ca ne veut pas dire que tu n’as pas le droit de changer. Je veux dire, il y a beaucoup de groupes qui ont changé au cours des années pour maintenir l’esprit du groupe. Par exemple, si tu regardes les albums classiques d’Iron Maiden, si je compare un album comme Somewhere in Time avec Killers, c’est toujours le même groupe, les caractéristiques sont là, mais ils se sont développés, ils ne sont pas arrivés avec un genre de rock industriel ou quoi que ce soit. Ils ont juste changé tout en restant dans leurs caractéristiques. C’est ce que nous voulons faire aussi.

Interview réalisée par téléphone le 13 juin 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Traduction : Aline Meyer.
Photos : Manuela Meyer (1), Tim Tronckoe (2), Nicolas Gricourt (4) & Jenny Dorn (5)

Site officiel de Powerwolf : www.powerwolf.net

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