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Live Report   

Que justice soit rendue !


Dans le métro de la ligne B de Lyon en ce soir de vendredi 25 mai, des jeunes investissent les lieux en troupes, visiblement emplis de bonne humeur. En même temps, on les comprend, il fait chaud, il fait beau et démarre à peine un superbe weekend de trois jours. Il y a de quoi se laisser aller insouciant à la joie de vivre. Arrivé à l’arrêt Debourg, certains sortent, alors que d’autres frappent à la vitre du métro s’écriant : « C’est là ! Descendez tous ! ». Descend alors une foule de jeunes entre 20 et 30 ans sous un certain climat d’excitation, bouchonnant la sortie de la station. Votre serviteur se retrouve alors embarqué dans la nuée et découvre que celle-ci prend la même direction, c’est-à-dire, celle de la Halle Tony Garnier où se produit le duo électronique Justice. Ça promet.

Que vient faire Justice dans les colonnes de Radio Metal ? Vous posez encore la question ? Le talent n’a pas de frontière musicale et vous savez que nous aimons de temps à autres aller en dehors de celles qui sont les nôtres pour voir ce qui s’y trame. Et dans le cas de Justice, autant vous dire qu’il y a de la matière. Et pour ceux qui ont besoin de justifications plus pragmatiques et substantielles pour que nous osions les embarquer là où ils ne pensaient pas se retrouver en venant dans nos colonnes, sachez que ce duo francophone qui a aujourd’hui acquis une belle notoriété internationale n’a jamais caché son admiration pour les musiques rock et metal. Pour preuve les remix du « Just One Fix » de Ministry ou du « Master Of Puppets » de Metallica en clôture de show qui donnait un coup de fouet lors de leurs prestations au cours de leur précédente tournée. Il suffit aussi de voir les nombreux clins d’œil aux AC/DC, The Who ou encore Queen que l’on peut discerner dans leur dernier et excellent album Audio, Video, Disco. Ha, et puis, j’oubliais presque, sachez que Justice, le nom, vient de …And Justice For All, l’album de Metallica qui a visiblement marqué ces deux garçons.

Alors prêts, le temps d’un live report, à faire honneur au melting-pot électro de Gaspard Augé et Xavier de Rosnay ?

Artistes : JusticeBreakbot
Date : 25 mai 2012
Salle : Halle Tony Garnier
Lieu : Lyon

Bon, toi, je ne sais pas qui t’es mais je ne suis pas sûr que j’aurais eu envie de m’en souvenir…

En entrant dans la salle vers les 20h, un DJ s’attèle déjà à chauffer la salle. Malheureusement, pas des plus convaincants, il aura tout juste permis de faire patienter ceux qui sont arrivés tôt, en attendant que le reste du public investisse les lieux. A peu de choses près, le genre de DJ que l’on trouve généralement à la fête du camping, avec des mixes relativement banal. Un sentiment probablement renforcé par le look un peu bœuf et bien peu charismatique du bonhomme, malgré un vrai enthousiasme affiché.

Breakbot : le genre de mec qu’on pourrait croiser au rayon thrash metal de son disquaire.

Notre DJ laisse ensuite la main à un autre collègue se faisant appelé Breakbot. Cheveux long, sapé négligé, pas fashion pour un sou, on l’aurait davantage imaginé déambulant, une bière à la main, dans un concert de thrash underground que derrière des platines. Pourtant le bougre fait monter le ton de la soirée de manière significative avec des mix centrés sur le groove et des sonorités souvent empruntées à la soul et la funk des années 70. Un petit côté rétro pas désagréable et certainement plus parlant pour les fans de Justice ici présents. Et ces derniers ne s’y trompent pas. Ça commence à chauffer dans les premiers rangs qui réagissent avec enthousiasme aux sollicitations du DJ, surtout vers la seconde moitié de son set. Son collègue vient d’ailleurs faire une nouvelle apparition pour le seconder brièvement. Une présence anecdotique si ce n’est pour le chapeau douteux qu’il arbore – « Eh mec, t’es pas au camping des Flots Bleus ! » avait-on envie de lui hurler.

« Je jure de rendre justice au public de Justice. »

Au moment où ce DJ-set se termine, la cavalerie de sécurité est en effervescence. Justice commence son show dans plusieurs dizaines de minutes et pourtant des jeunes filles en fleurs et de jeunes hommes au minois propret dans les premiers rangs sont déjà évacués à moitié évanouis. La raison : un mélange de chaleur suffocante qui règne dans la salle et un niveau des plus élevé d’excitation. Entre la scène et les barrières de sécurité, un agent de sécurité me regarde exténué, je lui demande : « Il y a du taf ce soir on dirait ! » et il me répond : « Oui, c’est surtout qu’on a peur pour eux ! » Il faut dire que c’est la guerre là devant, les jeunes sont surexcités, compressés, moites et déshydratés. Heureusement, la sécurité s’attèle à leur fournir à boire. Deux agitateurs un peu trop virulents sont, quant à eux, dégagés du public par la force, avec quelques gifles et secousses pour calmer leurs ardeurs.

Et à ce stade, Justice n’a toujours pas commencé. La soirée risque d’être longue pour le staff de sécurité. Autant dire qu’ils ont un sacré mérite.

Le drap recouvrant le décor du groupe est retiré, les lumières baissent et le show peut enfin commencer. Neuf amplis Marshall de chaque coté de la scène, une grosse croix lumineuse au centre : sommes-nous à un concert de Black Sabbath ? Non, mais pourtant on ne peut s’empêcher d’y voir un clin d’œil, à l’instar de la pochette du premier album de Justice qui était elle-même un clin d’œil à celle du Electric Warrior de T-Rex.

Forcément, ça en impose !

Le show démarre de manière orageuse avec le lourd et inquiétant « Genesis ». Visuellement, la salle est plongée dans le noir, dominée par cette croix lumineuse entourée par les petites lumières d’un mur de diodes et autre potentiomètres. Des impacts lumineux, tels des éclairs de foudre, se produisent en adéquation avec la musique. Très bel effet lorsque les amplificateurs sont illuminés par l’arrière, dessinant d’impressionnants faisceaux quadrillés par l’obstacle. La lumière de manière générale est l’autre composante essentielle du show de Justice. Des lumières véritablement époustouflantes, entre faisceaux en tout genre, un rideau de milliers de guirlandes dévoilant d’innombrables motifs et couleurs, des tubes colorés derrière les deux DJ donnant l’illusion de bandes de volumes, etc. Difficile de rendre justice (sans mauvais jeu de mots) à la richesse et la complexité du travail lumineux dont aura fait preuve ce show tout du long.

Le premier titre s’enchaîne avec « Helix » et « Phantom, Part 1 » faisant intelligemment monter la pression. Ces deux titres sont en effet mixés avec une version épurée du refrain de « Civilization », pour un effet teaser redoutable. Ce dernier issu de Audio, Video, Disco, dernier album en date du duo, est un véritable tube : irrésistible et imparable. Tous ont déjà le chant en tête, dans les starting-blocks pour faire parler la poudre dès que raisonnera son introduction caractéristique. Ce qui arrive finalement juste après. Le teaser a parfaitement joué son rôle : « Civilization » bénéficie d’une atmosphère explosive et toute la Halle Tony Garnier est en ébullition devant cet hymne groovy et infectieux. Justice ne compte pas faire retomber la pression. Après l’avoir maintenue grâce à « Newjack » presque intégré à son prédécesseur et un « Canon » illustrant un groove funky que n’aurait pas renié, par exemple, Parliament-Funkadelic, le duo joue la surenchère en enchaînant sur « D.A.N.C.E. » et ses hommages ouverts à l’œuvre de feu Michael Jackson. Il s’agit de l’autre grand tube du duo, celui qui a véritablement fait exploser la formation électro.

Gaspard Augé (Justice)

Il ne faut pas croire que l’unique talent de Justice est celui de confectionner des tubes. Ne serait-ce que les titres issus de leur dernier disque ont de remarquable leurs influences rétro, que ce soit la soul et ses penchants disco ou le rock 70’s. Citons à cet égard « New Lands » et son intro à la Angus Young (AC/DC), la ligne de synthétiseur de « Civilization » qui évoque clairement le « Won’t Get Fooled Again » de The Who, ou cette rythmique emprunté à « We Will Rock You » sur « Parade » qui fait toujours son effet. Xavier de Rosnay descendra même pour quelques titres de son piédestal – dont l’intro de « D.A.N.C.E. » – pour rejoindre ce qui semble être un clavier Moog, dévoilé par l’ouverture en deux du rempart de façade. Jouant dos au public, face à un mur lumineux, il est possible de voir ses doigts déambuler sur les touches. Un détail appréciable dans un genre de musique dominé par les machines. C’est entre autres ce côté organique, finalement très présent dans le dernier album de Justice, qui leur permet de se démarquer et de marquer les esprits.

Parmi les grands moments, comment ne pas évoquer « Stress » – aucune chanson n’a jamais aussi bien porté son nom – qui déboule de manière dramatique et vicieuse, enchaînée au plutôt léger et jovial « New Lands ». Frissons garantis. Certaines personnes tombent d’ailleurs dans un véritable état de transe face à l’urgence du titre et les lumières rouges qui l’illustrent de manière adéquate. Citons également « Audio, Video, Disco », morceau-titre du dernier album, dernier titre interprété avant les rappels. Trois mots chantés inlassablement à plein poumon par une assistance en nage, malgré la rallonge appliquée à la durée normale du titre.

Le calme sur leurs visages… la folie en face.

Était évoqué plus tôt l’incrustation du refrain de « Civilization » dans « Helix ». Nombre d’autres titres ont également subi des transformations pour y inclure des mélanges – dont « We Are Your Friends » qui s’est incrusté sur plusieurs titres sans être véritablement joué en entier. Ces déformations, sans doute l’approche électro des jams, offrent un vrai regain d’intérêt aux titres gravés sur disque.

Côté public, les gens sautent, dansent ou portent leurs camarades sur leurs épaules. Les hommes sont torse nus, les femmes en soutien gorge pour une partie. Vers l’avant tous dégoulinent de sueur, à tel point qu’on glisse littéralement à travers la foule comme à travers des savons. Ils ne sont pas venus pour faire semblant, les bougres ! Me voyant avancer au milieu de la foule avec mon appareil photo, un membre du public me dit : « Eh bien, t’es un solide, toi ! ». Je m’apprête à lui répondre que je suis habitué puisqu’en tant normal je couvre les concerts de metal. Mais je réfléchis cinq seconde et me dit « Non, même les concerts de metal ne sont généralement pas aussi chauds ! » Je me ravise donc et lui fait un signe de la tête mimant à la fois l’approbation et l’exaspération, puis continue ma route. Autant dire que les fans de metal (et pas que, d’ailleurs) pourraient parfois bien prendre exemple sur l’enthousiasme de ce genre de public. Surtout que cette excitation est exprimée de manière bon enfant avec énormément de bonne humeur. Chapeau à un public que n’importe quel artiste rêverait d’avoir.

Charismatique, même de dos.

Il faut dire que leurs hôtes possèdent un vrai charisme. Que ce soit De Rosnay, nonchalant, la clope au bec, ou Augé avec ses cheveux bouclés long et arborant un t-shirt de Kansas. Les deux, en tout cas, sont capable d’exciter leur audience d’un seul geste de main et ça, c’est la classe.

Le show se termine avec un rappel composé de « On ‘n On », « NY Escuse » – une reprise de Soulwax qui aura fait figure de surprise – et « Phantom, Part 2 ». Sachant pertinemment qu’il s’agit de la dernière ligne droite, les membres du public donnent tout ce qu’ils ont, se vidant littéralement de toute l’énergie qui leur reste. Augé et De Resnay finissent par venir à l’avant de la scène pour saluer leurs fans qui le méritent bien, avant de repartir en coulisse.

Pas de remix metal pour cette fois, dommage pour le metalleux égaré qui espérait secouer sa couenne à un concert électro. De toute façon, là n’est pas l’essentiel des shows de Justice. Probablement que votre serviteur était seul à l’espérer car le reste de l’assistance n’était sans doute pas venu pour ça. Et ce pourquoi ils sont venus, ils l’ont eu, plutôt deux fois qu’une, en en prenant plein les oreilles, plein les yeux et bougeant leur corps comme si plus rien ne comptait. Audio, Video, Disco : une devise qui a pris, ce soir, tout son sens.

Ferveur à la messe électro

Setlist :

Toccata and Fugue in D minor de J.S. Bach joué par Xavier au Moog
Genesis (inclus des éléments de Civilization)
Helix (inclus des éléments de Civilization)
Phantom Pt.1 (inclus des éléments de Civilization)
Civilization
Newjack (inclus des éléments de Civilization)
Canon (inclus des éléments de D.A.N.C.E.)
D.A.N.C.E (intro chant et piano)
D.A.N.C.E. (mixé avec On To The Next One de Jay-Z)
Horsepower (avec intro de DVNO)
Newlands (mélangé avec l’intro de Stress)
Stress (inclus des éléments de We Are Your Friends)
Waters of Nazareth (inclus des éléments de We Are Your Friends et Helix)
Audio, Video, Disco (inclus des éléments de On’n’On)

Rappels :

On’n’On (inclus des éléments de We Are Your Friends)
NY Excuse (reprise de Soulwax, inclus des éléments de DVNO)
Phantom Pt.2 (inclus des éléments de We Are Your Friends)
Parade

Photos : Nicolas ‘Spaceman’ Gricourt

A voir également :

Galerie photos du concert.



Laisser un commentaire

  • Vous auriez du faire un report du concert de Fergie, elle a fait un duo avec Slash.

    [Reply]

  • Alors dès qu’un groupe va dire qu’il aime le metal vous allez faire un article sur eux ?

    Pourquoi les sites de metal s’evertuent-ils a faire des articles sur des groupes qui n’ont rien à voir? Juste pour dire que les metalleux sont ouvert d’esprit ? Si je vais sur radio metal c’est pour lire des trucs par rapport au metal, si je veux des news de Justice je vais sur un site electro. D’ailleurs, les sites qui parlent de musique « mainstream » ne font pas d’articles sur le metal et tout le monde se porte bien.

    [Reply]

    Spaceman

    Et tout le monde reste gentiment cloisonné dans une case, satisfait de son ignorance.

    Comme expliqué plus bas, c’est juste une question de montrer de temps en temps (ça reste quand même rare !) que des talents qui méritent qu’on s’y intéresse – en gardant ses préjugés au frigo – existent ailleurs. Histoire de s’aérer le cerveau.

    Désolé si ça fait si mal, mais c’est pour ton bien. 😉

  • Intéressante lecture (pour changer) et très surpris pour ce qui est de l’extase du public (enfin je connais pas trop leur musique) mais c’est clair que ça a dû faire plaisir aux deux gars, si y’a pas eu trop de souci au niveau sécurité 🙂

    Aura-t-on des trolls qui vont débarquer pour être éligible au no comment de lundi ? ^^

    [Reply]

  • le plus metal des groupes d’électro !

    [Reply]

    Sever

    pas d’accord du tout, écoute du hocico, combichrist et autre.

  • je suis entièrement d’accord avec toi Sever, déjà qu’on est dans un pays que coté médiatisation c rare d’entendre parler « METAL » c pour te dire, ah si tu entendras parler a un dimanche a minuit sur MTV PULSE et une fois par an sur direcstar et mcm, (moi je trouve que c du foutage de gu..le mais bon), alors si vous commencer a mettre des groupes qui font du bruit sur votre site, on a pas fini puis en plus ça me ferais de la peine car je vous suit tous les jours et j’apprécie énormément ce que vous faite. oui c vrai vous aller me dire que je m’enflamme trop vite car pour moi c pas tous les jours que vous en parlez de groupe électro, mais c que j’ai peur que ca soit une mauvaise habitude 😉

    [Reply]

  • kinchaos.groscon dit :

    quitte à mettre un live report d’électro, autant mettre une vidéo de la performance au lieu de nous laisser maugréer comme des connards. moi je connais pas alors si vous voulez nous ouvrir l’esprit allez au bout de votre pensée, non??

    [Reply]

  • je ne suis quand même pas du convaincu que justice ai sa place sur radio metal.Je ne crois pas que par ce qu’un groupe ai aimé, ou aime encore, le metal mais qui joue de l’electro mérite un live report complet sur radiometal.

    [Reply]

    Sever

    pas du tout convaincu*… un groupe a aimé… pardon

    Spaceman

    Toi tu n’as pas vu notre live report de jamiroquai. 😉 la seule justification c’est de s’ouvrir de manière épisodique a d’autres genres via des artistes talentueux. Question d’aération de l’esprit comme cela a déjà été dit par le passé. Une des particularité de notre media.

    Sever

    j’aime bien jamiroquai, il y a quelques années j’aimais bien justice, mais je ne comprend pas trop ou est le besoin de parler de groupes aussi connus et qui eux on déjà une couverture médiatique assez importante. Je veux dire on peut les voir fréquemment sur les chaines musicales, voir même sur les grandes chaines de temps en temps, pourquoi leur dédier une place ici, alors qu’il y a tant de petits groupes qui n’auront jamais le droit a ne serai-ce que 2minutes sur une chaine de télé. C’est également pour ça que je viens sur radiometal. Je trouve pas ça terrible c’est tout.

    Spaceman

    Parce que les fans de Metal on souvent des aprioris sur les genres hors metal qu’on aime casser de temps en temps. Le talent mérite qu’on en parle. Il en va de même pour les petits groupes : on en parle lorsque qu’on y voit un talent. L’un n’empêche pas l’autre.

    C’est faux ! Voici la preuve que les ptits gars comme moi et moiont aussi leur place sur Radio Metal ! http://www.radiometal.com/article/parole-aux-machines,14845

    Longue Vie à RM !

    Sever

    je t’avoue que je suis pas convaincu, après c’est un choix, je respecte

  • Un grand merci pour ces photos magnifiques ! 4eme fois que je les vois et ce fut de loin la plus intense !

    D’ailleurs pour les fans du groupe j’ai publié un remix de Horsepower disponible ici : http://soundcloud.com/djsoulmachine/justice-horsepower-soul

    Enjoy !
    Soul Machine
    http://www.facebook.com/djsoulmachine

    [Reply]

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