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Chronique   

Puscifer – Existential Reckoning


Si on pouvait douter de Tool et de sa volonté de sortir un nouvel album il y a peu, impossible de mettre en cause l’investissement de Maynard James Keenan dans ses autres projets. Lorsque Tool et A Perfect Circle se taisaient, Puscifer prenait le relais. Initialement conçu en 2002 d’après un groupe fictif d’une émission intitulée Mr. Show, l’objectif de Puscifer était de mêler théâtre et musique et de permettre à Maynard de s’exprimer d’une manière radicalement différente. Puscifer a démontré des qualités musicales uniques en son genre, présentant la versatilité d’un chanteur à la personnalité insondable. Il est un véritable melting-pot d’influences musicales, une agrégation d’éléments pop, folk, électro et rock qui profite toujours de la qualité d’écriture de Maynard. Il est la facette la plus extravertie du frontman, qui incite moins à réaliser une introspection qu’à appréhender une forme de satire. Nul doute qu’en ces temps troubles, Puscifer a plus de matière que nécessaire. Existential Reckoning est le quatrième opus de la formation, présenté sous la forme de documents étatiques déclassifiés évoquant des enlèvements d’aliens. Puscifer s’amuse en somme des théories conspirationnistes issues de la zone 51 et de la fascination pour les manifestations de vie extraterrestres. C’est surtout et avant tout l’occasion de rebattre toutes les cartes en matière d’orientation musicale.

Existential Reckoning est à nouveau le fruit d’une collaboration avec Matt Mitchell (anciennement technicien guitare de Tool) et Carina Round. Ils sont les agents chargés de retrouver un certain Billy D., présumé enlevé par des extraterrestres. Pour le retrouver, il faut faire fi des méthodes traditionnelles et créer une passerelle entre la « technologie et l’intuition, explorer le mycélium métaphorique entre les mathématiques et la passion, l’art et l’ordre, l’espoir et la preuve ». Un programme nébuleux. Une mise en scène qui s’exprime musicalement par un recours à de très nombreux arrangements électroniques, parfois minimalistes. Existential Reckoning délaisse une grande partie de ses influences rock alternatif, à l’instar d’un « Remedy » sur Money Shot (2015). Il conserve ses affects pour une musique électronique feutrée extrêmement mélodique. « Bread And Circus » démontre que la colonne vertébrale de Puscifer reste avant tout le travail sur les voix, Maynard et Carina multipliant les enchevêtrements et les changements de tonalité. Sur le plan de l’interprétation, Existential Reckoning atteint une autre dimension. La conclusion « dramatique » et fluide de « Bread And Circus » en opposition avec le placement rythmique qui le précède illustre cette capacité à intégrer des phrasés diamétralement opposés au sein d’une même composition. « Apocalyptical » rappelle l’électro ambiguë de « DoZo » de « V » Is For Vagina (2007). Il y a quelque chose de dansant et de malsain chez Puscifer. Parfois, il est faussement léger à l’image de « The Underwhelming », de cette ligne de basse sautillante et de ces arrangements de guitares inspirés de l’excentricité de Josh Homme au sein de Queens Of The Stone Age. Face à une approche plus organique, Puscifer propose le négatif : « Grey Area 5.1 » multiplie les samples et brille encore une fois par ce contraste omniprésent entre une certaine aridité de la musique et la chaleur du timbre de Maynard et Carina.

La puissance d’Existential Reckoning provient de ce sentiment d’imprévu. Les compositions ne permettent pas d’anticiper, les quelques notes machinistes de l’introduction de « Theorem » ne donnent aucun indice quant à l’évolution brusque de la chanson. Parce qu’il nous empêche de créer une attente, Puscifer ne déçoit jamais et finit par ravir. Tout est prétexte à ciseler un ensemble mélodique accrocheur. Il s’agit de la pesanteur d’un « Bullet Train For Iowa » auquel Maynard confère toutes les respirations, de la force mélancolique d’un « Personal Prometheus » seulement soutenu par un beat minimaliste et quelques notes éparses de guitare et de piano. Si l’approche parfois bruitiste d’Existential Reckoning a de quoi rebuter, il reste ingénieusement construit. Parfois il embrasse pleinement des boucles de groove avec « Postulous » ou « Fake Affront » et ses « shut the fuck up » chantés avec une délicatesse rare. En d’autres occasions il laisse seulement la voix s’exprimer. La conclusion de « Bedlamite » répète avec insistance « it’s gonna be alright » avec une certaine résignation. Puscifer n’est ni sérieux, ni enjoué ou drôle. Il est tout à la fois et impossible à dénouer.

Existential Reckoning est peut-être plus austère que ses prédécesseurs, abusant de sonorités étranges, de rythmiques épurées et de mélodies discrètes. Pourtant il s’en dégage une force évidente. Il surprend à chaque instant et rappelle que Maynard, malgré son goût pour une théâtralité étrange et le second degré, n’abordera jamais la musique de manière frivole. Les lignes de chant rivalisent d’ingéniosité, bénéficiant de cette alchimie rare entre Maynard et Carina. Comme si Puscifer réussissait à créer ce pont entre la rationalité froide de sa musique et l’intuition pure. Comme s’il avait trouvé une solution qui nous échappe.

Chanson « The Underwhelming » :

Clip vidéo de la chanson « Apocalyptical » :

Album The Isolation Tapes, sortie le 30 octobre 2020 via Alchemy Recordings. Disponible à l’achat ici



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