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Interview   

Dans les profondeurs d’Atlantis Chronicles


Antoine Bibent - Atlantis ChroniclesCe que l’on sait de l’univers et ce que l’on ignore sur lui font rêver. Mais on en oublie qu’il y a un espace sur notre bonne vieille Terre, que pourtant on côtoie, qui est tout aussi mystérieux : la mer. Le monde marin est le seul endroit sur notre planète que l’homme n’a pas encore réussi à conquérir ni même à explorer pleinement.

De ce postulat découlent bon nombre de réflexions tant scientifiques que philosophiques, métaphysiques, mystiques et même artistiques. Ces questionnements et cet imaginaire sont au centre de l’oeuvre d’Atlantis Chronicles, au point même d’avoir un impact direct – bien qu’inconscient – sur la manière dont le groupe français écrit sa musique, dans un compromis très réussi entre death technique tumultueux et passages tantôt aériens, mélodiques ou accrocheurs.

Pour ce nouvel album, directement lié par son scénario au précédent, nous nous sommes entretenus avec le chanteur Antoine Bibent, dont la rencontre avec les autres musiciens semble avoir été providentielle tant ils partagent une passion commune pour ce thème aquatique.

Atlantis Chronicles

« L’océan est quelque chose qui coexiste avec nous sur Terre, et cela nourrit encore beaucoup de fantasmes, beaucoup de mythes et légendes, et à juste titre parce que c’est quelque chose qui reste extrêmement fascinant. »

Radio Metal : Globalement, le thème de la mer et de l’océan est assez prédominant dans votre carrière vu le nom de votre groupe, le nom de vos albums, le nom de votre ancien projet qui s’appelait Abyss, votre album précédent s’appelait « Ten Miles Underwater »… Peux-tu nous parler des origines de ce choix de se consacrer au thème de l’océan ? Et, plus généralement, quel est votre rapport à la mer et à l’océan ?

Antoine Bibent (chant) : À l’origine, dès le premier projet, Abyss, qui avait été créé par Sydney, notre batteur, et Alexandre, notre guitariste, qui est un projet né bien avant que je rejoigne les gars dans le groupe, c’était quelque chose qu’ils avaient déjà instauré, un thème en rapport avec le monde océanique. Après, c’est vrai que cela s’est amplifié avec le temps. Tout cela vient de différentes choses. La première des choses, c’est qu’il y a quelque chose qui reste très fascinant concernant ce monde-là. C’est un monde qui coexiste, qui est présent avec nous sur Terre, et malgré tout, c’est quelque chose dont on a pas énormément de connaissances scientifiques. Tout n’est pas stable là-dessus, simplement car ça reste très difficile d’accès pour différentes raisons, alors que, par exemple, aujourd’hui, on est capable de mettre un satellite ou un télescope en orbite, comme Hubble, et de regarder très loin dans l’espace, on est capable d’envoyer un robot sur Philae, sur Mars, et de regarder à des milliards d’années lumières. Alors que l’océan est quelque chose qui coexiste avec nous sur Terre, et cela nourrit encore beaucoup de fantasmes, beaucoup de mythes et légendes, et à juste titre parce que c’est quelque chose qui reste extrêmement fascinant. Quand on regarde l’océan, qu’on voit la façon dont la faune et la flore bougent à l’intérieur de l’eau, la façon dont la lumière se diffuse, la façon dont le son se propage à l’intérieur, il y a quelque chose de l’ordre de la féérie et c’est quelque chose de très riche et de très nourrissant.

Maintenant, si cela nous fascine, et que c’est quelque chose qui attire notre attention, c’est tout simplement parce que pour notre musique, on a vraiment besoin d’un contexte précis sur lequel on va venir créer de la musique. C’est-à-dire qu’on imagine notre musique un peu comme un film, on écrit une sorte de synopsis, on développe un scénario, une histoire précise, un fil rouge, avec beaucoup d’images qui nous viennent en tête, et on a vraiment besoin de ces images pour greffer une sorte de bande originale de tout ça, et du coup, ça se dirige vers le monde marin pour toutes les raisons que je t’ai expliquées avant. Voilà, ça ce sont les deux raisons principales. Après, il y a aussi le fait que nous soyons vraiment conditionnés par toute la culture populaire des années 1990, dans laquelle on retrouve des oeuvres majeures, que ce soit dans les films, dans les jeux vidéos, dans les mangas, ou des trucs comme ça qui sont en rapport avec le monde marin, avec l’Atlantide, différentes chosent qui collent à des mythologies qui, quoi qu’il arrive, sont en rapport avec le monde marin. Tout cela a infusé lentement en nous et aujourd’hui, on le ressort là-dedans.

Et puis dernier point qui est assez important au niveau de la thématique, en tout cas sur le fond, c’est que, quoi qu’il arrive, quand tu parles de l’espace, c’est plutôt quelque chose qui est en rapport avec l’ouverture sur le monde, les autres vies qu’il y aurait ailleurs, le cosmos qui s’étend devant nous, alors qu’aller dans les profondeurs, sous l’eau, c’est quelque chose qui nous fait voyager vers les entrailles de la Terre, et ce chemin qui se dirige vers les ténèbres et qui va vers les entrailles de la Terre est quelque chose qui est beaucoup plus en rapport avec un parcours d’introspection avec de l’analyse, et c’est aussi quelque chose qui colle parfaitement aux thématiques qui sont évoquées dans les lyrics, qui vont plus parler d’émotions, de nature humaine et de civilisation moderne. Donc voilà l’espèce de magma de choses qui sont en corrélation avec des éléments qui nous parlent et qui nous permettent plus facilement d’écrire notre musique et nos textes.

Par conséquent, penses-tu que la masse de travail et d’argent qui est investie dans la recherche spatiale, dans le fait d’envoyer des robots sur des comètes, sur Mars, etc., ça ne serait pas mieux de l’investir dans la recherche pour essayer d’aller voir plus loin, plus profond sous l’eau, etc. ? Est-ce que c’est un regret que tu as, par rapport au travail et aux choix que fait la science par rapport à cela ?

Non, pas vraiment, parce que quoi qu’il arrive, je reste quand même plus fasciné par les légendes que suscite le monde marin et océanique et par le fait, par exemple, qu’on ait réussi à filmer seulement depuis quelques années deux Architeuthis Dux, des espèces de calamars géants que les Japonais ont réussi à vraiment capter à l’image. Le fait que l’on découvre petit à petit qu’il y a quand même cette espèce de mystère qui pèse, qu’on a pas encore fourré notre nez, qu’on n’a pas encore été détruire des choses là-bas, et heureusement parce que la pression nous l’en empêche, ainsi que le manque de lumière; le fait de savoir qu’il n’y a que quelques expéditions comme James Cameron il y a quelques années qui avait pu mettre en place une plongée avec un bathyscaphe pour descendre dans la fosse des Mariannes… Il y a quelque chose qui me plaît dans le fait que ça reste inaccessible. Alors que, par contre, oui, j’ai une soif de curiosité que j’ai plus besoin de satisfaire vis-à-vis de l’univers, de l’espace, car il y a des questions existentielles qui reposent plus là-dedans, et j’ai plus besoin de vérité à ce sujet-là qu’au niveau du monde marin qui conserve une imagerie en lien avec la fantasmagorie, là ça va moins me déranger. Après, c’est quand même parfaitement étonnant et complètement incroyable de découvrir des formes de vie qui peuvent vivre avec nous sur Terre à des profondeurs telles qui supportent une pression démentielle, un manque de lumière, et ce qui est beau, c’est que ça montre aussi, les scientifiques en parlent souvent, de voir à quel point la vie est brutale et forte, apparaissant dans des conditions complètement extrêmes, de chaleur extrême ou des conditions glaciales, sans lumière ou ce genre de chose, on voit que la vie pousse partout. Ce qui fait penser aux scientifiques, par exemple, qu’il y a de fortes chances que dans l’univers on retrouve d’autres formes de vie auxquelles on ne penserait pas si il y a différentes petite conditions réunies, quand on voit à quel point déjà sur terre, dans des conditions complètement inhospitalières telles qu’on peut les trouver dans les abysses, elle pousse déjà. Donc si tu établis des corrélations… Et puis de toute manière, ce n’est qu’un avis, tout cela m’intéresse, mais je ne suis vraiment pas assez calé.

Est-ce qu’il y a des œuvres littéraires ou des films ou même des jeux qui vous ont influencé par rapport à ce thème dans vos textes ?

Dans les textes, les oeuvres qui m’inspirent, elles m’inspirent pour les messages de fond que je vais insuffler. Par contre, pour le récit en lui-même, dans la forme, quand je raconte le voyage d’un de nos protagonistes dans les océans, dans le monde abyssal, non. Moi, quand j’étais jeune, j’ai forcément été élevé à du Jules Verne, ou certaines autres nouvelles que j’ai oubliées et qui reprenaient les aventures maritimes et sous-marines. Je n’ai découvert que très récemment des trucs très connus en anglais dans le texte comme Moby Dick ou Typhoon, où effectivement j’avais besoin de voir un petit peu comment certains auteurs en parlaient, et plus spécialement en anglais, où j’ai vraiment compris qu’il se servaient d’ailleurs du prétexte de la mer et de certaines aventures pour évoquer des choses plus profondes, encore une fois, sur la nature humaine. Mais sinon, sur la forme, il n’y a pas grand chose qui m’a inspiré. Je ne suis pas hyper calé, même en manga. Ça va plus être les films, le cinéma. J’ai été très marqué par Abyss de James Cameron, c’est quelque chose qui me reste en tête et qui me restera toujours et que j’aime énormément. Quand j’étais gosse j’étais complètement fan des émissions du Commandant Cousteau, ça paraît con à dire, mais c’était mon époque. Il y avait une musique, un grain d’image, une certaine façon de parler, une voix-off particulière et cela m’a ancré dans ce monde-là. Il y a aussi et surtout des documentaires que j’ai vus et qui m’ont vraiment saisi. Sur la littérature, par contre, sur le fond, je le dis et je ne veux vraiment pas que ça paraisse pompeux, c’est juste parce que ce sont des choses qui m’intéressent et qui trouvent de l’écho en moi, mais j’aime énormément les écrits de Krishnamurti, qui est une sorte de philosophe indien qui explique un certain nombre de choses notamment sur le conditionnement, et c’est vrai que je retrouve après des choses chez des philosophes très connus comme Nietzsche ou Spinoza qui parlent de pré-déterminisme, de conditionnement, de prédispositionnanisme comme on en parle en sociologie, et là, par contre, ce sont des choses qui trouvent énormément d’écho en moi et que j’ai réussi à insuffler dans les messages de fond d’Atlantis, notamment quand on parle sur cet album de destruction, d’apocalypse et de renaissance, de comment on construit un nouveau monde derrière. Effectivement, j’insuffle ces notions-là parce que j’explique comment les gens peuvent peut-être essayer de se libérer du connu, de se délester d’un certain nombre de choses, pour reconstruire quelque chose de nouveau derrière. Ça n’est pas le fruit de ma pensée car je suis beaucoup trop jeune là-dessus, mais il y a des mouvements de pensée que je prends chez les autres, qui trouvent de l’écho en moi et qui vont nourrir les thèmes d’Atlantis Chronicles, donc c’est plus inattendu. Souvent, les gens pensent qu’on a dévoré du Lovecraft ou des trucs comme ça, et non, ça n’est pas le cas, bien que je devrais, je pense. Ça peut aussi être rigolo.

C’est vrai que, plus je t’entends parler, plus je me rends compte que ce qui te plaît, c’est le côté poétique de la mer. Je ne pense pas que le fait que tu cites des films comme Abyss ou que tu parles de Cousteau soit anodin. Car Abyss, bien qu’étant de la science-fiction, a quand même un côté extrêmement poétique, et les documentaires de Cousteau, c’est exactement cela. Abyss n’explique pas forcément beaucoup de choses, mais ce film montre et développe un univers, et j’ai clairement l’impression que c’est cela qui te touche.

C’est complètement ça. Après, ce n’est pas ça pour tous les membres du groupe. Certains ont des rapports plus serrés avec la mer, qui vont régulièrement faire de la plongée, qui ont un rapport plus direct.

Atlantis Chronicles - Barton's Odyssey

« Il est beau, les scientifiques en parlent souvent, de voir à quel point la vie est brutale et forte, apparaissant dans des conditions complètement extrêmes. »

Toi, tu ne plonges pas ?

Non, je ne plonge pas, en plus je très fragile des oreilles. Par contre, j’adore nager, mais si je plonge, c’est en mode palmes-tuba, et pas plus. Tout ce que qui est bouteille, etc., malheureusement mes oreilles ne supporteraient pas mais par contre, ce que je vais dire peut paraître complètement con [rires], mais se mouvoir dans l’eau, j’adore ça, je peux rester des heures dans la flotte, j’aime énormément ça, ne serait-ce que me laisser porter par l’eau, le contact avec l’eau, la façon de se mouvoir dedans, il y a quelque chose qui me plaît énormément là-dedans. Mais c’est vrai qu’au sein d’Atlantis, oui, tu l’as tout à fait dit, Abyss, c’est parce que c’est l’univers qui est proposé, la scène de fin avec cette espèce d’extraterrestre qui t’emmène dans des tunnels, et puis on découvre un espèce de grand tunnel lumineux illuminé sous l’eau, encore une fois, cela crée des sensations qui sont vraiment géniales et hyper stimulantes. Après, sur le monde de la mer, ayant été éduqués avec des documentaires du Commandant Cousteau, c’est vrai qu’on va regarder ce que fait une ONG comme Sea Shepherd pour préserver les océans, on va un peu regarder ce qui se passe à gauche, à droite… Et même quand je regarde, c’est con à dire aussi [rires] mais des émissions comme Thalassa ou des documentaires qui montrent des pêcheurs au fin fond du monde, dont la vie dépend de l’écosystème marin et de la mer, et regarder ce qu’est pour eux la vie, là-bas… Moi, j’avoue que je ne peux pas m’empêcher d’être fasciné, c’est une fascination, mais qui est en plus en lien avec l’aspect poétique de la chose.

Métaphore un peu hasardeuse : est-ce que tu comparerais le fait de partir en tournée avec un groupe avec le fait de partir en mer, tels des « marins de la musique » ?

Je ne saurai jamais à quel point c’est dur. Je pense que c’est mille fois plus dur d’être marin, on voit que c’est un des métiers les plus dangereux du monde. Mais je trouve que la métaphore fonctionne quand même ! On s’éloigne de nos familles, on y passe énormément de temps, on est ballottés dans tous les sens, il y a quelques tâches très harassantes… Après, c’est jalonné aussi par les shows, où on sort complètement du côté marin. Eux ont quand même des tâches beaucoup plus difficiles; nous, on a quand même le plaisir des shows. Sinon, oui. On a parcouru un peu l’Europe de l’Est, plusieurs milliers de kilomètres, on a voyagé jusqu’au Japon… Il y a le côté « vadrouille » qui pourrait effectivement rappeler l’itinéraire d’un marin.

C’est vrai que certains marins, lorsqu’ils rentrent de voyage, ressentent le manque de tout cela, ils ne se sentent pas bien à terre. Est-ce que vous ressentez ça quand vous revenez de tournée ? Est-ce que vous vous sentez, limite, pas bien chez vous et avez ce besoin presque physiologique de retourner jouer ?

Disons que ça n’agit pas vraiment comme ça. Quand on fait la tournée, à notre niveau, ça peut être très fatiguant, très harassant, car c’est du metal. Tous les soirs, au niveau du show, ça donne énormément, quel que soit l’état de fatigue d’ailleurs, et derrière, il faut continuer, faire beaucoup de route, enchaîner… Quelque part, il y a quand même un moment où la maison manque toujours un peu, on a envie de se poser. Quand on rentre, on a la tête farcie de souvenirs, on a l’impression d’avoir vécu quelque chose de surréaliste, de presque extraordinaire. Je repense à la tournée du Japon, c’était juste complètement fou. Une fois qu’on se retrouve chez soi, on est quand même dans un état second, à penser à tout ce qu’on a traversé, à tout ce qui s’est passé. Même pour la tournée de l’Est, il s’est passé des trucs complètement hallucinants. En repensant à tout ça, on est juste bien parce qu’on a le confort de chez soi, avec déjà des souvenirs plein la tête. Donc ça, c’est génial. Mais après, c’est vrai que, par exemple, l’envie de repartir en tournée se fait très vite ressentir et surtout, à la fin de la tournée, pour celles qu’on faisait pour le premier album, où on commençait vraiment à être extrêmement rodés, à prendre énormément de plaisir sur les shows parce qu’on pouvait procurer exactement ce que l’on voulait comme show, toute la mécanique était bien faite, on avait l’habitude, on était entrés dans un processus où ça roulait clairement, vraiment bien pour nous, et c’est vrai que quand ça s’est arrêté, je voulais pas que ça s’arrête. Moi, j’aimerais bien parcourir encore le monde. Donc il y a un petit peu ce côté-là. C’est pas aussi flagrant qu’un mal de terre pour un marin mais il y a des petites similitudes.

Concernant l’album, est-ce que c’est une suite directe du précédent ? Car c’est vrai qu’Otis Barton était déjà indirectement présent dans le précédent…

Tout à fait, c’est complètement assumé comme tel. Il y a un lien scénaristique entre les deux. C’est visible sur la pochette, puisque la bathysphère était le submersible principal qu’on avait mis en scène sur le premier album, et on la retrouve plus ou moins crashée dans le design du deuxième album, cette fois-ci éclairée par un autre bathyscaphe dans lequel on va retrouver Otis Barton. Donc il y a un lien clairement établi, même dans les textes, dans le choix du protagoniste, donc Otis Barton, et sur la pochette. Parce que, comme on le dit dans le making-of et comme on l’exprime un peu dans les textes, Otis Barton était vraiment le comparse de William Beebe. Ce sont eux deux qui, à l’origine, ont créé la bathysphère, Otis Barton étant l’ingénieur de la bathysphère. Ils ont vraiment formé un duo d’explorateurs qui, comme je le disais, ont vraiment ouvert une brèche en ce qui concerne l’exploration du monde abyssal. Donc oui, il y avait vraiment une volonté de complètement lier les deux rives, c’est clair et net.

Du coup, sur les artworks, vous avez collaboré avec Pär Olofsson. Peux-tu nous dire comment est née cette collaboration ?

Très simplement. Les images que nous avons en tête sont assez fortes, donc il nous fallait vraiment quelqu’un qui graphiquement pouvait reconstruire quelque chose qui pète. Très vite, nous avions trouvé des pochettes d’albums que nous aimions énormément et nous nous rendions compte qu’à chaque fois c’était Pär Olofsson qui les faisait. Il y en avait pour The Faceless, aussi pour d’autres groupes, et il a même fait des grosses pochettes classiques pour Immortal ou des trucs comme ça. Et donc, tout simplement, on a trouvé son mail, on l’a contacté, et comme le mec bosse très efficacement et très rapidement, il arrive à être disponible, il a directement été intéressé par le projet parce qu’il cherche des choses qui vont stimuler son imaginaire. Comme c’est le cas pour beaucoup de gens avec le monde de l’Atlantide et le monde marin, ça l’a tout de suite séduit. Ainsi, nous avons directement embrayé avec lu sur la pochette du premier album, et comme le deuxième est lié au premier, nous voulions rester avec la même patte graphique. Nous l’avons donc recontacté tout aussi simplement, nous l’avons retrouvé de la même manière, nous lui avons expliqué de quoi il retournait cette fois-ci, et nous sommes retournés dans le même processus avec lui pour aboutir à la pochette du deuxième. Tout fut très simple et de toute façon, le mec taffe très efficacement et très rapidement. Ce fut très sympa de bosser avec lui.

Ce thème marin dont on parle depuis le début de l’interview a été décidé dès le départ au sein du groupe, avant même l’arrivée du chanteur. La question que je me pose est la suivante : en tant que chanteur, est-ce que cela a pu poser des difficultés de devoir écrire des textes sur un thème que tu n’as pas choisi ?

Déjà, il faut savoir qu’avant, c’était Alex, le guitariste, qui chantait, du coup, ils ne se posaient même pas la question, ils étaient tous les quatre. Il y avait donc Alex à la guitare et au chant, Sydney à la batterie, Jérôme à la seconde guitare, et Mikael à la basse. Ils avaient établi leur truc mais comme après il y a eu un changement d’identité musicale, changement d’identité vocale, ils ont recruté un chanteur lead. Effectivement, il fallait que ce chanteur qui se ramène soit super sensible à tout ça et là, j’ai envie de te dire que c’est un peu le karma, coup de bol, ils me recrutent. Enfin, dans un premier temps, on se rencontre pour voir comment ça se passe entre nous, ils m’expliquent quelle est leur démarche qu’ils avaient déjà. De toute façon, le premier album était déjà composé quand je suis arrivé. Par contre, les paroles n’étaient pas écrites mais le synopsis de l’album était déjà décidé : William Beebe, la bathysphère, un voyage dans les profondeurs. Mais, coup de bol, il s’est avéré que moi, j’avais autant besoin qu’eux d’avoir un univers sur lequel m’appuyer pour écrire des choses. C’était quelque chose qui, de toute façon, me plaisait énormément. Donc nous nous sommes complètement compris et plu là-dessus, nous avions vraiment cela en commun et naturellement, ça m’aidait à écrire, ça me plaisait. Nous avions même des références similaires en pop culture, justement, comme j’en parlais tout à l’heure, et ça matchait. Donc là-dessus, c’est un peu le karma qui a fait les choses. Du coup, non, ça n’était pas du tout difficile pour moi. J’ai accepté, j’avais un voyage à raconter, mais je voulais aussi m’appliquer à raconter des choses inhérentes à ce voyage mais qui sont de l’ordre de l’invisible, en parlant, par exemple, d’émotions et ce genre de choses.

Atlantis Chronicles

« Quand j’étais gosse j’étais complètement fan des émissions du Commandant Cousteau, ça paraît con à dire, mais c’était mon époque. Il y avait une musique, un grain d’image, une certaine façon de parler, une voix-off particulière et cela m’a ancré dans ce monde-là. »

Tu ne pourras peut-être pas répondre pleinement à la question suivante car cela concerne l’évolution musicale du groupe qui s’est faite avant que tu arrives, mais il est vrai que le groupe faisait du thrash avant. Qu’est-ce qui a fait évoluer ce thrash vers le death technique de maintenant ?

En fait, les mecs, à l’origine, c’est comme d’habitude, on commence à écouter certains styles de metal. Pour Sydney, le batteur, par exemple, très jeune, il a été pris par les classiques, à savoir Metallica, Pantera, Sepultura, des groupes de ce style-là. Donc les mecs commencent à se construire une culture metal avec un certain style, plutôt accessible; c’est vrai qu’il y en a plein qui commencent par le thrash metal. Pour Alex, c’est pareil. Ils se sont nourris avec ce qu’ils ont trouvé lorsqu’ils étaient plus jeunes et comme ils ont commencé leurs instruments à ce moment-là, ce sont les premières influences qu’ils se sont mis à digérer pour recracher quelque chose en termes de composition musicale. Donc voilà, début de la fréquentation d’un instrument, début d’une écoute prononcée d’un certain style de metal, ça génère un certain résultat. Après, forcément, ils ont vieilli dans la pratique de leur instrument et dans leur écoute, et cela les a menés vers d’autres styles. Ils sont passés par plein de styles mais ce qui a prédominé est un death metal de plus en plus extrême, un petit peu plus moderne dans les rythmiques, les avalanches de notes, dans le choix des couleurs, des mélodies, ils se sont de plus en plus nourris de cela. Et à un moment, très naturellement, ils ont eu envie de digérer cela et, encore une fois, de le recracher dans leurs compositions ; c’est une évolution normale. C’est comme moi, de mon côté, j’ai démarré avec le neo-metal, j’ai écouté du metal très tard dans ma vie et j’ai démarré avec le neo pour finir sur le death ultra extrême [rires]. Et c’est pareil, cela a modifié ma pratique du chant, qui a évolué petit à petit en fonction de ce que j’écoutais.

As-tu toujours un affection pour le neo qui t’a mis là-dedans ?

Oui, je ne renie rien du tout. À part, peut-être, un jour, en blaguant, quelqu’un me demandait quel était le tout premier disque de metal que j’avais écouté et j’ai dû dire : « Je pense que c’est Hybrid Theory de Linkin Park. » Ça, par exemple, c’est une des choses qui ont un peu vieilli pour moi. Par contre, je ne renie pas leur deuxième album, Meteora. Alors, il y a des choses qui me plaisent moins dans le neo-metal. Forcément, j’ai été un fan absolu de Korn pendant longtemps et maintenant, il y a des albums de Korn que j’aime moins. Mais quoi qu’il arrive il y a toujours des trucs qui font que je ne lâche pas du tout le morceau et que je ne renie rien du tout de ces influences-là. Il y a toujours des petites choses qui me plaisent énormément. J’en écoute beaucoup moins, c’est clair et net, mais de temps en temps, quand je me remets certains disques qui m’ont beaucoup plu de cette époque-là, j’éprouve toujours un très gros plaisir.

Votre musique, c’est du death technique. Mais on remarque quand même qu’il y a un gros sens de l’accroche et de la mélodie : il y a des refrains en chant clair, voire même des couplets en chant clair, il y a des pauses basse/batterie très lancinantes, etc. Est-ce qu’il était voulu d’avoir ce compromis, de modérer un petit peu pour mettre de l’accroche et de la mélodie dans le death technique qui peut parfois s’avérer être presque indigeste ?

C’était voulu, mais dans le sens où, malgré ce qu’on peut penser, nous aimons aussi les choses très efficaces. Nous écoutons aussi des choses très simples. Nous ne voulons pas à chaque fois nous brider quand nous composons. Nous sommes vraiment dans un état d’esprit où nous voulons faire ce que nous avons envie d’entendre. Par exemple, parfois, nous écoutons un groupe, et nous nous disons : « C’est dommage que ce groupe-là n’exploite pas la basse comme ça, c’est dommage qu’il n’y ait jamais de passage comme ci, comme ça, ça pourrait être mille fois mieux. » Tout cela reste très subjectif. Et c’est vrai qu’il y a beaucoup de groupes que nous écoutons, il y a beaucoup de choses épiques qui transporent, qui sont vraiment de la puissance simple et efficace, et nous aimons cela. Cela fait partie des regrets que nous avions par rapport au premier album, c’est quelque chose que nous n’avions pas réussi à intégrer. Nous avions un peu essayé sur certains morceaux, mais ce n’était pas forcément hyper mature dans nos têtes et dans la façon de le faire. Nous aimons bien aérer les choses, nous n’aimons pas quand ça hurle tout le temps, quand ça avoine tout le temps, dans tous les sens. Il y a des groupes comme ça que nous pouvons écouter, mais pour nous, ce n’est pas forcément ce que nous voulons. Nous aimons bien aérer les choses, mettre de la respiration, expiration, inspiration, avoir des choses qui soient un peu fouillées à ce niveau-là. Donc effectivement, c’est une volonté de notre part. C’est simplement par rapport à des ambitions, des envies musicales, parce que nous avons envie d’entendre cela, d’entendre un beau refrain qui soit hyper prenant, qui nous touche énormément et qui injecte un petit peu de puissance mais qui, il est vrai, coupera parfois un peu des riffs plus alambiqués qu’il y a juste avant.

Finalement, cela se marie bien avec le thème aquatique parce que quand on est sous l’eau, on ne peut pas respirer, donc de temps en temps, il faut qu’on sorte de l’eau pour respirer et le refrain en chant clair, c’est la respiration…

Exactement ! Et même, le tumulte de la mer qui sait parfois se faire très calme et peut se réveiller d’un seul coup et embarquer, secouer des bateaux, les gens à l’intérieur, et revenir au calme. Je n’avais jamais fait cette analogie mais je la reprendrai pour d’autres interviews, je te remercie [rires].

Par conséquent, quels sont, selon vous, les groupes qui sont le mieux parvenus à réussir ce compromis-là, à savoir envoyer de la technique, de l’énergie, et en même temps, à mettre les respirations qu’il faut dans leur musique ? Car l’équilibre est très dur à trouver.

Dans un tout autre domaine, au niveau du metal, le premier qui me vient en tête est Gojira parce que même si ce n’est pas le même style que nous, peut-être que ça tricote un peu moins, mais il y a quand même un niveau technique monstrueux, une façon d’insuffler la technique, de mettre des choses très démonstratives dans leur musique qui est toujours hyper fine, hyper bien pensée, et à côté de ça, des riffs d’une lourdeur absolue, qui te lavent complètement le cerveau, qui sont hyper prenants sur le plan émotionnel. Sinon, un des groupes qui me touchent le plus dans ce style-là… On a tous des trucs différents mais moi c’est All Shall Perish. Il y a des passages très simples, très prenants, et puis à la fois des trucs hyper chiadés avec des mélodies de malade. Il y a aussi un groupe qu’on aimait avant qui s’appelle The Human Abstract, qui n’existe plus pour le moment. C’est une influence très présente chez nous et qui réussissait vraiment à faire ça ; c’est même [le groupe] le plus proche [de nous], The Human Abstract, en fait.

Dans l’album, il y a un morceau « double », à savoir « Upwelling – Part I » et « Upwelling – Part II ». Peux-tu nous parler de l’histoire de ce morceau et de ce qu’il représente dans l’album ?

La genèse de ce morceau, c’est qu’à la base, ce sont deux morceaux dont nous avons vu rapidement, pendant le processus de création d’album, qu’ils se démarquaient des autres. Il y avait carrément quelque chose qui nous parlait, qui était différent par rapport au reste de l’album, une expérimentation plus massive avec des mélodies peut-être un peu différentes, de grosses envolées qui étaient encore plus mélodiques que tout ce qu’il y a à côté sur l’album, en même temps mélangé à du très massif. C’étaient aussi les morceaux qui avaient la structure la plus progressive, ceux qui sur l’album sont le plus teintés prog’. Très vite, nous avons vu que c’était quelque chose qui sortait du lot et que nous aimions énormément. Du coup, Alex, quand il compose ses morceaux, se fait déjà une sorte de setlist de ce que va être l’album, même si ça bouge beaucoup, mais très vite, il les avait placé au centre, un peu comme si c’était la clé de voûte de l’album, que c’était un tournant important. Et c’est vrai, parce qu’au final, nous les avons laissés au centre de l’album parce qu’ils sont un marqueur important, c’est-à-dire qu’il y a un certain nombre d’événements qui se passent avant ces morceaux-là sur l’album au niveau de la thématique. L’événement principal de cet album, à savoir, l’apocalypse, se passe pendant ces morceaux, et tout ce qui se passe après, le reste, découle de ces morceaux. Du coup, ces morceaux sont une espèce de tournant sur l’album. Ils sont une sorte de respiration sur ce disque, c’est là que je trouve que nous proposons ce que le groupe pouvait faire de plus différent sur ce deuxième album. Tout le reste est déjà un peu du Atlantis 2.0, c’est-à-dire, des choses que nous avons mieux digérées, sur lesquelles nous avons insufflé un certain nombre de choses voulues, mais là, c’est là où nous avons le plus poussé les choses et en plus, ça correspond au milieu de l’album, là où il y a un grand souffle, là où il se passe quelque chose de très important au niveau de l’histoire, c’est un symbole. C’est vraiment le milieu de l’album, qui crée un tournant, autant au niveau musical qu’au niveau des événements.

Interview réalisée par téléphone le 17 mars 2016 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas.

Page Facebook officielle d’Atlantis Chronicles : Facebook.com/atlantischronicles



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