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Pure Fucking People 3 trouve les mots et la formule


« Pure Fucking People, le livre que peut-être tu es dedans ! » Surtout si tu es allé traîner tes baskets au Hellfest, au Raismes Fest ou au Sonisphere en 2012.

Depuis 2010, le dessinateur, sérigraphiste (on lui doit certaines affiches pour Lofofora, The Arrs ou pour le festival MFest à Tours) et auteur de bandes dessinées (In The Name Of, Missing, etc) Will Argunas arpente les festoches français pour en ramener quelques beaux portraits de cette faune sauvage (mais pas trop) et bigarrée (mais avec une préférence pour les tissus noirs) que forment les metalleux et sa sous-espèce : les festivaliers. Sont ainsi nés les recueils d’illustrations devenus annuels Pure Fucking People, artbooks se voulant « un hommage aux festivaliers », en même temps qu’une « sorte de reportage silencieux, du documentaire en dessin ». Et après une campagne Ulule lancée en janvier (comme il l’avait fait en 2012 pour le volume 2) et bouclée en quarante jours pour financer ce livre entièrement auto-édité (toujours trop à part pour les maisons d’édition), voici le numéro 3 disponible depuis quelques jours, imprimé à 500 exemplaires, dont certains sont déjà partis orner les bibliothèques de tous les donateurs qui ont offert vingt euros ou plus dans cette campagne de crowdfunding.

Et ce Pure Fucking People 3 en offre aussi plus que dans les deux premiers opus. A commencer par du texte. Dans ses deux premières moutures, PFP, en 64 pages, pouvait parfaitement se feuilleter en quelques courtes minutes puisqu’il ne s’agissait que de dessins et de titres en forme de très courtes légendes. Cette fois, chaque dessin bénéficie d’un paragraphe (jamais moins de trois lignes) de la main du dessinateur. Une des nouveautés qui a rendu ce volume plus gourmand en temps mais qui permet de mieux honorer chaque page : l’auteur souligne par les mots la tendresse qu’il a pour ses sujets, ainsi que ces détails qui ont pu le motiver dans le choix même de l’image ou ceux que lui-même n’avait pas repéré au premier coup d’œil sur la photo qui sert de support.

Des textes qui permettent aussi de mieux comprendre sa démarche et sa méthode : c’est parce qu’il n’est pas un assez bon photographe pour retranscrire avec cet outil ses aventures en festivals qu’il reprend les clichés qu’il a pu y capter pour les transformer via sa palette graphique. « Transformer », ce doit être le terme le plus approprié car, par cette méthode, les modèles de ses portraits quittent leur statut de simples sujets de photos pour devenir des personnages (tout en restant parfaitement réalistes) entre les mains du bédéiste. Car Will Argunas ne se contente pas de ne faire qu’un calque ; ça ne s’improvise pas et ça ne s’obtient pas avec un peu de papier calque de rendre certaines textures (tissus, fourrure, plastique mouillé, boue) avec autant de réalisme, ou de donner à l’image photographique un supplément d’âme, d’abord en choisissant de garder un regard, une expression, un décor (bien souvent réduit à un fond blanc ou quelques touffes d’herbes pour représenter une scène extérieure mais parfois plus détaillé pour mieux apprécier la situation). Des choix qui parfois se comprennent aussi mieux grâce à la légende accompagnant l’image et qui fait ressortir le sens de l’effort réalisé pour faire apparaître ces détails quasi anodins (comme des motifs sur un caleçon, un chapeau, dans les cheveux, etc) mais que l’artiste met un point d’honneur à représenter en dessin.

Même quand le sujet n’est pas des plus intéressants, ou plutôt pas aussi intéressant qu’il aurait pu l’espérer. Et c’est là qu’arrive la deuxième nouveauté de ce PFP3 : les doubles pages mettant en scène un ou plusieurs personnages, comme cette danseuse du Sonisphere qui, en un seul dessin, présentait peu d’intérêt, mais en démultipliant cette figure, dans ces différents mouvements, qui s’anime et donc gagne en âme (anima en latin), et devient, même sans qu’on voit son visage, l’un des personnages les plus charismatiques de ce livre.

Will Argunas est parti d’une bonne idée en 2010 avec ses Pure Fucking People, ses portraits de metalleux en festival, galerie d’hurluberlus, parfois, mais toujours d’humains plein de vie (même quand ils ont l’air un peu crevés ou éteints) et de joie, réunis dans un recueil dans lequel on retrouve avec le sourire ces figures familières pour les dizaines de milliers de fans de metal avec lesquels ils partagent leurs weekends chaque été. Mais avec ce troisième volume il a trouvé, avec ces nouvelles idées, une formule qui le fait sortir d’une condition d’artbook qu’on feuillette, qu’on montre à ses potes (peut-être parce qu’on est dedans en plus), mais dont on ne prend pas forcément le temps ainsi d’apprécier le travail effectué pour ce résultat. Et effectivement, pour retenir plus l’attention, l’auteur doit fournir plus de travail. Ce qui mérite donc d’être encouragé. Pour le prix moyen d’un CD (15€), on a l’autre versant de la musique : les fans, dépeints par un fan, fan de ces fans, ces Pure Fucking People. Et peut-être que, ainsi soutenu, pour le numéro 4, Will Argunas pourra passer encore à l’étape supérieure : fournir un volume plus grand (on en parlait encore l’année dernière) et intéresser des éditeurs, séduits par la popularité de la démarche.

Pour aller plus loin :

Site internet de Will Argunas : willargunas.ultra-book.com
Will Argunas sur Facebook

Pour vous procurer Pure Fucking People 3



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