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Chronique   

Primordial – Exile Amongst The Ruins


« Les Irlandais. Ce peuple est si malheureux qu’il a toujours festoyé la mort comme une amie, et que nul danger ne peut l’éloigner d’une cérémonie funèbre. » Cette citation du politique Pierre J-O Chauveau semble être écrite pour Primordial. Depuis plus de vingt ans les Irlandais ne font que crier le désespoir des nations à travers le black metal. La chute de l’empire Romain dans To The Nameless Dead, le désespoir de leur terre d’Irlande sur The Gathering Wilderness, ou bien de façon générale l’idée « d’espoirs anéantis et d’idéalisme brisé » sur Where Greater Men Have Fallen. Et c’est avec ces albums, cette musique viscérale que Primordial s’est assuré une place de choix dans le cœur des fans du genre. Quatre ans nous séparent du dernier album du groupe qui revient aujourd’hui avec Exile Amongst The Ruins.

Ressort immédiatement la construction des riffs, toujours penchée vers un black metal empreint de rock’n’roll et profitant d’un souffle épique grisant. Une chanson telle que « To Hell Or The Hangman » motivera sans conteste les foules à se mouvoir et crier le poing levé. Malgré l’appellation de « black metal à tendance pagan » que l’on peut lui donner, tout visuellement et musicalement semble éloigner le groupe du genre, n’en prenant que quelques éléments ici et là, à l’instar des blast beats, trémolos de guitare et chant extrême présents dès « Nail Their Tongues », de quoi surtout nourrir la dynamique du disque. L’âme et la force du combo réside pour beaucoup dans la voix d’A.A Nemtheanga prise de passion, comme en atteste les hurlements déchirants de « Where Lie The Gods » ; certainement un des chanteurs les plus investis et émouvants du circuit.

Exile Amongst The Ruins apparaît comme un cheminement logique dans la discographie de Primordial. A la fois marqué par une certaine urgence (« Sunken Lungs » et ses bruits de vague qui nous plongent dans les tourments d’une mer déchaînée) mais aussi plus posé par d’autres aspects malgré la hargne. Ainsi, là où Primordial parvenait auparavant à frapper nos émotions du premier coup, ici l’album requiert qu’on le laisse mûrir à nos oreilles. Le lancinant « Exile Amongst The Ruins » et sa belle construction vient nous transporter lors d’un pont doucereux, la basse y est légère, la guitare discrète, la batterie timide, faisant le lien vers la montée en puissance finale, belle et redoutable. On retrouve du calme avec « Stolen Years », une chanson mélancolique et dépaysante dans la discographie des Irlandais, touchant du doigt la sensibilité à fleur de peau des Islandais de Sólstafir. Tandis que l’album se conclut avec sur le massif « Last Call » : les chœurs finaux viennent apporter cette dose de catharsis permettant de quitter le disque émotionnellement vanné mais rassasié.

Si les thèmes du groupe pouvaient parfois par le passé sembler forts et révolutionnaires (comme « As Rome Burns », chantant sur la révolte des esclaves de Rome et du grand incendie), Exile Amongst The Ruins est lui extrêmement pessimiste. Et au lieu de chanter les défaites du passé et la pauvreté d’antan, Primordial renvoie à la défaite de nos civilisations présentes, en particulier Européennes, auxquelles se réfèrent les « ruines » de la chanson éponyme. Certaines phrases peuvent paraître étranges, telles que : « Une voix enterrée dans une autre décennie de peur / et ces chansons que vous chantiez, à quelle fin ? » Comme si Nemtheanga offrait une introspection dans son propre groupe, ses propres interrogations. Ce qui est certain est qu’il a toujours cette conscience historique du monde, à vouloir refaire surgir les fantômes du passé pour ne pas qu’ils tombent dans l’oubli, avec toujours la mort et la perte comme un des fils conducteurs de l’œuvre de Primordial.

Exile Amongst The Ruins n’aura peut-être pas le même impact qu’un album tel que To The Nameless Dead, il n’en est pas moins d’une grande cohérence. Que ce soit au niveau du jeu de batterie, de la basse, des rythmiques de guitare et du travail sur la voix mêlant envolées lyriques rauques et quelques variantes se rapprochant du black metal, tout ici s’accorde parfaitement avec ce que Primordial s’efforce de livrer avec sincérité depuis le début. Si l’on espère retrouver en concert les grands titres passés de Primordial, il n’est nul doute que des chansons telles que « Last Call », « Exile Among The Ruins », « Nail Their Tongues » ou « To Hell Or The Hangman » réussiront à se frayer un chemin dans les cœurs des fans en transe.

Clip vidéo de la chanson « Exile Amongst The Ruins » :

Clip vidéo de la chanson « To Hell Or The Hangman » :

Clip vidéo de la chanson « Stolen Years » :

Album Exile Amongst The Ruins, sortie le 30 mars 2018 via Metal Blade. Disponible à l’achat ici



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