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Chronique   

Queensrÿche – Digital Noise Alliance


L’engouement autour de The Verdict (2019) a vite été freiné par la pandémie. A peine un an après sa sortie, Queensrÿche s’est retrouvé à l’arrêt comme tant d’autres. La formation aux vingt millions d’albums vendus à travers le monde a décidé de pallier l’absence de dates par le travail créatif. Le guitariste Michael Wilton s’est remis au travail début 2021 avec le chanteur Todd La Torre dans le home studio de ce dernier en Floride. Les premières ébauches de Digital Noise Alliance, seizième réalisation studio du groupe (dix-septième si on compte l’album de reprises Take Cover de 2007), ont très rapidement vu le jour. Quitte à ne pas pouvoir défendre davantage The Verdict, autant miser sur l’avenir en dépit du contexte incertain. Bien lui en a pris : Queensrÿche vient de clore une tournée américaine aux côtés de Judas Priest en avril et entend bien honorer son statut de formation culte. La formation a de nouveau accueilli dans ses rangs le guitariste Mike Stone déjà présent entre 2003 et 2008 et qui remplace Parker Lundgren, ainsi que Casey Grillo qui remplace définitivement Scott Rockenfield. Profitant d’un line-up sain, Digital Noise Alliance est une synthèse de ce qui a fait et fait toujours Queensrÿche.

Digital Noise Alliance a été réalisé avec la participation du producteur Zeuss (Rob Zombie, Hatebreed) qui a accompagné le groupe durant tout le processus. Queensrÿche a privilégié les sessions en présence des musiciens plutôt que de multiplier les échanges de fichiers. Une méthode qui permet de gagner en rapidité et spontanéité si les emplois du temps le permettent. C’est Zeuss qui a eu l’idée d’enregistrer la batterie dans un ancien manoir d’Hulk Hogan réputé pour sa hauteur de plafond. C’est aussi lui qui a entrepris de remettre au goût du jour tous les amplis Marshall utilisés par le groupe à la grande époque, ce qui fait de Digital Noise Alliance une boîte à souvenirs rien que par le son de guitare. Digital Noise Alliance a donc – sans le prétendre – un cachet old-school qui rejoint sa thématique : la dépendance de l’homme aux technologies, la désorientation et la mauvaise utilisation de ces dernières. « In Extremis » introduit les débats par des sonorités cryptiques très vite éclaircies par les leads de guitare et le riffing en grande pompe de Michael Wilton. Todd La Torre ne tarde pas à user de son timbre le plus aigu et de ses vibratos. Queensrÿche a toujours cette science infuse du refrain fédérateur et son affect pour les structures polymorphes. « In Extremis » oscille entre le hard rock FM, le heavy et le progressif en brouillant sans cesse les pistes. « Chapters » s’ouvre quant à lui par un riff feel-good qui gagne en gravité avant de devenir le terrain propice pour l’aisance mélodique de Todd La Torre. La qualité de songwriting de Queensrÿche est davantage explicite avec les teintes mélancoliques de « Lost In Sorrow » et son refrain tubesque. Il y a en outre une variation d’atmosphères : « Sicdeth » accentue la gravité du propos des musiciens. Cette impression de diversité est renforcée par l’usage de cette multitude d’amplis qui singularisent chaque composition.

C’est surtout l’équilibre entre le Queensrÿche vintage et sa forme plus contemporaine que Digital Noise Alliance souligne. Si les parentés avec The Warning (1984) et Rage For Order (1986) sont aisément identifiables à de multiples reprises, tout comme la ballade « Forest » (et ses échos à Pink Floyd) qui rappelle inévitablement « Silent Lucidity » présent sur Empire (1990), Queensrÿche ne s’enferme pas dans la nostalgie racoleuse. Il trouve toujours un moyen de surprendre l’auditeur en jouant sur de fausses impressions de confort. « Hold On » alterne progressions bizarroïdes et refrain grandeur nature sans véritablement permettre l’anticipation. Surtout, Queensrÿche témoigne toujours de son plaisir à jouer de la musique sans aucun complexe. « Tormentum » se veut l’exemple parfait d’un groupe encore facétieux : plus de sept minutes de rock progressif, se rapprochant même brièvement d’un Dream Theater lors de son break instrumental. Queensrÿche s’autorise les changements de structure abrupts, les dissonances qui viennent accrocher l’oreille et les leads heavy avec un grand sourire. Surtout, il n’hésite pas à sauter du coq à l’âne : la conclusion « Rebel Yell », reprise de Billy Idol, et sa mélodie sautillante de clavier se trouvent aux antipodes de son prédécesseur. Au terme de l’écoute, Digital Noise Alliance a toute la puissance nostalgique d’un groupe quarantenaire et la pertinence d’une formation contemporaine.

Avoir été en avance sur son temps semble être gage de longévité. Malgré quelques polémiques autour de son line-up, Queensrÿche est sorti de la pandémie déterminé à occuper le devant de la scène pendant des années encore. Digital Noise Alliance est la vitrine parfaite pour ceux qui veulent se plonger dans l’univers du groupe : il balaie toutes les époques (les meilleures en tout cas…) sans les parodier et respecte la posture d’excellence dans le songwriting de la formation. Queensrÿche n’a du passé que sa palette sonore et certains accents. Le reste a traversé les années sans s’affadir.

Clip de la chanson « Behind The Walls » :

Clip de la chanson « Forest » :

Clip de la chanson « In Extremis » :

Album Digital Noise Alliance, sortie le 7 octobre 2022 via Century Media. Disponible à l’achat ici



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  • Les 3 morceaux publiés sont excellents , l’album s’annonce donc très bon . Reste à l’écouter dans son intégralité. Très satisfait de voir aussi le talentueux Casey Grillo derrière les fûts pour l’enregistrement .

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