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Interview   

Primordial : un voyage sans destination


Alan Averill alias Nemtheanga est un sacré personnage. Déjà dans sa musique, que ce soit avec Primordial mais aussi ses autres projets tel que Dead Sovereign, il est le genre de vocaliste à mettre tout son être dans son interprétation et sa prestation. Il ne fait pas semblant ! Puis il y a l’homme que l’on découvre en discutant avec lui et qui a beaucoup de choses à dire, sans fard, que ce soit sur la dynamique interne au groupe, son approche du chant, ou sur d’autres sujets plus spirituels, comme sa relation à la mort, ou politiques, quand il évoque l’évolution de l’Europe, faisant même se rejoindre les deux domaines.

Si le but premier de l’entretien qui suit était évidemment de défendre Exile Amongst The Ruins, le nouvel album de Primordial, c’était donc aussi l’occasion de bifurquer vers d’autres sujets. Ainsi Nemtheanga revient sur le deuxième album du groupe, Journey’s End, qui fête ses 20 ans cette année, puis partage avec nous son admiration totale pour « la fermeture d’esprit et l’orthodoxie les plus absolues » en matière de musique, quand bien même elles ne s’appliquent pas particulièrement à lui.

« Il y a des parties de chant relativement compliquées sur l’album, et des harmonies difficiles, mais à la fois, si la fin d’une phrase est légèrement fausse, ça ne me dérange pas, je me fiche de ce genre de chose, vraiment. C’est un peu étrange. C’est comme y donner la plus grande importance qui soit et à la fois n’en avoir rien à foutre. »

Radio Metal : Tu as déclaré qu’il « peut être dur de se concentrer complètement après une carrière de huit albums, et il était donc important de sortir de [votre) bulle et pouvoir analyser si [vous sonniez] toujours vitaux et convaincants. » Est-ce que ça signifie que vous avez dû procéder à une introspection au sein du groupe ?

Alan « Nemtheanga » Averill (chant) : Ouais, je suppose que c’est important d’être un peu introspectif. Je me sens toujours un peu comme ça. Peut-être que c’est plus facile à faire quand on est chanteur parce qu’on n’est pas aussi impliqué dans les rouages de la créativité, pas de la même manière en tout cas. Donc c’est peut-être plus facile de, comme je l’ai dit, sortir de la bulle et avoir un regard objectif. Aussi, Primordial n’est pas tellement dirigé par des égos, nous ne sommes pas ce type de personne, donc ça signifie que nous pouvons être objectifs avec ce qui ne va pas dans le groupe parfois, ce qui est plutôt important. L’introspection est un processus relativement abstrait. Il faut juste essayer d’être franc, j’imagine, dans notre diagnostique sur le groupe, où il en est, etc. Et ce que j’ai appris est qu’effectivement, nous sonnons vitaux ! [Petits rires] J’ai essayé de sortir du processus et ensuite, une fois que l’album était terminé, je ne l’ai pas écouté pendant un moment, puis j’y suis revenu et j’ai dit : « En fait, c’est un album vraiment solide ! » Il possède des trucs nouveaux et intéressants, il y a des trucs classiques, il y a… Ça sonnait vraiment comme un bon album. Donc je suppose que l’introspection a fonctionné à un certain niveau.

Est-ce un équilibre délicat à trouver, le fait d’avoir de nouveaux éléments mais tout en restant du Primordial classique ?

Ouais. Enfin, nous avons notre style, notre son signature, et c’est nous qui l’avons créé. Primordial sonne comme Primordial. Nous ne sonnons pas comme un autre groupe qui existe. Donc en ce sens, se copier soi-même, ça ne veut pas dire grand-chose. Mais nous avons notre son et notre style… C’est juste une question d’essayer d’apporter quelques trucs nouveaux et intéressants par-dessus. Mais nous ne faisons pas les choses consciemment. Nous ne prévoyons pas trop. Nous ne nous posons pas vraiment pour structurer ce que nous faisons. C’est plus ou moins : ce qui se produit se produit. Et puis, quand tu es en plein dans le processus, tu réalises : « Oh, d’accord, c’est un peu différent. » Mais nous ne nous asseyons pas en nous disant qu’il faut vraiment faire quelque chose de différent, car je pense que ce serait un peu forcé.

Apparemment vous aviez très peu de temps avant d’entrer en studio et étiez très peu préparés. Pourquoi ?

Simplement la vie qui se met en travers du chemin. Des conneries ennuyeuses et sans intérêt. Des raisons liées à la vie. Ca semblait juste difficile de nous réunir tous dans une pièce pour répéter. Nous vivons assez éloignés. Nous ne sommes pas un groupe professionnel. Tout le monde travaille, a des enfants, des responsabilités, des familles, des vies, des factures à payer… Rien d’intéressant. Tu sais, si tu es parti pendant deux ou trois weekends pour jouer dans des festivals et que le weekend suivant tu dois répéter, alors que tu as des enfants en bas âge, tu n’as pas très envie. Ou alors si tu as travaillé toute la journée, que tu te lèves à sept ou huit heures le matin, tu reviens à cinq ou six heures, tu n’as pas envie de prendre ta voiture et conduire pendant deux heures pour aller répéter un mardi. C’est simplement comme ça que ça fonctionne. Il n’y a pas de raison intéressante. N’importe qui te le dira : à mesure que tu vieillis, ça devient plus dur de coordonner tout le monde. C’est la même chose dans n’importe quel parcours de vie.

Comment avez-vous compensé le manque de préparation ? Vous êtes-vous organisés de manière particulière dans le temps limité que vous aviez ?

Il faut juste se préparer chez soi. Il faut faire ses devoirs à la maison. C’est très dur d’être spontané quand on chante. Tu ne peux pas rester posé chez toi dans ton appartement et te contenter de chanter, comme on peut le faire avec une guitare. Donc travailler de manière spontanée, c’est bien, mais pas pour le chanteur. Pour moi, ça craignait, parce que ça fait stresser, c’est beaucoup de pression, et tu dois bien savoir quand quelque chose est une mauvaise idée et l’abandonner très, très vite. Mais ça va. Au final, quand je regarde avec du recul, globalement j’apprécie assez les tensions, le stress, les drames et tout ça. Mais la voix est un muscle, ça fait partie du corps et il faut l’entraîner, donc si on ne répète pas, on n’entraîne pas ce muscle, et on ne passe pas par le processus de découverte de ce qui est une bonne ou une mauvaise idée. Ces deux aspects présentent des problèmes. Donc il faut être préparé. Et j’étais préparé. Mais il y a des fois où tu te demandes : « Est-ce que cette ligne de chant est une bonne ou mauvaise idée ? » Tu recherches d’autres mots… Personnellement, ça ne me convient pas de faire ce genre de travail spontané, mais Ciáran [MacUiliam], lui, aime bien parce qu’il n’aime pas répéter. Ça signifie que l’idée d’un riff principal lui vient en tête, il arrive le matin, il s’amuse avec, puis tout le monde arrive, jam dessus ensemble, et très vite, tout le monde se fait confiance et nous nous retrouvons avec une chanson. Mais si tu es le chanteur, tu es là assis à regarder ce qu’il se passe. Ce qui fonctionne pour lui ne fonctionne pas vraiment pour moi, mais pas de souci.

Mais penses-tu que ça a apporté un côté instinctif, brut, voire une urgence ?

On dirait. Parce que tu n’as pas beaucoup temps à passer sur les idées et pour changer les choses. Mais ça signifie aussi qu’il faut être impitoyable avec les mauvaises idées. C’est une des compétences que tu acquières, j’imagine, quand tu as pendant longtemps été en studio ou que ça fait longtemps que tu es dans un groupe, c’est-à-dire que Primordial sait très rapidement reconnaître une mauvaise idée et s’en débarrasser. Surtout moi. Il faut vraiment être sans pitié avec une mauvaise idée, car autrement, je n’ai pas la patience de passer quatre ou cinq heures dessus. Je préfère faire une prise de chant d’une traite et être content du feeling global, que de faire des corrections particulières dans le rythme et les notes ; je me fiche un peu de ça. Enfin, je le fais jusqu’à un certain point mais je ne suis pas Dio. Je préfère faire quelque chose d’instinctif.

« Les gens parlent désormais de l’Occident uniquement dans un sens péjoratif et négatif, et pourtant, c’est la culture qui nous a offert la Démocratie, les Lumières, la Renaissance, la révolution industrielle, de grandes œuvres de littérature, de grandes œuvres d’art, la musique classique, toutes ces choses, et ça me stupéfait qu’on ait remplacé tout sens d’estime de soi par un nihilisme le plus complet, du vide, de l’immoralité, une hypersexualité, de la décadence. »

Est-ce que ça signifie que vous avez fini la composition directement en studio ?

Ouais, nous avons enregistré pendant les weekends autour de nos vies. Le premier weekend, il y a eu beaucoup de répétitions, à structurer les choses, passer les idées en revue, changer des trucs, et puis quand nous étions relativement contents du résultat, nous enregistrions une prise live et repartions chez nous avec ça. Le weekend suivant, il se peut que nous rajoutions d’autres guitares, etc. Et le chant intervient à la fin. Comme je l’ai dit, ça met pas mal de pression parce que tu n’as pas répété pour que tout soit comme il faut et s’assurer aussi de dire aux gens « hey, il faut que ce soit deux mesures au lieu de quatre, » et ensuite quand tu arrives au mixage, tu es là : « Oh, c’est trop long ou trop court. » Il faut avoir de l’instinct. Mais le studio, ça reste le studio. Nous n’utilisons pas de tempo programmé, nous n’utilisons pas de métronome, nous ne faisons pas de copier-coller, mais au final, ça reste cinq gars dans une pièce avec un tas de microphones. Nous avons fait appel à Ola Ersfjord, qui a fait notre album live. C’est un gars cool, un jeune mec, un Suédois qui vit en Espagne. Il a bossé avec Dead Lord et Tribulation. Il est promis à un bel avenir. Et il s’est accommodé de nos stupides emplois du temps.

Ciáran a mentionné des tensions et conflits durant les sessions d’enregistrement, ce qui peut dans une certaine mesure paraître surprenant étant donné que vous avez enregistré dans un studio, les Camelot Studios de Dublin, juste à côté de votre salle de répétition, donc l’environnement pourrait sembler plutôt confortable et relax…

Le studio était fonctionnel et pratique mais lorsque nous y avons été, il n’y avait même pas de chaise ! Mais oui, c’était fonctionnel, pratique, et l’enregistrement était très simple et allait droit au but. Il n’y avait pas plus de stress ou de tension que d’habitude parce que rien n’est jamais confortable. Car, comme je l’ai dit, nous ne sommes pas un groupe professionnel. Nous ne vivons pas du groupe. Nous ne pouvons pas passer des jours à discuter des changements de tempo et tout. C’est toujours ce genre d’environnement pressurisé, mais c’est ainsi. Il y a toujours des disputes, des conflits et quelques tensions. Ça fait partie de ce que nous sommes, je suppose. Enfin, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas… Evidemment que nous nous amusons, nous rigolons et passons de supers moments aussi, mais il y a toujours de la tension créative. Nous sommes comme ça. Je pense qu’on peut entendre dans la musique que plusieurs personnes tirent dans des directions légèrement différentes, mais c’est ce qui donne son caractère à la musique. Et ça fait tellement longtemps que nous faisons ce groupe que nous savons quand l’un de nous est de mauvais poil rien que par la manière dont il boit son café. Disons qu’on sait quand il y a quelque chose qui chauffe, autre que le café. Il arrive encore parfois que nous nous détestions, comme ça a pu se savoir durant un festival ou autre. Nous sommes simplement normaux. C’est humain ! Mais il n’y a pas d’égo derrière tout ça, vraiment. Nous pouvons nous dire les pires saloperies, nous saouler, carrément en venir aux poings, et le lendemain, dire « ouais, peu importe, désolé, » et c’est oublié. Car le groupe n’est pas meut par les égos, il n’y a pas de rock star. Peut-être que c’est très irlandais. Nous avons tendance à dire les choses franchement.

Enfin, je veux dire, évidemment qu’il y a un certain niveau d’égo mais tu essayes de ne pas le laisser entraver ce que tu fais. Il faut un petit peu d’égo pour être le frontman, dire les choses qu’on dit, partager des paroles et les enrober d’une telle façon. Mais le groupe n’est pas vraiment comme ça. Tout le monde est libre de dire ce qu’il veut sur les choses. Il y a plein d’affrontements et de conflits, mais au bout du compte, notre sentiment, c’est un peu d’être nous contre le reste du monde. Donc nous avons parfois un peu une mentalité de gang, ce qui est très important pour un groupe. Mais tu sais, quand Ciáran débarque avec une chanson, et je dis “mec, je trouve que ce riff est nul à chier ! » et il dira « je t’emmerde, on continue à le jouer et on voit où ça va, » et peut-être qu’une heure plus tard, il dira « ouais, effectivement, il est nul, on le dégage. » Ou peut-être que c’est moi qui dirait « en fait, je trouve ça cool. » Mais personne n’est offensé par une opinion, quelle qu’elle soit. C’est comme ça. Donc peut-être que ça diffère des autres groupes, je ne sais pas.

Tu as mentionné le côté instinctif de ton chant, et tu as toujours beaucoup donné de toi-même en tant que chanteur, à chanter de façon très viscérale, te poussant dans des extrêmes émotionnels. Malgré tout, vois-tu des différences avec ton approche et état d’esprit du chant sur cet album ?

Il y a quelques nouvelles choses avec le chant. Si je n’essayais pas d’apporter quelques trucs en plus, ce serait un peu pathétique. Mais il y a quelques nouveautés, de nouvelles astuces que j’ai apprises. J’ai essayé de pousser certaines choses un peu plus loin. Je me sens plutôt bien au niveau du chant, assez à l’aise, je peux me permettre de tenter n’importe quoi. Je me sens plus confiant sur certaines choses, il y a davantage de chant aigue, comme du chant heavy metal traditionnel, ici et là. Donc tu apprends un peu plus où doivent se placer les différentes harmonies et sur les problématiques liées à quelques phrasés rythmiques, où au lieu de chevaucher tout le riff et atterrir à la fin, tu essaies de faire en sorte que le son des voyelles et les sons agressifs collent avec la basse et la batterie, essayant parfois de rentrer dans de la polyrythmie et ce genre de chose. Je ne comprends pas toujours tout mais… tu essayes d’ajouter quelques trucs. Ceci étant dit, je ne suis pas très porté sur la technique, donc je m’en fiche un peu que toutes les harmonies ne collent pas parfaitement, je ne suis pas Suédois, donc… Ça ne me dérange pas tellement. Mais il se peut que ce soit mieux que l’album précédent, je ne sais pas vraiment. Je n’y pense pas comme ça. Tu essayes de faire de ton mieux avec chaque chanson. Ce que je veux, c’est sonner convaincant, mettre sur chaque mot la plus grande conviction possible, avoir les bonnes dictions, clartés et timbres. Idem pour l’atmosphère et la dynamique, ainsi que le fait de trouver la bonne voix pour chaque chanson. Une fois que tout est calé sur tous ces critères, alors là oui, ça a plus de sens pour moi.

« J’ai passé une grande partie de ma vie à être contre la religion […] mais ce dont tu te rends compte est que si tu retires toute notion spirituelle d’une société, ça abouti au final à une sorte de vide. »

Tu penses que les chanteurs suédois sont trop focalisés sur la perfection technique ?

Ouais, c’est pourquoi les groupes suédois sont généralement nul à chier dans le punk, n’est-ce pas ? Et ils ne nous ont jamais vraiment offert de thrash metal, tu ne crois pas ? Non, enfin, moi et Ola n’arrêtions pas de nous disputer à ce sujet. Je n’ai vraiment aucune éthique de travail. Si une phrase que je chante ne… J’aime chanter une chanson d’une traite et ensuite peut-être revenir dessus pour quelques petits passages. Je ne veux pas faire phrase à phrase, mot à mot, ça ne m’intéresse pas du tout. Si je dois faire ça, après cinq ou six tentatives, soit je m’énerve, soit je perds patience, et alors ça n’a juste plus d’intérêt de continuer. Je suis assez têtu mais j’essaye de suivre mon instinct. Donc ça ne me dérange pas vraiment si… Ne te méprends pas, il y a des parties de chant relativement compliquées sur l’album, et des harmonies difficiles, mais à la fois, si la fin d’une phrase est légèrement fausse, ça ne me dérange pas, je me fiche de ce genre de chose, vraiment. C’est un peu étrange. C’est comme y donner la plus grande importance qui soit et à la fois n’en avoir rien à foutre, ce qui je trouve est très irlandais, mais bref.

Le titre de l’album, Exile Amongst The Ruins, est une sévère critique envers l’évolution de l’Europe. Tu l’as même qualifié de « voyage précipité et suicidaire vers l’immoralisme et la décadence. » Ce sont des mots forts !

Primordial a toujours employé des morts forts ! [Petits rires] Ecoute, il y a des choses à dire avant de discuter de ça. L’une est que les paroles et thèmes globaux ne sont pas abordés sous une perspective politique moderne, ils ne sont pas écrit sous une perspective de gauche ou de droite, même si je suis sûr que des gens le verront ainsi s’ils le veulent et s’en feront une idée sans savoir. Aussi, mes opinions politiques ne sont pas nécessairement les mêmes que celles du reste du groupe. En gros, le thème brut est que j’ai perçu une maladie au cœur de l’Occident, une sorte de maladie spirituelle. Les gens parlent désormais de l’Occident uniquement dans un sens péjoratif et négatif, et pourtant, c’est la culture qui nous a offert la Démocratie, les Lumières, la Renaissance, la révolution industrielle, de grandes œuvres de littérature, de grandes œuvres d’art, la musique classique, toutes ces choses, et ça me stupéfait qu’on ait remplacé tout sens d’estime de soi par un nihilisme le plus complet, du vide, de l’immoralité, une hypersexualité, de la décadence. Et j’observe, à tort ou à raison, ce que je perçois comme l’effacement de cette culture. C’est aussi une observation de l’antiintellectualisme, l’antiscience de certaines parties de l’occident, pour se diriger vers une sorte de nouveau puritanisme et théocratie.

Bien sûr que ce sont des mots forts mais Primordial a toujours abordé des sujets graves. Si vous recherchez des licornes et des pirates, je pense qu’il faut regarder ailleurs. Donc ouais, il y a toujours cette approche de sujets lourds. Je me suis intéressé à l’Europe du XVème et XVIème siècle, à la Réforme, au Luthéranisme, jusqu’à Isaac Newton, la séparation de la science et de la magie, et ensuite les valeurs des Lumières comme la rationalité, la séparation de l’église et de l’état, tous ces mouvements, y compris le mouvement d’empirisme avec lequel on semble faire marche arrière via notre relation cancéreuse aux réseaux sociaux, parmi tant d’autres choses, mais ce n’est que mon observation. Et il ne faut pas oublier aussi que je ne suis qu’un chanteur dans un groupe de heavy metal, pas un politicien. Une partie de ce que je raconte est dramatisé, c’est du pathos et de la poésie. C’est volontairement écrit de cette façon pour aller avec le côté dramatique du heavy metal. Ce n’est pas du punk ou je ne sais quoi…

Tu as dit avoir « beaucoup réfléchi à la perte de nos anciens systèmes magiques européens, la perte de notre spiritualité. » Penses-tu que ce soit essentiel à une civilisation ?

C’est quelque chose à laquelle j’ai beaucoup réfléchi et j’ai commencé à penser que oui. J’ai passé une grande partie de ma vie à être contre la religion, évidemment le catholicisme, le christianisme et ce genre de chose, mais ce dont tu te rends compte est que si tu retires toute notion spirituelle d’une société, ça abouti au final à une sorte de vide, je pense. Aussi, tu peux voir dans l’Occident un égoïsme, un narcissisme, une volonté de penser que le monde tourne autour de l’individu, un peu comme Galilée qui va voir le pape et revendique l’héliocentrisme et dit que la Terre n’est pas le centre de l’univers. Dans l’Occident aujourd’hui, on est un peu comme le pape, disant : « Bon, évidemment que la Terre est le centre de l’univers, nous sommes le centre de l’univers ! » Comme je l’ai dit, c’est un égoïsme creux et narcissique qui, je pense, est en train de détruire la communauté. C’est ce que j’observe. Ce sont probablement des paroles inhabituelles pour quelqu’un œuvrant dans un groupe de heavy metal, et ce sont aussi des paroles dangereuses en 2018, bien qu’elles soient assez simples et inoffensives, mais nous vivons une drôle d’époque !

Quand tu parles de « systèmes magiques », qu’est-ce que la « magie » pour toi ?

Je suppose que la magie, de façon réaliste, c’est… [Réfléchit] le pouvoir de l’influence, le pouvoir de la suggestion. C’est le pouvoir structurel de la suggestion. Lorsque je parle de magie dans ce sens, la science et la magie… Je me suis aussi beaucoup intéressé à des gens comme William Blake. Je me suis beaucoup intéressé à ce moment où la science et la magie se sont séparées et on a arrêté de faire des recherches sur la pierre philosophale, sur l’alchimie et ce genre de chose. Je m’intéresse aussi pas mal à des choses comme la Rose-Croix, ce genre de mouvements magiques et occultes du XVème et XVIème siècle, jusqu’à l’époque Victorienne. Et je pense simplement qu’on peut retrouver là-dedans notre quête de sens. Si on parle du voyage dans lequel la spiritualité nous embarque, je pense que ce voyage est important pour les gens. Je ne crois pas qu’il y ait une destination mais je pense que le voyage nous donne un sentiment d’amour-propre et de sens dans un monde autrement insignifiant. Ce que le post-modernisme moderne et occidental essaie de faire, c’est… Si rien n’a de sens, alors autant anéantir le monde. Donc je suis opposé à ça. Mais ce sont des temps confus, je suis encore en train de me demander quoi penser au sujet de ces choses. Donc on peut dire que la magie, c’est vraiment le pouvoir de la suggestion. C’est le placébo du rituel. Mais si tu te focalises sur quelque chose, il y a bien plus de chances que ça se produise et que ça réussisse que si tu ne le fais pas, je suppose.

« Si on parle du voyage dans lequel la spiritualité nous embarque […], je ne crois pas qu’il y ait une destination mais je pense que le voyage nous donne un sentiment d’amour-propre et de sens dans un monde autrement insignifiant. »

Penses-tu qu’il y a de la magie dans ta musique ?

C’est une question plutôt subjective et étrange. Il faudrait probablement demander aux gens qui l’écoutent, savoir comment ça les touche. La magie est un curieux mot à employer dans ce contexte mais « envoûtant », peut-être, je ne sais pas. Mais il y a un certain aspect ritualiste dans le fait de jouer en live qui, je trouve, est très important, une sorte de concentration d’énergie… Il y a une forme de pureté là-dedans, je trouve, qui est très importante et étrangère à l’époque moderne, où tout est tellement instantané, où on explique constamment aux gens à quel point ils se détestent les uns les autres et à quel point ils sont divisés parce que les vieilles structures communautaires ont été démantelées. La musique devrait être encore capable de transcender ceci. Je l’espère, ou sinon on est foutus. Bon, je pense que nous sommes foutus quoi qu’il en soit, mais c’est une autre histoire.

La chanson « Sunken Lungs » parle de toutes les vies qui ont été perdues en mer et « Stolen Years » du vieillissement et de la perte des gens. La mort et la perte sont des sujets récurrents dans votre musique. La dernière fois que nous t’avons parlé, tu nous racontais que tu es « très motivé et [as] une forte conscience de notre mortalité et de la rapidité à laquelle la vie passe. » Comment gères-tu la mortalité, en fait ?

En vivant le plus possible, en essayant de ne pas être… Enfin, ça peut sembler ridicule mais je suis un mec assez morbide, je suppose. J’ai toujours été plus ou moins obsédé par la mort et la mortalité. Et donc ma façon de gérer ça a été de faire de la musique qui parle de ce genre de chose ; ça semblait la meilleure façon de faire. Comme je l’ai dit, je crois que le voyage est important, par rapport à la spiritualité, mais je ne crois pas qu’il y ait une destination. Donc j’imagine que ça complique un peu ce voyage vers la vacuité, vers le néant. Pour ma part, au moins, j’essaie simplement d’aligner les choses à faire et les abattre. Que ce soit tous les trois, quatre ou cinq mois, une tournée, un album, ou quelque chose de créatif, je n’arrête jamais de faire quelque chose. Car autrement, tu te sens un peu inutile. Mais je trouve ça aussi difficile que la plupart des gens. En revanche, il y a des gens qui ne semblent pas du tout y penser. Tant mieux pour eux ! Il y a des gens qui ne font que travailler, vivre, s’amuser avec leurs amis, se faire plaisir, ils ont une famille, et ils ne pensent pas vraiment à ces choses ; ils ne sont pas perturbés par les mêmes choses que moi, mais pas de souci. Par exemple, j’ai des amis qui sont dans leur quarantaine maintenant et ils ont des enfants, une famille, et ils ne pensent pas à la relation qu’entretenait Isaac Newton à l’alchimie, mais ils élèvent leurs enfants [petits rires]. Mais pas de problème, on peut faire les deux, et quand même regarder du football…

Penses-tu que les gens qui ne pensent pas à la mortalité vivent quand même la vie à fond ?

Il est certain qu’ils sont plus heureux, en tout cas c’est ce qu’il me semble, ouais. Je pense que tout dépend de la personne. Il est clair que je connais des gens qui n’y pensent pas et qui sont bien plus heureux que moi, mais ils ne se sont jamais retrouvés sur des scènes de Moscou jusqu’au Mexique d’un weekend à l’autre, et ils n’ont certainement pas fait les choses créatives que j’ai faites, cependant ils ont des enfants, donc ils ont fait quelque chose d’un point de vue créatif que je n’ai pas encore fait. Donc je crois que ça dépend vraiment de l’individu, tu ne penses pas ? Certaines personnes parviennent joyeusement à profiter de la vie jusqu’à la dernière goutte, certaines attaquent la vie tête baissée et triment constamment en étant créatifs, et puis d’autres gens semblent simplement se laisser porter et ne semblent pas réaliser… En fait, je ne sais pas trop quoi dire.

Est-ce que la mortalité te fascine ou bien elle t’effraie ?

Les deux, je suppose. Je veux dire que les structures que l’on place autour de nous pour essayer de donner un sens à la mort, évidemment ça me fascine. Mais aussi tout le monde a conscience du néant ou en a peur, je suppose.

Comment imaginerais-tu ta mort ?

Je pense que j’aimerais partir comme John Entwistle de The Who, genre avec de la cocaïne et des putes asiatiques, ou quelque chose comme ça.

« Suken Lungs » ayant globalement pour thème la mer, as-tu une relation particulière à l’océan, la mer, etc. ? Est-ce que ça représente quelque chose de particulier pour toi ?

Eh bien, je vis sur une ile. Mon grand-père a passé sa vie sur l’océan… Mais non, pas particulièrement. C’est juste que j’essaye d’écrire des paroles élémentaires, pas pompeuses ou pas très agressives, ou qui ne montrent pas du doigt ou ne font pas la morale. C’est l’opposé que j’essaie de faire, j’essaie d’écrire juste une, deux ou trois chansons très simples et élémentaires. Un jour, je courrais le long de l’océan et je suis tombé sur une épave de bateau, et ça m’a frappé comme la quille du bateau ressemblait à une colonne vertébrale humaine. C’est là que j’ai eu l’idée. Donc j’ai écrit les paroles à ce moment-là. Il n’y a pas de grande histoire derrière ça. Ce n’est qu’une chanson sur la mer.

« Il y a un certain aspect ritualiste dans le fait de jouer en live […]. Il y a une forme de pureté là-dedans qui est très importante et étrangère à l’époque moderne, où tout est tellement instantané, où on explique constamment aux gens à quel point ils se détestent les uns les autres et à quel point ils sont divisés parce que les vieilles structures communautaires ont été démantelées. »

« Stolen Years » et « Last Call » sont deux chansons qui se démarquent dans l’album. Peux-tu nous en dire plus ?

« Stolen Years », Ciáran l’a écrite et il voulait seulement en faire une instrumentale, et ensuite je l’ai entendue et j’ai dit “je dois chanter dessus.” Nous nous sommes disputés jusqu’au bout sur ce morceau, et même sur le disque bonus de l’album, vous trouverez la version instrumentale [petits rires]. Mais tu sais, c’est du donnant-donnant, j’ai dit « fais-moi confiance, cette chanson sera énorme. » C’est inhabituel pour Primordial, elle ne fait que cinq minutes et demie. Elle traite en gros de deux choses. Ça parle de l’espèce de redondance qu’on vit parfois en étant dans un groupe et d’être fatigué dans un aéroport et se traîner durant un autre jour que tu as l’impression d’avoir déjà vécu, mais ensuite il y a ce sentiment de collectif lorsque tu t’apprêtes à jouer, ça pourrait être la même chose quand tu es avec tes amis un samedi soir, et tu te rends compte que ces soirées où tout le monde semble rassemblé et vivre à fond se produisent assez rarement ; ce genre de chose n’arrive que quelques fois dans la vie, et parfois si tu ne t’en rends pas compte et ne prends pas un moment pour les savourer, ça file à toute vitesse. Voilà vraiment de quoi parle cette chanson.

« Last Call » est un peu différente. Je pense qu’en partie, cette chanson évoque les pulsions destructrices que peut-être certains de nous ont quand on a vingt ou trente ans, une rhétorique black metal en somme. C’est un peu une chanson de rédemption, écrite en ayant à l’esprit des gens comme Townes Van Zandt ou Hank Williams, si je puis dire et me mettre… Je ne peux pas m’inclure dans la même catégorie qu’eux, mais ce que je voulais faire, c’était écrire… C’est un peu comme être dans un train partant de la ville, traversant la banlieue, et tout d’un coup, on réalise qu’on est au terminus. C’est le genre d’atmosphère que je voulais créer : le train approche de sa destination et c’est le moment de voir comment tu t’es comporté durant les dix, quinze ou vingt dernières années. Peut-être que c’est un peu à propos du mode de vie sexe, drogue et rock n’ roll, et toutes ces idioties. Et ça parle de réaliser que la vie a changé ou est en train de changer un peu, en prenant du recul sur certaines choses… Par exemple, si j’avais écrit ces paroles quand j’avais vingt-trois ans, ça aurait été complètement absurde, car à cet âge-là, on n’a pas la voix de l’expérience. Il faut du vécu pour corroborer certaines paroles. Maintenant que j’en ai, ça semblait être le moment pour que j’écrire une chanson sur ce qui semblait être la poursuite de la négativité et ce genre de chose. C’est encore de l’introspection sinistre [petits rires].

Cette année marque le vingtième anniversaire de Journey’s End, qui est un des albums préférés des fans. Comment vois-tu cet album avec le recul ?

J’en suis très fier ! Je l’adore. C’est un album étrange. Nous nous sommes lancés dessus sans avoir beaucoup d’idées. Nous sommes restés un mois à Bradford pour faire cet album, vivant dans une pièce ensemble, sans argent, à ne manger que de la nourriture merdique… Et nous avons beaucoup appris les uns sur les autres ainsi que sur la confection d’albums. Mags (Robert Magoolagan) des Academy Studios à l’époque a été une des personnes les plus importantes dans le développement du groupe, c’est devenu quelqu’un de très importante dans notre aventure. Mais c’est un album étrange. Il est tellement bizarre : par exemple, la seconde chanson, « Dark Song », ça n’a aucun sens de mettre ça en seconde position, mais elle est là. Mais j’en suis quand même fier. C’est un album sombre pour un groupe de mecs de vingt-deux, vingt-trois, vingt-quatre ans. Et non, nous n’avons pas du tout prévu de jouer l’album en entier.

Dirais-tu que cet album était un peu comme un second départ pour Primordial ?

Ouais, mais il y a eu plusieurs nouveaux départs. Il y a eu un troisième et un quatrième départ aussi, je dirais. Mais, c’est sûr, Jounrey’s End nous a poussé à prendre le groupe un peu plus au sérieux ; nous avions un peu grandi. Il nous a offert nos premiers concerts à l’étranger, c’était la première fois où nous avions à faire à la presse, la première fois où qui que ce soit voulait nous voir jouer en Europe. Ça nous a montré qu’il existe autre chose que l’Irlande, et c’était très important. Donc très peu de temps après que nous ayons fait The Burning Season et Spirit The Earth Aflame, c’était annonciateur d’une nouvelle prise de conscience de notre part en tant que gamins en colère, qui était qu’il y avait d’autres gamins en colère à rencontrer là-dehors [rires].

Et quels seraient les troisième et quatrième départs ?

En fait, je pense que Spirit The Earth Aflame était un troisième départ parce que c’est vraiment là où ça sonne comme un groupe ayant un peu plus d’assurance. Nous savions un peu mieux ce que nous faisions en studio, nous étions plus confiants dans ce que nous proposions, les chansons étaient un peu moins incohérentes. Ensuite, je pense que The Gathering Wilderness est un autre chapitre parce qu’il est sorti sur Metal Blade, c’était une progression par rapport aux absurdités du label précédent, nous prenions de l’ampleur, nous touchions un public un peu plus large, je suppose. Un nouveau chapitre s’ouvre toutes les quelques années, et j’en suis heureux. Il faut être capable d’une progression mesurable, je trouve.

« Lorsque les groupes disent : ‘Oh, tu sais, on est ouverts d’esprit…’ Je les déteste un peu pour ça. J’aime les gens qui disent : ‘Non, je suis fermé d’esprit, j’en n’ai rien à foutre !’ [Rires] […] C’est tout ce qu’il y a au milieu, tout ce qui prétend être l’un ou l’autre sans avoir la pureté de l’intention que probablement j’aime le moins. »

Plus généralement, comment tu te sens par rapport à l’évolution de Primordial au fil de toutes ces années ?

Pour ma part, ces vingt-sept ans ont été supers, il n’y a rien dont j’ai honte. J’essaye de ne pas ressentir de regret, je suis très fier de ces albums, je peux encore chanter une chanson présente sur une démo et toujours soutenir les paroles. Ca fait depuis que j’ai seize ans que je suis dans le groupe et maintenant j’en ai quarante-trois. Toute ma vie d’adulte est vraiment balisée par ce groupe. Lorsque je regarde avec du recul, je suis assez fier que nous n’ayons fait aucun compromis. Nous avons tracé une route inhabituelle avec cette étrange entité qui est née par hasard : j’ai répondu à une annonce, nous nous sommes rencontré quelque part à l’été 91, j’étais la seule personne à venir… C’était étrange les toutes petites choses qui ont dû s’imbriquer pour que nous soyons là aujourd’hui, à en parler vingt-sept ans plus tard. Ça ne cessera jamais de m’émerveiller. J’en suis très fier. Je ne prends rien pour acquis ; je ne suis pas complaisant avec ça. Je suis toujours un gars en colère, je n’ai jamais perdu ce sentiment. Je n’ai aussi jamais eu l’impression de devenir trop vieux pour le metal, je suis toujours un metalhead. Je ne me suis jamais senti supérieur à… Nos influences sont toujours là autour de moi, je n’ai jamais eu le sentiment d’être contraint par elles ou qu’elles ne m’intéressaient plus. C’est comme ça. Il n’y a pas d’énorme structure, pas de grand plans pour quoi que ce soit concernant le groupe. Mais bref, ça n’est pas prêt de finir mais on verra !

Tu as dit que tu étais toujours un metalleux mais je crois savoir que tu as des projets non-metal en cours…

Ouais. J’ai un groupe avec mon cousin, qui est, je suppose, une sorte de musique électro. Mais vous en saurez sans doute plus à ce sujet au cours de cette année. Pour l’instant ce n’est qu’une démo. C’est de la musique électro un peu pop, avec beaucoup de basses, mais ce n’est pas très important pour moi. Je présume qu’au fil des années je ferais des trucs musicaux dans d’autres styles et avec d’autres gens. Qui sait ? Peut-être que je ferais de la musique acoustique. Pourquoi pas ? Il faut être créatif si on est capable d’y concentrer l’énergie nécessaire.

C’est important pour toi en tant qu’artiste d’élargir tes horizons ?

Oui et non. J’admire l’orthodoxie du heavy metal et du black metal. J’admire que ça ne veuille pas progresser ou aller quelque part. J’adore ça ! Lorsque les groupes disent : « Oh, tu sais, on est ouverts d’esprit… » Je les déteste un peu pour ça. J’aime les gens qui disent : « Non, je suis fermé d’esprit, j’en n’ai rien à foutre ! » [Rires] Comme Rob [Curry] de Vomitor, un de mes meilleurs potes. Il est putain de fermé d’esprit ! Et il n’en a rien à branler. Il me dit tout le temps qu’il écoute son propre album, et ça me fait marrer, et il dit : « Mec ! C’est la musique que je veux écouter ! Je t’emmerde ! » Il a complètement raison ! Son attitude est tellement pure. Il est genre : « Ouais, je suis fermé d’esprit, je suis un metalleux, je t’emmerde. Je n’ai pas besoin d’écouter Nick Cave, va chier ! » Personnellement, j’adore Nick Cave, mais son attitude est tellement pure que tu es obligé de l’adorer ! Donc ma réponse est : oui, j’écoute plein d’autres trucs, mais j’admire totalement la fermeture d’esprit et l’orthodoxie les plus absolues pour tout ce qui touche à ça. Je ne pense pas que le black metal était censé progresser plus loin que le l’aspect arriéré et primitif, et la barbarie spirituelle ou peu importe. Je crois toujours la même que je croyais en 91. Donc je suis assez fier que ça n’ait même pas progressé d’un centimètre. Mais d’autres gens peuvent penser ce qu’ils veulent, ça n’a pas vraiment d’importance, n’est-ce pas ?

Ton point de vue sur le black metal est intéressant, car c’est diamétralement à l’opposé de l’opinion de quelqu’un comme Ihsahn, par exemple…

Ça dépend ! Pour un musicien extraordinaire comme lui, je le comprends. Pour ma part, j’admire Deathspell Omega mais j’admire aussi Funeral Mist, et [Hans] Daniel [Rostén] est l’un des black metalleux les plus déterminés, entêtés et orthodoxes que je connaisse ! Mais c’est ce qui fait que Funeral Mist est Funeral Mist. Tu ne progresses nulle part avec Funeral Mist. C’est comme ça, et je l’adore pour le fait qu’il est indépendant de presque toute influence extérieure ; c’est quelque chose de tellement têtu dans son refus de reconnaître toute progression. J’admire énormément ça. Mais comme je l’ai dit, j’admire un peu les deux points de vue, bizarrement. C’est tout ce qu’il y a entre les deux qui me gonfle, peut-être [rires]. Je veux dire que le black metal du début à la fin des années 90 qui avait aussi ce côté intellectuel me plaît beaucoup et j’associe ça à une sorte de vision culturelle et politique du monde qui était très intello et littéraire, et je suppose que ça m’a aidé à progresser intellectuellement à certains niveaux. Tu sais, on est un peu prétentieux, mais c’est comme ça que ça marche. Je n’ai aucun doute sur le fait que je pourrais trouver un terrain d’entente avec Ihsahn également et me sentir intellectuellement, émotionnellement et spirituellement illimité, le potentiel pourrait être infini pour plein de choses différentes, ce qui je pense est une très forte incarnation de l’esprit luciférien, si tu veux appeler ça comme ça, si on va à fond dans le black metal. Mais aussi, comme je l’ai dit, j’admire l’entêtement musical [rires]. Je suis certain qu’on pourrait retrouver le même entêtement musical si on parlait à Neil Young, par exemple. Je ne l’imagine pas écouter qui que ce soit, pas toi ? Tout dépend ! C’est tout ce qu’il y a au milieu, tout ce qui prétend être l’un ou l’autre sans avoir la pureté de l’intention que probablement j’aime le moins. Qui veut d’un album moyen ? Ou quelque chose fait avec l’intention d’être… Je ne sais pas. Peu importe.

Interview réalisée par téléphone le 2 mars 2018 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Gareth Averill.

Site officiel de Primordial : www.primordialofficial.com.

Acheter l’album Exile Amongst The Ruins.



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