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Puscifer, l’échappée belle de Maynard


Deux reprises, deux inédits et trois remixes pour un EP avec son projet « solo ». Au moins existe-t-il une production certaine de Maynard James Keenan en 2013. Et cela suffit à éveiller la curiosité de la communauté musicale, ce qui montre clairement l’attente placée autour du chanteur de Tool, qui multiplie les sorties de Puscifer depuis 2007. Un projet inclassable qui a beaucoup évolué depuis ses débuts, passant d’un projet solo servant le « subconscient créatif » de Maynard, à un regroupement d’artistes issus d’horizons différents autour de titres novateurs et variés.

Si l’envol de Puscifer en tant que groupe n’arrive finalement qu’en 2011 avec Conditions Of My Parole grâce à une tournée pour soutenir l’album et une participation constante de plusieurs autres artistes sur l’opus, une identité de groupe s’est peu à peu formée. Mat Mitchell (basse, guitare, production), Josh Eustis (guitare, clavier) voire Carina Round (chant) forment désormais un noyau musical solide pour défendre en live les nombreuses idées qui fourmillent dans la tête de Maynard. Et les plus saugrenues au premier abord. Comme reprendre le monument de Freddie Mercury et Queen, « Bohemian Rhapsody », par exemple. Dans l’histoire de la musique, les reprises de chefs-d’œuvre ne présentant que peu d’intérêt sont légion.

Mais que ce soit avec Tool, A Perfect Circle ou Puscifer, Maynard James Keenan a toujours donné la part belle aux reprises. Au choix, il reprend un morceau d’un groupe qui l’a fait rêver ou l’a fortement influencé, comme « No Quarter » de Led Zeppelin (avec Tool). Ou alors il réalise carrément un album de douze titres dédié à cette discipline (l’album de reprises Emotive, avec A Perfect Circle). Donc pourquoi craindre de se lancer dans un tel défi vocal ? « J’ai vraiment apprécié de voir comment ils avaient approché les arrangements de la signature vocale. Cela a été une très grande source d’inspiration. », a-t-il récemment déclaré au magazine Spin. Au contraire de nombreuses reprises qu’il a pu faire dans le passé et qui évoluaient dans un contexte musical éloigné des versions originales, la reproduction de « Bohemian Rhapsody » s’est voulue la plus fidèle possible, et la performance vocale des plus travaillées et abouties. Peut-être parce que cette chanson représente pour lui « la pierre angulaire d’une enfance », c’est l’idée de cette reprise qui a guidé la naissance de ce nouvel EP. Autour de laquelle se greffent des morceaux très représentatifs de cet univers Rock aux accents électroniques qui caractérise Puscifer. Des ambiances et rythmiques Trip-Hop, arrangements Rock plus traditionnels et la voix, évidemment mise en avant.

Au registre des surprises, l’auditeur a aussi droit à une autre cover, celle des icônes du Heavy allemand Accept et leur « Balls To The Walls ». Maynard a été subjugué par le potentiel de cette chanson. Ou plutôt son potentiel humoristique: « Mais quelle chanson délirante. Je ne sais même pas de quoi ils parlent. [...] Je me suis dit qu’il fallait qu’on la fasse. » Il ne faut pas oublier que Puscifer a une forte dimension théâtrale et ironique. C’est, en live, une sorte de comédie musicale mettant en scène les membres du groupe accoutrés comme au théâtre. Maynard met en effet un point d’honneur à faire de l’humour au troisième ou quatrième degré avec les titres, humour que l’on retrouve aussi sur les pochettes d’album et d’EPs (il suffit de voir celle-là).

Pas de comédie en revanche sur le titre « Dear Brother », quand il s’agit de rendre hommage à des personnes défuntes il y a peu et que Maynard regrette, comme le Beastie Boy Adam Yauch ou l’un de ses amis qui faisait partie d’un groupe qui a ouvert pour Puscifer lors de la dernière tournée (Edward Willie d’Uncle Scratch Revival). Les remixes, par Drumcell et Denton, notamment, évoquent eux un univers Electro ambiant et sombre proche de Lustmord, un artiste dont Maynard est un fervent admirateur, et qui avait notamment Å“uvré sur le premier EP de Puscifer. Soit au total, un ensemble cohérent de titres qui met en exergue plusieurs sensibilités musicales, et de l’émotion, surtout, à travers la voix de celui que tant attendent au virage de sa carrière avec Tool. Mais le fait de pouvoir manier Puscifer au gré de ses envies correspond sûrement plus à l’état d’esprit actuel du frontman. Le présent de Maynard, c’est Donkey Punch The Night, un propos musical à part entière, bien plus qu’une parenthèse personnelle.

EP Donkey Punch The Night, sortie le 19 février 2013 via Puscifer Entertainment



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