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Live Report   

Queen & Adam Lambert : Faire du neuf avec du vieux, tout un art


Queen + Adam Lambert, vous parlez d’une affiche ! Il y avait déjà eu Queen avec Paul Rodgers. Au moins pouvait-on créditer Paul d’une légitimité rock’n’roll, l’homme ayant œuvré au sein de Free et Bad Company. Sans résoudre pour autant le défi vocal que propose Queen. Mais Adam Lambert ? Issu d’American Idol, trente-cinq ans d’écart avec les stars de Queen, que vient-il faire ici ? Etrange association rapprochant deux époques radicalement différentes, l’une récente où la télévision est devenue une usine à produits, l’autre plus ancienne où les groupes se forgeaient avant d’être surexposés. Et l’on pense à l’association de l’huile et de l’eau. Les deux ne se mélangent pas ! Quant à l’utilisation du nom Queen, sans Freddie Mercury, sans John Deacon à la basse, elle est plutôt ambiguë. Certes, elle n’est pas nouvelle et porte tout de même deux légendes, Brian May et Roger Taylor. Trois dirons-nous avec la Red Special, la guitare de Brian. Est-ce suffisamment attractif ? Ajoutez à toutes ces interrogations un prix de place très élevé (entre 78 et 133 euros), vous aurez une soirée, disons, intrigante.

Mais laissons nos préjugés au vestiaire et entrons donc dans le Zénith parisien pour voir ce que l’autre Reine d’Angleterre peut proposer dans cette configuration qui flirte avec le « tribute band ».

Artiste : Queen
Date : 26 janvier 2014
Salle : Zénith
Ville : Paris [75]

Brian May et Adam Lambert

En entrant dans la salle, les spectateurs peuvent découvrir un immense rideau blanc flanqué du blason de Queen qui cache la scène. Devant celle-ci, une avancée conséquente qui entame significativement la fosse. Cette configuration offre évidemment moins de places…payantes. Un début d’explication pour le prix élevé des tickets ? Allez savoir.

Ce soir, pas de première partie. Certains y verront la chance d’éviter de supporter un groupe moyen pendant quarante-cinq minutes. La tête d’affiche est du coup contrainte de montrer rapidement ses talents car elle entre en scène face à un public cueilli à froid. Enfin, à froid n’est pas exactement le terme approprié pour qualifier l’audience de ce jour de janvier ; elle piaffe d’impatience en attendant le groupe et lance spontanément des applaudissements au rythme de l’hymne « We Will Rock You ». A noter que cette audience est très mixte tant en âge qu’en sexe. La Reine rassemble donc.

20H20, le groupe attaque avec « One Vision », plutôt musclé et chatoyant, enchaîne le rock et rugueux « Stone Cold Crazy » et poursuit avec « Another One Bites The Dust », disco et funk à souhait. Et Queen de nous montrer avec ces trois titres, toute l’étendue de son répertoire, toute la variété de son talent. Et « Fat Bottomed Girls » d’enfoncer le clou : ce groupe n’a que des tubes à proposer ?

Le charismatique Adam Lambert

Attachons-nous tout de même en ce début de concert à répondre à LA grande question : comment Adam Lambert s’en sort-il ? Et LA réponse est : plutôt bien ! Il est présent, assume le rôle de leader avec un grand aplomb et beaucoup de réussite. Ses tenues vestimentaires originales, son attitude sexuée amènent cette touche particulière qui forge l’impact visuel du groupe. Il ne manque pas d’humour non plus. Vocalement, difficile de rivaliser avec le chanteur original du groupe, au moins sur la puissance du chant. Même si la comparaison est vaine, elle s’impose d’elle-même, d’autant que nous le verrons, Freddie sera très présent ce soir.

« In The Laps Of The God », titre peut-être moins connu de la discographie du groupe, est joué sur une scène envahie de fumée. Ce soir, la production est soignée avec entre autres, un grand écran qui diffuse des images des musiciens. L’enchaînement avec « Seven Seas Or Rhye » est de toute beauté, vite enchaîné avec « Killer Queen » et son canapé baroque installé au bout de l’avancée de scène, au plus près du public. Adam y prendra place pour le titre bientôt rejoint par Brian. Le chanteur boira une lampée de champagne directement au goulot d’une bouteille dont il recrachera un jet sur les fans. Il n’oubliera pas non plus de rendre hommage à Freddie et de remercier les légendes Brian et Roger. Sympa et fair-play.

« Who is in love ? » demande-t-il au public. “I’m not !” répond-il avant que le groupe ne démarre « Love Of My Life ». Sur ce titre, la voix pêche, au moins au début, le final sera de meilleure facture. Mais au niveau attitude, rien à dire. Ou plutôt, si, il y a quelque chose à dire : im-pre-ssion-nant. Adam mène sa barque comme un chef, à en éclipser les autres. Il fait chanter le public, joue avec lui et la foule apprécie à juste titre. Grosse prestation sur ce magnifique morceau dont le final est de toute beauté. Quel son ! Sa qualité sera d’ailleurs une constante ce soir. Puissant et audible. Un plaisir.

Roger Taylor

Arrive alors un moment puissant, comme seuls des concerts peuvent en produire. Les lumières se font plus rares, Brian s’avance seul sur la rampe qui pénètre la fosse pour atteindre la plateforme qui la termine, éclairé par quelques poursuites. L’ovation qui monte du public, qui se met debout pour témoigner son respect pour le guitariste, est tout simplement bluffante. Et d’une telle spontanéité ! Que de frissons et d’émotions ! « Bonsoir Paris, bonsoir mes amis, bonsoir La France ! » s’adresse le guitariste aux spectateurs en français. Il évoque alors son concert avec Kerry Ellis à la Cigale, et assis sur un tabouret, guitare acoustique en main, seul face au Zénith, entame spécialement pour Paris un hésitant et confus « Chagrin d’amour ne dure…». Quel rapport avec tous ces éléments ? « Chagrin d’amour ne dure toujours » est un vers d’une romance française qui a inspiré Elvis Presley pour son « Can’t Help Falling In Love », titre du King que Brian May et Kerry Ellis ont interprété lors de leur passage à Paris en juillet 2013. Vous suivez ? A vrai dire, il y a comme une sorte de moment de flottement avec cet essai sur lequel Brian n’est pas à son aise. Mais très vite les choses reprennent leur cours normales comme le guitariste demande, toujours en français « Nous pouvons chanter tous ensemble pour Freddie ? ». Et de lancer « Love Of My Life » que les fans reprennent a cappella. Là encore, grand moment du concert, grandes émotions garanties, surtout que Freddie arrive sur scène ! Ou plutôt sur l’écran qui le projette en train de chanter le morceau. L’effet est saisissant, on croit un instant que le chanteur est réellement présent. Des « Freddie ! Freddie ! » montent du public.

Brian s’amuse ensuite à essayer de qualifier la courte perche dont il est muni à l’extrémité de laquelle deux minis caméras embarquées sont fixées. Et de demander de la lumière pour filmer le public qui exulte d’autant que les images sont directement retransmises sur l’écran. Pause assez ludique ! Les choses sérieuses reprennent quand le guitariste introduit « ’39 », histoire spatiale de vaisseaux, de voyage dans le temps, de relativité. Et pour ce voyage, souligne-t-il, il a besoin de bons pilotes. Ainsi, Roger Taylor et les autres musiciens le rejoignent sur l’avancée de la scène où les techniciens ont installé des instruments. « Voulez-vous chanter ? ». Et le public de soutenir le morceau de ses applaudissements. Sur l’écran, des images noir et blanc d’astronautes et de conquête spatiale soulignent le propos.

Brian May fait frissonner la foule

C’est au tour de Roger Taylor de prendre le micro pour chanter sur « It’s A Kind Of Magic », titre qui rappellera aux plus anciens l’époque du film Highlander, quand l’acteur Christophe Lambert était au sommet. Roger Taylor et Brian May avaient même fait le déplacement sur Paris pour l’avant-première du film ! A chaque musicien, sa mise en avant. Au bassiste Neil Fairclough d’avoir son moment à lui pour un court solo de basse et de contre-basse sur la plateforme où il se passe décidément beaucoup de choses ce soir. Et où les techniciens sont à pied d’œuvre pour que ces passages soient fluides. Neil est rejoint par Roger pour un duo basse-batterie. Pendant ce temps, un second batteur s’installe sur l’autre batterie, celle en fond de scène. Rufus Tiger Taylor prend en effet les fûts pour une « drum battle » avec Roger qui est resté seul désormais sur l’avancée de scène. Les deux batteurs jouent chacun leur tour puis de concert. Il y a vraiment beaucoup de choses qui se passent sous les yeux des spectateurs ce soir. Quand nous vous disions que la production était soignée ! Au fait, Rufus est le fils de Roger.

« Under Pressure » nous ramène parmi les tubes de Queen avec Adam de retour et Roger qui assure les parties vocales dont David Bowie se charge sur le titre original. Beau morceau avec Brian qui a rejoint ses deux acolytes au plus près des spectateurs. Les premiers rangs, collés aux barrières de sécurité, doivent se régaler. Adam est maintenant juché sur un des escaliers métalliques qui flanquent les deux côtés de la scène et attaque a cappella « Save Me ». Sur le refrain, sa voix manque de puissance pour emballer le titre qui de plus est interprété plus tranquillement que l’original. Mais quel son ! Le morceau est salué par le public qui apprécie la prestation.

Des lasers bleus habillent « Who Wants To Live Forever ». Adam s’avance sur cette plateforme que vous connaissez bien désormais et une boule à facettes descend du plafond, juste au-dessus du chanteur, projetant des lumières féériques. L’effet est magnifique. Brian se lance ensuite dans son solo, tantôt spatial, tantôt plus énervé, sûrement un peu long mais apprécié par le public. « Tie Your Mother Down » libère le Zénith de son admiration extatique du guitariste et Adam réapparaît en pantalon écossais et rangers montantes. Sur l’écran, des images des musiciens passées au filtre à effet très années soixante-dix. Adam harangue les spectateurs, les fait chanter, s’impose en « frontman » incontestable. Léger moment de flottement avant que le groupe ne lance le surpuissant « I Want It All » qui justement, ce soir, n’est pas si surpuissant. « Radio Gaga » enfonce le clou de cette impression qui se précise. A ce moment du spectacle, il y a une claire baisse de régime, de puissance. Après « Save Me » et « Who Wants To Live Forever » qui ont manqué d’allant, la suite n’a pas relevé l’impact du groupe. Par contre, Adam reste à 1000% dans son contact avec le public. Pour preuve, sa descente dans la fosse de sécurité au plus près des fans. « You’re very beautiful, thank you for singing along, it was awesome ». Effectivement, le public aura donné de la voix ! Puis Adam de s’adresser au Zénith “When you’re in love, does it make you insane? » et de demander au public la traduction française du mot « insane ». Brian prend alors la parole avec une autre question. LA question. En effet, le guitariste demande aux spectateurs ce qu’ils pensent du nouveau chanteur. L’ovation qui suit ne laisse aucun doute sur la réponse !

Grosse ovation pour Adam Lambert

« Crazy Little Thing Called Love » remet la puissance, rend au groupe sa percussion. Sur scène, cela explose de lumières ! « The Show Must Go On » maintient ce retour en forme. Le public apprécie et salue l’arrivée de « Bohemian Rhapsody ». Adam démarre le chant, Brian revient en habit de lumière, puis c’est au tour de Freddie Mercury de continuer le chant sur écran interposé. Les chœurs magnifiques et classiques parmi les classiques sont assurés par des bandes tandis que les images archi connues des quatre membres originaux de Queen sont projetées à l’écran. Le direct reprend ensuite avec Adam qui revient accompagné évidemment du reste du groupe. La batterie de Roger se soulève un instant et redescend comme le morceau reprend son calme. Impression mitigée que ce mélange de direct, de bandes, de Freddie sur écran. Certes le morceau est un classique, difficile donc de ne pas l’interpréter. Certes, les parties vocales sont tendues, difficiles à interpréter. Il est quand même dommage de recourir à des subterfuges qui cassent la magie du direct. Si l’on veut les originaux, les CDs sont là. Et d’autres titres auraient bénéficié de la voix de Freddie, nous les avons évoqués. Le public ne s’embarrasse pas de ces questionnements, aucune hésitation, il apprécie !

Il est 22H30 et la pause rappel intervient. Sur l’écran, le sigle de Queen. Dans la salle, un boucan de tous les diables. Le public est sacrément remonté qui entonne les « oh,oh,oh, oh » de rigueur. Sur l’écran, en blanc sur fond noir apparaît désormais le dessin stylisé d’une main qui brandit un crayon. Queen serait Charlie ?

« We Will Rock You » et « We Are The Champions » et sa pluie de confettis concluent logiquement un concert qui aura été d’une extrême générosité. Quand bien même le groupe aura fait du neuf avec du vieux. Imaginez, le titre le plus récent joué ce soir a vingt-quatre ans !!! Mais nous parlons ici de titres indémodables. Evidemment, Adam n’a pas la puissance vocale de Freddie Mercury et cela pêche par moments. Mais Freddie était un chanteur exceptionnel auquel il sera difficile de retrouver un équivalent. Pour autant, Adam a proposé quelque chose de vocalement cohérent et est surtout un meneur hors pair qui colle parfaitement à Queen et à Freddie, mêlant humour, dandysme et énergie. Il a largement mérité de porter la couronne ! Quant à savoir si nous avons ce soir assisté à un bon concert, la réponse est oui. Il a été long, il s’y est passé plein de choses, le son était excellent, les morceaux classiques parmi les classiques. Etait-ce un concert de Queen ? A vous de répondre.

Set List Queen
:

One Vision
Stone Cold Crazy
Another One Bites The Dust
Fat Bottomed Girls
In The Lap Of The Gods
Seven Seas Or Rhye
Killer Queen
I Want To Break Free
Somebody To Love
Love Of My Life
‘39
It’s A Kind Of Magic
(Solo de basse)
(Battle de batterie)
Under Pressure
Save Me
Who Wants To Live Forever
Guitar Solo
Tie Your Mother Down
I Want It All
Radio Gaga
Crazy Little Thing Called Love
The Show Must Go On
Bohemian Rhapsody
——-
We Will Rock You
We Are The Champions

NB : Un dernier mot aux possesseurs de smartphones, tablettes ou autres petits compacts. N’oubliez pas de baisser le bras ! Et de profiter du concert pour ce qu’il est : un instant présent à consommer sans modération mais sur place. Et si vous préférez être le roi des vidéos postées sur YouTube, dites-vous que derrière vous certains spectateurs se passeraient bien de la belle vision de votre satané écran qui est pile poil entre son regard et la scène. Mais si votre but est YouTubesque, vous ne devez rien avoir à faire des gens derrière vous !

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Galerie photos Queen.



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  • Bon alors moi je filme 1 ou 2 titres maximum par concert pour garder un petit souvenir perso (que je mets sur ytube aussi!) Je fais en sorte de me mettre dans le fond ou à un endroit ou ça emmerde personne. Et ce qui me gonfle ce sont ceux qui passent la soirée a discuter en se braillant dans les oreilles, et ils sont au moins aussi nombreux que les écrans…

    [Reply]

    Arran

    Genre discuter pendant un concert c’est mal, mais ou va le monde… c’est sur que ca doit couvrir le son du concert

    Pingujp

    Je suis pas psychorigide, mais quand c’est pendant TOUT le concert pour commenter les résultats de la ligue 1, je ne vois pas l’intérêt… D’autre part dans des salles maintenant limitées a 95 Db je peux t’assurer qu’un groupe de 7 a 8 personnes plantées 5 mètres devant la scène de Wardruna peuvent vraiment pourrir la soirée d’un grand nombre pour l’avoir vécu…

  • Qu’il assure niveau prestations vocales (après il en faut pour tous les goûts…) et en frontman ok, mais son look + ses fringues de poseurs + sa tronche, c’est vraiment pas possible quoi.

    [Reply]

  • ah…euh…ben…merci. Je viens de decouvrir que 39 parlait de science-fiction, ca fait 30 ans que j etais persuade qu il sagissait dune chanson sur les premiers colons americains.

    [Reply]

  • Pour le NB de la fin: ça devient vraiment insupportable. Hier au concert d’HammerFall au Trabendo, un abruti, la quarantaine bien tassée, a carrément bousculé 2 filles qui étaient juste à côté de moi (2ème rang), et a commencé à prendre des photos, filmer… je pensais qu’il allait reculer après, mais non, ce c*nnard restait là.
    Je lui ai demandé de dégager et de laisser les filles reprendre leur place, ce à quoi il me répond « C’est un concert, c’est normal que ça bouge! » et il continue à filmer. Je lui ai répondu que pendant un concert, on ne s’amusait pas à filmer le show en entier, et que s’il ne voulait pas bouffer son appareil photo il ferait mieux de reculer.
    Il ne bougeait pas, alors je l’ai dégagé derrière, j’ai attrapé le bras d’une fille et je les ai faites repasser devant.
    De temps en temps je jetais un œil, il restait derrière, mais il a eu le bras levé pendant tout le show, avec son APN greffé à la main.

    Ce n’est qu’une anecdote, mais ça m’a gonflé de voir à quel point on peut être crétin, surtout au point de dégager 2 filles qui ne pouvaient pas trop se défendre pour prendre leur place.

    Rien que d’y repenser, ça m’énerve. Allez, je vais me coucher. ^^

    [Reply]

    38

    J’espère que tu feras des émules, parce que moi avec mon mètre 60…

    @38: fille ou garçon? Si tu es une fille, tu peux toujours trouver un voisin qui sera prêt à te défendre si tu te fais emmerder (enfin, c’est ce que j’ose penser dans ce monde loin d’être utopique).

    D’un autre côté, je suis aussi déjà tombé sur des « petits » qui râlaient parce qu’ils étaient derrière moi dans la fosse (je fais 1,90m). Dans ce cas, désolé, mais il fallait arriver avant! Car si je laisse passer tous ceux qui sont plus petits que moi, je me retrouve au fond, il faut être logique…
    Non, ce qui m’insupporte, ce sont ceux qui font du forcing pour passer devant. On peut sauter, bouger, aller dans le moshpit… mais faire chier ceux qui veulent juste en profiter au plus près de la scène, alors non.

    38

    Fille.

    Tout pareil : je ne vais pas hurler parce que le mec devant moi est plus grand (ou alors je vais hurler intérieurement…), mais les gens qui bousculent les autres alors qu’en plus ils sont arrivés après, ça oui ça me fout en rogne.

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