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Interview   

Puppy voit le metal en rose


Alors que 2020 approche, les années 80 s’éloignent et deviennent une source d’inspiration à part entière pour de nombreux groupes, et Puppy ne déroge pas à la règle. Ce trio londonien aux inspirations plus que diverses jongle entre le clair et l’obscur, entre le metal et la pop, le tout dans une ambiance 80’s non dissimulée. Loin d’essayer d’imiter, ni de moquer les groupes de ces années-là, les membres de Puppy essayent d’adopter une posture critique sur la création et l’originalité en général.

C’est d’ailleurs un groupe qui fait tout lui-même, et cela se ressent : dans les clips, dans leur production et dans leur ambiance, ils essayent d’avoir une approche qui leur est propre. C’est probablement leur identité unique en son genre, et leurs mélodies accrocheuses, qui ne sont pas sans rappeler Ghost, qui leur permettent de se démarquer sur la scène rock avec leur premier album, intitulé The Goat. Jock Norton, le chanteur et guitariste, nous explique tout cela et bien plus (amis amateurs de football…) avec un brin d’humour dans l’interview qui suit.

« Indiana Jones joue avec les stéréotypes et les codes, mais de telle manière que ça lui conférait un aspect nouveau. C’est amusant et c’est délibéré, mais ce n’est pas une parodie, c’est même très sincère, c’est un tendre hommage. Je pense que c’est quelque chose que nous essayons de faire avec le groupe, avec les influences que nous avions étant jeunes. »

Radio Metal : Ce qui est frappant avec votre musique, c’est à quel point elle peut être paradoxale, avec ces mélodies de chant très accrocheuses et joyeuses, conjuguées à des riffs méchants voire sinistres. Comment vous est venue, à l’origine, l’idée d’un mariage aussi improbable ?

Jock Norton (chant & guitare) : Je pense qu’il s’agissait simplement d’essayer de créer un lien entre les différents types de musique que nous apprécions. Billy et moi jouions avant dans un groupe plutôt rock indé, avec davantage d’éléments presque pop rock. Plus tard, quand Will a rejoint le groupe, il avait plus un passé dans le doom/stoner, du style Black Sabbath, Sleep et d’autres groupes dans ce style. Du coup, quand nous nous sommes réunis, Will et moi voulions jouer quelque chose de plus lourd alors que Billy voulait aussi jouer des choses plus légères. Donc ouais, je crois que nous essayions vraiment de combler cet écart, faisant en sorte que tout fonctionne bien ensemble.

Comment vous-y prenez-vous, justement, pour que ça fonctionne ? Est-ce difficile de tout mélanger ?

Ça peut l’être. Je pense qu’essayer de rendre tout ça fluide et faire comme si c’était naturel, c’est assez difficile par moments. Je pense que ça va de mieux en mieux à chaque fois. Avec le premier EP, on pouvait entendre par exemple un riff heavy enchaîné à un refrain plus pop, et ils étaient simplement posés l’un à côté de l’autre. Mais avec un peu de chance, c’est un peu plus fluide sur ce nouvel album. C’est quelque chose qu’il faut constamment travailler, afin d’essayer d’avoir un peu de finesse.

En fait, ce paradoxe est clairement représenté sur la pochette, où on voit plusieurs objets occultes sous une lumière rose. L’occulte serait ainsi votre côté metal et le rose votre côté pop. As-tu le sentiment que ce qui définit le groupe et l’atmosphère même de votre musique sont résumés dans cette image ?

Oui, complètement. Je pense que c’est quelque chose qui nous préoccupait beaucoup, le fait d’essayer d’obtenir quelque chose qui capture cette atmosphère. Billy, notre batteur, a conçu l’illustration et je pense qu’il a très bien su résumer ça. Il a pris ces images du metal des années 80 et les a mises dans ce nouveau contexte. Je pense que nous étions conscients que nous ne voulions pas que les gens pensent que nous sommes une espèce de groupe qui vit dans le passé ; nous ne voulions pas qu’ils se disent : « Oh, ils aiment le metal et le rock des années 80. » Je pense que la pochette l’illustre bien, en prenant ces éléments et en les confrontant à ce nouvel environnement.

En parlant des années 80, Billy Howard a déclaré que « nombre de [vos] plus grandes influences en tant que groupe sont les films, les jeux vidéo et la musique que vous aimiez étant enfants ». Peux-tu nous parler de ces premières influences et nous dire comment elles ont laissé leur empreinte sur vous ?

Le cinéma a été particulièrement important, en fait, car je pense qu’en tant que groupe, notamment Billy et moi, nous avons toujours eu un véritable amour pour un certain type de films des années 80, comme Terminator 2, un tas de choses qu’ont faites Spielberg et James Cameron, Indiana Jones, les œuvres de George Lucas après Indiana Jones, Retour Vers Le Futur, etc. Surtout Indiana Jones, car il joue avec les codes des films d’action, on sait presque ce qu’il va se passer d’une scène à l’autre, mais c’est vraiment amusant, et ça tord parfois un peu ces codes. Indiana Jones tout particulièrement est un hommage de George Lucas et Steven Spielberg à ces comics d’aventures pour garçons des années 30 qu’ils lisaient. Indiana Jones est un mélange de plein de personnages différents, et il joue avec les stéréotypes et les codes, mais de telle manière que ça lui conférait un aspect nouveau. C’est amusant et c’est délibéré, mais ce n’est pas une parodie, c’est même très sincère, c’est un tendre hommage à toutes ces choses-là. Je pense que c’est quelque chose que nous essayons de faire avec le groupe, avec les influences que nous avions étant jeunes, des musiques que nous adorons encore aujourd’hui, mais nous avons conscience qu’elles ont un côté un peu idiot, comme Kiss, Mötley Crüe, Guns N’ Roses et ce genre de groupe dont j’étais, adolescent, un grand fan, et que j’apprécie toujours beaucoup. Mais il ne s’agit pas juste de les reproduire, et encore moins les reproduire de façon stupide, mais plutôt de rendre hommage et s’amuser. C’est un numéro d’équilibriste difficile à réussir, mais je pense que c’est la raison pour laquelle les films de cette époque sont si importants pour nous.

Il y a des études qui expliquent que les liens que l’on ressent avec la musique qu’on a découverte et aimée étant adolescents est sans égal, même si nos goûts évoluent. Es-tu d’accord ?

Ouais, assurément. Billy, Will et moi, nous avons à peu près le même âge, donc quand nous avions douze ou treize ans, le nu metal débarquait, avec des groupes comme Korn, Limp Bizkit, Deftones – encore aujourd’hui, nous adorons les Deftones, et nous écoutons souvent ces autres groupes. Nous avons encore beaucoup de nostalgie pour tout ça, car ça fait partie de notre ADN et notre background collectif. Il y a une chanson, en l’occurrence, qui s’intitule « Handlebars », sur notre album, et les riffs se rapprochent un peu de Korn, nous parlions d’utiliser des dissonances étrange, etc., et quand nous avons entendu ça, nous étions là : « Oh ouais, c’est un truc de malade, c’est comme le Korn qu’on a toujours écouté. » Ouais, je dirais que c’est vrai. La musique qu’on écoute étant enfant est très importante.

Tu parlais de Kiss et ce genre de groupe qui ne sont pas très sérieux : dirais-tu que le côté ironique de l’éclairage rose sur ces éléments occultes sur l’illustration, c’est aussi un peu votre façon de rire des clichés du metal ?

Non, ce n’est pas une question d’en rire. Je pense que c’est une question d’en avoir conscience, d’essayer d’utiliser cette musique d’une façon qui nous est confortable. J’adore Ozzy Osbourne, mais à la fois, je ne vais pas débarquer sur scène avec une énorme croix autour de mon cou. Nous allons donc donner du sens à cette influence, de façon à ce que ça nous corresponde en tant que personnes. Il s’agit d’être fan de ces choses et les utiliser de façon à ce que ça ait du sens avec qui nous sommes. Jamais je ne voudrais que quiconque pense que nous nous moquons de ça, car nous adorons ça, nous en tirons énormément de plaisir, ça nous rend heureux. Il s’agit juste de le réévaluer, le prendre et l’utiliser comme influence de façon à ce que ça nous représente en tant que personnes.

« Il y a plein de trucs stylistiques que je n’aime pas et que beaucoup de groupes font de manière standard. D’un point de vue créatif, le monde se porterait mieux si les gens se souciaient moins de ce que les autres pensent de ce qu’ils font. »

D’ailleurs, quelle est ta relation à l’occulte ? Crois-tu à je ne sais quelle diablerie ou aux phénomènes paranormaux, ou es-tu plutôt rationnel ?

Ouais, je suis très rationnel. Je ne crois vraiment en rien de tout ça. Je trouve que c’est cool, et j’adore l’imagerie, dans les films et ce genre de choses. Il y a un côté kitsch derrière ça, surtout chez les groupes du style que j’ai mentionné plus tôt, si tu regardes les groupes des années 80 comme W.A.S.P. et Manowar, que nous apprécions, c’est marrant. Même des groupes comme Candlemass, Mercyful Fate, etc., il y a un côté kitsch, mais ça reste très cool. Une grande partie de ces trucs occultes ne sont pas à prendre au sérieux. En tout cas, je ne fais pas partie des gens qui prennent ça au sérieux. C’est juste que les crânes ont l’air cool [rires].

Un autre groupe que l’on peut comparer à Puppy est Ghost en raison des similarités dans certains timbres et lignes vocaux (comme dans « Poor Me »), ainsi que de ce mélange de heavy et d’accroches pop, et ils jouent eux-mêmes beaucoup avec l’occulte sans être sérieux…

Je trouve que Ghost est super. C’est un groupe vraiment cool. Leur talent de composition est vraiment superbe. Je vois beaucoup de similarités ; en tant que groupe heavy metal, ils sont dans le même univers, mais musicalement c’est très mélodique, les chansons sont incroyablement bien écrites et elles sonnent extraordinairement bien. Surtout sur leur dernier album, c’est presque comme une comédie musicale, c’est à ce niveau d’instrumentation et d’arrangement. C’est aussi assez traditionnel, les accords et les mélodies… Ils peuvent puiser dans l’histoire de la musique et y emprunter des bouts ici et là, de la même façon que nous le faisons. Et encore une fois, avec le côté metal des années 80, une partie de l’imagerie occulte, ça fait qu’il y a là aussi de vraies similitudes.

Tu as déclaré que « c’est un album qui n’a aucun sommet – chaque chanson a été peaufinée pour atteindre sa forme la plus efficace ». Peux-tu développer ce processus ? A quel point étiez-vous méticuleux pour atteindre ce but ?

Ouais, très méticuleux ! Depuis le processus de démo, nous essayions vraiment de faire en sorte que tout soit aussi solide que possible. Nous voulions que l’enregistrement des chansons en tant que tel soit presque la partie la plus facile. Car pour nous, composer les chansons et faire qu’elles soient comme il faut était vraiment ce que nous devions réussir. Nous avons passé beaucoup de temps là-dessus avant d’aller en studio, et ensuite, quand nous étions en studio, c’était comme mettre la cerise sur le gâteau. Nous savions que nous avions les chansons, il s’agissait juste d’ajouter une petite réverb ici, une petite ligne de guitare là, un petit roulement ici ; c’était juste des fioritures, ce qui est cool. Il n’y a rien de pire que le sentiment d’être en studio et de réaliser que la chanson est merdique [rires], ce qui nous est arrivé deux ou trois fois.

Le risque de trop peaufiner est de se retrouver à n’être jamais satisfait. A quel moment pouvez-vous dire que vous êtes contents d’une chanson ?

Quand ça a du sens. Pour moi, travailler sur une chanson, c’est comme faire un puzzle. En écoutant et s’assurant que les morceaux sont en place, et tu ne peux pas vraiment te mentir, parce que ça te procure un certain sentiment. Tu peux être à la moitié d’une chanson et être là : « Ah, le refrain n’est pas très bien. J’adore le couplet, j’adore le riff, mais ce refrain n’est pas très bon. » Alors tu sais que tu vas devoir travailler sur un nouveau refrain. Parfois, tu as un super refrain et tu te dis : « Ah, le couplet n’est pas très bon. » Tu ne peux pas te mentir ; il faut que tu sois emballé. Quand tu le sais, tu le sais. Il s’agit juste de remanier les morceaux : « Pourquoi on n’essaierait pas ceci, pourquoi on n’essaierait pas cela ? » Je trouve que c’est ce qu’il y a de plus amusant dans la composition, c’est comme résoudre un puzzle tout en fabriquant les pièces du puzzle. Il y a des trucs étranges, tu peux dire : « Tout est bien mais on dirait que c’est trop long. Où faut-il raccourcir ? » Ça, c’est ce que j’apprécie le plus.

Vous avez une approche très « D.I.Y. ». Vous écrivez la musique, vous la produisez, vous réalisez, filmez et éditez tous les clips du groupe, vous faites vos propres designs de merch et même les artworks. Qu’est-ce qui vous pousse à avoir un contrôle total, non seulement sur la musique mais aussi sur tout ce qui l’entoure ?

Nous sommes simplement des maniaques du contrôle, nous ne faisons confiance à personne [petits rires]. Pour être honnête, je pense que pour n’importe quel groupe qui débute, c’est comme ça qu’il faut faire, car personne d’autre ne fera tes clips à ta place, si tu veux faire une chanson et la mettre en ligne, et que tu n’as pas d’argent. Mais ce que tu peux faire, c’est : « Bon, on peut filmer nous-mêmes et mettre en place une idée sympa. » Il faut penser de manière créative, contourner ces contraintes de budget. Nous avons beaucoup de chance d’avoir Billy et Will qui réalisent tous les deux des clips pour nous et ils sont tous les deux si talentueux qu’ils sont capables de faire des trucs vraiment cool. Mais aussi, le fait que nous ayons dû contourner les contraintes de budget nous a poussés à être plus créatifs. Nous avons une chanson comme « Black Hole », pour laquelle nous avons essayé de faire un clip ayant l’air de prises de vue horrifiques à la Blair Witch, car ça permet de pas mal économiser d’argent, c’est une caméra bon marché. Il s’agit toujours d’essayer de travailler avec ces contraintes, et c’est très marrant et créatif.

N’est-ce pas parfois un fardeau d’être responsable de tout ? Prévoyez-vous de changer cela à l’avenir ?

Seulement si ça devient ingérable. Et même là, je ne préférerais pas. Pour l’instant, nous avons tous des boulots à côté du groupe. Ça fait qu’il y a beaucoup de choses à suivre. La raison pour laquelle nous voulons procéder ainsi est que c’est important pour nous. Nous voulons que nos T-shirts aient l’air cool, nous voulons que nos illustrations soient bien, nous voulons que nos clips soient sympas. Aujourd’hui, si nous devions faire appel à quelqu’un d’autre pour réaliser nos clips à notre place, ça nous donnerait la même impression que si quelqu’un composait une chanson pour nous. C’est une part si importante du groupe et de notre identité créative que ça semblerait bizarre de ne pas procéder comme ça.

« Nous nous nourrissons tous de cette énergie qui émane de nous trois, de la musique que nous aimons, des blagues que nous faisons, des vêtements que nous portons… Tout sert à nourrir cette chose qui est plus grande que nous trois. »

Tu as dit qu’à un moment donné, avant de commencer le groupe, tu as eu « une révélation » et tu t’es demandé : « Pourquoi faisons-nous des trucs que tout le monde fait, sans même se poser de questions ? » Peux-tu nous en parler ?

Je pense que c’était plus parce que Billy et moi étions dans un groupe avant, et le genre de scène musicale dans laquelle nous étions emploie beaucoup de techniques de production lo-fi et de rock garage. Donc tout était des enregistrements en basse fidélité, un peu comme Pavement ou Sebadoh, des groupes que j’aime toujours beaucoup. Et donc nous allions enregistrer avec l’idée de faire en sorte que ça sonne dans cette veine. Nous en sommes arrivés à un point où nous nous disions : « En fait, pourquoi on ne ferait pas… ? » Tu vois ce que je veux dire ? Nous ne faisions que suivre la tendance musicale, et nous nous sommes demandé : « Pourquoi fait-on ça ? » Nous avons vraiment réévalué ce que nous voulions faire. Ce n’était plus une question de : « Tout le monde fait ça, donc il faut qu’on le fasse. » Nous n’étions plus des lèche-bottes, nous faisions exactement ce que nous voulions.

As-tu l’impression qu’à notre époque les gens ont tendance à suivre le troupeau aveuglément, sans se poser suffisamment de questions ?

Ouais, probablement. Je plaide moi-même coupable. Tout le monde l’est, je pense, plus ou moins. Il est certain que, particulièrement dans le rock et le metal, il y a plein de groupes de nos jours qui ne m’intéressent pas du tout. L’idée d’écouter la radio, et de vouloir sonner comme un groupe qu’on vient juste d’entendre à la radio, est un petit peu étrange. Je trouve que c’est cool d’avoir sa propre approche des choses. Ceci étant dit, les scènes musicales qui ont été engendrées par le passé ont été très utiles. Le punk était constitué de groupes qui essayaient de se copier les uns les autres, mais des choses extraordinaires en sont ressorties, et c’est vraiment cool. Mais, pour ma part, il y a plein de trucs stylistiques que je n’aime pas et que beaucoup de groupes font de manière standard. D’un point de vue créatif, le monde se porterait mieux si les gens se souciaient moins de ce que les autres pensent de ce qu’ils font. Selon moi, ça explique en partie pourquoi les gens jouent certains types de musique ; ils ne sont pas aussi critiques qu’ils le devraient.

Vous considérez-vous comme des rebelles ?

Bien sûr ! Ouais, pourquoi pas [rires]. Je le crois. Je pense que c’est le sentiment : « Bon, j’emmerde les autres. On va faire ça et on se fiche de savoir si vous aimez ou pas. » Etrangement, c’est cette démarche qui nous a le mieux réussi pour tous nos projets musicaux. Peut-être que se ficher des autres et se contenter de faire son propre truc est la bonne voie à suivre. Et c’est plaisant : quand tu sais que tu as fait quelque chose exactement comme tu voulais le faire et que les gens l’apprécient, ça fait beaucoup de bien.

Dirais-tu que le fait d’avoir une identité propre est la valeur la plus importante qu’un groupe doit viser dès le départ ?

Ouais, je le pense. Pour notre part, nous avons une vraie identité en tant que trio. Je n’ai jamais été dans un groupe avant où j’avais le sentiment que l’identité de celui-ci était autant liée aux trois personnes qui le constituent. Je compose les chansons seul, plus ou moins, et les gars ont fait les clips seuls, mais tout se façonne mutuellement. Nous nous nourrissons tous de cette énergie qui émane de nous trois, de la musique que nous aimons, des blagues que nous faisons, des vêtements que nous portons… Tout sert à nourrir cette chose qui est plus grande que nous trois.

Est-ce plus facile pour vous d’avoir cette identité en étant seulement trois membres dans le groupe ?

Ouais, peut-être. C’est étrange, car maintenant, je ne pourrais pas m’imaginer être dans un groupe avec plus de gens. Trois, c’est parfait. Car s’il y en a quatre, quand un désaccord survient, on peut se retrouver avec deux équipes de deux, alors qu’avec trois, on peut toujours s’en sortir car c’est toujours deux contre un [petits rires].

Vous êtes de Londres. La culture de cette ville a-t-elle eu une grande influence sur vous ? Tant de groupes et de scènes musicales, comme la culture punk, sont nés là-bas, donc comment arborez-vous cet héritage ?

C’est quelque chose que nous n’avons jamais vraiment considéré mais à Londres, nous avons beaucoup de chance. Il y a plein de salles sympas où on peut jouer quand on est un nouveau groupe. Ce n’est pas avant que nous ne commencions à tourner et à voir d’autres villes que nous en avons eu conscience : « D’accord, dans cette ville, il n’y a qu’une salle où on peut jouer, alors qu’à Londres, il y en a un paquet. » Le fait d’avoir l’infrastructure à Londres pour soutenir de nouveaux groupes et artistes, c’est énorme ; ça nous a beaucoup aidés. Musicalement parlant, à Londres, il y a de tout. C’est tellement étendu et vaste, ce n’est pas comme s’il n’y avait qu’un pub où se rend tel type de personnes, puis un autre où se rend tel autre type de personnes, non, tout le monde se mélange. La plupart de mes amis n’aiment pas vraiment le rock et le metal. Parmi notre groupe d’amis restreint, Billy et moi sommes les seuls à s’y intéresser, donc c’est pour ça que nous avons un groupe ensemble. Nous ne traînons pas avec un tas de gars qui sont à fond dans Van Halen ; il n’y a que Billy et moi [rires].

Quand vous avez commencé à jouer dans des festivals rock et metal, apparemment vous n’étiez pas sûrs si vous seriez acceptés par le monde plus rock. Tu as déclaré : « Quand on ne se produit pas dans ce genre de concert, on imagine des gars portant des ceintures avec des balles et des vestes en cuir, les bras croisés, à secouer la tête. » Est-ce quelque chose que vous craigniez ?

Initialement, je crois que oui. Mais désormais, c’est quelque chose que j’apprécie beaucoup. Nous avons joué au festival Bloodstock au Royaume-Uni, c’est vraiment un super festival – c’est généralement un festival assez heavy – et nous avons commencé notre concert avec une chanson qui s’appelle « Entombed » qui a un gros riff au début. Nous voyions ces gars avec des vestes de guerre, plein de patchs, de longs cheveux, de la barbe, debout fronçant les sourcils, et ensuite j’ai commencé à chanter et ils sont partis [rires]. C’est marrant… Pas de problème ! De toute évidence, ça n’allait pas leur plaire, mais que peut-on y faire ? C’est évidemment mieux de jouer devant des gens qui t’apprécient, mais… Je pense que la communauté rock a été bien plus accueillante que nous pensions qu’elle le serait. Encore une fois, nous ne savions pas de quel type de scène nous ferions partie. Nous étions juste concentrés sur ce que nous faisions, sur notre travail. Il se trouve que la communauté rock a été très positive, très accueillante. Je pensais que tout le monde dans la commuté faisait des vocaux criés, chantaient haut perché et tout ça, et que les gens n’allaient pas aimer ce que nous faisons… Mais, généralement, ça a été plutôt bien. Evidemment, il y a des gens comme ceux du Bloodstock qui n’ont pas accroché, mais globalement, il y a des gens qui accrochent et c’est sympa.

« Ces gens sont là [en faisant semblant de crier] : “Faites un putain de wall of death !” Mais si c’était moi, je serais là : “Euh, excusez-moi, peut-être que faire un petit wall of death ça serait pas mal, non ?” [Rires] Donc je ne crois pas que je serais très convaincant. »

Est-ce qu’il vous arrive de lancer des pogos, wall of death, etc., durant vos concerts, comme ils le font dans le metal ?

[Petits rires] Je ne pense pas que les gens le feraient même si je le leur demandais. Je ne suis pas très convaincant ! Ces gens sont là [en faisant semblant de crier] : « Faites un putain de wall of death ! » Mais si c’était moi, je serais là : « Euh, excusez-moi, peut-être que faire un petit wall of death ça serait pas mal, non ? » [Rires] Donc je ne crois pas que je serais très convaincant. Ce serait super. Si quelqu’un avait envie de faire un wall of death durant un de nos concerts, nous en serions ravis. Tant que personne n’est blessé, c’est cool.

Tu as aussi dit que vous vous retrouviez toujours sur des affiches où vous êtes « soit le groupe le plus heavy, soit le plus calme ». Vu comme votre musique est inclassable, est-ce une malédiction ou une bénédiction lorsque vous vous produisez ou même pour obtenir des dates ?

C’est un peu des deux, pour être honnête. C’est le genre de situations où les gens se demandent : « En ouverture de qui peuvent-ils jouer ? » C’est vrai, les gens disent rarement : « C’est le groupe parfait pour ouvrir pour nous. » Je pense que CKY était un groupe qui convenait bien ; Kevelertak aussi. D’un côté, nous nous disons aussi : « Vu que qu’on a tous ces éléments différents dans notre musique, peut-être qu’on peut ouvrir pour plein de gens. » C’est ce que nous avons essayé de faire jusqu’à présent : CKY, Kvelertak, Creeper, Monster Magnet, tous ces groupes différents avec lesquels nous partageons un peu d’ADN, j’espère. Ainsi, quand les gens viennent voir nos tournées, on voit des gars porter des T-shirts de Monster Magnet, un gars avec du Kvelertak, un gamin dans un T-shirt de Creeper… Avec un peu de chance, nous avons la possibilité de voler des fans à tous ces gens. Mais on verra…

Avec quel groupe aimeriez-vous jouer ?

Je ne sais pas ! Enfin, je suis un grand fan de Weezer. J’adorerais jouer avec Weezer. Mon moi de seize ans en serait heureux, si jamais nous parvenions à faire ça. Donc ça serait plutôt cool.

En dehors de la musique, vous vous êtes également fait connaître pour avoir créé des mèmes assez viraux en rapport avec le football. A propos de ces mèmes, tu as dit que vous vouliez « capturer la douleur d’être des fans anglais ». Peux-tu nous parler de votre passion pour le football ?

Billy et moi sommes de grands fans d’Arsenal. Will est un fan des Bristol Rovers. Nous nous sommes beaucoup intéressés à la Coupe du monde également, et ça nous a rendus complètement dingues. Alors Will a eu cette idée de faire un mème idiot, car nous trouvons que l’Angleterre s’est pas mal débrouillée durant la dernière Coupe du monde, c’était très excitant. Ça a fait beaucoup de bien d’être à Londres à ce moment-là, tout le monde était ami, tout le monde était excité. Il a fait ce mème où Neo du film Matrix évite les balles, car toutes les équipes dégageaient les unes après les autres, l’Allemagne, le Portugal, etc. Ce mème a très bien marché ; il est devenu viral au-delà des fans du groupe. Nous aurions dû mettre notre logo dessus ! Car les gens l’ont vu, et ils étaient là : « Oh, c’était vous ? » « Ouais, c’était nous ! » Mais sur le moment, ils n’en savaient rien du tout. C’était juste une vidéo idiote que Will avait faite et mise en ligne. Will a même été interviewé sur une radio de sport, et il était là : « Je joue dans un groupe qui s’appelle Puppy ! » [Rires] C’était très bizarre !

L’Angleterre possède l’un des plus grands championnats de football au monde et pourtant l’équipe nationale a galéré ces dernières années à gagner des tournois internationaux. Comment l’expliques-tu ?

Je pense que l’infrastructure, pour ce qui est de développer des joueurs, n’est pas aussi bonne qu’à l’étranger. Si tu regardes les deux meilleurs clubs dans le championnat, on y retrouve un nombre relativement réduit de joueurs anglais. Et si tu regardes à l’étranger, il n’y a pas de joueur anglais. Je suppose que c’est lié à l’infrastructure. Je pense qu’il y a un autre type de culture autour du football en Angleterre ; peut-être qu’ailleurs en Europe et dans le monde, ils encouragent d’autres styles de jeu. Billy pratique le football, moi pas, donc je suis sûr qu’il aurait une réponse très détaillée à te donner. Mais c’est marrant, je ne sais pas pourquoi. Même les équipes anglaises de 2002, et 2016, étaient de très bonnes équipes sur papier, pourtant elles n’ont pas été capables de jouer ensemble lors des Coupes du monde : trop d’ego, trop de… Je ne sais pas !

L’année dernière, l’Angleterre a surpris les gens en atteignant les demi-finales. L’équipe anglaise a continué quelques mois plus tard en atteignant le carré final dans la League Des Nations. Etiez-vous également surpris ou bien l’avez-vous vu venir ?

Nous étions extrêmement surpris ! Nous ne l’avons pas du tout vu venir. Tout le monde était excité parce que, pendant un temps, peut-être qu’un des problèmes était que l’équipe de football anglaise était trop centrée sur des célébrités ; il y avait tous ces grands noms, Jarrod, Lampard, Ferdinand, Terry, Rooney, tous ces noms connus qui, sur papier, devraient être très bons mais ne fonctionnaient pas pour je ne sais quelle raison. Et puis, quand Gareth Southgate est arrivé en tant qu’entraîneur, il a constitué une équipe, il y avait évidemment Harry Kane et ce genre de personnes, mais globalement, ce n’était pas une équipe de stars, par exemple Rooney n’y était pas… C’était palpitant, c’était rafraîchissant. C’était ça qui était cool. Ce n’était pas juste les mêmes mecs qui débarquaient encore, donc c’était excitant. En fait, s’ils se sont si bien débrouillés et ont si bien joué en équipe, c’est peut-être parce qu’il y avait moins d’ego, ou peut-être parce qu’ils étaient mieux managés ; Gareth Southgate était très cool. C’était super !

Interview réalisée en face à face le 25 janvier 2019 par Alexei Molin.
Fiche de questions : Philippe Sliwa & Nicolas Gricourt.
Retranscription : Alexei Molin
Traduction : Alexei Molin & Nicolas Gricourt.
Photos : Georgia Rawson (1), Steve Brown (2 & 4) & Nick Suchak (5).

Facebook officiel de Puppy : www.facebook.com/puppyvybes

Acheter l’album The Goat.



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