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Chronique   

Protest The Hero – Palimpsest


En à peine plus de quinze ans, les Canadiens de Protest The Hero ont su se faire une place au sein de la scène metal progressive sans pour autant phagocyter toute l’attention, loin de là. L’EP Search For The Truth (2002) avait le mérite d’intriguer et de faire constater que la formation avait la capacité d’introduire des articulations complexes dans un ensemble proche du hardcore et du punk. Plus récemment, le succès du crowfunding de l’album Volition (2013) et les abonnements vendus pour profiter de la sortie de l’EP Pacific Myth prouvaient que Protest The Hero peut compter sur une audience solide. Le quatuor est pourtant loin de vivre une ascension fulgurante. Sa trajectoire est une progression stable et prudente, concentrée avant tout sur la qualité de la musique plus que sur sa réception. Palimpsest, leur cinquième opus, devrait tout de même accélérer les choses.

Palimpsest a pourtant failli ne pas voir le jour en dépit du soutien de Spinefarm Records. Le chanteur de Protest The Hero, Rody Walker, aurait pu jeter l’éponge en raison de problèmes vocaux. Et ce sans compter l’arrivée de son premier enfant qui a nécessité la construction d’un studio dans son sous-sol pour ne pas laisser sa compagne seule. Palimpsest a donc été le résultat d’un travail acharné dont la seule existence est due à la faculté de résilience de Protest The Hero. Les premières notes de « Migrant Mother » permettent de deviner l’ampleur du travail accompli : Protest The Hero s’est échiné à proposer des arrangements grandeur nature. Des grandes orchestrations de clavier accompagnent un riffing à la dextérité de YouTuber geek de guitare (sauf qu’ici cette dextérité est mise au profit de vraies chansons). Le timbre de Rody Walker est unique en son genre avec plusieurs tessitures et une polyvalence dans le registre aigu. Ce sens de la mélodie intégré dans des structures complexes s’inscrit dans la lignée d’un Coheed And Cambria ou d’un Fair To Midland. Si Protest The Hero propose une musique bien plus alambiquée, à l’image du riffing labyrinthique qui introduit « The Canary », le groupe parvient toujours à retomber sur un refrain catchy, voire aux accents cheesy (on pense parfois à l’ère Three Cheers For Sweet Revenge (2004) de My Chemical Romance). Il faut toutefois s’accrocher car Protest The Hero préfère avancer à toute allure et enchaîner les plans à la vitesse de l’éclair. Luke Hoskin et Tim Millar apprécient le « tricotage », calquant leurs phrasés ou jouant avec les lignes de chant audacieuses de Rody : « From The Sky » est un exemple de synergie entre la guitare et la voix.

L’extrême densité de Palimpsest est à double tranchant. Difficile de ne pas s’essouffler si l’on décide de parcourir l’album d’une seule traite. Les interludes de piano et orchestraux « Harborside », « Mountainside » et « Hillside » sont plus que bienvenus. Ce sont de véritables havres de paix, juste ce qu’il faut pour reprendre notre souffle. Ce dernier se montre pourtant toujours trop court : il faut être en excellente forme pour suivre les leads survitaminés de « Gardenias », ses constructions mélodiques sophistiquées entre basse et guitares et son chant à la limite de l’égosillement. Les rythmiques de « Soliloquy » adoptent la dextérité (et quelques vocalises) d’un death technique aux breaks abrupts, créant un décalage avec le final symphonique plus relâché et grandiloquent de la chanson (une dimension symphonique avec laquelle le groupe joue beaucoup dans le disque, comme sur « Reverie », sans pour autant prendre le pas). Même les élans a priori plus contenus de « All Hands » ne tardent pas à proposer des guitares tentaculaires. Si Protest The Hero s’est éreinté en enregistrant Palimpsest, il sait comment le faire savoir. Pourtant, le faste de Palimpsest joue aussi grandement en sa faveur. Toutes ses articulations techniques et ses compositions aux mouvements infinis permettent de faire ressortir les éclats de songwriting : Palimpsest a paradoxalement un côté extrêmement accessible. Ses chemins tortueux valent toujours la peine d’être parcourus, sous peine de se priver d’une qualité de refrains plus que louable (« The Canary » met très vite la puce à l’oreille quant à ce sujet, tandis que « Rivet » termine carrément en apothéose). Protest The Hero se montre exaltant très vite, ce qui légitimerait presque sa générosité excessive.

Palimpsest réussit à se montrer à la fois technique et physique en sachant parfaitement mettre en avant l’acuité mélodique de ses musiciens. Ces derniers savent très bien que derrière la déferlante qu’ils proposent, l’accroche doit l’emporter. C’est sur ce plan que Protest The Hero brille : il arrive à maintenir sans cesse notre attention et à provoquer une certaine addiction par ce qu’il faut d’arrangements « grand public ».

Clip vidéo de la chanson « The Canary » :

Album Palimpsest, sortie le 19 juin 2020 via Spinefarm Records. Disponible à l’achat ici



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