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Chronique   

Psykup – Hello Karma!


Psykup, né en 1995, a désormais vingt-six ans d’existence, dont neuf années de pause, et cinq albums studio à son actif. Peu de groupes de metal français actuels peuvent se targuer d’une longévité similaire. Malgré son grand âge, Psykup est une entité adolescente qui se cherche, qui s’est trouvée parfois, mais qui doute, ne se lasse jamais de se remettre en question et d’expérimenter. Avec son approche musicale radicale et convulsée basée sur la technicité instrumentale chargée d’une autodérision ostentatoire, Psykup s’est imposé comme une formation pointue sur la scène française, créant ainsi son propre mythe. Si l’explosion de la multiplicité des genres et des groupes de metal en France a valu à Psykup un statut à la fois culte et intime, il fait partie des meubles de la culture metal et bien malavisé serait l’auditoire qui refuserait de reconnaître le caractère fondateur de son « autruche-core ».

Quatre ans après son album de retour « Ctrl+Alt+Fuck », Psykup poursuit l’exploration de son style unique avec un nouvel opus cossu de douze titres, à l’appellation résonnant en 2021 comme une sentence sarcastique, Hello Karma!. Douze morceaux entre trois et quatre minutes, dont le plus long reste sous la barre des cinq minutes (« Chaos Why Not »). Cette synthétisation millimétrée peut paraître surprenante, quand on sait par exemple que We Love You All (Season of Mist, 2008) durait plus de cinquante minutes et ne comptait que six titres. C’est donc avec une volonté de concision que Psykup a construit Hello Karma!, cherchant peut-être à rassembler son propos d’une manière plus efficace que dans ses jeunes années. La production est très propre, avec un tapis sonore de guitares, basse et batterie, sur lequel dansent les éléments de lead et les voix. Chaque morceau est précis et, fait plutôt inhabituel, certains sont même plus ou moins construits sur des structures classiques d’enchaînements de couplets et de refrains (« Lucifer Is Sleeping »), toujours avec une technicité extrême et cette touche de folie qui définit son identité. La démence est maîtrisée, libérée à dessein, pour contribuer à perdre l’oreille dans le labyrinthe sonore sciemment élaboré de cet album, comme les choix de panoramiques extrêmes (« Chaos Why Not »), les enchaînements en apparence aléatoires d’équivalences métriques (« Masturbation Failed ») ou les conclusions abruptes et inattendues (« Letter To Greta »).

En dehors de l’habileté de composition impulsée par Julien Cassarino et de la virtuosité instrumentale qu’il déploie pertinemment aux côtés de Julian Gretz (basse), Victor Minois (guitare) et Brice Sansonetto (batterie), c’est aussi le duo vocal qui cristallise l’esthétique de Psykup. Hors d’une hiérarchisation habituelle de voix lead et de chœur, Julien Cassarino et Matthieu Miegeville réussissent à développer les spécificités de leurs approches vocales en en faisant des constituantes irremplaçables de l’univers du groupe. C’est d’ailleurs suite à l’annonce du départ de Matthieu, en 2009, que le projet avait commencé son hibernation. Avec ce qui apparaît comme une aisance construite par des années de collaboration, les deux voix s’entremêlent sur des harmonies effilées, qui apportent de la hauteur et contribuent à donner de l’espace aux morceaux denses d’Hello Karma!. Quand elles sont en lead, chacune des voix dispose de son aire de jeu avec l’assurance inhérente au savoir-faire, soit plutôt dans le registre aigu et la dynamique pour Julien, le bas du spectre et les séquences parlées pour Matthieu. L’alternance de la diversité des rôles de ces voix tout autant que leurs réunions harmonieuses (sans compter le supplément de brutalité apporté par Julien Truchan de Benighted sur le final apocalyptique de « Nice To The Bone ») projettent une nébuleuse d’énergie comme un échelon supplémentaire à la multiformité de cet album.

Si la production très ronde d’Hello Karma! et l’efficience calculée de chaque titre peuvent rendre une impression d’homogénéisation sonore globale pour le public de Psykup habitué à son effusion, il découle de ces choix la sensation d’une maturité et d’une volonté d’ouvrir son propos à une audience qui était restée intouchable jusqu’alors. L’adolescent écervelé aurait-il acquis la raison adulte ? Tant s’en faut, car les marqueurs de son essence insolente sont toujours bien présents. Les titres, les textes, les thèmes, les idées d’arrangement ponctuelles, la présence d’un accordéon et une introduction à l’influence klezmer, des chœurs angéliques sur des textes salaces ou encore certaines mélodies absurdes sont autant d’éléments à la fois grotesques et captivants qui nous prouvent qu’en dépit des années et d’un style exigeant, Psykup n’a rien perdu de son mordant, de son cœur ni de son humour à la gaieté communicative.

Album en écoute :

Lyric vidéo de la chanson « Nice To The Bone » (avec Julien Truchan de Benighted) :

Clip vidéo de la chanson « Lucifer Is Sleeping » :

Album Hello Karma!, sorti le 5 février 2021 via Les Amis de l’Autruche. Disponible à l’achat ici



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