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Chronique   

Psychotic Waltz – The God-Shaped Void


Trop peu de gens se souviennent de A Social Grace (1990) et Into The Everflow (1992), les deux premiers efforts de Psychotic Waltz. Pourtant, les Californiens ont réalisé deux œuvres cultes de la scène du metal progressif. Il faut dire que la séparation de Psychotic Watlz en 1997, après seulement quatre albums, n’a sans doute pas aidé à entretenir la mémoire du groupe. Depuis 2010, le groupe s’est réuni pour quelques concerts, notamment aux côtés de Nevermore et Symphony X. Il a fallu attendre encore dix ans pour que le line-up original décide de retourner en studio et d’accoucher de The God-Shaped Void, vingt-quatre ans après Bleeding (1996). De quoi susciter l’émoi des fins connaisseurs de la scène. Pyschotic Waltz est bel et bien conscient des attentes : The God-Shaped Void est une sorte de remise en route réalisée avec soin.

The God-Shaped Void a profité des services de l’ingénieur reconnu Jens Bogren (Leprous, Haken). Il en résulte une production d’une clarté plus que louable, condition nécessaire pour discerner toutes les facettes du jeu de Psychotic Waltz et surtout la qualité principale de l’opus : la prestation du frontman Devon Graves qui multiplie les enchevêtrements de voix, expressif, souvent envoûtant (« All The Bad Men »), mettant à profit ses années passées à affermir et enrichir son identité vocale au sein de Deadsoul Tribe puis The Shadow Theory. Même lorsque ce dernier est à la limite du murmure, à l’instar des couplets de « Devils And Angels », il confère aux compositions une autre dimension. En somme, The God-Shaped Void est incarné par Devon Graves qui comblera amplement les attentes sur ce point ; il suffit de constater la précision du placement et sa sensibilité sur « Demystified ». Outre la performance vocale, The God-Shaped Void laisse la part belle aux guitares, alternant riffing mélo grandiloquent, à l’image des premiers accords très amples de « Devils And Angels », et plans plus groovy, comme le gimmick très rock US de « Stranded », voire carrément heavy (« Back To Black »). Surtout, les guitaristes sont l’atout mélodique principal. Le refrain de « Stranded » repose essentiellement sur l’alchimie guitare-chant avant tous les autres arrangements. Ceux-ci sont l’œuvre du traditionnel clavier (aux sonorités parfois cosmiques) et de la flûte – « Demystified » lui doit toute son atmosphère crépusculaire –, qui confèrent ce cachet old-school légitime à The God-Shaped Void. Surtout, il y a toujours cette interaction entre guitares acoustiques et distorsion qui caractérise la complémentarité de Dan Rock et Brian McAlpin, transcendant un titre comme « The Fallen » (qui passe progressivement d’une forme de minimalisme à l’emphase) ou se soutenant mutuellement lors de longs leads à l’ancienne, tels les soli NWOBHM de « While The Spiders Spin ».

Impossible de nier la qualité des musiciens à l’œuvre sur The God-Shaped Void. Seulement, après vingt-quatre ans d’attente, on ne peut empêcher une légère insatisfaction de poindre. Surtout lorsqu’on a en mémoire l’audace d’un A Social Grace, certes d’une autre époque, mais dont on aurait aimé retrouver le grain de folie. Au contraire, Psychotic Watlz entretient une continuité assez prononcée avec Bleeding, qui avait vu le groupe évoluer vers des mid-tempos aux atmosphères plus pesantes. En résulte par moments un sentiment de lourdeur et de monotonie, heureusement nuancé et rattrapé par un travail sur la dynamique dans l’intensité. De même, la colonne rythmique Norman Leggio/Ward Evans remplit son office sans vraiment sortir du lot, quitte à proposer quelques articulations convenues, à l’image du riffing d’introduction de « Pull The String ». Dans l’ensemble, le travail sur la rythmique embrasse un peu trop son rôle de support, supplanté par les autres membres du groupe. On ne peut s’empêcher de penser que Psychotic Waltz est bridé, peut-être encore rouillé par les années d’inactivité, et même les titres aux structures les plus ambitieuses comme « Sisters Of The Dawn » ou « While The Spiders Spin » s’arrêtent aux portes de l’état de grâce. Oui, The God-Shaped Void fait naître cette frustration propre à ceux qui frôlent l’excellence.

Psychotic Waltz marque un retour un brin mitigé, indéniablement réussi sur certains plans, en demi-teinte sur d’autres. On comprend aisément que The God-Shaped Void a pu être nourri par quelques incertitudes qui expliquent sa facette la plus timorée. Psychotic Waltz a démontré tellement d’allant auparavant qu’il est difficile de refréner ses attentes en conséquence. Quoi qu’il en soit, The God-Shaped Void est plus qu’honorable et ne fait qu’accroître l’intérêt à l’égard d’un groupe qui le mérite depuis longtemps, et laisse encore espérer un retour à la forme des grandes années.

Clip vidéo de la chanson « While The Spiders Spin » :

Clip vidéo de la chanson « All The Bad Men »:

Lyric vidéo de la chanson « Devils And Angels »:

Album The God-Shaped Void, sorti le 14 février 2020 via InsideOut Music. Disponible à l’achat ici



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