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Interview   

Powerwolf : l’appel du heavy metal


Rien n’arrête une meute de loups assoiffés de heavy metal. Et c’est dans ce genre de période morose que l’on vit depuis plus d’un an que Powerwolf se sent d’autant plus investi d’une mission, celle de donner de la force à ses fans au travers de sa musique. De la force, Call Of The Wild en a à revendre, avec son riffing puisant, ses mélodies fédératrices, ses orchestrations grandiloquentes… Il a tout pour nous galvaniser et réveiller la bête en nous. Ça tombe bien, des histoires de bêtes, Call Of The Wild n’en manque pas non plus, puisant plus que jamais dans les contes et légendes liés à la figure du loup ayant marqué l’histoire du continent européen.

Dans l’entretien qui suit, nous avons retrouvé le guitariste Matthew Greywolf ainsi que son compère le claviériste/organiste Falk Maria Schlegel pour qu’ils nous parlent de ce nouveau méfait qui s’inscrit dans la suite logique de son prédécesseur The Sacrament Of Sin, mais aussi de cet amour pour le heavy metal – notamment Iron Maiden sans qui Powerwolf n’existerait sans doute pas – qui les anime, les pousse à se dépasser, voire fédère toute une scène autour d’eux.

« Je suis accro à cette musique depuis l’âge de onze ou douze ans. Nous avons le slogan « Metal is my religion » sur nos T-shirts, et même s’il y a un côté ironique dans le terme « religion », je pourrais dire que le heavy metal est ce qui me guide dans ma vie. »

Radio Metal : Call Of The Wild fait suite à The Sacrament Of Sin, qui a été jalon important pour Powerwolf dans la mesure où vous y avez exploré de nouveaux territoires. La dernière fois qu’on s’est parlé, Matthew, c’était il y a un an à l’occasion de la sortie de Best Of The Blessed. Tu nous avais dit que The Sacrament Of Sin vous avait donné confiance pour élargir vos horizons. Pensez-vous que Call Of The Wild n’aurait jamais pu exister sans les risques que vous avez pris sur The Sacrament Of Sin ?

Falk Maria Schlegel (orgue et claviers) : Absolument. The Sacrament Of Sin était nécessaire pour aboutir à Call Of The Wild, mais je mentionnerais aussi chaque album avant ça, car sans Lupus Dei, il n’y aurait pas eu Bible Of The Beast et ainsi de suite. Evidemment, The Sacrament Of Sin était une étape importante dans l’univers de Powerwolf. Nous avons osé faire une ballade, nous avons osé faire une chanson comme « Demons Are A Girl’s Best Friend », etc. Ça nous a confortés dans l’idée que nous pouvions étendre un peu plus les horizons de Powerwolf.

Matthew Greywolf (guitare) : Avec The Sacrament Of Sin, nous sommes sortis de notre zone de confort via certains éléments. Nous avions une approche plus ouverte de la composition. Le fait que les gens ont vraiment adoré cet album nous a effectivement donné une grande assurance quand nous avons commencé à composer Call Of The Wild. J’ai l’impression que nous avons été plus ouverts d’esprit que jamais. Quand nous avons commencé à esquisser les premières chansons, nous avons fait tout ce qui nous plaisait. Par exemple, si tu prends une chanson comme « Blood For Blood (Faoladh) », qui est assez atypique dans le contexte de Powerwolf, nous n’avons jamais douté qu’au final ça sonnerait comme du Powerwolf, simplement parce que nous avions conscience d’avoir un ADN musical très fort. Les personnalités que nous apportons dans le groupe, c’est-à-dire la manière dont Attila chante, la manière dont je sonne quand je joue de la guitare, etc. tout ceci crée déjà une identité très forte. Quoi que nous fassions, nous sonnons comme nous sonnons. Même si nous nous mettions à jouer une chanson de reggae, nous sonnerions probablement comme du Powerwolf – pas que j’envisage un jour de le faire [rires]. En fait, ce n’est pas dur, ça se fait tout seul. Donc je dirais que nous étions très confiants avec tout ce qui nous venait. Evidemment, parfois tu commences à expérimenter avec des choses et au final, ça ne te convainc pas, mais il faut en passer par là. Il faut aller jusqu’au bout des idées pour découvrir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Tu avais déjà commencé à t’enfermer dans ton studio pour composer les nouvelles chansons avant que le monde se mette en confinement, mais je suppose que la majorité de cet album a été faite en pleine pandémie. Call Of The Wild étant ce qu’on pourrait appeler une superproduction de heavy metal, comment la situation et les circonstances ont-elles impacté logistiquement la conception et la progression de cet album ?

Sur le plan logistique, c’était un grand défi. Artistiquement, en termes de composition et tout, nous avons refusé de laisser la pandémie dicter quoi que ce soit. Je pense que l’album est ce qu’il est, indépendamment de la situation. Mais bien sûr, logistiquement, la production a été un grand défi. A quelques jours de commencer les enregistrements comme prévu, nous ne savions toujours pas si nous pourrions nous rendre au studio. Nous avons enregistré la majorité de l’album aux Sandlane Studios, aux Pays-Bas. Quelques jours avant la date d’enregistrement, nous regardions avec attention les infos qui disaient que peut-être les frontières allaient être fermées. C’était une vraie aventure d’enregistrer l’album, mais à la fois, ça a amené une attitude spéciale. Plus que jamais nous voulions que cet album se fasse, quoi qu’il en coûte, nous ne voulions pas baisser les bras face à la situation. Peu importe quelle est la situation, nous continuons à faire le travail que nous aimons. Ça a donné une très bonne dynamique à l’ensemble. Si on compare aux enregistrements précédents, cette fois, tout le monde était super heureux lorsque l’étape suivante des enregistrements pouvait avoir lieu. Il y avait une très bonne ambiance.

Comment êtes-vous parvenus à enregistrer d’aussi gros chœurs avec la distanciation sociale ?

Falk : Séparément, en les faisant chanter derrière des plexiglass. Normalement, nous sommes tous ensemble, mais cette fois il a fallu réserver plus de jours pour séparer les chanteurs. Normalement, nous célébrons chaque enregistrement avec le groupe et toutes les personnes présentes, mais cette fois, impossible. Au final, ça n’a pas d’importance parce que l’essentiel est que quand on écoute la musique et les chœurs, on ne se rend pas compte s’ils étaient tous ensemble ou séparés. Le résultat est le plus important.

« Si tu regardes le public lors d’un bon concert de metal, c’est à la limite du comportement animal parfois [rires]. Et c’est absolument positif. Tu peux te lâcher et te faire plaisir. »

Call Of The Wild semble pousser encore un peu plus loin les orchestrations et la puissance. Ces grosses orchestrations sont souvent la marque de fabrique des productions de Jens Bogren. On a parlé d’assurance tout à l’heure, et comme ceci est votre second album ensemble, à quel point avez-vous aussi gagné en assurance, lui et vous, par rapport à cette collaboration ?

Matthew : Quand nous avons fait The Sacrament Of Sin, c’était en fait la toute première fois que nous nous rencontrions. Maintenant, nous nous connaissions beaucoup mieux et nous savions à quoi nous attendre l’un de l’autre. Mais je dois admettre que nous n’avons pas pu enregistrer l’album proprement dit avec Jens Bogren à cause de la situation avec le Covid-19. Il a réalisé le mixage et le mastering, mais à cause des difficultés pour voyager, nous avons enregistré l’album aux Pays-Bas avec Joost van den Broek. C’est aussi lui qui est responsable des orchestrations. Cette fois, il a été impliqué dès les toutes premières étapes de la composition. Il a eu un fort impact sur la communication entre le groupe et les orchestrations. Les orchestrations ont été intégrées très tôt dans le processus de composition afin de pouvoir vraiment donner aux orchestrations, au groupe et à l’orgue des passages où ils pouvaient briller dans les chansons. Quand Jens Bogren a pris la suite pour mix, il a mis en valeur les idées et les a présentées de la meilleure façon possible. Je suis d’accord quand tu dis que les orchestrations ont une place très importante dans cet album, à la fois, nous ne nous considérons pas comme un groupe symphonique, nous voulons rester un groupe de heavy metal. Si tu retires les orchestrations, il faut que ça sonne quand même comme une super chanson de heavy metal. C’est très compliqué au niveau de la production de donner de l’espace à tout. Je trouve que Jens surpasse tout le monde en matière de processus de mastering, c’est très dur d’obtenir un tel résultat.

Malgré tout, est-ce une exigence pour Powerwolf que chaque nouvel album sonne plus gros que le précédent ?

[Rires] Je ne sais pas ! Peut-être que c’est ce qui s’est passé avec Call Of The Wild, qu’il est encore plus dense, détaillé et puissant que The Sacrament Of Sin, mais il n’y a pas de règle. Je pourrais même nous imaginer faire un jour un album plus dépouillé, mais ce n’est pas quelque chose qu’on peut planifier. Généralement, quand nous commençons à intégrer ou esquisser des orchestrations durant le processus de composition, ça ne suit jamais un même concept tout au long de l’album, c’est plutôt : « De quoi cette chanson en particulier a-t-elle besoin ? » Par exemple, la chanson éponyme, « Call Of The Wild », c’est une chanson assez sobre, pour ainsi dire, il y a moins d’orchestrations parce qu’à mon sens, elle a un côté facile. Ensuite, il y a des chansons comme « Varcolac », qui est très puissante. Dès le début, l’idée était qu’elle sonne très puissante, et il était clair que nous aurions besoin de ces énormes sons de cuivres qui appuieraient ce sentiment de puissance. Ça dépend toujours de la chanson, du nombre de détails et d’orchestrations qui entrent en jeu dans la composition de la chanson.

Falk, étant le claviériste dans le groupe, comment as-tu travaillé avec Joost sur les orchestrations ?

Falk : Peu importe que tu sois le claviériste, un guitariste, un chanteur ou autre, car au final, c’est toujours une question d’élaboration. Il s’agissait plus de savoir comment nous pouvions améliorer et réarranger les choses. Par exemple, nous avons décidé de réduire l’orgue sur certaines parties, et évidemment, j’étais obligé d’accepter [rires]. Parfois ça nécessitait plus de guitare, plus d’orchestrations ou même d’autres sons de clavier. C’est quelque chose que nous développions ensemble et, par exemple, sur une chanson telle que « Undress To Confess », on trouve des sons de clavier qui ne sont pas typiquement ce que j’utilise habituellement. Les guitaristes choisissent leurs amplis, leurs cordes et la guitare avec laquelle ils doivent jouer, c’était la même approche pour moi. Joost est un gars vraiment sympa. C’est toujours un plaisir de travailler avec lui, c’est génial.

En fait, je te posais la question parce que dans le metal, les parties orchestrales sont généralement le travail du claviériste. D’un autre côté, tu n’es peut-être pas un claviériste très traditionnel, en ce sens, puisque ton instrument de prédilection c’est surtout l’orgue…

Mon histoire personnelle est un petit peu étrange parce que d’un côté, je suis devenu accro au metal et j’écoutais du heavy metal. D’un autre côté, j’ai appris à jouer de l’orgue et du clavier. Puis j’ai fini par réaliser que je n’aimais pas le clavier dans le heavy metal [rires]. C’était très bizarre mais c’était trop tard ! Après quelque temps, des groupes tels que Moonspell ou Tiamat sont arrivés avec des éléments joués au clavier et ainsi de suite. Pour moi, ça a toujours été très important d’éviter d’avoir un claviériste sur scène qui reste debout derrière son instrument, je trouve ça vraiment ennuyeux. Je veux qu’il y ait une part de divertissement. Tu as mentionné l’orgue, et c’est très important pour le style unique de Powerwolf de combiner la puissance du power metal et du heavy metal aux sons d’orgue, aux orchestrations, etc. C’est une marque de fabrique de Powerwolf. Je suis très content d’avoir l’orgue et de pouvoir l’utiliser désormais dans Powerwolf. Je suppose que c’est mieux accepté maintenant. Plein de groupes de heavy metal utilisent des claviers aujourd’hui, donc heureusement, ce n’est plus un problème.

« Physiquement, ça exige de nous beaucoup plus que ce que nous sommes capables de fournir. Si nous nous lâchons vraiment sur scène et que c’est un concert où nous allons au-delà de nos limites, ce qui arrive très souvent, le lendemain chaque os de mon corps me fait mal et je regrette beaucoup [rires]. »

Vu que l’album s’intitule Call Of The Wild, à quel point faire du heavy metal a été un « appel » pour vous étant plus jeunes ?

C’était un appel à se comporter différemment. Ça m’a aidé à grandir. Dans ma jeunesse, être un petit peu différent des autres qui ne s’intéressaient pas au heavy metal était assez bénéfique. Ça m’a donné de la force, ça m’a fait du bien. Par exemple, je me souviens de l’album Powerslave d’Iron Maiden. Je buvais chaque mot de « 2 Minutes To Midnight ». J’ai même présenté cette chanson à mon professeur de musique en lui disant : « S’il vous plaît, écoutez Iron Maiden, ça vous aidera ! » Le professeur m’a regardé et a dit : « Oh, fais attention avec ça ! » [Rires]. J’adore l’image du heavy metal, ce n’est pas toujours joyeux, mais c’est toujours puissant. J’ai gardé ça en tête jusqu’à aujourd’hui et la conséquence positive est que nous divertissons les gens. C’est ce qu’il y a de bien avec le heavy metal, mais aussi la culture en général.

Matthew : Personnellement, c’était probablement l’appel le plus puissant que j’ai jamais ressenti de toute ma vie [petits rires]. Je suis accro à cette musique depuis l’âge de onze ou douze ans. Nous avons le slogan « Metal is my religion » sur nos T-shirts, et même s’il y a un côté ironique dans le terme « religion », je pourrais dire que le heavy metal est ce qui me guide dans ma vie, pour ainsi dire. C’est aussi ce que signifie Call Of The Wild. Pour moi, « l’appel de la nature », c’est une métaphore pour l’appel du heavy metal et de la scène metal, le fait de se déchaîner ensemble, etc.

Falk : D’ailleurs, c’est bien que tu mentionnes cette idée d’« appel », car on peut interpréter Call Of The Wild comme faisant référence à Powerwolf et à notre public qui se déchaînent et font beaucoup de bruit, mais pour moi, c’est un appel à rester heavy, à aller de l’avant, à faire son truc, à écouter Powerwolf, à écouter de la musique et à se sentir libre à nouveau malgré cette période de pandémie. J’ai l’impression que beaucoup de gens et de familles partout dans le monde se sentent déprimés et captifs. C’est juste un avertissement : maintenant nous sommes de retour et vous êtes avec nous. J’ai envie de donner ces émotions à nos auditeurs et de les pousser à se lever. On ne peut rien changer à la situation, si ce n’est avec les vaccins et ce genre de choses, mais on peut être fort, on peut survivre à cette situation. Dans ce genre de période, notre responsabilité est de composer des chansons de Powerwolf, de redonner de la force aux gens, parce que je vis en me nourrissant de l’énergie de mon public quand nous jouons en concert et j’ai envie de leur rendre la pareille. C’est donc aussi un appel à être fort.

Les gens ont plus que jamais besoin de cette énergie…

Matthew : Oui, c’est sûr, ils en ont plus que jamais besoin. On ressent tous, probablement même physiquement, à quel point se rendre aux concerts, être avec ses amis, s’amuser et déconnecter de la vie réelle pendant deux heures de concert nous manque. Je crois vraiment que les gens en auront énormément besoin dès que ce sera de nouveau possible.

D’un autre côté, il y a aussi l’idée de faire ressortir notre instinct animal, et depuis le début vous jouez avec l’image du loup, évidemment. A quel point, selon vous, le metal est lié à notre côté animal ?

C’est très lié. Si tu regardes le public lors d’un bon concert de metal, c’est à la limite du comportement animal parfois [rires]. Et c’est absolument positif. Tu peux te lâcher et te faire plaisir lors d’un concert de metal, tu peux lever le poing en l’air et crier, et tu peux oublier les limites que nous impose la vie sociale et qu’il faut accepter. Tu évacues tout ce que tu as en toi et tu t’amuses. Mais Call Of The Wild peut aussi être compris dans le sens littéral de l’appel à la nature. Il y a aussi un lien fort avec ça parce que sur cet album, plus que jamais, nous avons écrit des chansons sur des créatures et leurs légendes qui sont ancrées dans la nature, qui sont une manière d’essayer de comprendre la nature.

Êtes-vous proches de la nature ?

Oui, je suis très proche de la nature. J’adore me promener dans la forêt et dans les champs. Je vis à la campagne et j’aime beaucoup. S’il y a une chose positive que la pandémie m’a apprise, c’est de vraiment me rapprocher encore plus de la nature. Que peut-on faire dans ce genre de période ? Il faut éviter d’avoir trop de contacts sociaux, donc ce qu’on peut faire, c’est aller marcher dans la forêt. Ça m’a d’autant plus sensibilisé à ce que la nature peut nous dire et à la paix qu’elle peut nous apporter.

Falk : J’aime moi aussi être dans la forêt et marcher pendant une demi-heure. Evidemment, durant cette période, je l’ai fait plus souvent, mais je le faisais déjà avant. Heureusement, dans notre coin – nous vivons dans la région de Saarbrücken – nous avons beaucoup de forêts. J’aime l’odeur de la forêt. Ce n’est pas non plus complètement sauvage. Je ne vais pas aller dans un camp de survie, faire du rafting ou quelque chose comme ça, je n’ai jamais essayé ce genre de chose. Je n’ai pas besoin de ça [rires], mais ce dont j’ai parfois de besoin, c’est d’un nouvel environnement pour mes yeux, mes oreilles et mon nez, et ressentir la nature. Il y a aussi un film sur les étendues sauvages qui s’appelle Into The Wild avec des chansons composées par Eddie Vedder. Ça parle d’un gars qui a vécu dans la nature et à un moment donné il n’avait plus à manger, donc il est mort. Ce gars voulait vraiment retourner à la nature et y survivre. Cet exemple est trop extrême, mais au final, c’est bien de pouvoir se recentrer sur soi-même. Parfois j’entends des gens dire que le coronavirus leur a permis de découvrir la nature et de se retrouver soi-même, mais je n’ai pas besoin du coronavirus pour ça !

« J’aime faire ça à chaque fois après nos concerts : la salle est fermée et ils commencent à tout nettoyer, il y a des cannettes de bière par terre, etc. et je peux encore sentir et respirer l’énergie qui flotte dans l’air. Ça imprègne à jamais dans mon esprit. »

Et qu’en est-il de la scène ? Avez-vous l’impression de revêtir vos habits de loups, non seulement avec vos costumes de scène mais aussi mentalement ? Vous sentez-vous comme des loups ?

Matthew : Il est clair que je me sens comme une autre personne sur scène. Que ce soit un loup ou un être humain, ça n’a pas tellement d’importance à ce moment-là, mais physiquement, ça exige de nous beaucoup plus que ce que nous sommes capables de fournir. Si nous nous lâchons vraiment sur scène et que c’est un concert où nous allons au-delà de nos limites, ce qui arrive très souvent, le lendemain chaque os de mon corps me fait mal et je regrette beaucoup [rires]. Ça peut vraiment nous pousser à dépasser nos limites.

Falk : Il y a toujours un animal sauvage au sein de notre âme ou de notre corps, mais tu as raison, quand je monte sur scène, j’ai l’impression de lâcher la bête. Par exemple, « Fire & Forgive » était la chanson d’ouverture durant les deux derniers mois de tournée. Au milieu du morceau, il y a un passage où je lève mon poing et le public en fait de même. Ça me donne vraiment le sentiment d’être un loup ou un animal sauvage. Il y a tellement de force en moi dans ces moments que même si j’ai mal à la tête ce jour-là, ça n’a strictement aucune importance. L’adrénaline, c’est comme de l’héroïne pour moi. Je peux la libérer et j’en ai besoin. Evidemment, après un an et demi sans jouer, c’est assez difficile de canaliser cette partie de moi. Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas agressif contre qui que ce soit [rires], mais ce sentiment et le fait d’envoyer de l’énergie dans une salle me manquent. Il n’y a rien de comparable à une salle pleine de gens qui ont la même mission. On peut vraiment respirer cette énergie. Même quand les gens ont quitté la salle, on peut encore sentir et respirer cette énergie. J’aime faire ça à chaque fois après nos concerts : la salle est fermée et ils commencent à tout nettoyer, il y a des cannettes de bière par terre, etc. et je peux encore sentir et respirer l’énergie qui flotte dans l’air. Ça imprègne à jamais dans mon esprit. J’adore ça.

L’album s’ouvre avec le bien nommé « Faster Than The Flame ». C’est clairement l’ouverture traditionnelle d’album et de concert, comme l’ont été « Fire & Forgive » et « Blessed & Possessed » ces dernières années. Est-ce que ce sont des chansons que vous composez spécifiquement dans cette optique ? Pensez-vous déjà à la tracklist ou même aux setlists live durant le processus de composition ?

Matthew : Oui. Je ne dirais pas pour toutes les chansons, mais pour ces chansons typiques d’ouverture que tu as mentionnées, c’est effectivement le cas. Quand j’ai eu l’idée de « Faster Than The Flame », je me suis dit que ce serait une très bonne manière d’ouvrir l’album. C’est une chanson qui s’inscrit dans la pure tradition des précédentes ouvertures. Avoir un morceau d’ouverture typique qui dit « Ceci est Powerwolf », c’est une décision consciente. Nous souhaitons la bienvenue à l’auditeur dans le monde de Powerwolf et à partir de là, l’aventure commence. L’intention est d’accueillir l’auditeur et de lui donner toutes les caractéristiques indiquant de quoi il s’agit, au cas où il ait oublié [rires], de façon à ce que nous puissions partir à l’aventure, c’est-à-dire le reste de l’album.

Call Of The Wild propose une nouvelle ballade, intitulée « Alive Or Undead ». « Where The Wild Wolves Have Gone » sur The Sacrament Of Sin était la toute première ballade de Powerwolf. La dernière fois, tu nous avais dit qu’« un jour, en tournée, [tu avais] confessé à Attila que [tu] étais un grand fan de ballades rock, il [t’avait] fait la même confession. » Penses-tu que quelque chose s’est débloqué ? Est-ce qu’un nouveau monde s’est ouvert à vous avec « Where The Wild Wolves Have Gone » et qu’« Alive Or Undead » en est le résultat ?

Je pense oui. D’un autre côté, nous n’allons pas devenir un groupe qui ne fait que des ballades ! Une ballade par album, c’est suffisant, que les choses soient claires [rires]. Bien sûr, ça a débloqué une partie de nous que nous apprécions beaucoup, mais je ne veux pas en faire une règle disant qu’il faut que nous ayons une ballade. Attila et moi aimons tellement « Where The Wild Wolves Have Gone » que lorsque j’ai commencé à composer Call Of The Wild, Attila s’est rapproché de moi et m’a dit : « S’il te plaît, tu devrais de nouveau écrire une ballade. » Je lui ai dit peut-être, mais on ne peut jamais prévoir d’écrire une ballade. Autrement, ça ne fonctionne pas, on ne peut pas planifier la composition. Mais il se trouve qu’en fait, il y en a une. Curieusement, « Alive Or Undead » est probablement la chanson la plus spontanée de l’album. Je me souviens avoir composé cette chanson en très peu de temps. Les couplets étaient là en premier, ils avaient un feeling particulier, et j’ai écrit toute la chanson sur un piano à queue. Elle était là en à peine deux heures. C’est clairement l’un des moments du processus de composition dont je me souviens le mieux. Le résultat est d’ailleurs assez différent de « Where The Wild Wolves Have Gone ». Sa structure est très différente, tout comme son atmosphère, je trouve. C’était fait exprès, je ne voulais pas juste faire une copie de la chanson. C’est ce que j’ai dit à Attila : « On adore ‘Where The Wild Wolves Have Gone’ mais ne faisons pas une copie conforme, ça ne marchera pas. » C’est pourquoi je suis content d’avoir une autre ballade et qu’elle soit assez différente.

« Toute ma vie je suis allé à des concerts de metal et je n’ai jamais vu le moindre comportement agressif ou le genre de choses qu’on voit se produire quand plein de gens se rassemblent. C’est probablement la scène la plus paisible qu’on puisse imaginer. »

Cette chanson offre d’ailleurs un terrain de jeu idéal pour Attila.

Falk : Quand j’ai entendu Attila chanter cette chanson pour la première fois en salle de répétition, j’ai presque commencé à pleurer tellement il y avait de l’émotion. Cette chanson me fait penser à ce qu’il se passe quand quelque chose prend fin : est-ce que je suis encore en vie ou bien mort-vivant ? Ça me procure des sentiments à la fois étranges et agréables. C’est dû à l’atmosphère de la chanson. Elle parle de fidélité et d’amour. Parfois il y a de grandes choses dans la vie qui nous rassemblent tous. Quand Attila chante cette partie avec le piano et tout, il y a tellement d’émotion. Je pourrais vraiment nous imaginer la jouer en live aussi car, par exemple, nous avons joué « Where The Wild Wolves Have Gone » au Wacken Open Air, et nous n’aurions jamais pensé que nous pouvions la jouer dans un contexte en plein air où normalement on ne joue que les morceaux rapides qu’on a. Ça m’a montré que les gens étaient très proches et très connectés les uns aux autres. Ça donne un temps de respiration. Quand tu regardes la tracklist de cet album, « Alive Or Undead » est au milieu de l’album entre « Varcolac » et « Blood For Blood (Faoladh) », deux chansons très fortes et heavy. Ça permet, non pas de faire une pause, mais de prendre une profonde respiration. J’adore ça, il y a du mouvement dans cet album quand on l’écoute en intégralité. J’adore écouter des albums complets parce qu’on peut se laisser porter par son flot. Les musiciens réfléchissent beaucoup à quelle chanson vient en premier, celle qui arrive en second, la huitième et ainsi de suite. Quand on écoute une playlist, c’est du hasard, c’est suivant ce que Spotify suggère, donc je préfère écouter des albums complets !

« Blood For Blood (Faoladh) » pourrait presque être perçue comme la suite d’« Incense & Iron », vu que les deux jouent avec les influences irlandaises. Avec « Alive Or Undead », c’est probablement la chanson la plus à part dans l’album avec son usage d’instruments traditionnels comme la cornemuse. Est-ce l’histoire ou le thème de la chanson qui a façonné la musique ?

Matthew : En effet, c’était la source d’inspiration principale. L’histoire du Faoladh – j’espère que je prononce correctement, le vieux irlandais est une langue très étrange ! – était là d’abord. J’ai lu des histoires sur ces loups-garous irlandais et j’ai trouvé que c’était une variante assez intéressante du sujet parce que certaines de ces légendes irlandaises voient le loup-garou comme un personnage protecteur envers les âmes faibles et les enfants. D’autres histoires racontent l’inverse, mais j’ai trouvé ça vraiment fascinant que dans ces légendes irlandaises, le loup-garou ne soit pas seulement l’archétype du monstre ou de l’entité malfaisante, il y a aussi des connotations positives, c’est un genre d’esprit gardien. Je me suis dit que c’était une très bonne histoire ou un très bon personnage sur lesquels écrire. Une fois que j’étais sur ce sujet de légende irlandaise, il était évident que nous devions travailler avec une instrumentation qui ferait ressortir ce côté celtique ou irlandais. Tu as mentionné « Incense & Iron » sur laquelle nous avons déjà joué avec ce genre d’instrumentation. Je dirais que pour « Blood For Blood (Faoladh) », nous sommes allés beaucoup plus loin. Pour moi, c’est presque une chanson folk dans la manière dont elle est écrite. En fait, j’avais même composé cette chanson sans guitare heavy au départ. C’était vraiment une chanson folk irlandaise, pour ainsi dire. Je dois dire que nous nous sommes tellement amusés à travailler sur cette chanson que ça fait partie de ces expériences où nous avons immédiatement senti : « C’est vraiment amusant et ça sonne comme Powerwolf, alors allons-y à fond ! »

D’un autre côté, avec la cornemuse, ça confère également au morceau un petit côté écossais qui rappelle ce que Grave Digger a pu faire avec sa trilogie écossaise…

Quand je pense au folk irlandais, je pense à The Poques, je suis un grand fan. Ils existent depuis les années 80 et font un genre de punk-folk irlandais. Je suis aussi un grand fan de New Model Army qui a aussi ce côté un peu folk. Je sais que Grave Digger a fait cette trilogie écossaise mais ça n’a pas été une influence majeure.

Comme tu l’as dit, la créature Faoladh est l’un des rares cas où le loup-garou est perçu comme une créature plus complexe que l’archétype du mal. Pensez-vous qu’on puisse faire un parallèle avec les metalleux : sont-ils des créatures plus complexes que l’archétype selon lequel ils sont perçus de l’extérieur ?

[Rires] C’est une très bonne question. Absolument ! Je pense que l’image du metalleux a déjà beaucoup changé, en tout cas en Allemagne. C’est bien mieux accepté d’être metalleux aujourd’hui qu’il y a peut-être quinze ans. Malgré tout, évidemment, les médias grand public font souvent ces reportages sur des gens habillés en noir qui font des trucs sinistres au Wacken ou au Hellfest… Il y a une chose que j’adore à propos de la scène metal : toute ma vie je suis allé à des concerts de metal et je n’ai jamais vu le moindre comportement agressif ou le genre de choses qu’on voit se produire quand plein de gens se rassemblent. C’est probablement la scène la plus paisible qu’on puisse imaginer.

« Personne ne devrait avoir à subir des préjugés à cause de ce qu’il aime ou n’aime pas. Même les fans de hip-hop peuvent être de bons amis à moi. La musique devrait nous unir. »

Avez-vous vous-même déjà été victimes d’archétypes et de préjugés en tant que metalleux ?

Falk : Personnellement, je n’ai pas connu ce genre de mauvaise expérience. Quand je me suis reconnu en tant que metalleux et que j’avais de longs cheveux, c’était genre : « Me voici et je m’assume ! » Je ne me suis jamais senti mal à l’aise. Ou peut-être quand j’allais à un concert de punk, les gens étaient là : « Qu’est-ce que tu fais là avec tes longs cheveux et ton T-shirt ? » Je trouvais ça un peu stupide que je ne sois pas autorisé à aller à un concert de punk. Pourquoi pas ? C’était un peu étrange. En dehors de ça, je n’ai jamais eu de mauvaise expérience avec ça, mais c’est peut-être parce que j’étais tout le temps entouré de metalleux. Quand tout le monde a le même avis sur cette musique en général, c’est toujours confortable. Evidemment, on parle des albums, quelqu’un en haïra un, puis l’aimera plus tard, etc. Il y a toujours des discussions mais au final, personne ne devrait avoir à subir des préjugés à cause de ce qu’il aime ou n’aime pas. Même les fans de hip-hop peuvent être de bons amis à moi. La musique devrait nous unir et nous aider à nous rassembler. Quand on joue à un festival comme le Greenfield en Suisse, il y a un mélange de groupes de heavy metal, de rock, de folk et de pop. C’est parfois très intéressant de jouer ou d’être avec des gens qui n’ont jamais été exposés au heavy metal. C’est super de les voir apprécier le concert et trouver que c’est un bon divertissement. Peut-être qu’on devrait plus souvent mélanger les genres musicaux dans les festivals. Je ne sais pas si ça pourrait être un concept pour le futur, mais parfois c’est encore plus intéressant d’avoir plusieurs types de musique dans le même festival.

Matthew : Honnêtement, je n’ai pas non plus souvenir d’avoir été victime de préjugés. Peut-être que c’est arrivé, mais pas souvent. Mes grands-parents n’aimaient pas que je me laisse pousser les cheveux et ce genre de chose, mais c’est plutôt drôle. Je n’ai jamais subi de gros préjugé, mais parfois, c’est une question de communication. Par exemple, plein de gens nous demandent si nous rencontrons des problèmes avec les autorités chrétiennes parce que nous jouons avec des thématiques religieuses. Je dis toujours aux gens que jusqu’à présent, ça n’est jamais arrivé, mais ça n’arrive jamais parce que nous faisons en sorte d’être clairs dans nos propos. Nous utilisons ça, mais nous l’utilisons comme si c’était du théâtre, nous ne portons pas de jugement. Nous ne prêchons ou ne condamnons rien. Parfois il s’agit juste de communiquer. Quiconque pense que les festivals heavy metal sont des lieux dangereux devrait y aller pour voir soixante mille gamins s’amuser.

Vous avez effectivement toujours joué avec les codes religieux en les utilisant de manière humoristique, comme dans « Undress To Confess ». Aucune personne religieuse ne s’est donc jamais sentie blessée ou a été en colère contre vous, pas forcément à cause d’un jugement, mais à cause de ce détournement de symboles religieux ?

Ça arrive rarement. Parfois nous recevons des e-mails de gens qui prennent mal les choses mais nous communiquons beaucoup là-dessus. Si tu réponds à leurs questions ou si tu prends le temps de bien t‘expliquer, très vite ils découvrent que nous ne manquons de respect à rien du tout. C’est ce qui est important, c’est parfois une forme d’humour. La bonne comédie n’est pas irrespectueuse, elle met en valeur les choses. Il y a une grande différence entre être irrespectueux et être respectueux. Dès que tu montres clairement que tu respectes les choses, tu as déjà fait la moitié du chemin.

La dernière fois, tu nous as dit qu’une des chansons de l’album allait parler d’une légende française. Comme on pouvait s’y attendre, il s’agit de la bête du Gévaudan. C’est presque étonnant que vous n’ayez pas utilisé cette histoire plus tôt !

Je dois admettre que cette histoire me trotte dans la tête depuis plus de dix ans. Je suis tombé dessus quand j’ai composé Bible Of The Beast ou Blood Of The Saints et je me souviens à un moment donné avoir vu le film français Le Pacte Des Loups. J’ai tout de suite pensé que je devais écrire une chanson là-dessus, mais on ne peut pas forcer les choses. Je n’avais jamais la bonne idée ou mélodie pour aller avec, donc cette histoire tournait constamment dans ma tête. Cette fois, elle m’est revenue, j’avais cette mélodie et je savais que ça allait enfin pouvoir se concrétiser. C’est devenu l’une de mes chansons préférées dans l’album.

On peut voir qu’il y a des histoires de loups-garous ou de créatures se rapprochant du loup un peu partout en Europe : en France (« Beast Of Gévaudan »), en Roumanie (« Varcolac »), en Irlande (« Blood For Blood (Faoladh) »)… Qu’est-ce qui, selon vous, a fait du loup une créature aussi répandue dans les histoires et légendes européennes ?

Tout d’abord, c’est l’un des animaux qui existaient en Europe dans le temps et le loup a un côté mystique. Il est considéré très dangereux et à la fois, c’est une créature très mystique et fière. En général, dans toutes ces régions, les gens sont fiers de leurs loups et en même temps, ils en ont peur. J’ai l’impression que les loups sont utilisés comme des métaphores pour symboliser le mystique. En fait, ce que je trouve vraiment intéressant, plus encore que les histoires en tant que telles, c’est la manière dont c’est interprété. Si on prend la bête du Gévaudan, il y a énormément d’interprétations de ce qui s’est réellement passé là-bas. Ça va jusqu’au clergé qui a interprété les tueries de la bête comme une vengeance de Dieu. C’est quelque chose qu’on peut souvent voir. Quand les gens n’arrivent pas à expliquer quelque chose, c’est qu’il s’agit du plan de Dieu. C’est intéressant de voir toutes ces interprétations ou tentatives d’explication de ce qui s’est passé.

« Parfois nous recevons des e-mails de gens qui prennent mal les choses mais nous communiquons beaucoup là-dessus. Si tu réponds à leurs questions ou si tu prends le temps de bien t‘expliquer, très vite ils découvrent que nous ne manquons de respect à rien du tout. »

A quand remonte votre intérêt pour ces histoires et légendes ?

J’ai vraiment été infecté par cette fascination quand nous avons commencé Powerwolf. Attila était celui qui a apporté toutes ces choses car ça l’intéressait beaucoup. Curieusement, il a un peu perdu le goût pour ces histoires, tandis qu’il nous a contaminés à fond tous les deux, Falk et moi [petits rires]. On pourrait dire qu’il nous a passé le flambeau. J’aime beaucoup ce type d’histoire. Je lis beaucoup quand je suis en tournée parce que j’ai beaucoup de temps, donc je le passe à lire et à faire des recherches là-dessus.

Falk : C’est effectivement Attila qui a amené ces idées au départ et ça a été le point de départ pour que Matthew et moi nous y intéressions plus en détail. Je ne connaissais pas bien ces légendes et mythes au début. Après quelque temps au sein de Powerwolf, j’ai découvert que c’était bien plus que l’histoire d’une bête ou d’une personne qui tue des gens, c’est plus que la construction d’une croyance, que de l’imagination ou qu’une fascination. L’homme a toujours été fasciné par le mal et l’interdit. Afin de mettre un nom dessus et comprendre ce que c’est, c’est toujours plus facile de créer un monstre dans son esprit, un homme-loup, un grand homme, etc. J’aime beaucoup comment les gens durant d’autres siècles avaient ce genre d’arrangement avec la peur de quelque chose, c’est très intéressant quand on y réfléchit. Ça me mène à des sujets religieux parce que, au bout du compte, c’est une croyance en quelque chose. Je suppose qu’au dix-huitième siècle, pour reprendre l’exemple de la bête du Gévaudan, c’était la combinaison parfaite entre une légende et quelque chose qui tuait les gens. Etait-ce un tueur en série ? Ou bien un monstre ? Parfois, c’est plus facile de croire en un monstre que d’aller plus loin dans les détails. C’est une histoire sans fin, y compris de nos jours : les gens continuent à faire des pèlerinages pour être sauvés ou guéris. Il y a un endroit en France qui s’appelle Lourdes. Les gens croient que s’ils vont là-bas, ils seront bénis ou guéris, par exemple de leur cancer. Certaines personnes guérissent, c’est une croyance qui est forte. Mon avis sur le sujet est qu’une forte croyance ou foi peut déplacer des montagnes. J’entends ces histoires dans mon entourage depuis des années et je suis reconnaissant envers Attila d’avoir eu cette idée. C’est bon pour nous, pour notre développement et pour mon intérêt personnel.

L’édition limitée de l’album comprend un autre disque intitulé Missa Cantorem où d’autres chanteurs chantent des chansons de Powerwolf. On y trouve des chanteurs prestigieux, tels qu’Alissa White-Gluz, Björn Strid, Doro Pesch, Matt Heafy ou Johan Hegg. Apparemment, toute l’idée est justement apparue en regardant Amon Amarth jouer…

Powerwolf et Amon Amarth sont amis depuis des années. Nous étions sur le même label, Metal Blade, au début. La personne qui nous a découverts était Michael Trengert. Il croyait en Powerwolf, tout comme il croyait en Amon Amarth. Il y avait un lien très fort entre nous dès le début. Nous nous croisions souvent lors des festivals mais nous n’avions jamais tourné ensemble. Nous jouons des styles de heavy metal différents – du death metal et du power metal. Ensuite, nous avons décidé de tourner en Amérique du Sud ensemble et ça a parfaitement collé, y compris sur le plan personnel en privé, et les fans ont adoré la combinaison des deux groupes. Nous nous sommes éclatés là-bas. Pour Powerwolf, c’était notre première fois en Amérique du Sud et nous avons fait un paquet de soirées sympas. Ma plus grosse erreur a été de boire une sorte de mojito pour la première fois : ils m’ont dit au Brésil que je devais boire de la caïpirinha – et je l’ai fait [rires]. C’est arrivé plusieurs fois car nous avons fait beaucoup de concerts au Brésil. A la fin de la tournée, avant de devoir annuler trois concerts à cause du Covid-19, il m’est apparu que la chanson « Nightside Of Siberia » serait parfaite avec la voix de Johan, car j’assistais tous les soirs au concert d’Amon Amarth. Je lui ai donc simplement demandé en tant qu’ami s’il voudrait la chanter, et il a dit oui. C’était le point de départ. Ensuite, nous avons demandé à d’autres chanteurs que nous connaissons depuis des années ou dont nous aimons la musique. C’était notre approche, mais au début, nous ne savions pas si nous allions pouvoir faire un album bonus complet avec ça pour Call Of The Wild. Comme tu peux l’imaginer, je suis super content de l’avoir parce que tout le monde a fait du super boulot, que ce soit Doro, Matthew Heavy, Jari Mäenpää de Wintersun… C’est à la fois extraordinaire et surprenant parce que j’ai l’habitude d’entendre Attila chanter et par exemple, nous avons une interprétation complètement différente de « Demons Are A Girl’s Best Friend » par Alissa White-Gluz. Je suis très fier des deux albums.

« Nous essayons vraiment d’améliorer nos concerts pour offrir la plus grosse production que nous pouvons, mais à la fois, nous essayons de conserver l’humour et l’autodérision. C’est quelque chose de très important : ne pas trop se prendre au sérieux. »

Matt Heafy avait fait une reprise de « Where The Wild Wolves Have Gone » sur Twitch. Ce n’est peut-être pas forcément un chanteur qu’on se serait attendu à voir chanter du Powerwolf. Avez-vous été surpris ?

Matthew : Pas vraiment. Nous nous sommes rencontrés au Wacken il y a quelques années et nous avions brièvement discuté. Il nous a dit qu’il était fan du groupe et il a regardé notre concert. C’est un mec super sympa. C’est le genre de gars sur qui tu peux tomber et tu ne peux faire autrement que de l’apprécier. Il est super enthousiaste par rapport au metal, donc c’était naturel pour nous de lui demander [de chanter « Fist By Fist (Sacralize Or Strike) » sur Missa Cantorem]. Nous savions déjà qu’il aimerait probablement l’idée. Il s’est vraiment fait plaisir. Il a aussi enregistré cette chanson en live sur Twitch. J’ai été invité à la session et c’était vraiment très amusant. Nous faisions des commentaires l’un sur l’autre et nous nous charrions. C’était une super expérience !

Vous aviez déjà eu un disque bonus où d’autres groupes faisaient des reprises de Powerwolf. Il semble y avoir une certaine unanimité autour de Powerwolf dans la scène metal. Comment décririez-vous votre relation avec les autres groupes de metal et le reste de la scène ?

Pour moi, il y a quelque chose de vraiment unique dans la scène metal qui unit tous les groupes. Les gens n’ont pas fondé des groupes pour devenir de grandes stars, ils l’ont fait parce qu’ils sont amis. Et nous sommes toujours amis. Donc dès que des groupes se rencontrent, par exemple s’ils sont en tournée ensemble, on découvre très vite que ce sont juste des fans de heavy metal. On passe du temps ensemble, il y a un lien très fort. Je ne sais pas s’ils ont ce genre de chose dans d’autres scènes, mais dans le metal, j’ai l’impression qu’il n’y a aucune compétition, ce sont juste des metalleux qui jouent aussi de la musique. C’est une très bonne base pour bien s’amuser avec d’autres groupes. J’ai fait tellement souvent l’expérience de cette idée de « famille metal » que je dirais que c’est absolument réel. Pour ce qui est du soutien que nous recevons de la part de tous ces groupes, peut-être est-ce juste parce que nous sommes sympathiques ! [Rires] C’est probablement une question de respecter les autres, d’être sympa dans le business et d’être honnête. Il n’y a pas si longtemps que ça, nous étions encore nous-mêmes le groupe de première partie. Donc, par exemple, si nous partons en tournée et que nous avons des groupes d’ouverture, nous essayons vraiment de les traiter aussi bien que possible. Ça dépend juste de la manière dont on gère son business. Nous ne nous soucions pas seulement de nous-mêmes. Nous nous soucions de tous ceux qui sont impliqués. C’est une attitude que nous essayons de conserver.

L’année prochaine, vous allez ouvrir pour Iron Maiden à Bremen. Je sais à quel point Iron Maiden a été une grosse influence pour Powerwolf, surtout sur le plan de la scénographie. Qu’est-ce que ça signifie pour vous d’être sur cette affiche ?

Si tu avais dit à mon moi de douze ans qu’un jour Iron Maiden nous enverrait un e-mail et nous inviterait à être leur principal groupe d’ouverture, je t’aurais dit : « Tu es fou ! » [Rires]. C’est vraiment un rêve devenu réalité. C’est un grand honneur qu’on nous demande ça. Quand je pense à l’impact qu’Iron Maiden a eu sur Powerwolf, deux choses me viennent en tête. L’un des tout premiers albums live que j’ai eus quand j’étais gamin, j’avais peut-être onze ans, c’était le Live After Death d’Iron Maiden. Ils avaient ces énormes décors et tout, c’était hors du commun. Dans le livret de ce même album, on pouvait y trouver plein d’absurdités, comme Nicko McBrain faisant des grimaces et tout. C’était vraiment sympathique, on pouvait voir que ces mecs ne faisaient que s’amuser, que ça devait être des gars très drôles qui se faisaient plaisir et s’éclataient. Ce sont les deux aspects qui m’ont influencé et qui existent aussi dans Powerwolf. Nous essayons vraiment d’améliorer nos concerts pour offrir la plus grosse production que nous pouvons, mais à la fois, nous essayons de conserver l’humour et l’autodérision. C’est quelque chose de très important : ne pas trop se prendre au sérieux.

Vous souvenez-vous du tout premier concert d’Iron Maiden que vous avez vu ?

Curieusement, j’ai vu Iron Maiden assez tard dans ma vie. J’ai toujours voulu les voir quand j’étais gamin, mais ils ne jouaient jamais dans notre région. Quand tu ne conduis pas, ça réduit tes possibilités. Je ne sais plus quelle tournée c’était mais en fait, j’ai vu Iron Maiden pour la première fois avec tous les gars de Powerwolf.

Falk : Pour ma part, c’était en 1990 à Sarrebruck, à la Saarlandhalle. Anthrax était en première partie. C’était la tournée No Prayer For The Dying. J’ai même le poster ! Sur ce poster, j’avais rajouté le nom d’Annihilator parce que je voulais vraiment voir Annihilator parmi les groupes d’ouverture [rires]. Je me souviens très bien de ce concert parce que je voyais le mouvement du public, il sautait et poussait en avant quand Steve Harris et Bruce [Dickinson] sont apparus. J’étais fasciné par ça. Ensuite, je me souviens du second concert d’Iron Maiden que j’ai vu, au festival Super Rock, deux ans plus tard à Mannheim, avec Helloween, Black Sabbath, The Almighty, Testament, W.A.S.P. … Super affiche ! C’était génial, c’était la tournée Fear Of The Dark. Ensuite, il m’est venu à l’esprit : « S’il vous plaît, faites qu’un jour j’ai un groupe. S’il vous plaît, faites qu’un jour je joue à un festival. » Et ce rêve s’est réalisé et j’en suis très reconnaissant. Il a fallu d’abord que je trouve des gars qui voulaient d’un orgue dans leur groupe, mais celui qui est responsable de mon désir d’avoir un groupe, c’est Steve Harris, ma plus grande idole.

Interview réalisée par téléphone les 6 & 7 mai 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Matteo Fabbiani.

Site officiel de Powerwolf : www.powerwolf.net

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