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Chronique   

Queensrÿche – Condition Hüman


Queensrÿche - Condition HümanL’album éponyme de Queensrÿche sorti en 2013, le premier avec le chanteur Todd La Torre prenant place sur le fauteuil de Geoff Tate, a été incroyablement bien reçu par les fans du groupe. Pensez-vous ! L’opus était tout ce qu’ils n’espéraient plus : un retour au style du Queensrÿche des glorieuses années. Et qu’importe si l’album, dans le fond, se montrait inégal, le plaisir d’entendre le Queensrÿche qu’on n’avait pas entendu depuis bien 25 ans suffisait largement à combler les lacunes. Confortés dans leur entreprise, libérés du fardeau juridique lié aux droits sur le nom du groupe, les musiciens reviennent cette année avec le second opus du Queensrÿche nouveau. Et ceux-ci n’ont pas caché leurs intentions : camper sur une position qui semble autant leur profiter que leur procurer du plaisir. En 2014, Michael Wilton annonce la couleur : « Nous emmenons les chansons dans la direction du Queensrÿche classique mais peut-être un peu plus progressif et heavy par moments. » Le chanteur La Torre, lui, va même plus loin, égrainant des comparaisons directes avec les albums Operation: Mindcrime, Rage For Order, The Warning, etc. Si tout ça paraît être une excellente chose sur le papier, ça donne aussi le sentiment de passer un peu à côté de ce qui faisait l’une des principales forces de Queensrÿche à cette époque, à savoir la remise en question perpétuelle.

Or, effectivement, peu de remise en question n’est à constater sur ce Condition Hüman, mais au contraire, une confortable confirmation. Queensrÿche reprend là où il s’est arrêté deux ans plus tôt, si ce n’est pour une production plus ronde, plus claire et moins agressive dans les aigus. « Arrow Of Time » met immédiatement dans le bain avec ses lignes de chant haut perchées et guitares harmonisées « so eighties ». Un titre énergique et bien fichu qui n’aurait pas dépareillé sur les tout premiers albums du groupe. Idem pour « Guardian » qui hérite des mêmes qualités, avec ses riffs tricotés, sa batterie bavarde et un pont émouvant, même si le refrain pourra, lui, finir par agacer. A vrai dire, Queensrÿche est, sur la majeure partie de l’opus, en vitesse de croisière, enchaînant les brûlots heavy metal mélodieux, entre efficacité, sophistication, parfois un sentiment d’urgence (« All There Was », à la « The Needle Lies ») et émotion (la power ballade « Bulletproof » ou l’envoûtant final de « Hourglass »), dans la plus pure tradition de la soupe primordiale du metal progressif (les premiers Queensrÿche, Crimson Glory et autres Fates Warning), sans compter un La Torre plus en voix que jamais, mais aussi faisant toujours preuve d’un certain mimétisme vis-à-vis de son prédécesseur. La relative stagnation du groupe pourra au premier abord quelque peu refroidir l’enthousiasme initial de ce retour aux affaires, bien qu’on finisse, au fil des écoutes, par se laisser emporter par les qualités évidentes des chansons.

Mais c’est véritablement avec « Eye9 » qu’on commence à entrevoir une étincelle, un semblant de nouveauté par rapport à la précédente livraison, avec des couplets visiblement très influencés par Tool. « Just Us » aurait, elle, pu trouver sa place sur Promised Land, avec ses guitares folk, son ambiance légère et aérienne, ses petits rebondissements progressifs. Et enfin, la façon dont sont reliées les trois dernières pistes – « All There Was », l’interlude « The Aftermath » et la chanson éponyme – donne la sensation d’un mini Operation: Mindcrime (même si, dans les faits, il n’y a aucun lien conceptuel). L’ultime titre est ce que l’on trouvera de plus épique, avec près de huit minutes au compteur. Petit périple dans la veine d’un « Road To Madness » ou « Suite Sister Mary », avec accalmie théâtrale et final aux arrangements de voix soufflées et lyriques qui procurent des frissons, la chanson apparaît comme la plus ambitieuse et « fraîche » de l’album, tout en restant attachée aux sonorités traditionnelles du groupe.

Condition Hüman est un plat plus copieux et élaboré que ne l’était l’album auto-titré, qui en comparaison fait désormais figure de simple tour de chauffe, mais surfe aussi sur les mêmes attraits qui le font sensiblement pencher du côté « rétro » voire « daté » de la balance. Après tout, sans doute Queensrÿche a-t-il raison dans sa démarche, car nous vivons, à bien des égards, davantage une époque de nostalgiques que d’audacieux. On attend désormais de voir la bande de Seattle explorer plus franchement les quelques portes ici entre-ouvertes. Ils ont la flamme, le son « classique » ainsi qu’un indéniable talent de composition, à eux maintenant de retrouver pleinement cette propension au renouvellement, à l’expérimentation et à l’innovation qui faisait le Queensrÿche de la grande époque.

Voir le clip de « Guardian » :

Ecouter la chanson « Arrow Of Time » :

Album Condition Hüman, sortie le 2 octobre 2015 via Century Media.



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  • « …retrouver pleinement cette propension au renouvellement, à l’expérimentation et à l’innovation… »
    Avec le bourrin La Torre en guise de chanteur/compositeur ??
    Bon courage…

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    Slash @ Paris
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