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Interview   

Protest The Hero : une question de volonté


Avant même sa sortie, ce nouvel album de Protest The Hero, Volition, est une vraie success story. Par la simple passion et générosité des fans, le groupe a presque explosé tous les records sur la plateforme de financement participatif Indiegogo. Protest The Hero se hisse en effet à la seconde place des plus importantes campagnes de la plateforme, récoltant en à peine vingt heures l’objectif initial de 125 000 dollars, et remportant au bout du compte 341 000 dollars. Et ce succès, en soi, est une petite révolution, un espoir immense pour les groupes qui veulent se libérer du joug des maisons de disques et des labels. Selon le chanteur Rody Walker que nous avons interrogé, « ça fait des lustres que l’artiste se fait pigeonné par les labels » et « ça fait donc plaisir d’enfin pouvoir renverser les rôles et avoir le pouvoir ». Protest The Hero a pu se présenter aux labels en possédant à la fois la musique et l’argent, renversant complètement le rapport de force. Un mode de pensée nouveau qui commence à prendre forme et se faire une place dans les esprits comme une alternative viable, réduisant au strict minimum les intermédiaires entre le groupe et les fans qui deviennent eux-même acteurs, en amont, du processus. Ce ne serait plus aux labels de déterminer, via des directeurs artistiques et des marketeurs, quel artiste a du potentiel et sur lequel il faut miser, mais au public lui-même.

Alors, certes, le procédé a ses réticents et détracteurs, et Walker leur répond dans l’entretien qui suit, mais c’est pour ainsi dire le lot de toute pratique innovante. En tout cas, pour Protest The Hero, le résultat est là avec un Volition de haut niveau et une perspective de bond en avant pour le groupe tel que l’ancienne industrie du disque ne le permet plus. D’ailleurs, Volition, le titre, n’est pas anodin : il symbolise toute la volonté constructive – du groupe comme des fans – qui a entouré la conception de ce quatrième album.

« Lorsque nous avons fait Scurrilous, je n’ai pas du tout crié dessus. Et ensuite nous avons été sur la route et j’ai trouvé ça un peu chiant ! (Rires) »

Radio Metal : On dirait que Scurrilous a fait passer un palier musical au groupe, dans la mesure où, tout en conservant les caractéristiques du groupe, il proposait des chansons qui paraissaient plus matures et faciles à digérer. Vois-tu aujourd’hui cet album comme une étape importante pour le groupe ?

Rody Walker (chant) : Absolument, je pense que c’est un pas de plus vers l’écriture de chansons. Dans le passé, lorsque nous composions des albums, il était plus question d’être aussi fou et technique que possible. Désormais, même s’il y a toujours un sens musical technique, nous nous concentrons davantage sur la composition en tant que telle et le fait d’écrire une bonne chanson, et non une chanson folle.

Est-ce que cela signifie que le fait d’écrire une chanson est quelque chose qu’il vous est arrivé d’oublier par le passé ?

Ouais (petit rires), c’est effectivement arrivé. Lorsque nous écrivions pour les premiers albums, ce sur quoi nous concentrions c’était écrire parties après parties et connecter ces parties entre elles. Nous étions plus un groupe de parties qu’un groupe de chansons ! Je suis toujours très fier de ces trucs, mais c’était une écriture un peu juvénile, à mon avis. Et je pense que nous avons dépassé ça.

Il semblerait que Volition reprend les choses où le groupe les a laissées avec Scurrilous, poussant les choses plus loin et en exploitant encore mieux les divers éléments qui le caractérisait. Est-ce que Volition a été pensé comme une extension de Scurrilous, d’une certaine manière ?

Je ne pense pas que ce soit une extension de Scurrilous. Je pense que c’est un peu différent. Avec tout ce que nous avons toujours fait, nous avons, pour ainsi dire, toujours gardé le même cap. Comme nous aimons le dire : nous avons toujours essayé d’écrire cette chanson que nous entendons dans nos têtes. C’est toujours la même chanson. Et tant que nous ne l’avons pas achevée, nous continuerons à essayer.

Volition est plus varié au niveau du chant. Est-ce quelque chose que vous avez essayé de développer ?

Tu sais, lorsque nous avons fait Scurrilous, je n’ai pas du tout crié dessus. Et ensuite nous avons été sur la route et j’ai trouvé ça un peu chiant ! (Rires) Donc, lorsque nous avons fait ce nouvel album, je suppose que j’avais vraiment envie de crier. Je le regrette un peu, car le fait de crier est quelque chose qui fatigue très vite ma voix. Mais c’est ainsi…

Le dessin sur la pochette de l’album est plutôt étrange, elle montre des vautours avec une lentille sur un œil : qu’est ce que ça symbolise ?

Ça symbolise essentiellement les médias. Certaines des chansons sur l’album ont été écrites en ayant la justice sociale en tête, ou son manque, et les médias jouent un rôle énorme là-dedans. Ils ont un œil sur tout et ils choisissent les sujets, et ce qu’ils choisissent de calomnier ou glorifier influence l’esprit et l’opinion des gens. Je trouve ça un peu effrayant, parfois, à quel point la fréquente influence des médias peut-être horrible et corporatiste.

A propos des critiques sur le financement participatif : « Qu’un groupe arrive et dise des conneries pareilles, ça m’irrite vraiment. J’ai envie de leur dire : ‘N’est-tu pas là dehors, chaque jour, à te faire baiser par les labels ?' »

Le nom de l’album est Volition ; est-ce que cela symbolise l’esprit positif du groupe ?

Ouais, absolument ! Je veux dire, le titre se rapporte à tout sur l’album. C’est tout une question de conscience, de prise de décision et de mettre en question les prises de décision. Une part est faite de manière très positive ; une autre part est faite de manière très négative. Il y a des revirements avec des hauts et des bas mais ça se rapporte largement à chaque chanson et parole dans l’album.

Avec la campagne de financement participative réalisée via Indiegogo vous avez atteint votre but initial de 125 000 dollars en seulement vingt heures. C’était un tel succès d’ailleurs que vous avez au final presque triplé votre objectif en récoltant plus de 340 000 dollars. Quels sont tes sentiments sur cette expérience ? Comment le groupe a traversé ça et comment expliquer ce succès ?

C’était tellement étrange. Nous avions fait une réunion le jour précédent, nous avons lancé la campagne Indiegogo et nous nous sommes dit : « On pourrait se faire cent balles avec ça. » Peu importe ce que nous récolterions, il fallait que nous trouvions un moyen de faire cet album. Nous ne nous attendions certainement pas à ce que ça explose comme ça l’a fait. Nous avons passé la première nuit simplement assis en face de notre ordinateur, à rafraîchir les pages et regarder le chiffre croître. C’était remarquable. Nous sommes à jamais redevable envers nos fans pour avoir fait ce qu’ils ont fait. C’est tout, vraiment. Je ne peux pas vraiment exprimer à quel point je suis reconnaissant.

C’est beaucoup d’argent, plus que ce que la plupart des groupes dépensent pour enregistrer un album. Pourquoi aviez-vous besoin de tant d’argent ?

C’était sur la base du budget dépensé pour Scurrilous. Les 125 000, ce n’est en fait pas tant d’argent que ça pour enregistrer. Tu sais, je vois des gens sur Internet qui disent : « Oh, je peux enregistrer un album dans mon sous-sol gratuitement ! » Sauf que tu n’es pas un groupe international professionnel qui tourne ! Je sais qu’il y a des moyens moins chers pour enregistrer des albums, mais nous voulions vraiment le faire dans un gros studio. Nous nous disions que ce pourrait être notre dernier album, alors nous avons donné tout ce que nous avions. Et l’argent supplémentaire nous a clairement permis de couvrir quelques extras, comme des clips vidéos et autres conneries dans le genre.

Est-ce important pour vous de prendre votre indépendance vis-à-vis des maisons de disques et labels ? J’imagine que ça inverse le rapport de force avec les labels, dans la mesure où vous avez désormais la musique ET l’argent…

Ouais, je pense que c’est très important. La seule chose pour laquelle nous avons besoin des labels c’est pour la distribution. Ça fait des lustres que l’artiste se fait pigeonner par les labels. C’est comme tout : le commerce et l’art ne se mélangent pas très bien. Les gens qui sont impliqués dans l’aspect artistique se font toujours baisés et ceux qui sont impliqués dans le commerce sont toujours ceux qui baisent. Ça fait donc plaisir d’enfin pouvoir renverser les rôles et avoir le pouvoir. Pour notre première rencontre avec un label, après avoir fait l’album, nous sommes arrivés et nous avons dit : « Nous voulons un album, tous les droits digitaux, aucune option, nous ne voulons qu’une distribution. » Les mecs nous ont regardé et ont dit : « C’est impossible. Ça n’existe pas. » Nous avons dit : « Très bien, merci pour le putain de repas. » Et ensuite il est revenu vers nous une semaine plus tard et a dit : « Voici votre contrat avec tout ce que vous voulez. » Et nous avons dit : « Bien. » (Rires) C’est comme si nous avions repris le pouvoir des mains de ces putains de labels qui ont profité de nous pendant si longtemps. Ça fait un bien fou !

« Comme si c’était cool d’être un geek. Mais la vérité est que les vrais geeks n’ont absolument rien de cool et ils ne le seront jamais. (Rires) »

Il y a des gens qui critiquent les systèmes de financement participatif, car ils voient ça péjorativement comme de la mendicité. Que répondrais-tu à ces critiques ?

Je ne sais pas. Je suppose que, jusqu’à un certain point, je comprends ce point de vue. Je ne comprends pas quand les groupes disent des trucs comme ça, car lorsque les jeunes disent ça, je me dis : « OK, très bien. C’est simplement que tu ne sais pas ou ne comprends pas comment l’industrie fonctionne. Donc, ce n’est pas grave. » Mais qu’un groupe arrive et dise des conneries pareilles, ça m’irrite vraiment. J’ai envie de leur dire : « N’est-tu pas là dehors, chaque jour, à te faire baiser par les labels ? Cet argent devrait de toute façon te revenir ! Ces gens sont ceux qui achètent tes albums mais au bout du compte cet argent revient au label ! » Je ne sais pas. Il y a beaucoup d’avis sur ce sujet. Et parfois il est vraiment difficile de débattre avec les gens, et tu aimerais argumenter contre tout ceux qui disent de la putain de merde, mais tu ne peux pas. J’ai essayé plusieurs fois de raisonner quelques personnes, mais des fois il n’y a tout bonnement aucun argument, c’est juste stupide.

Le batteur Moe Carlson a quitté le groupe et Chris Adler de Lamb Of God a enregistré les batteries pour l’album. Qu’est-ce qui vous a décidé à choisir Chris Adler pour les sessions d’enregistrement ?

Nous savions que Chris ne serait pas en tournée à cette époque à cause d’un malheureux incident chez Lamb Of God. Et aussi, nous partageons notre management avec eux et nous le connaissons depuis un certain nombre d’années. Il est venu à quelques concerts et a dit qu’il aimait vraiment notre deuxième album. Nous nous sommes assis pour parler de qui ferait l’album et, aussitôt que son nom est venu, nous n’avons plus pensé à qui que ce soit d’autre. Nous l’avons donc appelé, demandé s’il le ferait et il a dit qu’il serait ravi, et le reste appartient à l’histoire.

Comment se sont passées les sessions d’enregistrement avec Chris Adler, dans la mesure où Lamb Of God n’est pas aussi technique que peut l’être Protest The Hero ? Est-ce qu’il bénéficiait d’un peu de liberté dans les parties de batterie ou lui avez-vous imposé ce qu’il devait jouer ?

Il y a clairement mis sa sensibilité. Mais il avait beaucoup à apprendre. Il devait apprendre onze chansons en seulement quelques courtes semaines. Il y a mis son style, pour sûr, mais pour la majeure partie, je pense qu’il n’a vraiment fait qu’apprendre les chansons. (Rires) Mais c’est un travailleur vraiment acharné. Il a utilisé la salle de répétition sept jours par semaine pendant, je crois, trois semaines. Il y était douze heures par jour. Et ensuite il a été dans le studio, douze heures par jour, sept jours par semaine. Et je crois qu’il en avait terminé au bout de, je ne sais pas, deux semaines.

Il a été annoncé hier que Mike Leradi était le nouveau batteur du groupe. A quel point était-ce difficile de trouver un nouveau batteur ?

Ouais, c’était très difficile. Et c’est marrant car je suis certain que tous les groupes fantasment sur le fait de virer des membres et nous fantasmons sur le fait virer tout le monde à un moment donné. Mais nous pensions que ce serait facile, genre : « Nous prendrons ce mec ou ce mec. » Nous avons contacté quelques gars et ils disaient « Non ! » Et ensuite nous avons contacté quelques autres gars et ils ne faisaient pas l’affaire. C’était vraiment dur de trouver un batteur ! Mike est un bon ami depuis longtemps et nous avons parlé du fait que ce serait idéal de l’avoir dans le groupe. Mais il était occupé, il était dans The Kindred, et nous ne voulions pas faire de mauvais coup à qui que ce soit. Mais ensuite Luke (Hoskin) et Mike se sont parlés un jour, Luke lui a demandé s’il nous dépannerait pendant un temps et il lui a confessé son intérêt de rejoindre le groupe. Nous avons donc dit : « Si tu veux le poste, alors il est à toi. »

« Notre musique est si foutrement sérieuse mais, tu sais, nous ne sommes pas des gens très sérieux ! […] Nous ne sommes qu’une bande de gamins canadiens imbéciles ! »

Est-ce que ce ne sera pas un peu frustrant pour Mike de promouvoir un album qu’il n’a pas enregistré ou sur lequel il n’a pas du tout pris part ?

Ouais, probablement. En fait, il m’a dit à quelques reprises qu’il était un peu inquiet de certaines critiques qui pourront être faites. Lorsque tu lis certains des commentaires sur Facebook ou ailleurs, les gens n’arrêtent pas de critiquer Chris Adler parce qu’il ne sonne pas comme Moe ! Et je pense que les gens critiqueront Mike pour le moindre petit détail qui ne leur iront pas. (Rires)

Vous avez réalisé un clip vidéo très marrant pour la chanson « Clarity » où on voit des gens déguisés en personnages de Star Wars et Star Trek qui se battent les uns contre les autres, et ensuite des personnages d’heroic-fantasy débarquent dans la bataille… On dirait une vidéo marrante destinée aux geeks. Vous considérez-vous comme des geeks ?

Je ne sais pas si je considérerais quiconque dans le groupe comme étant vraiment un geek. Car pour être un geek, il faut, à un certain niveau, être un loser. Mais nous aimons vraiment la culture geek, tu sais, Star Trek et le metal progressif. (Rires) La science-fiction et le metal progressif semblent vraiment bien aller ensemble. Nous voulions en quelque sorte saluer les véritables geeks et les véritables nerds du monde qui s’impliquent, jouent aux jeux de rôle et les conneries de ce genre. Car, de nos jours, les gens regardent The Big Bang Theory, se procurent une paire de lunettes à monture épaisse et disent : « Oh, je suis trop un geek, je suis un vrai nerd », c’est comme si c’était cool d’être un geek. Mais la vérité est que les vrais geeks n’ont absolument rien de cool et ils ne le seront jamais. (Rires)

Il y a cette expression que connaissent les geeks fans de Star Wars : « Han Shot First ». Et on entend aussi la phrase « I don’t care who shot first » dans la chanson, est-ce le lien entre la vidéo et la chanson ?

Absolument ! C’est exactement ce que je disais. (Rires)

Est-ce donc pour cette raison que Han Solo est celui qui mène l’assaut dans la vidéo ?

Je crois bien oui. Nous n’avons pas eu beaucoup à faire pour cette vidéo. Je leur ai envoyé le concept que j’ai imaginé, et c’est au final ce qu’ils ont fait. Dix jours plus tard, ils m’ont envoyé cette vidéo et je me suis dit « Oh mon dieu ! » Je pensais que ça allait être animé ou quelque chose comme ça. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Il sont partis à Salt Lake City et ils ont filmé ça. Je n’en sais pas tellement plus à propos des acteurs ou des thèmes mis en avant.

Il est connu que les personnages qui portent des maillots rouges dans Star Trek sont ceux qui se font tuer. Donc comment cela se fait-il que l’on voit encore des personnages de Star Trek avec un maillot rouge à la fin de la vidéo ?

(Rires) C’est une bonne question ! Mais les maillots rouges représentent les officiers de communication, comme le lieutenant Uhura. Il y a donc, en fait, des maillots rouges qui étaient des personnages qui restaient en vie tout le long de la série.

Vous avez réalisé un certain nombre de clips marrants, que ce soit celui pour « Limb From Limb » ou « Hair-Trigger », ou même celui que vous avez fait lorsque votre van est tombé en panne en allant à Salt Lake City et pour lequel vous avez reçu un Golden Gods Award… Est-ce que l’humour est pour vous une façon d’alléger votre musique qui peut parfois être très complexe et difficile d’accès ?

Ouais, absolument ! Je veux dire, notre musique est si foutrement sérieuse mais, tu sais, nous ne sommes pas des gens très sérieux ! C’est donc pour nous une manière de montrer cette dualité dans notre personnalité. Nous ne sommes qu’une bande de gamins canadiens imbéciles ! Nous voulons nous amuser mais en même temps, nous écrivons en quelque sorte cette musique thrash et heavy. Ça ne sonne pas très drôle ! Tu vois ? (Rires) Nous injectons donc de la comédie dans les clips vidéo.

Interview réalisée par téléphone le 11 octobre 2013 par Amphisbaena.
Fiche de questions : Spaceman.
Traduction et retranscription : Spaceman.
Introduction : Spaceman .

Site internet officiel de Protest The Hero : www.protestthehero.ca

Album Volition, sorti le 29 octobre 2013 via Spinefarm Records.



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