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Live Report   

Quand le Metal se joue des dogmes et des frontières


Les Français de Klone et The Mars Chronicles se sont immiscés dans l’une des tournées les plus excitantes de cette année. Bien plus que des faire-valoir, les Klone ont l’occasion, un an après une tournée réussie avec Gojira, de tester leur répertoire auprès d’un public européen qui les connait de mieux en mieux, et au sein d’une tournée originale regroupant Orphaned Land, fer de lance du metal israélien et Khalas, surprenant groupe palestinien. Les deux réunis sur la même tournée, le symbole est fort, on vous en parlait d’ailleurs dès l’annonce de celle-ci, et c’est également un moyen pour les deux groupes français de vivre une forte expérience humaine et d’avoir un potentiel d’audience plus important, dû à cette affiche pas tout à fait comme les autres.

Nous avons eu la chance d’assister à l’une des dates de cette tournée dans la très jolie vieille ville de Porto (Portugal), dans le superbe décor post-industriel du Hard Club presque face à la mer, histoire de voir comment nos Frenchies étaient reçus dans ce coin de l’Europe, et aussi comment on y accueille une telle ribambelle de groupes.

Artistes : Orphaned LandKhalasKloneThe Mars Chronicles
Date : 31 octobre 2013
Salle : Hard Club
Ville : Porto (Portugal)

Décor industriel pour concert metallique.

Quatre groupes de ce calibre pour une quinzaine d’euros : dans un pays touché par la crise comme le Portugal, la proposition est plutôt bienvenue et rentable pour tout fan de metal ayant envie de s’en mettre plein les oreilles le soir d’Halloween. Et le Hard Club sera, au final, rempli aux trois quarts pour le set final d’Orphaned Land, ce qui fera de cette soirée une réussite au niveau de l’audience. Plusieurs surprises émailleront notre soirée à nous français avec nos habitudes françaises et nord-européennes : d’abord, ici, le premier groupe débute à 21h, la soirée quant à elle, se termine vers les 1h30 du matin ! On est loin des obligations parisiennes de terminer le concert à 23h ou des habitudes nordiques de concerts qui débutent à 19h… Ici, on prend le temps et tant pis pour les couche-tôt. Autre élément marquant : on fume toujours copieusement dans les salles, et apparemment c’est autorisé, puisque des cendriers ornent les atours intérieurs de la salle. Soit. On n’a rien contre les accros de la nicotine, mais du côté de chez nous, on n’est plus habitués à évoluer dans une vague de fumée constante, et on n’ose même pas imaginer ce qu’en pensent les chanteurs…

The Mars Chronicles devraient se souvenir de cette tournée.

Quoi qu’il en soit, The Mars Chronicles débarquent, habillés tout en blanc, et tentent de séduire un public encore peu nombreux mais qui commence à arriver. C’est la première tournée internationale du groupe, une belle opportunité pour eux de se montrer, et malgré des compositions plutôt calmes, la voix et la batterie sont clairement en avant, tant au niveau de la technicité que de l’intensité. Et vocalement, c’est du solide, dans les variations, dans le mélodique, forcément, et les Orphaned Land ne s’y sont pas trompés, déjà pour les embarquer avec eux dans leur tournée, on verra un peu plus tard comment ils y rendront plus largement hommage. Le public portugais a un peu de mal à accrocher, applaudit poliment mais n’est clairement pas transcendé. Néanmoins, il commencera à franchement apprécier la prestation du groupe sur les titres les plus agressifs du répertoire dont l’ultime « Hell Is Born» et les solos de « Constant Show ». Il manque encore au groupe de développer plus son univers scénique, mais les bases techniques sont très bonnes et les compositions plutôt accrocheuses.

Khalas : plus qu’une simple curiosité exotique.

Place ensuite à Khalas, sans aucun doute l’attraction de la soirée, évidemment par l’origine du groupe mais également par le style de metal pratiqué, bien loin des sentiers battus. Mélange de Metal, de Rock, de Punk et de musique traditionnelle arabe, Khalas prouve que le tour de la question n’a pas été fait quand il s’agit de composer des morceaux pêchus, originaux, fédérateurs et même parfois planants. Simplement une autre façon de composer, bien entendu inspirée par leurs « grands frères » d’Orphaned Land, dont le guitariste précisera qu’il avait grandi avec la musique du groupe ou encore System Of A Down, mais surtout élaborée avec une énergie différente de tout ce qui peut se faire dans le monde occidental. Et le public est surpris dans un premier temps, ne sachant pas trop vers où les titres évoluent. Mais bien vite la bonne humeur du chanteur Fahri est transmise à l’audience qui tape dans les mains et se trémousse au son de ces rythmiques entre riffs efficaces à la AC/DC, mélodies hypnotiques et samples orientaux. Les agressifs « Haz El Adalah » ou « Badek Zaafi » ou le planant, presque doom, « Inta Omri » sont autant de morceaux qui feront penser que Khalas est bien plus qu’une curiosité d’un pays où il n’y a théoriquement pas de scène metal, mais surtout un excellent groupe de scène capable de faire chavirer une foule. Le public portugais restera pourtant plutôt discret, applaudissant chaleureusement, mais sans intense débordement de joie. Pourtant l’assentiment semble général : Khalas est un groupe à revoir, sans aucun doute. Avant tout pour voyager avec eux dans ces contrées si différentes.

C’est au tour de Klone de se frotter à ce public de Porto qui n’est décidément pas porté sur le pogo mais qui grossit au fur et à mesure de la soirée. Les Poitevins débarquent avec « The Eye Of The Needle – Part 2 » et le ton est donné d’entrée : le son est gros, très bien réglé, et la prestation scénique déjà intense. Yann Ligner au chant se balance déjà de droite à gauche alors que les autres tanguent chacun sur leur barque, semblant hypnotisés par leur propre musique et emmenant avec eux cette peuplade du sud de l’Europe où quelques spectateurs connaissent les paroles des chansons. Klone, surtout depuis la sortie de The Dreamer’s Hideaway et l’intensification du rythme des tournées, a pris une dimension supplémentaire sur scène. Le son est plus gros, la présence scénique plus imposante qu’avant, le chant plus affûté… Le temps passé sur la route et en studio porte ses fruits. L’excellent « Give Up The Rest » poursuit la setlist devant un public plutôt impressionné par le professionnalisme et le son des Français… « Rocket Smoke » et « The Dreamer’s Hideaway » précéderont l’inévitable reprise de Björk « Army Of Me » où le public se montrera franchement enthousiaste devant la prestation et la qualité de cette reprise qui séduit quasiment à tous les coups. L’émotion était précédemment montée d’un cran, après que les membres des autres groupes de la soirée dont ceux d’Orphaned Land aient débarquer sur scène pour faire une surprise à Yann, le chanteur, qui fêtait son anniversaire ce soir là et qui sera franchement ému du cadeau…

Setlist de Klone :

The Eye of Needle, Part 2
Give Up the Rest
Into the Void
All Seeing Eye
Rocket Smoke
The Dreamer’s Hideaway
Army of Me

Quand le concert tourne à la fête d’anniversaire…

La salle est désormais quasiment pleine pour accueillir les Israëliens d’Orphaned Land, les vrais stars de cette soirée à l’applaudimètre. Et à raison, ne serait ce qu’au niveau du charisme, où Kobi Farhi s’impose de manière impressionnante, tel un prophète, bien que la religion est un concept qu’il répudie d’entrée. La guerre entre Israël et la Palestine ? « On n’en a rien à foutre. Notre seule religion, c’est le Heavy Metal.» C’est dit, l’accord est bien sûr général dans le public prêt à recevoir la bonne parole, celle des cinq albums du groupe et surtout du dernier en date All Is One, sorti cette année. Tunique beige, cheveux mi-longs, Kobi Farhi ressemble à la représentation que l’on peut se faire de Jésus Christ et montre qu’il a une sacrée expérience de la scène et de la vie. Il raconte comment les Orphaned Land cohabitent avec des Palestiniens, non pas dans un pays, ni dans une ville ou un monument… mais dans un bus, puisqu’ils partagent le tour-bus avec les musiciens de Khalas ! Il s’amuse avec les clichés, puisque pour inviter les gens à chanter, il n’hésite pas à leur dire : « OK, je suis juif, donc faisons un deal. Nous jouons et vous chantez. » Le public se marre et l’ambiance relâchée, le frontman sait tenir une foule.

Là où les Orphaned Land ne rigolent pas, c’est d’un point de vue musical. Plus d’une heure trente de set dans une soirée à quatre groupes, et une setlist démentielle qui tourne beaucoup autour de l’excellent album progressif Mabool et du dernier All Is One à la pochette si évocatrice de l’état d’esprit des Israéliens. Le patron sur scène, c’est aussi Yossi Sassi, le guitariste hors-norme capable de toutes les fantaisies guitaristiques, impressionnant de technique et de groove sur sa guitare à double manche, capable de faire planer avec d’incroyables passages traditionnels orientaux ou de faire sauter tout le monde grâce à de sévères riffs aux inspirations death metal. « All Is One », « Birth Of The Tree », « Ocean Land » ou un beau solo de batterie… Orphaned Land sait faire passer le public par des émotions diverses à travers son large répertoire de compositions épiques. Toujours tournés vers le partage musical, ils inviteront même Devy de The Mars Chronicles qui calmera tout le monde avec ses capacités vocales mélodiques sur « Our Own Messiah », provoquant même l’admiration de Kobi. Sans aucun doute, ce moment restera gravé dans la mémoire du jeune chanteur français. Pendant ce temps, le public est comblé par tant d’émotions, acclame toujours plus fort les bras levés, et chante a capella sur « Nora el Norra » jusqu’au bout de cette belle et douce nuit portugaise.

Sous bien des aspects, cette nuit fut enrichissante. Grâce à Orphaned Land et Khalas, qui montrent qu’au-delà des conflits subsiste une intelligence et une priorité artistique qui prend le pas sur tout le reste. Par et pour la culture. Et puis aussi par la joie de voir de jeunes groupes français qui prennent de plus en plus leur envol à l’étranger, à l’instar d’autres comme Dagoba aux États-Unis ou Hypno5e, par exemple, qui réalisent de belles tournées jusqu’en Australie. Gojira ayant décomplexé tout le monde, ces groupes élargissent leurs bases de fans partout dans le monde et Klone a profité de l’opportunité pour s’affirmer de plus en plus sur le plan international. Comme Orphaned Land et Khalas se jouent des religions, de la bêtise humaine et des conflits, Klone, The Mars Chronicles et les autres montrent que le metal français ne s’impose plus de frontière. Et ça, c’est aussi une très bonne nouvelle.

Setlist d’Orphaned Land :

Through Fire And Water
All Is One
Barakah
The Kiss of Babylon (The Sins)
The Simple Man
Brother
Birth of the Three (The Unification)
Olat Ha’tamid
Let the Truce Be Known
Sapari
Ocean Land (The Revelation)
Our Own Messiah (avec Devy de The Mars Chronicles)
El Meod Na’Ala
In Thy Never Ending Way

Rappels :
Norra el Norra (Entering the Ark)
Ornaments of Gold

Photos : Amphisbaena



Laisser un commentaire

  • …Euh « sous-culture », c’est p’têt un peu excessif, non?…
    Orph.Land, au même titre d’ailleurs que plusieurs groupes de « métal-folk » scandinaves , ça m’parle pas musicalement, c’est tout, et ça n’est pas un jugement sur la ligne « politique » du groupe israélien — qui me semble tout à fait respectable, en tout cas pour ce que je pense en avoir compris.
    Allez, « musicalement », j’retourne de ce pas écouter le dernier Ihsahn!….

    [Reply]

  • …au risque de (me) répéter — car déjà exprimé ici dans un autre article — c’est Klone le « buzz » de cette tournée, avec leur set à la fois musclé et prog, et la tête d’affiche m’a personnellement fait royalement ch…!

    [Reply]

    ian

    il te faudra du temps peut-être pour apprécier les groupes comme Orphaned Land qui pratiquent la sous-culture ^^

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