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Nouvelles Du Front   

Quelques réflexions sur la polémique entre Metal Sucks et Century Media


Nos réflexions sur l’affaire Metal Sucks versus Century Media seront ciblées car les différentes thématiques abordées sont bien trop vastes pour tout dire en un seul article. Nous irons donc à l’essentiel. Pour être tout à fait complet sur le sujet, sachez que le communiqué officiel de Century Media est en ligne à l’instar de la réponse de Spotify. Mais revenons sur le débat entre Metal Sucks et Century Media. Et ce tout d’abord sur la forme.

« On déteste tout le monde équitablement ! » dit Metal Sucks à la toute fin de ses échanges avec Century Media. Cette phrase géniale résume complètement l’identité de ce média que nous considérons comme le journalisme metal de référence. Une ligne éditoriale décalée dans le conformisme ambiant, le courage de dire ce que l’on pense même à propos de partenaires prestigieux qui sont aussi des annonceurs, la volonté de ne pas se prendre au sérieux en faisant sourire ses lecteurs tout en proposant un contenu de grande qualité : Metal Sucks est un agitateur d’idées qui a beaucoup de valeur à nos yeux.

Même si Century Media fait partie de ses annonceurs (et non des moindres qui plus est…) Metal Sucks garde le cap et a la force de rester honnête vis-à-vis de ses lecteurs et de lui-même. Vous pensez que les médias ne peuvent pas être indépendants quand leur système économique est avant tout lié à la publicité ? Force est de constater que vous avez tort. Et Metal Sucks et sa communauté revendiquée à 30 000 personnes vous le prouvent comme nous vous le prouvons depuis maintenant quatre ans et demi.

Je connais bien peu de médias – sur le metal comme dans d’autres domaines – capables de rentrer dans le lard de leurs propres annonceurs de la sorte quand ils considèrent que le combat est juste. Metal Sucks, à ce niveau, est un exemple et l’ultime preuve que l’on peut rester indépendant tout en étant très offensif dans sa ligne éditoriale. Et vous savez que nous sommes très attachés à ces questions sur Radio Metal car, de mon point de vue, c’est ce qui fait la différence entre les médias qui sont assez libres pour vraiment dire ce qu’ils considèrent comme la vérité et ceux qui restent trop dépendants de leurs partenaires financiers pour tenter de l’ouvrir.

Etre autonome est un état d’esprit… mais pas que et heureusement.

Par ailleurs, pour nous approcher du cœur de la polémique évoquée dans nos colonnes et comme me l’écrivait Spaceman par mail, nous pensons qu’il faut déjà avoir un certain chiffre d’affaires pour pouvoir prendre de la publicité sur un site internet à grande popularité et vivant essentiellement des revenus de la publicité comme peut l’être Metal Sucks. Ainsi, si le label Century Media ne fait plus assez d’argent un jour, il n’aura logiquement plus les moyens d’investir dans de la publicité.

Publicité dont l’impact est d’autant plus amoindri si, effectivement, des systèmes comme Spotify permettent une plus grande visibilité à ses artistes. Si Metal Sucks tourne aujourd’hui, c’est justement parce que les labels ont encore les moyens d’investir de la pub chez lui, au tarif qui est nécessaire pour que ce média survive. Chose qui est à notre avis difficilement à la portée de la plupart des groupes du label, s’ils devaient se passer de Century Media… Donc dans un certain sens, le discours de Metal Sucks – bien que très convaincant sur la forme – fragilise sur le fond son propre business.

En fait il confirme surtout le fait que la chute des labels précipiterait probablement celle de bon nombre d’acteurs du milieu.

Dans la polémique Metal Sucks versus Century Media, avec Spotify au cœur de la bataille, les deux structures ont des arguments qui se défendent complètement. Toutes ces questions sont bien trop complexes pour dire que tel ou tel a raison. Les acteurs sont trop nombreux et les intérêts souvent divergents. Spotify fait et fera partie des sites internet incontournables d’un monde de la musique qui tourne inéluctablement vers Internet. Mais sur la question de Spotify, Century se retrouve dans une situation difficile car le label parviendra-t-il à tenir sa position actuelle sur la durée ? C’est-à-dire manquer l’outil de promotion considérable représenté par Spotify pour des raisons financières jugées inacceptables ?

Toute la question est de savoir si la priorité de Century, dans la situation délicate globale du monde de la musique que tout le monde connaît et des labels en particulier, peut RAISONNABLEMENT se passer d’une telle promotion pour ses artistes.

A titre personnel, et de par la manière dont tourne le monde de la musique, je pense que non mais si Century prend cette décision de sortir de Spotify, cela signifie simplement qu’il juge qu’il peut actuellement se passer (et donc ses artistes aussi…) de cet outil et qu’il préfère donc attendre un contrat plus avantageux.

D’ailleurs, sur cette question, comment ne pas rejoindre les propos de Century sur le fait qu’au sein d’un label les artistes, managers et toutes les personnes dans la boucle musicale souhaitent des résultats immédiats ? C’est bien logique ! Une entreprise comme Century éprouvera bien des difficultés à dire à ses interlocuteurs « Ecoutez les mecs, vous n’allez rien gagner immédiatement… même si cet argent est le vôtre et qu’il a beaucoup de valeur car c’est le fruit de votre travail et que Spotify fait du business dessus…mais ne vous en faites pas trop car cela risque de changer plus tard ! ».

En conséquence, le fait de ne pas toucher assez d’argent des revenus d’un site comme Spotify et refuser la présence de son catalogue est compréhensible. Mais l’argument de la valeur sorti par Metal Sucks également ! Car, si l’on y réfléchit, quelle est en fait la juste rétribution d’un artiste sur un site comme Spotify ?

On pourrait en parler des heures donc que de questions soulevées par cette polémique…

C’est d’ailleurs ici que se situe la force d’un média comme Metal Sucks à l’instar de tous les médias créateurs de contenus : c’est-à-dire être à la base d’un débat intéressant et, en l’occurrence, vital pour l’industrie de la musique qui nous lie tous (labels, médias, fans etc.).



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  • « Donc dans un certain sens, le discours de Metal Sucks – bien que très convaincant sur la forme – fragilise sur le fond son propre business. »

    Basiquement, si Metal Sucks reproche à Century leur rupture avec Spotify, ce n’est pas dans la logique d’un discours anti-capitaliste (« bouh vous êtes méchants, vous voulez pas nous filer de la musique gratos »), c’est au contraire un conseil qu’il leur donne pour que le label puisse perdurer (donc, continuer à être bénéficiaire). Il me semble que ça reste donc très cohérent : c’est bien dans l’intérêt de MS que CM continue à leur filer du fric via la pub…

    [Reply]

  • « Car, si l’on n’y réfléchit » (vers la fin, avant dernier paragraphe) le n’ avant le « y » n’a pas sa place, le « n » qu’on entend en le prononçant est la liaison avec le « on »

    personnellement je pense qu’avoir sa musique sur Spotify ne changera en rien la vente d’albums physiques (sauf en l’augmentant). ça me parait complètement inconcevable que simplement parce que les gens peuvent écouter librement en streaming en musique, ils n’achèteront pas l’album. Par contre, ça peut venir se substituer, avec une légère évolution des mentalités, au fait de télécharger illégalement et gratuitement leur musique. DONC je trouve la position de Century Media tout simplement débile, et je n’hésite pas à le dire sans chercher à me cacher derrière un « c’est bien trop compliqué comme débat pour prendre position ». Spotify permet à Century Média d’avoir une source de revenu supplémentaire pour ses artistes (ou autres investissements), qui certes n’est pas glorieuse, mais par sa nature, ne pourra pas impacter de façon négative le reste du business du label, donc il est complètement débile de la refuser.
    Car certes, ça les saoule peut-être de rendre toute leur musique disponible à volonté sur un site, contre très peu de rémunération mais… oops, TOUTE leur musique est DEJA disponible gratuitement sur des tas de sites de téléchargement illégal, et ce n’est pas parce qu’ils sont illégal que les gens n’en profitent pas.

    Si certaines personnes continuent d’acheter des CD physiques, ce n’est pas parce qu’ils n’arrivent pas à la trouver sur le web, mais parce qu’ils sont attachés à l’objet physique qu’ils trouvent important. Donc ce n’est pas parce qu’ils paieront 10$ par mois pour pouvoir écouter de la musique à volonté qu’ils cesseront d’acheter des CD, par contre ça réduira probablement les téléchargements illégaux (sans la réduire à zéro pour autant, ne soyons pas naïfs) tout en permettant à ces gens de découvrir par hasard beaucoup plus de musique et donc potentiellement d’acheter plus de CD.

    [Reply]

    Doc'

    Thanks pour la faute.

    effectivement c’est idiot de penser que mettre de la musique en streaming (qui sera forcément de qualité réduite en plus) fera baisser les vente d’albums. on peut récupérer un album en download gratuit d’une facilité déconcertante aujourd’hui! alors au contraire, ils devraient encourager les initiatives comme celles de Spotify qui proposent de diffuser de la musique contre rémunération, même relativement faible

    pour ma part j’achète un album d’une part pour la musique (forcément) et d’autre part pour le packaging et les bonus qui sont dedans, genre DVD, livret etc… je n’arrêterai jamais d’acheter mes albums préférés en physiques et ne foutrais jamais 1 centime dans un mp3 qui, pour moi, n’est qu’un outil promo!

  • Moi, la première chose qui me frappe dans cette polémique, je ne sais pas si tout est traduit en intégralité, c’est surtout qu’il n’y a aucun chiffre: qui est payé, et à quel taux, pour faire quoi, dans ce bazard? Spotify paye Century? OK, mais combien? Century reçoit la thune des autres plateformes, disques physiques et autres? Combien? Century paye les artistes? Combien? La logistique, combien? La promo dont celle sur Metal Sucks? Combien? Et les autres plateformes, elles payent plus, et les majors, elles touchent plus, moins?

    LE truc auquel ça répond pas c’est « le blé s’il y en a encore, il va dans quelles poches dans quelle proportion, et pour quel job?

    [Reply]

    Spaceman

    Il y a un lien intéressant que tu as peut être loupé dans le texte :

    http://www.informationisbeautiful.net/2010/how-much-do-music-artists-earn-online/

    On y trouve, par support/plateforme/type de vente, les chiffres et proportions label/artiste.

    Doc'

    Tu poses plus de questions que moi mais elles sont très intéressantes !!

    Nous avons traduit l’intégralité des articles présents sur Metal Sucks.

  • Magnifique article que celui-ci!

    En tant qu’utilisateur du média, tout nous parait normal mais en fait tout est si complexe…

    juste une petite remarque car j’ai lu dans un ancien article qu’il fallait le signaler : il y a une faute au premier paragraphe :
    « Metal Sucks est un d’agitateur d’idées qui a beaucoup de valeur à nos yeux. »
    le « d' » avant agitateur n’a pas ça place ici il me semble!

    [Reply]

    doc

    merci j’y vais de ce pas !

  • Si on suit simplment la sacro-saint Loi du Marché : la valeur est conséquente de la rareté d’un bien, donc la musique enregistrée en numérique, duplicable à l’infini, n’a aucune valeur CQFD

    [Reply]

    jclebelge

    @grumeau:
    mais l’oeuvre en elle même à sa valeur intrinsèque dépendante de sa puissance, capacité à toucher les gens! et en ce sens mérite tout le respect qu’on lui doit…un minimum…à l’artiste 🙂

    Eisenherz

    Un cheval bon marché est rare
    Or tout ce qui est rare est cher
    donc un cheval bon marché est cher
    ;p

    pas au point cette loi du marché

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