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Interview   

Dans les profondeurs de Satyricon


« Le progrès fait partie de la constitution de Satyricon. » Celui qui n’a pas compris ça a sans doute eu du mal à suivre les Norvégiens dans l’ensemble de leur carrière, et le nouveau disque, Deep Calleth Upon Deep, si on y reconnait les fondamentaux du duo, s’inscrit dans cette constitution. Que dans les faits ce soit réellement le cas ou pas, cet album a été créé dans une volonté d’en faire un nouveau départ. En résulte une musique émanant des profondeurs de Satyricon, pour atteindre celles de l’auditeur. « Profondeur » est d’ailleurs un terme récurrent dans la bouche du batteur Frost qui a dû, pour l’occasion, se pousser dans des retranchements plus progressifs.

Ainsi, dans l’entretien qui suit, il nous explique comment l’expérience nouvelle de l’improvisation et celle de revisiter le passé en célébrant les 20 ans de Nemesis Divina, classique parmi les classique du black metal norvégien, a pu impacter ce nouvel album et leur état d’esprit. Un état d’esprit toujours aussi libre d’un point de vue créatif, quitte à assumer le rejet des conservateurs voire les polémiques, s’il le faut.

« Nous avons pensé à l’esprit pionnier du vieux rock n’ roll et des vieux groupes de hard rock, mais je pense que nous avons été au-delà de ça et avons essayé de puiser au sein même de l’esprit de la musicalité. »

Radio Metal : Durant la tournée de 2015, vous avez joué quelques bouts de nouvelle musique et jammé sur des parties de chansons en cours de travail, et vous avez dit que vous aviez réservé des moments pour improviser sur scène de manière impulsive, dès que vous en aviez envie. Était-ce une expérience concluante, le fait d’amener cet élément de jam dans vos concerts ?

Frost (batterie) : Je pense que ça a à voir avec ce qu’était Satyricon à l’époque de la tournée et ce qui a toujours caractérisé Satyricon depuis l’album précédent, et ça a probablement beaucoup marqué le résultat final de notre nouvel album. Parce que le fait de jammer et donner plus d’espace pour la créativité a eu un grand impact sur la progression et la dynamique du groupe, ainsi que notre manière de fonctionner, et je pense que ça nous a aidé à vraiment nous développer en tant que musiciens. Dans certaines des expériences que nous avons eues durant ces jams en tournée, il y avait des idées que nous avons conservé et j’imagine que certaines d’entre elles ont fait tout le chemin jusqu’à notre nouvel album. Donc oui, c’était une décision importante mais surtout, c’était une décision naturelle, parce que c’est ainsi que Satyricon s’est mis à fonctionner, être plus ouvert et créatif fait partie de notre modus operandi désormais. Et peut-être que grâce à ça, l’album a globalement plus de profondeur musicale. Nous avons pensé à l’esprit pionnier du vieux rock n’ roll et des vieux groupes de hard rock, mais je pense que nous avons été au-delà de ça et avons essayé de puiser au sein même de l’esprit de la musicalité. Donc c’est tout, vraiment. Je pense que c’est une question de profondeur de l’album, d’être créatif et ouvert aux impulsions et laisser les idées musicales te guider quand elles apparaissent, ça fait partie de la musicalité en tant que telle.

Quelle a été votre relation à l’improvisation au départ ? Ce n’est pas quelque chose qu’on voit souvent chez les groupes de black metal…

Ça a été pour nous comme pour la plupart des autres groupes. Nous n’en avons pas tellement fait et n’y avons pas apporté tellement de considération, et après ce que nous avons vécu avec notre album précédent, ça donnait l’impression comme si, naturellement, l’étape suivante était d’essayer d’être un petit peu plus spontané et d’improviser un peu, ne pas planifier absolument tout ce que nous faisons mais plus ou moins faire confiance en notre instinct musical et ce que nous ressentions sur le moment. Une grande partie de la musique que nous aimons beaucoup est basée sur une créativité spontanée, de l’improvisation et des jams. Même si ce n’est pas très conventionnel pour nous, c’est d’autant plus une raison pour le faire et voir si ça nous apporte quelque chose, et nous avons immédiatement senti que c’était une bonne décision pour nous. Je suis même sûr que ça a renforcé notre lien musical avec Satyr. Ces deux derniers albums, en particuliers, ont accru notre capacité à communiquer musicalement à un niveau plus intuitif, et évidemment, c’est une bonne ressource à avoir pour le groupe. Je pense que ça continuera comme ça à l’avenir.

En 2016, vous avez célébré les 20 ans de l’album Nemesis Divina en jouant l’album en intégralité. Vous avez continué à travailler sur le nouvel album durant tout ce cycle et Satyr a dit qu’il était content que vous ayez fait ça « parce qu’indirectement, il se peut que la tournée de Nemesis ait aidé cet album d’une certaine façon. » Peux-tu développer ce qu’il veut dire ? Comment cette tournée, où vous avez plongé dans le passé, a pu aider votre nouvelle orientation musicale ?

Je pense que ça a donné, dans une certaine mesure, une perspective inattendue sur Satyricon en tant que groupe et notre travail en tant que musiciens. Nous sommes revenus sur nos anciennes musiques et nous avons un peu redécouvert notre propre façon de penser la musique et notre propre façon de travailler avec la musique en 95/96. Il y a plein de morceaux que nous avons redécouverts que nous avions oubliés et nous pouvions puiser dedans, nous pouvions ressentir ce qui nous caractérisait à l’époque, nous pouvions ressentir ce qui parait différent aujourd’hui, tout ça nous a fait réaliser qu’il y avait certaines choses qui étaient une part importante de notre musique il y a vingt ans qui n’avaient plus naturellement leur place en nous. En l’occurrence, nous avons trouvé un peu difficile de réapprendre certaines des anciennes chansons, que nous n’avions pas joué en plus de vingt ans, nous n’arrivions plus vraiment à nous souvenir des chansons et en écoutant l’album, c’était très dur de déterminer exactement ce que jouaient tous les instruments, ce n’était pas assez évident, donc nous avons dû aller chercher les veilles cassettes master et réécouter les pistes isolées et tout. Au final, c’est devenu très clair que nous faisions de la musique très différemment et que nous étions guidés par un mode de pensée très différent.

« Ce que nous avons appris en redécouvrant notre histoire nous a fait réaliser plus clairement où nous en étions aujourd’hui, où nous devrions placer nos ressources et quelle est la véritable nature de ce que nous faisons. »

Par exemple, pour nous, ça devait certainement paraître très important de sans cesse rentrer dans ces thèmes presque comme une transe qui sont répétés encore et encore et encore, alors qu’aujourd’hui, ça semble superflu, d’une certaine façon. C’est une abondance de répétition qui, nous trouvons, n’aide pas du tout la musique à bouger et ça ralentit un peu la progression, c’est un obstacle à la dynamique de la chanson. Mais il y a certains moments où nous avons dû rentrer dans la musique pour comprendre comment nous pensions vraiment à l’époque. Et puis aussi, il s’agissait de trouver exactement comment nous travaillions les choses au niveau des tonalités, quels types de motifs rythmiques nous utilisions et comment nous faisions fonctionner de concert les thèmes de guitare et les rythmes. C’est devenu vraiment une évidence que nous avions énormément voyagé depuis lors musicalement et spirituellement. Et ça nous a un peu fait comprendre que la musique a besoin de mûrir, comme n’importe quel organisme, ou bien elle sera morte. C’était donc ce genre de découvertes que nous avons faites. Le vieux Satyricon avait un autre mode de pensée qui avait des résultats spirituels et atmosphériques, et qui ne fonctionnerait plus pour nous aujourd’hui. Ça nous est apparu plus clairement que nous l’aurions imaginé au préalable. Nous savions que ce serait un peu étrange de plonger dans les vieilles musiques mais c’était presque comme si nous essayions de pénétrer dans l’œuvre de quelqu’un d’autre et comprendre ce qu’il s’y passait. Voilà à quel point c’était différent.

De bien des façons, tout le processus de revenir en arrière et comprendre comment nous faisions les choses par le passé a rendu, à nos yeux, le tableau de ce que nous étions aujourd’hui bien plus clair. Et je pense qu’on peut faire le parallèle avec ce que les gens disent à propos d’apprendre de l’histoire, que de façon à comprendre le présent, il faut comprendre son passé, il faut connaître son histoire et nous avons trouvé que c’était aussi très vrai dans une perspective très particulière et plus courte. Donc ce que nous avons appris en redécouvrant notre histoire nous a fait réaliser plus clairement où nous en étions aujourd’hui, où nous devrions placer nos ressources et quelle est la véritable nature de ce que nous faisons. Et en fait, je pense à Deep Calleth Upon Deep comme quelque chose de très différent de tout ce que nous avons fait auparavant, que ce soit l’album précédent ou quoi que ce soit avant ça. Mais c’est assez marrant parce que lorsque nous avons joué la musique à des collègues et amis qui connaissent très bien l’histoire de Satyricon et ont suivi le groupe, la plupart d’entre eux sont eux-mêmes musiciens, ils ont fait remarqué que « wow, tout d’un coup j’entends des choses qui me procurent un sentiment similaire aux premiers Satyricon, ce qu’on n’avait pas entendu de votre part depuis de très nombreuses années. » Et évidemment, ils comprennent que c’est vraiment très différent de nos premières œuvres mais ils disent y retrouver un peu le même feeling. Donc je ne sais pas trop quoi en penser exactement mais…

Satyr qualifie cet album de « jour un d’un nouveau chapitre » et que ceci est « soit le début de quelque chose ou alors ce sera [son] dernier album. […] S’il doit y avoir d’autres albums, alors autant s’assurer que […] ça donne le sentiment d’être un nouveau départ. » Pourquoi a-t-il ressenti ça ?

Surtout sur la dernière partie de notre travail sur la musique de l’album, il est devenu évident que c’était complètement autre chose. Le progrès fait partie de la constitution de Satyricon, ça ne fait aucun doute. Nous avons toujours essayé d’avancer vite et faire de grands pas avec chaque album que nous faisons. Mais je suppose que nous avons fait d’encore plus grands pas cette fois-ci que nous ne l’avons fait depuis longtemps. L’album ne donne pas vraiment l’impression d’être un développement ou une évolution naturelle, il se tient de lui-même à la périphérie. C’est quelque chose à part. Un peu comme Rebel Extravaganza qui est sorti il y a un moment, qui est la référence la plus proche à laquelle je peux penser là tout de suite. Mais aussi, d’une manière particulière, notre album précédent était peut-être un peu précurseur de Deep Calleth Upon Deep, car c’était le premier album à posséder une bonne dynamique. Il a vraiment des hauts et des bas, il y a des thèmes qui sont très, très intenses et agressifs et il y a d’autres thèmes qui sont bien plus relax et joués subtilement, qui paraissent plus calmes et plus doux. C’est un album qui avait apporté quelque chose de très neuf dans le paysage musical de Satyricon, mais il est clair qu’il y a beaucoup plus de choses dans Deep Calleth Upon Deep.

« Un genre musical qui est bourré de conventions, de normes et de conservateurs n’a aucune valeur à mes yeux ou pour Satyricon. »

On peut entendre des couleurs supplémentaires avec l’Orchestre Philharmonique d’Oslo, un saxophoniste, un ténor d’opéra. Comment avez-vous décidé d’ajouter ces éléments ?

C’est un peu difficile à expliquer parce que ça a impliqué plein de processus différents. Satyr et moi avons découvert Håkon Kornstad à un événement spécial où il se produisait, c’est à l’origine un saxophoniste, très bon d’ailleurs, mais pour une raison ou une autre, il est presque devenu obsédé par la voix humaine et ses possibilités, donc il a décidé de se former pour devenir chanteur d’opéra dans une académie à New York, et il est devenu un chanteur fantastique avec un timbre unique et une expression émouvante. A cet évènement dont je parlais, Satyr et moi l’avons vu se produire, en tant que ténor et en tant que saxophoniste, et il nous a énormément marqué tous les deux et nous avons parlé d’à quel point ce serait fantastique d’intégrer ça dans Satyricon, parce que nous pourrions en faire quelque chose de génial. Nous l’avons contacté et lui avons demandé s’il serait d’accord, et en fait ça l’a intéressé. Ensuite nous lui avons donné des versions démos des chansons que nous avions faites, et il a commencé à faire des arrangements librement à partir de celles-ci et ce qu’elles lui inspiraient. Et ces arrangements que nous avons mis dans l’album, Satyr en a guidé quelques-uns mais la plupart étaient le résultat de l’interaction entre Satyricon et lui, tandis que d’autres thèmes ont été écrits par un compositeur avec lequel nous avons travaillé sur les concerts d’opéra. C’était grosso-modo pareil : nous avons fourni les versions démos des chansons à ce compositeur et nous lui avons donné carte blanche : « A ton avis, que peut-on faire ici ? Est-ce qu’on devrait intégrer peut-être une section de cuivres ou est-ce que ce devrait être des bois ? » Et dès qu’il venait avec des idées, nous les évaluions et nous lui donnions nos impressions, disant « on aime bien cette idée, mais pas celle-là, etc. » Donc nous communiquions et au final nous avions plein de très bons arrangements qui donnaient une profondeur supplémentaire aux chansons originales, et à quelques occasions, nous avons donné plus d’espaces à ces arrangements pour qu’ils ressortent davantage et brillent.

La plupart de ces arrangements sont en fait très subtils. Était-ce important qu’ils ne prennent pas le pas sur la musique et qu’ils soient juste là pour ajouter de la texture ?

Ouais, en grande partie parce que, simplement, c’était ce qui paraissait être la bonne chose à faire. Ça n’aurait pas été un problème de donner plus d’espace à des arrangements additionnels mais là, ça semblait bien de seulement ajouter un peu de texture et de profondeur, parce que dans la plupart des cas, les chansons étaient déjà si limpides et fortes en elles-mêmes que nous ne voulions pas gâcher le feeling ou la fluidité de ces chansons. Donc il y a certains de ces arrangements qui viennent au-devant seulement dans quelques cas. Ceci dit, je peux aussi te dire qu’on s’en rendrait vraiment compte s’ils n’étaient pas là. On ne les entend pas vraiment, surtout les premières fois qu’on écoute les chansons, mais si on les retirait, on remarquerait quand même une importante différence.

Cet album contient de nombreux structures progressives et changements de rythmes, comme dans la chanson éponyme ou dans « Dissonance ». Quelle est votre relation aux musiques progressives ?

Satyr et moi écoutons de la musique progressive et ce depuis que nous sommes adolescents. Nous apprécions tous les deux certains des groupes progressifs de la fin des années 60 et début 70, nous aimons aussi certains groupes progressifs plus modernes, et nous voulions nous-même vraiment apporter cette sensation de dynamique et de mouvement, tout en conservant ce côté épique. C’est quelque chose qui nous parle vraiment, le fait d’avoir de l’ampleur dans la musique et autant de dynamique, avec plein de choses qui se passe. Bref, ça rend la musique vivante et palpitante. Avec un album comme Deep Calleth Upon Deep, ça paraissait bien que plein de choses s’y passe mais de façon subtile. Donc je suppose que les éléments progressifs étaient la bonne chose à amener là-dedans. Et aussi, ce qu’il se passe musicalement, c’est autant exigeant que gratifiant à jouer. Il est certain que ça offrira des défis pour un batteur comme moi qui n’a jusqu’à présent peut-être pas tant que ça montré une manière de pensée progressive dans le jeu. Donc j’ai le sentiment que le fait de travailler sur cette musique m’a pas mal aidé à me développer en tant que musicien, découvrir plein de nouvelles solutions et éléments avec lesquels il est passionnant de travailler. Et aussi, jouer une telle musique te laisse une bonne marge de manœuvre pour ajouter ta patte et personnalité dans le jeu, ce qui est super quel que soit le musicien, j’imagine.

L’état d’esprit global derrière cet album peut rappeler ce qu’Ihsahn fait aujourd’hui, surtout avec les éléments progressifs et le saxophone. Il y a quelques temps, il nous a dit : « Aujourd’hui, le black metal est devenu un genre comme les autres, traditionnel, défini. C’est exactement l’inverse de ce que je pense. Le black a pour moi toujours représenté la liberté musicale. Maintenant qu’il est codifié à ce point, le black metal n’est plus du black metal à mon sens. » Vous sentez-vous proche de lui et son idée de ce qu’est le black metal à l’origine ?

Ouais, pour ce qui est de ses idées, je pense que c’est exactement ça. Je ne pourrais sans doute pas être plus d’accord, et je sais que Satyr pense la même chose. Je ne suis pas certain de ce qu’Ihsahn fait aujourd’hui. J’ai entendu certaines de ses premières musiques mais c’est bien trop proche à mon goût du heavy metal et du metal extrême complexe. Donc je ne me sens pas du tout proche de ça mais peut-être qu’il fait tout à fait autre chose de nos jours. Mais en parlant d’idées, ouais, c’est exactement ça ! Le black metal est né de la créativité et d’un esprit de pionnier. Il est né via des gens qui osaient aller là où personne n’allait, en combinant le spirituel et le musical, peut-être en étant un peu avant-gardiste ou plus extrême que qui que ce soit avant eux, ou peu importe. Un genre musical qui est bourré de conventions, de normes et de conservateurs n’a aucune valeur à mes yeux ou pour Satyricon. Satyricon est aussi un groupe qui est né de la créativité et a été guidé par la créativité, et le sera toujours. Nous ne sommes pas un groupe qui se soucie des formules ou des conventions, ce n’est pas notre monde. Et je pense que quiconque fait ça mérite au moins du respect parce que ça demande beaucoup. Mais je vois que dans les faits, il y a probablement plein de gens qui nous respectent pour ça et plein d’autres qui nous détestent pour ça. Donc voilà comment ça fonctionne dans ce genre, je suppose [petits rires]. Certaines personnes seront récompensées pour être conservatrices et d’autres peuvent ne pas être récompensées pour être progressistes. Somme toute, c’est un genre très conservateur mais, au moins, nous voulons faire notre part du boulot pour contribuer à le rendre plus progressif, parce que nous pensons que c’est ce qui va le maintenir en vie sur le long terme.

« J’ai toujours l’impression que nous exprimons de la colère aujourd’hui, nous le faisons même avec encore plus de profondeur et de fureur qu’à l’époque, [et] nous le faisons avec plus de sens et de sérieux. »

Même si ça reste intense, il y a moins d’accent sur l’agressivité et la violence dans Satyricon aujourd’hui. Est-ce que ça veut dire que vous avez perdu un peu de votre colère au fil des années ?

Nan… J’ai même parfois l’impression que c’est l’inverse ! C’est simplement que nous avons une palette musicale plus riche. Peut-être fut un temps où la colère, l’intensité et l’obscurité était tout ce que nous pouvions faire et tout ce à quoi on pouvait s’attendre musicalement [petits rires], alors que désormais, notre palette est plus riche. Ceci dit, j’ai toujours l’impression que nous exprimons de la colère aujourd’hui, nous le faisons même avec encore plus de profondeur et de fureur qu’à l’époque. Nous le faisons avec plus de force que nous n’en étions capables lorsque nous étions plus jeunes. Je pense que ça reflète aussi ce qui est en nous en tant que personnes. Nous portons encore une grande partie de ces sentiments et émotions que nous avions en nous et que nous exprimions lorsque nous étions plus jeunes, mais je suppose que nous avons mûri et nous y avons ajouté pas mal de choses. Tout ça pour dire que nous le faisons avec plus de sens et de sérieux qu’auparavant. Selon moi, ça rend la musique bien meilleure et bien plus convaincante.

Le titre de l’album, Deep Calleth Upon Deep, vient d’une phrase du psaume 42:7 de la Bible. C’est assez inhabituel de la part d’un groupe de black metal norvégien de faire référence à la Bible ainsi. Qu’est-ce que représente cette phrase pour Satyricon ?

Je pense que le titre résume simplement l’album et ce qui le caractérise. Ça renvoie à une strate très, très profonde de l’être humain, aux énergies et vibrations liées à cette profondeur et c’est communiqué aux profondeurs de l’auditeur. C’est vraiment ça. C’est la profondeur en nous en tant que musiciens qui parle à la profondeur des auditeurs de cet album de Satyricon. C’est important d’en faire un élément charnière, et en conséquence, nous voulions en faire le titre, parce que c’est en gros ainsi que l’album doit être compris et perçu et ainsi qu’il doit être interprété. Mais il n’y a aucune sorte de provocation envers la Bible ou quoi que ce soit, ce n’est qu’une phrase qui résume l’album. Satyricon, lorsque nous avons vu la phrase, sans vraiment l’analyser ou l’évaluer ou penser à quoi que ce soit, nous avons simplement réalisé que c’était le titre, juste là. S’interroger dessus ou essayer de comprendre le pourquoi du comment, c’est plus ou moins inutile. Mais je comprends. Lorsque j’ai considéré le titre, je trouvais que c’était parfait pour cet album, peu importe d’où ça vient ou où c’est cité, en ce sens, ça dépasse certainement les contextes.

L’illustration est un obscur dessin datant de 1898 par l’artiste norvégien Edvard Munch. C’est très différent de ce qu’on a vu de votre part par le passé et même chez d’autres groupes…

Ouais, c’est un autre exemple de quelque chose qui s’est présenté tout seul et semblait absolument parfait dans ce but. C’est un dessin qui, d’une certaine façon, contient la nature-même de l’album, simplement sous une forme artistique différente. Ce que la musique contient en tant que forme d’art est également à peu près ce que ce dessin contient. C’est très subtil, il y a une énorme profondeur, ça parle à la strate la plus profonde de ton être et ça provient d’un état d’esprit très, très particulier que l’artiste avait pendant que l’œuvre était réalisée. Et c’est exactement ce qu’on ressent également dans notre album. Donc en ce sens, ils semblent presque parallèles. Le tableau et la musique se reflètent l’un dans l’autre ou se parlent l’un à l’autre, si tu veux. Et en conséquence ça paraît très approprié. On dirait que l’artwork est en train de créer un peu un débat parmi les fans [petits rires] et c’est ainsi, en gros, que toutes les images de Munch étaient perçues en leur temps, lorsqu’elles ont été faites il y a environ cent ans, elles avaient tendance à créer des polémiques et diviser les opinions. Mais c’est bien. Je pense que ça montre qu’il y a une certaine puissance dans cette image, et c’est à peu près pareil pour l’album.

A un moment donné, il était question d’un album de reprises. Quel est le statut de ce projet ?

C’est encore d’actualité ! Mais lorsque nous avons commencé à travailler sur l’album de reprises, un peu après la fin du cycle de tournée de l’album précédent, peut-être plus que tout, nous cherchions de l’inspiration, un moyen de relancer la machine et sans doute d’entrer dans un nouveau processus en apprenant quelque chose de nouveau et en faisant autre chose. Et ensuite nous avons travaillé là-dessus pendant un moment mais à côté, nous nous sommes retrouvés avec pas mal de musique à nous et avons été de plus en plus inspiré pour faire ça. Et un jour, nous avons décidé que maintenant, nous avions beaucoup de nouvelle musique et nous devions commencer à nous concentrer là-dessus à la place, et que nous travaillerions sur l’album de reprises plus tard, car notre inspiration est venue plus rapidement que prévue ; tant mieux ! Donc je pense que viendra un jour où nous nous remettrons sur ce projet. A savoir si ça arrivera la semaine prochaine ou dans quelques mois ou l’année prochaine, je ne peux pas le dire. Mais nous allons à nouveau nous y remettre. Je crois que nous nous sommes déjà fixés sur la moitié des chansons qui seront sur cet album et il faut encore que nous déterminions l’autre moitié.

Interview réalisée par téléphone le 20 juillet 2017 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Satyricon : www.satyricon.no.

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