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Chronique   

Queensrÿche – The Verdict


Si Queensrÿche semble avoir levé le pied, avec les quatre ans qui nous séparent de Condition Hüman (2015), en réalité le groupe n’a jamais cessé son activité scénique, y compris quand son batteur emblématique Scott Rockenfield a dû se retirer pour s’occuper de son fils nouveau-né. Mais, compte tenu de l’incertitude planant sur un retour de celui-ci, il n’était pas question pour le reste du groupe de plus attendre : les voici débarquant aujourd’hui avec The Verdict, troisième album de l’ère Todd La Torre. C’est d’ailleurs ce dernier qui s’est attelé à la composition et l’enregistrement des batteries, plutôt que de faire intervenir une personne extérieure. Ça tombe bien, avant même d’être chanteur, La Torre est un talentueux batteur. Depuis l’album Queensrÿche (2013), la formation se fait plaisir et fait plaisir aux fans, en revenant aux sonorités plus proches de ses premières heures. The Verdict ne fera pas défaut à ce parti pris plus conservateur, avec toutefois un effort qui va dans le sens de la modernisation du son de Queensrÿche.

The Verdict a de nouveau été produit par Chris « Zeuss » Harris (Hatebreed, Rob Zombie), déjà à l’œuvre sur Condition Hüman. Il est donc logique que The Verdict respecte les évolutions sonores de son prédécesseur, avec une certaine lourdeur et l’inclusion de quelques samples. Queensrÿche joue un jeu délicat en cherchant à ancrer son style d’antan dans le monde d’aujourd’hui. Car demeure bel et bien un parallèle avec les chansons que composait le groupe dans la fin des années 80 et le début des années 90, que ce soit « Man The Machine » qui stylistiquement n’aurait pas dépareillé sur un Operation: Mindcrime (1988) ou l’ambiance orientale, agrémentée de percussions samplées, de « Inside Out » qui s’inscrit dans la sensibilité d’un Promised Land (1994). Il y a clairement une parenté recherchée. Pourtant les éléments plus eighties sont en léger recul, bien que toujours présents dans certains leads extrêmement mélodiques, à l’image de l’outro de « Man The Machine », ainsi que lorsque Todd La Torre sort ses plus beaux aigus. Ce dernier peut cependant se targuer d’une grande polyvalence, telle que son prédécesseur en faisait preuve à la belle époque (en plus de partager un timbre similaire). La Torre est aussi à l’aise sur les nombreux refrains accrocheurs (« Light-Years », « Man The Machine », « Inner Unrest »…), une des qualités de l’opus, que sur des plages plus alambiquées, comme la voix trafiquée sur les couplets d’« Inside Out ».

La prouesse ne réside pas seulement dans les lignes de chant. Les parties rythmiques de The Verdict offrent une grande diversité, allant du presque punk « Propaganda Fashion » à des riffs résolument heavy, à l’instar d’« Inner Unrest », en contraste desquels le refrain, un des moments les plus poignants de l’album, fait office d’éclaircie. « Light Years », quant à elle, avec son riffing à la fois groovy et sophistiqué, rejoint la fibre moderne d’un de ses contemporains pionnier du metal progressif : Fates Warning. « Light-Years » et « Inner Unrest » entérinent d‘ailleurs à eux seuls que l’enregistrement des pistes de batterie par Todd La Torre n’a en rien altéré le dynamisme de Queensrÿche. Au contraire, The Verdict se distingue de ses prédécesseurs par un panel plus large de tempos et un meilleur équilibre à cet égard. « Blood Of The Levant », « Man The Machine » ou « Launder The Conscience » (bien que ponctué de pauses ambiantes et d’un final simili-symphonique) ne lèvent que très peu le pied et côtoient sans peine la relative accalmie que constituent « Dark Reverie » et ses élans épiques ou encore le mid-tempo progressif, lancinant par moments, de « Bent ». On ressent une forme de spontanéité sur The Verdict, revendiquée par le groupe qui s’est présenté à Chris « Zeuss » Harris avec de grandes zones d’ombre sur l’ensemble des compositions. The Verdict est un véritable effort collectif, chaque membre du groupe peut s’attribuer la parenté sur plusieurs compositions.

The Verdict est sans doute l’album le plus abouti des trois de l’ère Todd La Torre. Chaque chanson a ses moments forts et un caractère trempé, ce qui fait de The Verdict une réalisation prenante sur la longueur. Queensrÿche accentue les aspects les plus contemporains de son orientation sonore en conservant ce qu’il faut pour ravir les auditeurs les plus familiers de l’âge d’or du groupe. Toutefois, Queensrÿche procède par petites touches. On pourrait alors déplorer une forme de frilosité, sorte de traumatisme de la fin de l’ère Geoff Tate, la peur de s’éloigner des années fastes. Queensrÿche ne nous gratifie plus de son audace (à double tranchant), ce que certains regretteront peut-être. The Verdict n’a pas de direction ou parti pris aussi marqués que ceux d’Empire (1990) ou Promised Land, mais mélange un peu toutes les époques jusqu’en 94 (le groupe prenant bien soin d’effacer de sa mémoire la suite souvent décriée). Quoi qu’il en soit, The Verdict démontre que même un Queensrÿche moins intrépide, et amputé d’un autre de ses membres originels, peut tout de même confiner à l’excellence.

Chanson « Blood Of The Levant » :

Chanson « Dark Reverie » :

Chanson « Man The Machine » :

Album The Verdict, sortie le 1er mars 2019 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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