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Nouvelles Du Front   

Quand l’Académie Française ouvre ses portes au Rock’n’Roll


« … Etablir des règles certaines de la langue française, de la rendre la plus parfaite des modernes, et non seulement élégante, mais capable de traiter tous les arts et toutes les sciences. » Telle était l’une des volontés originelles de ceux qu’on appelle les Immortels lorsqu’ils créèrent le dictionnaire de l’Académie Française. Et comme tout vient à point à qui sait attendre, les illustres lettrés se penchent aujourd’hui sur cette étrange et étrangère notion qu’est le rock’n’roll.

Certes, intégrer ce mot au registre plus de soixante ans après son apparition peut prêter à sourire, mais il faut savoir qu’un tel cycle est tout à fait normal dans la sphère académicienne. En effet, ce cercle fermé n’a jamais eu tendance à se précipiter dès qu’un jeune vocable faisait son nid dans l’Hexagone, de surcroît s’il était d’origine anglo-saxonne. Pour ce faire, il convient que le terme s’établisse dans la durée, non seulement dans le langage oral du peuple, mais également et surtout dans une utilisation écrite globale et reconnue. De plus, inutile de dire que l’intronisation d’une nouvelle recrue au sacro-saint dictionnaire peut générer des débats sans fin dont la vélocité d’exécution n’est pas des plus éclatantes. Excédé par ces sempiternelles méditations collectives, Molière lui-même s’était exilé de ce club honorifique.

D’autre part, pour accepter un mot, il faut en accepter l’idée, et c’est là où cette nouvelle est pour le moins réjouissante. Malgré une politique d’exception culturelle souvent agressive et une fréquente mise à l’écart des musiques saturées, le rock’n’roll a réussi au bout d’un demi-siècle à poser ses bagages dans le bastion ultime de l’intellect français. A l’instar de l’éclosion de multiples festivals rock ou metal, cette décision est révélatrice de l’ouverture progressive des œillères dont se sont longtemps parées les institutions culturelles nationales.

Légèrement plus calés en littérature qu’en rock’n’roll, les académiciens ont eu la circonspection de faire appel à un adepte du genre pour rédiger leur définition, en la personne de Daniel Filipacchi. Ce dernier, éditeur reconnu, président d’honneur d’Hachette Filipacchi Médias, porte-étendard de la génération yéyé dès la fin des années 1950 en créant la vague médiatique Salut Les Copains et permettant ainsi l’invasion en France du rock’n’roll, aura donc la lourde tâche de cerner les multiples définitions et spectres de ce mouvement musical. Qui est aussi un phénomène social, un adjectif, une interjection (avec plein de points d’exclamation derrière), et même un verbe (rock’n’roll désignant notamment, à l’origine, en argot américain, l’acte sexuel), c’est à se demander donc s’il ne mériterait pas son propre dictionnaire.

En intégrant le rock’n’roll au dictionnaire, l’Académie Française prouve donc, lentement mais sûrement, que « l’exception culturelle française » peut évoluer et élargir son champs de vision. Qui sait, peut-être que d’ici quelques décennies les petits-enfants metal, punk, grunge, et autres cousins en core viendront rendre visite à leur ancêtre anobli.

Source : Le Figaro



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  • François dit :

    Excellent article.
    Félicitations pour votre plume.
    C’est toujours un plaisir de lire vos articles et plus largement de parcourir ce site.
    Tous mes encouragements. 🙂

    [Reply]

  • Excellent article.
    La langue Française étant une langue vivante, il est évident qu’elle connaît peu à peu des évolutions, effectivement déterminées par les Immortels, le dico faisant office de loi en la matière.
    Le fait que ça prenne du temps, c’est tout à fait normal, car comme vous le précisez dans l’article, si l’on devait ajouter au dictionnaire n’importe quel néologisme dès qu’il apparaît on n’en sortirait plus. L’usage crée la langue.
    D’ailleurs pour ceux que ça intéresse, un bouquin très intéressant traite de l’évolution de notre langue ainsi que celle de l’Académie Française : Zéro Faute de François de Closets.

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