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Interview   

La psychologie artistique de John Baizley


On peut difficilement faire artiste plus complet que John Baizley. Alliant musique et visuel, officiant en tant que chanteur, guitariste, compositeur mais aussi artiste peintre, il offre à Baroness un univers artistique prodigieusement détaillé, cohérent et personnel. Il suffit de voir même ses créations pour d’autres groupes : les pochettes d’album réalisées par John Baizley sont immédiatement reconnaissables et fascinent par leurs couleurs et leurs agencements complexes, énigmatiques, parfois dérangeants, de formes féminines, florales et animales. Sa dernière oeuvre en date, l’illustration de l’album Gold & Grey de Baroness en est l’un des exemples les plus saisissants.

C’est d’ailleurs à l’occasion de nos échanges sur ce dernier que nous avons pris le temps pour mettre (un peu) de côté la musique et en apprendre plus sur John Baizley l’artiste peintre. Dans l’entretien qui suit, ce dernier nous parle de son style et de son rapport aux groupes pour lesquels il travaille, nous donnant des pistes pour mieux appréhender ses peintures et leur lien avec la musique.

« Je regarde la pochette d’album que j’ai faite et il y a une quantité incroyable de détails, alors que la plupart du temps j’essaye d’éviter de faire ça. […] Peu importe à quel point j’essaye de contrôler, simplifier et être efficace, je me retrouve toujours avec cette densité névrosée et chaotique. »

Radio Metal : Etant musicien et artiste visuel, vois-tu des couleurs et des formes dans ta tête quand tu fais de la musique, et vice versa ? Comment les deux, la musique et le visuel, interagissent dans ta tête ?

John Baizley : Pour moi, les deux sont la même chose. L’idée de créer quelque chose est le point de départ, c’est le stimulus important. J’ai la capacité de faire de l’art visuel et j’ai la capacité de faire de la musique, mais si j’avais été un romancier ou un réalisateur, ça aurait été pareil : j’ai un désir de créer, et je crée avec les outils à ma disposition et j’utilise le support avec lequel je suis familier. Je peux dire sincèrement qu’il y a la même impulsion derrière l’écriture d’une chanson que derrière la confection d’un tableau. Avec ce groupe, c’est génial parce que les deux se synchronisent et fonctionnent en tandem. Je pense que les illustrations que je fais me donnent un nouvel éclairage sur la musique et vice versa, la musique que je fais façonne l’illustration. C’est une impulsion créative. Donc ça ne me paraît pas surprenant que notre musique soit… J’orne notre musique, j’y mets des couches, j’y mets tous ces détails, je ne peux pas m’en empêcher. J’aurais aimé pouvoir écrire des trucs simples. Il se passe la même chose : je regarde la pochette d’album que j’ai faite et il y a une quantité incroyable de détails, alors que la plupart du temps j’essaye d’éviter de faire ça. C’est surprenant que ce soit comme ça, mais c’est la raison pour laquelle je sais que les deux choses sont pareilles, car peu importe à quel point j’essaye de contrôler, simplifier et être efficace, je me retrouve toujours avec cette densité névrosée et chaotique. Je ne peux même pas… Enfin, j’aurais aimé contrôler et passer bien moins de temps à faire les choses et créer plus de trucs, peut-être, mais je ne peux pas. J’ai arrêté de me battre contre ma propre nature à ce niveau, car ça fait simplement partie de la façon dont ça fonctionne [petits rires]. C’est parfois frustrant mais c’est comme ça. Donc c’est le plus souvent la même chose.

Du coup, n’est-ce pas compliqué quand tu dois créer une illustration pour la musique d’un autre groupe, car tu n’es pas celui qui a écrit cette musique ?

Non, c’est juste différent. Quand je travaille avec un autre groupe, je crée les images en tant que fan. Les pochettes que j’ai faites pour d’autres groupes, je les ai faites en tant que fan de ces groupes, et en tant que fan de musique, mais aussi en tant que personne qui comprend l’importance de l’esthétique visuelle. Quand je fais une illustration pour Baroness, je raconte exactement la même histoire que celle que j’ai racontée avec la musique. C’est la même chose, la même histoire, c’est juste une autre façon d’exprimer les idées. Les albums de Baroness sont des œuvres d’art pour moi. Il y une partie musicale et une partie artistique. De la même façon que la peinture possède des lignes et des couleurs. Il n’y a aucune différence entre les lignes et les couleurs, les deux s’entraident, de la même façon que l’aspect visuel de Baroness aide l’aspect sonore de Baroness. Mais encore une fois, avec d’autres groupes, je n’essaye pas d’imposer autant de choses, parce que je ne fais que répondre à la musique. Etant quelqu’un qui considère les illustrations d’album comme des œuvres d’art, je m’assure également, quand je suis en train de travailler avec un autre groupe sur une pochette, que c’est en phase avec mes idéaux et objectifs artistiques, qui sont plus facilement et immédiatement accessibles via Baroness. Parfois je suis inquiet en me disant que j’ai été trop présomptueux ou que j’ai mis trop de mes idées dans la pochette d’album de quelqu’un d’autre, mais je n’ai jamais entendu qui que ce soit confirmer cette inquiétude. Donc je ne m’inquiète plus tant que ça maintenant ; c’est peut-être quelque chose qui m’inquiétait dans le passé. Mais tu sais, le travail que je fais, je le fais parce que j’adore le faire. J’ai de la chance parce que les gens semblent aussi apprécier ce que je fais pour leur groupe. Je me sens chanceux parce que je ne m’arrête jamais de faire de l’art, je ne m’arrête jamais de faire de la musique, et il y a un public pour. Je trouve ça fantastique. Je ne me suis jamais dit que ça allait fonctionner au départ, et le fait que j’ai l’opportunité de faire les deux tout le temps, c’est un peu un rêve devenu réalité.

Es-tu à l’aise avec les directives que peuvent te donner les groupes pour tes illustrations ou bien faut-il qu’ils te donnent une liberté totale ?

Je ne ferais pas un projet à moins d’avoir une liberté totale. J’ai fait suffisamment d’illustrations dans ma vie et j’ai travaillé suffisamment longtemps dans ce domaine pour savoir que si je n’agis pas en suivant mes propres impulsions, si je n’ai pas la possibilité de faire confiance à mes propres jugements, je ne serais pas satisfait de ce que je fais. Je me suis engagé dans ces domaines aussi en grande partie parce que ce sont des domaines artistiques où personne ne me dit quoi faire. J’essaye d’être aussi respectueux que possible du projet sur lequel je travaille, bien sûr, je comprends quand je travaille avec un autre groupe que je crée quelque chose qui va vivre avec leur album pour l’éternité. Je n’ai pas envie de faire quelque chose dont le groupe ne sera pas content, mais j’ai aussi conscience que je ne prends pas très bien les directives. Donc j’essaye d’être franc avec les gens. Si je travaille avec un groupe qui a vraiment envie d’endosser un rôle de directeur artistique, je vais lui suggérer de travailler avec quelqu’un d’autre, par respect pour lui et pour moi. Les pires situations que j’ai connues sont celles où les gens essayaient de me dire quoi faire, et je sais comment je suis. Si quelqu’un me dit ce qu’il ne faut pas faire, il est presque sûr que je vais le faire. J’ai ce genre d’esprit de confrontation et je comprends que c’est dans ma nature, donc j’essaye de ne pas prendre de projet qui pourrait devenir compliqué de cette façon.

« Si quelqu’un me dit ce qu’il ne faut pas faire, il est presque sûr que je vais le faire. J’ai ce genre d’esprit de confrontation et je comprends que c’est dans ma nature, donc j’essaye de ne pas prendre de projet qui pourrait devenir compliqué de cette façon. »

Comment choisis-tu les groupes avec lesquels tu travailles, en dehors du critère de la liberté ?

Il faut que ce soit un groupe que j’aime. Il faut que ce soit un groupe que je respecte. Il faut que ce soit un groupe qui a une vision dont je peux aider la mise en œuvre. Et la plupart du temps, il faut que ce soit un groupe d’amis… Je deviens ami avec ces groupes. Il faut que je me lie non seulement avec la musique mais aussi avec les gens qui la font.

Les formes et personnages féminins sont des éléments récurrents dans tes illustrations. Qu’est-ce que ça représente pour toi ? Pourquoi est-ce si présent dans ton art ?

C’est quelque chose que j’ai eu du mal à comprendre pendant longtemps et que j’ai récemment compris, en ce qui concerne le choix particulier d’images et l’utilisation particulière de formes qui se répètent : c’est un langage. Je pense que la plupart des artistes ont un vocabulaire spécifique qu’ils utilisent, en termes d’image et de conception artistique. J’aime dessiner les choses qu’on trouve sur nos pochettes, mais pas au point de les inclure juste parce ça m’amuse de les dessiner, il faut qu’il y ait une raison. J’ai donc choisi d’adopter la mentalité qui consiste à dire que ce n’est pas le fait que ce soit spécifiquement une femme, un animal, une plante, une fleur ou une couleur qui est important, mais que ça représente quelque chose, comme les archétypes de Carl Jung. Ce sont des images et des idées que la plupart des gens comprennent et reconnaissent, et elles provoquent un effet symbolique sur les gens, car la plupart des gens comprennent ce qu’est une silhouette humaine. Je peux utiliser ce symbolisme ou le contexte historique ou culturel de ces images et les subvertir un petit peu. Car ce n’est pas important que ce soit une femme, mais c’est important que cette femme soit un archétype et qu’elle représente un symbole ou une idée que j’essaye d’exprimer, et cette idée se base sur ma compréhension de son contexte culturel, à travers l’emploi du symbolisme, de la mythologie, de la spiritualité et d’un contexte plus pop moderne, et ensuite je prends toutes ces idées préconçues et je les déforme pour atteindre mon objectif. Afin de raconter une histoire unique et particulière, j’utilise un langage que tout le monde peut reconnaître.

Non seulement on trouve de manière récurrente des femmes dans tes illustrations, mais aussi des plantes et des animaux : ce sont généralement les trois éléments principaux de tes œuvres. On dirait que la nature et la pureté sont primordiales chez toi…

Oui, bien sûr. C’est un univers que j’ai développé au fil des années mais c’est aussi quelque chose qui est important pour moi. Je suis sûr qu’il y a des aspects, des côtés là-dedans que je ne comprends pas vraiment. C’est totalement subconscient et ça ne me fait pas peur. J’adore embrasser cet aspect de l’art que je ne comprends pas beaucoup. Tout le reste, j’en suis venu à le rationaliser au fil des années, donc l’élément humain représente quelque chose, l’élément animal représente autre chose, les objets naturels inanimés représentent une idée ou un concept différent, et ensuite au-delà de ça, il y a les différentes zones de l’image qui définissent quelque chose. Donc les choses contenues dans la moitié supérieure de toutes ces pochettes d’albums traitent ce qui a trait à l’esprit, à ce qui est éthéré, intangible, indéfinissable, et ensuite les choses dans la moitié inférieure des images représentent ce qui a trait au cœur, à la terre, aux idées que l’on peut toucher, ressentir et définir. Et puis il y a les côtés gauche et droit, il y a une diagonale, il y a une numérologie très distincte avec laquelle je joue, j’utilise des images qui répondent à d’autres images, il y a des détails particuliers qui expliquent pourquoi une certaine plante sera utilisée plutôt qu’une autre, il y a toujours une sorte d’arme sur la pochette – ou au moins un outil qui pourrait être utilisé de manière destructive –, il y a des spirales, etc. Au travers de la répétition, j’utilise les choses de manière très, très spécifique. Pour nombre d’albums que je fais avec Baroness, le travail de préparation me prend presque autant de temps que la réalisation. Je remplis des carnets entiers de réflexions, et je n’ai besoin d’en expliquer aucune, car ça change. C’est un des autres trucs, tout comme la musique de Gold & Grey, l’illustration a été créée en ayant un équilibre particulier en tête. Je comprends que les choses sont détaillées et embellies par couches et deviennent permanentes, et je comprends qu’avec les illustrations que je crée… La peinture et l’encre que j’utilise, c’est permanent. Tu fais une marque et ça reste éternellement. On ne peut pas vraiment la recouvrir ou l’effacer. Donc à travers mon usage d’ornements, de détails et de permanence, je dois trouver le moyen d’être expressif. Afin d’y arriver, je rédige toutes ces notes et fais toutes ces recherches, je prends tout en compte, et ensuite, pendant que je travaille, je réagis et je fais d’énormes changements dans notre musique et notre illustration, sur un coup de tête, parce que si je ne le fais pas, alors ça veut dire que j’essaye d’avoir un contrôle tel que ça ne mènera qu’à un résultat rigide et sans vie.

« Je ne sais pas vraiment m’arrêter, donc je n’ai pas vraiment besoin de créer un environnement qui favoriserait la création. C’est plus important pour moi de comprendre quand arrêter. De temps à autre, j’ai besoin d’un rappel pour arrêter et prendre un repas, ou dormir un petit peu. »

Quand on pense aux artistes visuels et plus spécifiquement les peintres, on imagine un atelier plein de pinceaux, de peinture et de toiles. Du coup, comment concilies-tu le fait d’être sur la route dans un bus de tournée et la création de tes tableaux ? Ça paraît compliqué…

Oui, c’est très dur. Je trouve des moyens pour rester créatif et satisfait. Je tourne en emportant avec moi un attirail complet de matériels artistiques. Je dessine dans le salon à l’arrière du bus, dans une chambre d’hôtel ou dans le sous-sol humide et crasseux d’une salle de concert… J’ai fait des illustrations à peu près partout où ça paraîtrait impossible de le faire. Mais quand je ne travaille pas tous les jours, toute la journée… Comme avec Purple, il y a eu deux ou trois tournées durant lesquelles j’ai essayé de faire un dessin par jour. Il ne fallait pas forcément que ce soit quelque chose de fantastique ou sophistiqué, j’avais juste besoin de garder le coup de main. Ensuite, il y a eu d’autres tournées durant lesquelles j’ai voyagé avec d’énormes tableaux que je devais finir à un moment donné pendant la tournée ; je me complique la vie. Oui, c’est difficile mais je pense qu’avec suffisamment d’ambition et de motivation, on peut accomplir les choses, comme on veut, quand on veut. C’est juste que ce n’est pas facile.

Est-ce que tu te mets dans un environnement ou un état d’esprit particuliers quand tu crées une œuvre ?

Je ne sais pas vraiment m’arrêter, donc je n’ai pas vraiment besoin de créer un environnement qui favoriserait la création. C’est plus important pour moi de comprendre quand arrêter. De temps à autre, j’ai besoin d’un rappel pour arrêter et prendre un repas, ou dormir un petit peu. Pour moi, c’est plus important de trouver des environnements où je peux arrêter de créer pendant un petit moment et profiter d’une pause. Ça peut être très difficile.

Ces illustrations que tu fais sont très détaillées, comme tu le disais : combien de temps ça te prend pour arriver au résultat final ?

Longtemps ! Ça varie. Ça prend suffisamment de temps pour que je ne puisse pas vraiment le quantifier, mais je suis sûr que ça m’a pris dans les deux ou trois cents heures pour celle de Gold & Grey – elles ont toutes prises des centaines d’heures. Mais je fais tout d’affilée. Je travaille douze heures par jour, sur deux ou trois semaines jusqu’à ce que ce soit fini, et ensuite je passe à la suivante. Je ne recommande pas aux gens de procéder comme ça. C’est dur. On ne dort pas beaucoup et on est constamment en train de travailler, agité et frustré, on n’arrive pas à penser à autre chose. Mais je serai quoi qu’il arrive comme ça, donc autant que j’ai tout le matériel que j’utilise à portée de main, de telle façon que si j’ai besoin de faire quelque chose, je peux trouver le moyen de le faire. Mais oui, c’est délicat, c’est sacrément dur !

Tu as un style très reconnaissable, mais qui ont été tes principales influences pour ton style de peinture ?

Eh bien, ça peut paraître étrange, mais ma principale influence, c’est en fait Carl Jung, dont le livre L’Homme Et Ses Symboles m’a permis de travailler avec mon style et de le justifier comme étant plus qu’un exercice où je fais ce que je veux. Ses réflexions sur la tendance de l’homme à créer des images m’ont donné un éclairage sur les spécificités, les raisons et les impulsions derrière les images que je crée. Mais au niveau des artistes visuels, j’ai toujours été un énorme fan d’histoire de l’art. J’aurais du mal à réduire ça à une ou deux personnes. Quand j’étais enfant, j’ai eu la chance d’avoir des parents qui s’intéressaient à l’histoire de l’art, donc je visitais régulièrement des musées dans chaque ville où je me rendais étant enfant. Quand j’étais en école d’art, à la fin de mon adolescence, au début de ma vingtaine, j’ai eu la chance aussi de vivre dans plusieurs villes où se trouvaient certains des meilleurs musées d’art au monde. J’ai donc toujours ratissé très large en termes d’artistes qui m’ont influencé ou inspiré. Je n’essaye pas d’éviter de donner des noms d’artistes auxquels ma manière de faire paraîtrait ressembler… Evidemment, mon style rappelle à certaines personnes Alphonse Mucha, je ne vais pas le nier. C’était assurément mon point de départ pour travailler à l’aquarelle, en me focalisant particulièrement sur les silhouettes féminines et les motifs floraux, mais le style de Mucha était conçu pour une raison spécifique et ce n’est pas forcément ma raison. De façon similaire, je suis fan des œuvres de Pushead. C’était mon introduction aux illustrations punk rock. Lui et Raymond Pettibon, et aussi d’autres artistes de pochettes d’albums comme Storm Thorgerson/Hipgnosis – je pense que ce sont certaines des pochettes d’albums les plus évocatrices de tous les temps… Roger Dean aussi qui a fait toutes les pochettes de Yes : j’adore ses illustrations et je déteste ce groupe ! J’ai collectionné tous leurs albums mais je ne supporte pas de les écouter. Je trouve juste que les visuels de ce groupe sont superbes. Mais de façon similaire, je suis un énorme fan de Rembrandt et Vermeer, et les artistes classiques… C’est comme la musique : il y en a trop pour tous les lister, car les gens qui sembleraient être ceux que je référencerais sont probablement les artistes auxquels je m’intéresse le moins, car je travaille déjà de manière similaire.

Qu’est-ce que tu détestes tant dans la musique de Yes ?

C’est juste que je n’aime pas ce genre de musique. Je ne sais pas, il y a quelque chose là-dedans… Ce n’est tout simplement pas cool ! Je ne sais pas, ça ne me touche pas. C’est tellement techniquement intéressant que ça sonne stérile et un peu sans vie pour moi. Je trouve qu’il n’y a pas d’âme, ou très peu. Mais ce n’est que ma perception. Je comprends qu’il y ait des gens qui apprécient beaucoup ce groupe. La musique et l’art, c’est une catégorie de divertissement qui est très subjective. Certaines personnes adorent ce que d’autres détestent… Et je devrais clarifier le fait que « détester » est peut-être un mot fort pour ça, mais ce n’est pas quelque chose que je… Je me mets en quatre pour ne pas écouter Yes. Si j’entends leur musique, je l’éteins.

« Ça peut paraître étrange, mais ma principale influence, c’est en fait Carl Jung, dont le livre L’Homme Et Ses Symboles m’a permis de travailler avec mon style et de le justifier comme étant plus qu’un exercice où je fais ce que je veux. »

Qu’est-ce qui est venu en premier dans ta carrière ? La musique ou les visuels ?

Je faisais de l’art et de la musique de façon non professionnelle avant d’être un professionnel dans les deux domaines, mais je n’ai pas commencé à faire des illustrations pour de la musique avant de commencer Baroness ou même le groupe qui était constitué de la majorité des gars du premier line-up. Il me fallait d’abord de la musique pour pouvoir faire des illustrations. C’est un peu comment ça s’est passé entre le poule et l’œuf. Mais je pense que la plupart des gens prennent d’abord un pinceau. Quand on est enfant, on a une merveilleuse capacité pour créer des images, qui s’estompe au fil du temps. Alors que pour faire de la musique, il faut vraiment s’y connaître un minimum. Ça aurait été très difficile pour moi de faire quoi que ce soit de musical à deux ou trois ans, alors que si tu me mettais un crayon ou un pinceau dans les mains, je pouvais… J’adorais créer des choses étant enfant. Mais à partir du moment où j’ai eu connaissance du processus créatif, je pense que je faisais déjà un peu des deux. Mais je suis toujours parti du principe que j’allais devenir un artiste visuel. Je ne pensais pas que j’avais ce qu’il fallait pour faire de la musique professionnellement. Donc ça a été davantage une surprise pour moi de rencontrer du succès dans cette discipline.

Quand tu as une inspiration, comment choisis-tu entre le pinceau et la guitare ?

Probablement ce qui est le plus proche de moi ! Tout dépend de la pièce dans laquelle je suis dans ma maison. L’une des meilleures choses à ce propos pour moi, c’est que, déjà, si je commence à être épuisé d’une chose, je peux très rapidement passer à l’autre. Certains jours, je vais travailler sur de l’illustration, d’autres sur de la musique, parfois les deux… Certaines périodes de ma vie… Quand nous travaillions sur Gold & Grey, je n’ai presque pas fait d’art pendant longtemps, parce que je me consacrais beaucoup à la création musicale. Donc je passe de l’un à l’autre, presque aléatoirement, jusqu’à avoir un vrai besoin de faire l’un ou l’autre. Mais oui, je ne prends pas ces décisions très consciemment, donc c’est presque impossible pour moi de dire dans quel ordre ça se passe.

Comment as-tu appris et perfectionner ton talent d’artiste ? Je sais que tu as pris des cours et a été en école d’art. Est-ce que ça a été important pour devenir l’artiste visuel que tu es aujourd’hui ?

Je suis convaincu que je serais devenu un artiste visuel même sans avoir été en école d’art. C’était quelque chose que je voulais faire, mais ça n’a pas du tout changé mon intérêt. La plupart des trucs importants que j’ai faits ont été faits de manière autodidacte. Aujourd’hui, l’école est un si lointain souvenir que presque tout ce que j’ai appris… Je sais que presque tout ce que j’ai appris, je l’ai appris par expérience ou par la pratique, principalement tout seul.

L’industrie musicale a traversé une crise et la plupart des artistes sont d’accord pour dire que les ventes de disques ne sont plus ce qu’elles étaient. Du coup, qu’est-ce qui est le plus lucratif aujourd’hui, la musique ou l’art visuel ?

Je crois qu’aucun des deux ne l’est ! Je ne peux pas, en bonne conscience, te dire que l’un ou l’autre est lucratif [petits rires]. Les deux sont très gratifiants mais aucun des deux ne paye très bien. Mais je ne me demande jamais pourquoi je fais ce que je fais. J’ai toujours conscience que je le fais parce que j’adore le faire, ce qui est appréciable. Je pense que le fait d’avoir appris cette leçon et avoir été forcé à le prouver tout au long de ma carrière a été une bonne chose pour moi. J’ai été artistiquement actif durant des moments financièrement très difficiles et ça n’a pas altéré mon intérêt à être un artiste. C’est pareil avec la musique : ça n’a jamais été facile, ça ne semble pas devenir plus facile avec le temps, donc je ne doute jamais de mon intérêt ou de mon implication dans ce domaine.

J’ai lu que tu détestais l’autopromotion et préférais vendre ton art lors de transactions personnelles. Est-ce parce que tu recherches ce contact humain que tu peux avoir en te produisant devant les gens avec Baroness ?

Ma carrière artistique et ma carrière musicale, je ne les vois pas vraiment comme étant totalement différentes, mais ce qui, en partie, a fait que je suis resté aussi engagé dans ce que j’ai fait durant les quinze dernières années, c’est que ça m’a forcé à coopérer de manière très personnelle avec le monde qui m’entoure, avec les gens qui aident à soutenir l’art et la musique dans lesquels je m’implique. Une autre chose que j’ai commencé à faire – je l’ai beaucoup fait ces dernières années –, c’est de petites expositions dans des magasins de disques, des petits cafés, des bars ou ailleurs. J’essaye de profiter du fait que je voyage énormément pour créer des environnements artistiques où les gens peuvent venir apprécier, acheter ou juste vivre une expérience dans des lieux qui ne sont pas habituellement prévus à cet effet. Car la plupart des artistes sont dans leur studio, et s’ils veulent montrer leur travail, ils doivent le faire dans une galerie d’art. J’ai la chance d’être dans une situation où je me rends chaque soir dans une ville différente. Donc je prends un peu temps en plus pour essayer d’organiser de petits événements, de façon à pouvoir présenter mon art d’une manière semblable à celle dont nous présentons notre musique en tournée.

Interview réalisée par téléphone le 10 mai 2018 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photo : Paul Harries.

Site officiel de John Baizley : aperfectmonster.com.
Site officiel de Baroness : yourbaroness.com.

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