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Ragnard Rock Fest 2016, contre vents et marées


rff 2016 affiche finale« Contre vents et marées… Le Ragnard Rock Fest 2016 est SOLD OUT. », communiquait l’organisation du festival la veille de l’évènement. Le drakkar RRF pour sa deuxième expédition prend le large au complet, ne reste alors que quelques pass 1 jour aux guichets d’entrée. Rares sont les évènements qui peuvent prétendre avoir un tel succès après seulement une édition. Mais il faut dire que tout semble réuni pour la réussite de ce festival : à la fois un concept original, alliant histoire et musique et une programmation éclectique et spécialisée – et nous y reviendrons en profondeur – avec des groupes exclusifs en France. L’évènement était donc prometteur et le public a donné sa pleine confiance au projet porté par la compagnie Edoras, malgré sa mise en péril ces dernières semaines. Revenons ensemble sur ce festival mixant immersion dans une époque ancestrale et voyage musical…

Dès notre arrivée, nous constatons la première grande évolution de l’histoire du festival, à savoir le changement de site. Sa double facette chère à l’organisation renforçant le concept du festival est conservée, entre d’une part le village viking et de l’autre le site musical. La navigation entre ces deux parties est bien facilitée par rapport à l’an passé, l’accès cette année étant immédiat, contrairement à 2015 où le passage de l’une à l’autre nécessitait d’avantage un contournement et un temps de marche. Le festival semble plus intimiste et moins éparpillé, premier signe que les remarques de l’année dernière ont été entendues.

Le village viking sera cette année aux couleurs de l’Ukraine. En effet, chaque édition mettra désormais à l’honneur un pays et pour cause, l’amitié consolidée avec Jurgis (Nokturnal Mortum, Khors) et les organisateurs a eu son effet sur cette initiative originale. Son implication sur cette édition est importante, étant donné qu’il a designé certains t-shirts et composé l’hymne officiel de cette édition. Mais les artisans sont venus de tout horizon, exposant et proposant des pièces liées à la culture viking et médiévale (et parfois fantastique) sous des grandes tentes. L’occasion donc de rencontrer sur ce village des passionnés, notamment William, artisan forgeron fabriquant une partie de ses pièces à partir de modèles authentiques exposés dans des musées norvégiens – et il suffit de porter un de ses boucliers pour le croire – ce dernier expliquant l’histoire et l’identité de chacune de ses pièces. C’est sur un ton assez théâtral qu’il transmettra à la fois son investissement et sa passion pour cette culture, mais également son inquiétude face à un artisanat menacé d’extinction. Ce village accessible aux visiteurs non-festivaliers propose également des animations diverses et pour tout public dans une « arène » prévue à cet effet tout au long de la journée : tournoi de bridge fight, démonstration de lutte traditionnelle Viking, de duel judiciaire, de grande bataille avec cent-vingt combattants, bataille entre enfants (avec des armes en mousse, rassurez-vous) etc… Autre nouveauté cette année, la présence d’une petite scène, la Heim Stage, proposant principalement des concerts de musique folk. C’est également ici que les festivaliers peuvent venir se rassasier en nourriture dans des stands vegan, savoyard ou avec des burgers classiques… Mais plus original, un stand propose également des plats traditionnels ukrainiens. Nous venons également nous rafraichir en dégustant les boissons proposées, avec à la carte notamment de l’hypocras et de l’hydromel… qui malheureusement seront victimes de leur succès dès le vendredi après-midi. Les festivaliers n’auront à la fin du week-end plus le choix qu’entre des sodas ou un breuvage traditionnel français insipide et sans saveur, appelé communément « la kro ». Etant des personnes relativement raisonnables, c’est avec une pinte d’eau que nous nous déplaçons sur l’autre partie du site.

villagevik

Eh oui, faudrait voir à pas oublier que shopping ça rime aussi avec viking.

Désormais les deux scènes ne s’affrontent plus l’une en face de l’autre mais sont bien côte à côte. La Thor Stage et l’Odin Stage vont accueillir trente-cinq groupes sur ces quatre jours. Le principal avantage de cette proximité est que cela limite les déplacements entre deux concerts. Le revers de la médaille est qu’il nous arrivera d’entendre pendant les concerts les balances des groupes voisins, le parterre devant les scènes n’étant pas immense. Les stands de merch metal sont quant à eux à l’abri du soleil, rendant la vie des exposants bien plus facile et permettant aux festivaliers de se mettre à l’ombre même si la météo fût quasiment idéale cette année. Heureusement d’ailleurs, car l’on peut tout de même noter un manque d’espace pour se protéger du soleil, à part sur le village viking, qui peut rendre très désagréable le festival en cas de chaleur caniculaire. Encore trop peu nombreux, les points d’eau (notamment pour les douches sur le camping des festivaliers) sont tout de même plus fréquents qu’en 2015. Les toilettes sèches quant à elles sont impeccables, il aurait peut-être juste été souhaitable qu’un coin soit réservé à nos amies festivalières pour leur épargner des temps d’attentes à rallonges.

L’attente est d’ailleurs ce qui se fera le plus ressentir par les festivaliers dès leur arrivé le jeudi. Le site qui devait ouvrir à 18h n’ouvrira finalement qu’à 19h30. La validation des billets et la pose des bracelets se fait très longue, marquant la faille de ce système. Les bénévoles ont l’air débordés dès la première journée et l’on voit apparaître un manque de fluidité en terme de communication. Il est compliqué d’avoir des informations fiables et l’on se base souvent sur des murmures. Les membres du staff eux-mêmes semblent avoir du mal à se joindre entre eux… Alors l’attente s’accumule et l’agacement est palpable. Les premiers jours, beaucoup de concerts commenceront en retard et il devient difficile d’établir un véritable planning. L’annulation du concert de The Moon And The Nightspirit est annoncée très tardivement. Ces problèmes sont certainement le fruit d’un manque d’expérience de la part des organisateurs. Rappelons que nous ne sommes seulement qu’à la deuxième édition du festival et que, malgré ces quelques problèmes, l’organisation est globalement bien mieux gérée que l’année passée. Et il suffit de discuter avec les artisans du village pour savoir que c’est en forgeant que l’on devient forgeron…

casque rff 2016

Un coup de boule ça fait mal. Un coup de boule viking encore plus.

C’est donc avec un peu de retard que démarrent le festival et son Warm Up le jeudi soir. L’idée de cette soirée est de proposer une continuité entre l’édition précédente et la nouvelle qui s’apprête à démarrer. Ainsi l’on retrouve quatre groupes qui ont déjà joué lors de l’édition 2015. La lourde tâche d’ouvrir le festival revient au groupe français Obsession qui débute son set à 20h10. Le groupe fait figure d’OVNI dans la programmation vu qu’il officie dans le thrash, mais l’année passée faisait déjà figurer des groupes de cet acabit en dehors de la « thématique viking » comme No Return ou Agressor par exemple. Leur performance ravira les adeptes du thrash franc et efficace mais souffrira de deux problèmes qui ne sont pas de leur responsabilité. D’abord un public trop peu nombreux, qui peine encore à entrer sur le site et qui fait la queue pour se procurer des runes (la monnaie du festival). Ensuite, et ce problème sera récurrent tout au long du week-end, le son est peu précis et légèrement brouillon. Saluons néanmoins la présence scénique et l’énergie du combo qui joue face à un public qui n’est pas forcément le plus visé par le style et qui s’en sort honorablement en nous présentant ses compositions qui devraient figurer sur un album prévu pour début 2017. Bon courage à eux.

Plus raccord avec une partie de la programmation, Helroth fait partie de la scène très en vogue en ce moment : le folk metal. Au nombre de sept, les musiciens ouvrent le bal des groupes serrés sur scène. Au vu de la performance des polonais, difficile de ne pas penser à Eluveitie et à la vague de groupes qui les ont succédés. Le chanteur lead délivre un chant growl death et est accompagné au chant clair par la flûtiste sur certains passages. Cette dernière dégage une certaine aura, par son sourire communicatif d’abord et par l’apport de son instrument dans la mélodie qui a toujours un effet particulier sur scène. On regrette parfois d’entendre d’avantage la caisse claire de la batterie plutôt que les guitares ou le violon. Le public quant à lui se fait plus nombreux et semble assez réceptif. Le projet est plutôt récent (formé en 2012), la suite nous dira si le groupe s’installera confortablement dans cette scène folk metal foisonnante.

Après leur performance de l’été dernier, on ne pouvait que se réjouir de voir à nouveau Himinbjorg, surtout au vu de la qualité de Wyrd, leur dernier opus en date. Et à juste titre. La nuit a considérablement changé l’intensité du set des savoyards, le jeu de lumière s’aliénant avec les compositions du combo donnent un résultat très hypnotique. Le son est bon, et les musiciens sont excellents. Le groupe du charismatique Zahaah propose un set légèrement différent de l’année passée, face à un public bien plus nombreux et plus attentif. Le leader semble d’ailleurs ému de voir autant de monde en face de lui et il est amusant de constater les quelques personnes dans la fosse connaissant personnellement les musiciens, ne manquant pas de balancer quelques blagues potaches. Les titres de Wyrd ont un impact indéniable, notamment « The circle of warriors » et son passage joué au boha, mais entendre des morceaux plus anciens tels que « Death of a King » de l’album Golden Age ou « In the Haze of the Summer Solstice’s Fires » de Where Ravens Fly est un véritable plaisir. Et ce n’est pas les quelques minutes de problèmes techniques qui gâcheront le concert, les musiciens ne manquant pas à ce moment-là de chauffer et de communiquer avec le public pour ne pas éteindre les braises de leur performance jusque-là sans accrocs : « un technicien quelconque peut venir sur scène ? Ou alors on fait monter le public ? Vous voulez venir sur scène le Ragnard ?! ». Cette prestation fût donc bien plus percutante que l’année dernière et sans doute la meilleure de ce Warm Up.

Mais la tête d’affiche de la soirée est bien Nokturnal Mortum, qui va jouer pour la deuxième fois en France. On sait à quel point leur concert de l’année dernière les avait marqués, au point d’en dire que ce fut sans doute le meilleur concert qu’ils aient joué au court de leur carrière. En effet, le public n’avait pas manqué de montrer son engouement l’année dernière et il est tout aussi massif cette année. Mais réside quand même une bonne impression de déjà vu, sûrement due à un bug dans la matrice, à savoir ici les problèmes techniques. Car comme l’année passée, les balances sont très longues. Et comme l’année passée, Mag, membre du staff intervient avant le début du concert pour nous faire patienter. Et comme l’année passée, on a le même long sample avant le début du concert… Bref, arrêtons cette anaphore, vous avez compris l’idée… Parlons maintenant de ce qui a changé et au premier coup d’œil c’est bien sûr la mise en scène qui est différente, avec un écran projeté en arrière-plan et un jeu de lumière plus riche. Cet élément fait sans doute partie du show spécial annoncé. Le set est également différent, avec des nouveaux morceaux issus du split avec Graveland notamment, et des plus anciens issus de NeChrist comme « In the Fire of the Wooden Churches ». Le show est différent, mais la même impression de trop se reposer sur les samples se fait ressentir, surtout que ces derniers ont tendance à étouffer les sons des guitares. L’audience apprécie le spectacle qui leur est offert et les fans en profitent pleinement… Jusqu’à la nouvelle intervention au micro de Mag, annonçant que le groupe va jouer son dernier morceau. Varggoth semble particulièrement agacé, le set prévu d’1h45 se trouvant bien écourté – et on apprendra quelques jours après le festival les raisons cet accourcissement. Ils lancent alors leur hymne « Ukraine », qui sera en demi-teinte, la frustration planant au-dessus de la mélodie jouée prématurément… C’est donc des spectateurs mitigés et interrogatifs qui quittent le site du Ragnard, et se dirigent vers le camping.

kaunan rff 2016

Réveil à la vielle à roue.

C’est après ces quelques heures de sommeil que démarre la journée du vendredi. Et à l’heure du déjeuner, l’esprit encore léger, la musique de Kaunan tombe à point. Sur la Heim Stage, le trio propose de la musique folk scandinave à la fois sombre et planante. Les instrumentistes jouant respectivement de la vielle à roue, du nyckelharpa et de la mandore, arrivent à atteindre un public bien présent à cette heure de la journée, qui dansera et fera la ronde le sourire aux lèvres. Le leader fera des interludes humoristiques en parlant des morceaux, qui parlent d’amour, de drague et d’ivresse. L’ambiance est posée, la journée commence bien.

Les concerts des scènes principales débutent à 15h20, et c’est Boisson Divine qui commence les hostilités sur la Thor Stage. Avec un nom pareil, on devine d’emblée le style musical : du folk metal. Oui, mais du folk metal gascon. A base d’instruments traditionnels, le groupe délivre une musique festive qui chauffe les jambes du public pour la suite. En effet, Baptiste Labenne demande au public d’exécuter une danse traditionnelle gasconne qui se danse en rond, et rajoute « en langage metalleux, on appelle ça un circle pit ». Et le public s’exécute. Malgré un son qui n’est pas optimal, le public réagit bien et le groupe semble heureux de jouer devant tant de monde. « C’est notre premier concert devant des metalleux, d’habitude c’est devant des gosses et des retraités », dira même le chanteur. Au bout de 30 minutes de set, le groupe s’en va, non mécontent de cette première expérience devant ce public.

En connaissance de la mise en scène ritualiste de Malepeste, on pouvait être réticent à l’idée de voir le groupe en plein jour, celle-ci se prêtant davantage à une ambiance nocturne ou à un lieu fermé. Mais les lyonnais passionnés d’occultisme délivrent une prestation maitrisée de bout en bout, avec des costumes particulièrement soignés. Si musicalement nous nous situons dans le black metal, l’apport très spirituel des mélodies apportées par des riffs de guitares particulièrement évasifs, un jeu de percussion en entrée sur scène et un chant black possédé, développent une réelle identité à ce qu’ils nomment « black metal ritualiste ». Le seul bémol que l’on peut souligner est le son de la voix parlé, trop faible et donc peu intelligible. Face à une audience assez compacte, nul ne doute que ce concert pourra servir de tremplin au groupe et c’est tout ce que nous pouvons leur souhaiter.

Nous poursuivons avec un autre groupe de black metal, grec cette fois-ci, Naer Mataron. Dans une musicalité d’avantage corrosive, il est compliqué d’en entendre ses subtilités tant le son est brouillon. C’est essentiellement une caisse claire imbuvable sonnant comme un groupe de grindcore bas de gamme qui va dominer les compositions. Ressentir la musique du trio devient un véritable effort tant le son est désagréable. Dans ce cas-là, nous ne pouvons que nous focaliser sur l’aspect virulent de la musique, ce qui est bien dommage, le groupe ayant sûrement plus à nous offrir.

Ils semblent être très attendus les pyrénéens de Stille Volk. Découverts par certains au Hellfest 2013, il était intéressant de voir comment le groupe avait évolué après ces trois années. Et c’est justement ce lien familier avec le public qui interpelle en premier lieu, avec une audience réceptive dès le début du concert. Les spectateurs semblent connaitre les morceaux du combo qui offre une musique folk obscure et envoutante, notamment grâce à la pluralité de voix graves qui se superposent à la perfection. Les festivaliers rendent grâce à la prestation des musiciens en exécutant spontanément une chenille géante. Stille Volk s’inscrit formellement dans le paysage et le concert de cette fin d’après-midi en est la parfaite démonstration.

Ce sont à nouveau des français qui se produisent en ce vendredi au Ragnard, et pas n’importe lesquels, puisqu’il s’agit du groupe culte Belenos. Leur black pagan/celtic a permis de leur créer une identité forte au sein de la scène extrême française, et il s’agissait de voir si leur musique avait autant, si ce n’est d’avantage, d’effet en live qu’en studio. Malgré un son un peu faible sur les chants, il faut reconnaître que les bretons dégagent une intensité froide par leur statisme, et même une certaine pureté avec des passages mélodiques presque blackgaze. Ce voyage au nord-ouest de l’hexagone pendant 45 minutes fût l’occasion pour le groupe de présenter un morceau de son album Kornôg qui sortira le 9 septembre prochain… Et avec l’extrait présenté, nous pouvons certifier que cet album aura toute notre attention…

En attendant le concert suivant sur la Odin Stage, passons brièvement sur le Heim Stage pour prendre la température. Sur scène, Les Compagnons du Gras Jambon – qui ont le mérite d’avoir un nom qui marque les esprits – jouent face à un public massif et bienheureux. Dans une ambiance bon enfant, les musiciens déclarent n’avoir jamais eu autant de monde en face d’eux. Avec des textes sophistiqués tels que « j’aime la galette avec du beurre dedans », le groupe est là pour passer un moment convivial et sans « prise de tête », ce qui semble à vue d’œil réussi.

Retour sur la Odin Stage où les suédois de Ereb Altor débutent leur concert. Nous voilà donc au cœur de la thématique viking, les musiciens sont légèrement peinturés de rouge sang. Et avouons-le, que ça soit la mise en scène global ou les interventions du chanteur, c’est un peu kitsch. Comme souvent dans le viking metal d’ailleurs… Sauf que l’originalité d’Ereb Altor sera davantage dans les compositions, qui sont majoritairement sur un tempo assez lent, a contrario de beaucoup de formations qui misent sur la vitesse (vous avez certainement des noms en tête). On se rapproche musicalement d’un black heavy, apportant une sensibilité épique et lourde. Les parties de chants auront du mal à se faire entendre en début de set, mais le son s’améliorera au fur et à mesure.

hache rff 2016

« Les épées c’est bien. Les haches c’est mieux. » Gimli

Nous serons assez concis sur la prestation de Skyforger, d’abord une bonne partie du set n’a pas été vu le temps de satisfaire notre appétit, et ensuite car une prestation de ce style exige d’être personnellement touché par le folk metal pour l’apprécier… Mais les spectateurs qui sont venus voir les lettons sont nombreux sans pour autant former une foule compacte, et au regard des nombreux headbangs, ils semblent ressentir leur musique. Il faut dire que le groupe bénéficie d’un bon son, ce qui n’est pas accessoire lorsque l’on joue une musique épique et guerrière comme la leur, les musiciens sont d’ailleurs très proches de leur public. Une performance réussie, si l’on en croit la satisfaction qui se lit sur le visage des festivaliers.

Connaissant l’histoire et les revirements musicaux des irlandais de Cruachan, on peut comprendre que certains fans de la première heure soient légèrement déçus. Le groupe de celtic metal s’est tourné vers une musique plus black et plus guerrière, alors qu’elle présentait des aspects principalement festive et émotive, en particulier par l’apport de la chanteuse qui ne fait maintenant plus partie du groupe. Si l’on ne peut pas retirer le côté fédérateur de leur prestation, on peut souligner qu’un morceau comme « Ride On » par exemple perd de sa beauté sans le chant féminin. Dire que le groupe perd de son identité par ses choix musicaux est un peu excessif, la présence d’instruments traditionnels comme la flûte irlandaise conservant une singularité musicale. Mais les fans, malgré tout non mécontents de la performance, semblent être assez nostalgiques…

C’est l’heure de revenir au metal extrême avec la tête d’affiche de la Thor Stage de ce vendredi, le groupe mythique Belphegor. On quitte le paganisme pour se tourner vers le blasphème et le satanisme, thèmes de prédilection du groupe qui a quasiment un quart de siècle à son actif. En effet les autrichiens ont de la bouteille et pour preuve, cette prestation millimétrée et très carrée ainsi que cette mise en scène avec des ossements, un homme capuchonné avec de l’encens, et son jeu de lumière monochromatique rouge. Malsain et intense sont les mots qui, sans doute, définissent le mieux la musique du groupe. La qualité du son permet d’apprécier pleinement les riffs percutant et envoutant, le martellement de la batterie, ainsi que le chant d’outre-tombe du chanteur. Les interventions d’Helmuth qui s’adresse au public du Ragnard avec sa voix caverneuse font sourire – au point de pouvoir l’entendre encore, au moment d’écrire ces lignes, murmurer son « raaagnaaaaaaaaard » venant du fin fond de son estomac – laissant sous-entendre une bonne dose théâtrale dans cette prestation. Ils l’ont encore prouvé ce soir, Belphegor est un grand nom de la scène metal extrême, aussi bien en studio qu’en live.

Si certains doutaient de l’éclectisme de la programmation du festival, le vendredi soir aurait été un parfait contre-argument, car c’est le groupe de musique médiévale Faun qui succède à Belphegor pour clôturer la soirée. On y retrouve notamment Oliver de Konan sur scène, accompagné de cinq autres musiciens, et on vous épargne la liste des instruments. Les quelques problèmes de sons en début de set se régleront assez rapidement pour laisser pleinement place au charme évasif et captivant du pagan folk nordique joué par le groupe. Le public répond à l’unisson aux sollicitations du leader, en chantant avec le groupe. Les thématiques abordées portent essentiellement autour de la nature, car comme le dit Oliver « We are nature, nothing else ». Il semble impossible de résister à se laisser porter par les hautes vocalises des chanteuses, et à l’énergie dégagée lors de cette prestation. Et c’est sur cette poésie musicale transcendante et particulièrement vivante que s’achève cette journée intensive.

acusvacuum rff 2016

Swag

Direction la Heim Stage pour entamer la journée du samedi, et le concert de The Moon And The Nightspirit. Mais lorsque nous arrivons sur place, aucune balance, aucun instrument, rien… Etrange. Et c’est par des « bruits de couloir » (ou de coursive) que l’on apprend l’annulation de la prestation du groupe. Nous nous dirigerons donc vers la Odin Stage pour le premier concert de la journée qui sera celui d’Acus Vacuum, groupe de pagan-folk ayant déjà effectué un set le vendredi sur la Heim Stage. Il s’agira davantage d’un spectacle que d’un concert à proprement parler. Ainsi l’on se laisse aisément charmer par cette musique folk celtique et les sublimes mouvements exécutés par une danseuse en accoutrement léger et esthétique qui, vous l’aurez compris, ne peuvent pas laisser indifférent. Le leader du groupe appelle le public à festoyer et les spectateurs s’élancent dans un wall of death et un circle pit assez improbable. On voit brandir de la part de la sécurité une pancarte en carton avec l’inscription « Slam Recommandé 🙂 ». La fête et la bonne humeur sont donc les mots d’ordre de ce début d’après-midi.

Changement de registre avec le black metal d’Allobrogia, qui vient raconter l’histoire des Allobroges et défendre sur scène son dernier album « Sonnocingos » sorti en avril dernier. Même si l’on se dit que la mise en scène avec les torches aurait un impact bien plus efficace de nuit, le combo arrive à capter l’attention du public encore éparse à cette heure-là de la journée. Ils délivrent une prestation froide, en particulier marquée par le visage fermé du chanteur, s’aliénant avec un black pagan aux relents épiques avec notamment le morceau « Imbolc » très entêtant et unificateur. Après Himinbjorg, le groupe Allobrogia (le guitariste Avgruun fait d’ailleurs parti des deux groupes) confirme que la scène metal savoyarde pèse et n’a pas dit son dernier mot. Loin de là.

griffon

Griffons ensanglantés en vue.

Le concert suivant sera dans la même veine, puisqu’il s’agit à nouveau d’un groupe de black metal français. Avec ses riffs de guitares mélancoliques et son chant malsain, Griffon produit un black ravageur. Le soleil tape à Simandres-sur-Suran, mais c’est bien une ambiance sombre et pesante qui règne sur le public du Ragnard pendant la prestation des parisiens. Les passages de chants clairs introspectifs et le jeu de percussions rendent la mélodie particulièrement intéressante. Aharon, chanteur du groupe, est assez communicatif et souriant, ce qui contraste avec l’atmosphère obscure des compositions. Les thèmes abordés sont à nouveau centrés autour du paganisme, un des morceaux du set étant présenté comme étant « une chanson en l’honneur du paganisme gaulois, une époque où l’homme honorait encore sa nature ». Avec un album et un EP, on attend de voir l’évolution du groupe qui, pour cette prestation scénique, s’en sort relativement bien…

Après cette black french touch remarquable, il semble bien difficile de ressentir les mêmes émotions intenses lors du set de Skiltron, mélange de Power et de Folk Metal… Il est intéressant de remarquer comme le public est tout à fait différent d’ailleurs entre ce concert et les deux précédents. Les argentins présentent une musique légère et visiblement entraînante puisque les festivaliers s’élancent dans un circle pit dès le premier morceau. Ce n’est pas une recette inédite à base de cornemuse et de flûte qui est proposée, puisque comme dit précédemment pour Helroth, cette scène émergeante est très populaire. Quelques fausses notes se feront ressentir en particulier sur le chant mal maitrisé, voire faux, en début de set.

grai rff 2016

Un peu de douceur dans ce monde de brutes.

C’est ensuite au tour d’Arkona… euh non du groupe Grai (mouhaha). Blague à part, à l’instar de leurs homologues russes, Grai est un groupe de Folk Metal avec une chanteuse lead, et du growl en chœurs. Si leurs compositions peuvent laisser assez dubitatif en studio, il y a un vrai effet live dû à un chant plus percutant sur scène et à une frontwoman charismatique. Le son de la basse est assez écrasant et le growl ne se fera pas suffisamment entendre. On peut reconnaître malgré tout une certaine qualité de composition liant à la fois une lourdeur agressive apportée par la musicalité d’avantage metal et un côté aérien et volatile soutenu par la flûte. Le public sera invité à danser par la chanteuse (« dance as you can ! »), et celui-ci y répondra favorablement. Un moment rafraichissant et assez agréable au final.

Place maintenant au métal noir québécois de Forteresse qui vient en exclusivité sur le sol européen pour la tournée de leur dernier album, fraichement sorti au mois de juin. Sombre et épique, le combo propose une musique guerrière « pour la rébellion », et cela sera le thème principal du concert avec sur scène le drapeau du Québec ainsi que le drapeau des patriotes, et des instrumentistes qui portent… des chemises à carreaux. Pas de doute sur la nationalité du groupe donc, clairement revendiquée. Le black ambient proposé ici est particulièrement hypnotique, se rapprochant parfois de ce qui peut être composé par les polonais de Mgla. Si la caisse claire à la St Anger (album de vous savez qui) titille l’oreille en début de set, on s’y habituera tout au long du set, le son étant dans l’ensemble plutôt bon. Le combo parvient à nous faire couper de la réalité l’espace d’un instant (avec par exemple un morceau comme « Wendigo » particulièrement transcendant »), comme lorsque l’on se permet un moment d’évasion en fumant une cigarette… Ce que va d’ailleurs faire le chanteur (ou plutôt faire semblant) tout en observant l’audience envoutée par sa musique. In fine, ce concert est certainement une des meilleures pépites de ce week-end… Chapeau bas, messieurs !

Forteresse rff 2016

Pas le temps de niaiser avec Forteresse.

Peut-être est-ce l’horaire ou sa place dans la programmation, mais il est difficile de s’accrocher à la prestation de King Of Asgard. Pourtant les ingrédients sont là : un death viking simple et efficace sonnant un peu à la Amon Amarth, un duo chant clair/growl, un son correct, l’allure globale des musiciens raccord au thème viking, de la communication avec le public, et des compositions présentées machinalement. Mais ça ne prend pas. Les festivaliers, composés essentiellement de curieux, ne sont pas extrêmement nombreux pour l’heure, ni complètement convaincus. La fatigue peut-être ? L’heure du dîner approchant ? Ou la notoriété du groupe… Soulignons malgré tout que le guitariste fêtait ses 26 ans lors de ce concert. Espérons que le groupe soit quand même satisfait de son accueil lors de ce festival.

Plus marquant cette fois-ci, le concert de Khors qui joue pour la première fois en France. On retrouve Jurgis de Nokturnal Mortum, cette fois-ci en tant que leader et vocaliste du groupe. Les ukrainiens changent le climat estival du Ragnard avec leur ambiance black pagan très froide, mise en ambiance avec une décoration scénique illustrant une nature glaciale et mortifère ainsi qu’un jeu de lumière essentiellement blanc. Les samples, que l’on pourrait parfois regretter de ne pas voir remplacer par un clavier sur scène, même s’ils sont dans l’ensemble très bien dosés, amènent une musicalité très atmosphérique qui ne peut pas laisser insensible le spectateur. Tous vêtus d’un noir à la fois sobre et profond, les musiciens sont statiques et vivent réellement l’intensité de leur propose musique. Le public est à la fois transporté et gelé, et c’est avec les frissons que les spectateurs vivent le concert. Avis amateurs du style, le groupe sera de passage au Motocultor…

Autre groupe exclusif sur le sol français et très attendu à la vue des t-shirts à l’effigie du groupe, il s’agit du sulfureux groupe Graveland. Les polonais arrivent avec le même uniforme noir et rouge sur scène, sur une intro cérémonieuse. Le groupe bénéficie d’un bon son, donnant un côté très « sale » (dans le bon sens du terme) au black intensifiant leur musique par rapport aux travaux en studio, se faisant particulièrement ressentir sur le chant torturé et malsain de Rob Darken. Alors que les musiciens sont très fermés et immobiles, le leader du groupe semble se dandiner et « sourire », et parait même comme un fou au milieu de ses instrumentistes dessinant une ambiance angoissante à l’ensemble de la performance. La mise en scène est soignée et théâtrale : le chanteur amène le marteau de Thor sur scène, un cracheur de feu souffle au-dessus de nos têtes, un jeu de percussions rend l’ensemble très vivant musicalement et visuellement… et toutes les conditions sont optimales pour vivre une expérience live unique. Malheureusement, quelques morpions veulent absolument montrer au grand jour que leur QI est inférieur à la moitié de leur âge, et gâcheront le plaisir de nombreux festivaliers à ce moment-là, tout en mettant en péril l’organisation du festival sachant pertinemment que ce concert serait surveillé de près. On connaît la suite…

Autre ambiance avec les hollandais de Heidevolk qui sont les derniers à jouer sur la Thor Stage ce samedi soir. Ce groupe de folk metal qui fera la première partie d’Equilibrium cet automne vient avec la ferme intention de faire bouger le public, qui répondra bien présent au vu de la foule compacte devant la scène. Dynamiques et jovials sur scène, ils sont très interactifs avec leur audience à coup de « jump » et de « voulez-vous chanter avec moi Ragnard ? ». Les festivaliers ne semblent pas être épuisés malgré la longue journée qui tire dans les jambes, et continuent de slammer avec ce panneau toujours tenu par la sécurité. Des chansons qui parlent d’alcool (surprenant…) et un esprit festif – l’un des chanteurs exclamera même « c’est une grande fête » – font donc le succès de la performance auprès des adeptes du genre. On peut tout de même s’interroger sur l’importance d’avoir deux chanteurs, ayant sensiblement le même timbre de voix et n’apportant au final pas grand-chose de plus à un contenu musical qui est déjà du registre du « déjà entendu ».

Il est minuit, et le groupe culte de black viking Moonsorrow, la tête d’affiche de ce samedi (voire même du week-end) commence son set. Les finlandais proposent habituellement une musique riche et des compositions progressives, qui ont trouvé leur public en vingt ans de carrière. Mais ce soir, il est difficile de discerner et d’apprécier tous les reliefs de leurs morceaux tant le son est plat et semble être masqué par le clavier. Les guitares se font à peine entendre, rendant le côté corrosif de la musique quasi-inexistant. Les musiciens sont pourtant énergiques sur les planches du Ragnard, mais le rendu sonore en est presque soporifique, et cela se voit par les réactions d’un public assez mou et fatigué. On notera malgré tout une amélioration en fin de set et l’ensemble reprendra un peu plus vie, et les fans du groupe seront davantage réactifs, notamment sur « Sankaritarina » où ils chanteront avec le combo. Ce n’est malheureusement pas leur meilleure performance, loin s’en faut.

festivaliere rff 2016

Poncho à capuche elfique.

Cette dernière journée de l’édition 2016 du Ragnard Rock Fest semble tourner au ralenti en début d’après-midi… Il est 13h et aucun groupe ne joue sur la Heim Stage. On apprendra plus tard que Daemonia Nymphe a dû fortement retarder sa prestation suite à des problèmes d’affaires dispatchées à l’aéroport. Les festivaliers eux sont encore peu nombreux sur le site, et la fatigue se fait ressentir dans les jambes. Mais courage, c’est la dernière ligne droite !

Et une fois n’est pas coutume, c’est un groupe français qui ouvre la Thor Stage. Le groupe de black Azziard entre sur scène avec en sample d’intro la sirène d’alerte (oui, celle que vous entendez le premier mercredi du mois), logique quand on sait que l’un des thèmes de prédilection du combo est la première guerre mondiale. Face à un public (trop) peu nombreux, les parisiens délivrent une musicalité directe et martelante, pouvant faire penser à ce que peut proposer un groupe comme Marduk par exemple. La mise en scène et les accoutrements sont sobres : chemises noires, corpse paint, ceinture à balles sur le pied de micro, et un petit coup de Jack de temps en temps pour se donner de l’énergie. Le groupe tente de motiver ses troupes en exigeant « le bordel » dans le pit, ce qui aura du mal à prendre, et ce n’est pas la faute de la performance du groupe mais plutôt à un créneau horaire peu avantageux. Mention spéciale au bassiste qui finira certains morceaux en croisant furtivement ses majeurs, tout en faisant un « clic » avec ses pouces (rappelant un certain rappeur gangsta français…). Notons également que le groupe a dédié son set à leur ami Mika Bleu, ayant travaillé notamment chez Season Of Mist et à Hyraw Clothing, disparu le week-end du festival.

Soyons honnêtes, les puristes amateurs de black metal ne sont sûrement pas le public visé par le deuxième groupe français de ce dimanche, à savoir Sangdragon. Leur style pourrait se définir comme du metal symphonique et épique, et les spectateurs sont mis au parfum dès l’introduction : des chœurs, des membres capuchonnés, du « Dóminus, Spíritus, Sanctus », et du clavier… Et un leader qui va peut-être un peu vite en besogne en s’adressant au public dès le premier morceau : « vous avez le droit de slammer ! ». Prenons d’abord la température de l’eau avant de s’y jeter. Le public est encore éparse en début de set, mais se laissera prendre au jeu et se fera plus nombreux au fur et à mesure de la prestation. Pourtant celle-ci souffre d’un son très brouillon, rendant inaudible tantôt les chœurs, tantôt les guitares, et laissant une place privilégiée au larsen à certains moments. Mais le groupe fait le show, à coup de simulation de combat d’épée, de feu etc… Et finalement l’audience répondra bien en slammant et en s’exécutant dans un grand circle pit pour conclure le set.

Après un premier album Lupercalia de Selvans largement à la hauteur de ses promesses, il tardait de voir une performance live de cette jeune formation de black folk atmosphérique dans l’hexagone. La connexion musicale à la terre est mise en évidence par la décoration scénique représentant des bardes, et par le masque de loup du chanteur lorsqu’il arrive sur scène et procède à une sorte de rituel avec des fils de coquillage avant de démarrer le set. Car en effet Selvans nous chante véritablement la nature, et nous la dessine à travers cette ambiance musicale parfaitement maîtrisée. Les musiciens capuchonnés semblent en communion avec la Terre Mère, et le chanteur semble voir des choses, des esprits, et nous les transmet à travers la beauté et la profondeur de leurs compositions. Côté setlist, les musiciens ne vont pas uniquement piocher dans leur répertoire puisqu’ils vont faire une reprise du titre culte « Goat Horns » de Nokturnal Mortum qu’ils dédieront à leurs amis Andrea et Franco, organisateurs de festival, ainsi qu’au groupe et à la scène ukrainienne. Cette expérience de trois quarts d’heure ne peut qu’attiser la curiosité sur la suite des travaux des italiens, et nous faire espérer une tournée en salle dans les environs…

selvans

Forza Natura

Rendez-vous maintenant avec Percival Schuttenbach sur la Odin Stage, groupe relativement peu connu dans nos contrées. Le groupe a joué un set folk sous le nom de Percival la veille sur la Heim Stage pendant le set de Khors. Le concert s’ouvre sur un sample d’entrée folk et les musiciens en habits traditionnels germaniques s’installent, avec un bassiste, un guitariste-chanteur, une violoncelliste-chanteuse, et un batteur… Puis arrive la chanteuse lead qui nous dit « Saloute ! » en voix growlée. On ne peut pas retirer au groupe son dynamisme, particulièrement porté par la chanteuse qui dansera de manière loufoque et paraitra complètement tarée (n’ayons pas peur des mots), en nous faisant parfois quelques gestes explicites et obscènes avec sa langue. Cette dernière bénéficie d’un panel vocal assez surprenant en variant le growl, le chant rauque et le chant clair. L’ensemble musical est très vivant voire même assez expérimental, en particulier un morceau assez perturbant avec des riffs de guitares dissonants et un chant suraigu. Les compositions proposent un ensemble assez différent et complet, mais on peut malgré tout trouver le set un peu longuet sur la fin. Soulignons quand même l’apparition d’une femme couverte de blanc qui gardera une pomme à la main (comprenez la référence…) avant de la lancer dans le public. Niveau communication avec le public, c’est parfois compliqué… Effectivement, ils ne semblent pas bien parler anglais. Alors ils parlent en allemand (?)… Et apparemment, ça ne dérange pas réellement le public qui répond malgré tout et ovationne le groupe à la fin du set.

Succédant à Forteresse qui jouait à la même heure la veille, la scène québécoise est à nouveau à l’honneur en ce dimanche avec le groupe Monarque. Moins ambiant mais plus corrosif, le groupe possède un son qui se rapproche du black des années 90. Blouson en cuir et corpse paint, on est finalement face à une approche black assez classique au premier abord, mais avec des textes en Français. Seulement le groupe ne s’arrête pas là, et il délivre des morceaux plus intenses que d’autres comme « La quintessence du mal » avec ses riffs ardents et enivrants, ainsi que « Le vent du nord » aussi glacial que mélancolique. La foule assez compacte devant la scène est canalisée, et accompagne même le groupe sur le dernier morceau de la setlist « Fiers Hérétiques ». Fiers québécois aussi car le groupe sortira le drapeau du Québec et le leader s’exclamera à la fin de plusieurs morceaux d’un « Black Metal Tabarnak !». Le lys a définitivement marqué le Ragnard ce week-end…

Difficile de donner des qualificatifs à la musique de Rotting Christ tant celle-ci est diversifiée en bientôt trente ans d’existence maintenant… Mais les grecs ont un secret, peut-être un ingrédient miracle, pour expliquer leur succès. Il suffit de les voir en concert pour saisir les effets provoqués par l’essence de leurs compositions. « Possédant » semble être le bon terme. Comme un seul homme, les spectateurs font des mouvements synchronisés, bougent et chantent ensemble. Il faut dire que la quasi-totalité des titres du groupe joués en ce début de soirée sont construits de sorte à ce qu’ils soient repris en chœur par le public. Quand il s’agit de faire un wall of death à la demande du chanteur, le public s’exécute (et mention spéciale au spectateur en fauteuil roulant !). Un circle pit ? Oui, car dans sa discographie, Rotting Christ a aussi des riffs plus thrashy pour vous faire tourner en rond. Même si les basses étouffent les chants en tout début de set, le reste de la performance est carrée, les timbres de voix graves sont quasiment identiques, et même quand ils headbangent le guitariste et le bassiste coïncident. En studio ou en concert, Rotting Christ est un groupe culte, et un incontournable de la scène extrême, indubitablement.

Les suédois de Månegarm sont le dernier groupe de viking metal à jouer ce week-end. Non pas que le concert soit mauvais, mais il n’est pas mémorable. Rien ne démarque vraiment le groupe d’un autre groupe de black viking : les compos mi-épique mi-black ne sont pas d’une originalité exceptionnelle, la dynamique des musiciens sur scène est très banale, les interactions avec le public sont très « déjà-vues »… Il est difficile de dégager une véritable identité forte. Alors à moins de s’amuser dans la fosse avec le reste des festivaliers, il est compliqué de marquer le coup avec leur prestation.

Troisième et dernier groupe de la légion ukrainienne : Kroda. Leur prestation est à nouveau une exclusivité en France, expliquant ainsi le public en nombre pour les accueillir. On signalera quelques problèmes de sons en début de set, avec trop de basses et un clavier qui peine à se faire entendre, mais cela se règlera assez rapidement. Sur scène, le contraste entre des tenues longues et noires et un jeu de lumière intense (parfois aveuglant) apporte sans conteste un sens aux mélodies black pagan guerrière du combo. On pourra apprécier la présence du clavier à la place des samples, a contrario de leurs homologues ukrainiens, qui aura un effet de légèreté tout en accompagnant les riffs et le chant black assassin permettant une envolée musicale pour l’auditeur. Le groupe s’autorisera également à faire une reprise du groupe russe Temnozor avec le morceau « Werewolf », toujours dans la thématique d’un pagan guerrier qui sera centrale dans la prestation (avec notamment en décoration scénique un drapeau avec l’inscription « Die With Your God », représentant les églises des trois principales religions monothéistes en flammes). Le chanteur annonce pour conclure le concert faire une reprise de… Absurd. Non, petite blague du chanteur (comme c’est taquin…). Ils finiront par reprendre « Jesu Død » de Burzum, proposant ainsi une très rare occasion de voir un titre de Burzum en live. Excellent concert en somme… excepté les mêmes parasites déjà évoqué sur Graveland qui se sont glissés dans le public semblant jouer à pierre-feuille-ciseau, sans la pierre et le ciseau. Vient alors à l’esprit cette célèbre chanson de Brassens

Gaahl rff 2016

Gaahl, la légende.

Voici une question qui pourrait être motif à un sujet de recherche universitaire : mais que se passe-t-il donc dans la tête de Gaahl ? L’ex-leader de Gorgoroth et de God Seed (si split de God Seed il y a) revient avec un nouveau projet, intitulé Gaahls Wyrd. Premier élément de réponse à notre problématique : de la nostalgie. En effet, le set sera parsemé de quelques reprises de God Seed et de Gorgoroth, sans grande surprise, faisant partie du répertoire de Gaahl. Pendant la prestation, le personnage, car Gaahl est incontestablement un personnage, semble se balader sur scène au milieu de ses musiciens. Il invitera sur scène Luca du groupe italien Darkend avec qui il interprètera deux morceaux, et le moins que l’on puisse dire est que le duo fonctionne sur scène. Puis également Kati Ran du groupe folk L.E.A.F, qui jouera du nyckelharpa. C’est à ce moment précis que l’on atteint la partie du concert, disons la plus expérimentale. Après une intro parlée en norvégien (?), les musiciens se mettent à jouer les mêmes accords pendant plusieurs minutes tandis que Kati Ran « fait sonner » son instrument, et Gaahl se cale en arrière-plan non loin de la batterie, en nous observant et en attendant. S’installe alors une certaine ambiance, puis une longueur… Personne ne semble réellement saisir l’effet voulu d’une telle composition, dont on retiendra davantage le côté répétitif qu’atmosphérique, si on en croit une petite partie du public qui quitte la fosse et l’autre restant totalement dubitative. Expérimental, disions-nous. A la fin du set, le spectateur ne sait pas vraiment ce qu’il a vu… Etait-ce un concert de black classique, ou un réel projet nouveau… ? En tout cas c’était un exposé du fruit de la psyché complexe de Gaahl… qui a su lui-même faire sa propre légende.

Avant le début du concert de Nargaroth, les organisateurs viennent sur scène pour remercier les festivaliers pour leur bonne conduite et leur confiance, et promettent une troisième édition du Ragnard Rock Fest en 2017 « quoi qu’il arrive ». Ils remercient également les spectateurs, mais aussi les élus, de les avoir soutenus ces dernières semaines malgré les polémiques qui ont été alimentés autour du festival. On apprend également qu’un autre pays sera mis à l’honneur et que des indices seront donnés sur Facebook dès septembre. Des remerciements seront faits également à l’égard de Jurgis qui a amplement aidé à ce que l’Ukraine soit bien représentée lors de cette deuxième édition. Enfin, les bénévoles seront également remerciés et félicités pour leur courage et leur ténacité. Ils en profitent également pour nous renseigner sur les problèmes à l’aéroport qui ont touché plusieurs groupes, et notamment Nargaroth qui n’a pas toute sa décoration scénique habituelle. Juste après le selfie de l’organisation, place donc au dernier concert de cette édition 2016.

Le final de ce grand cru 2016 sera donc un concert de black metal, mais pas n’importe lequel. En vingt ans d’existence, Nargaroth est un concentré de ce que le metal extrême a de plus cru. Les allemands bénéficient d’un son parfait pour l’essence violente et haineuse de leur musique, car il est fidèle au son des albums studios. Mais c’est surtout la présence de Ash qui délivre une énergie ténébreuse à la prestation, dans ses mimiques ou par ses interludes où il insulte un petit peu tout ce qui l’entoure et la vie en général sur laquelle il « dégueule ». C’est en effet ce qui rend charismatique le personnage (oui, encore un), c’est sa prestance et l’aspect torturé de sa personnalité qu’il met en scène, à travers le son agonisant de sa voix, ou quand il se roule par terre en se frappant sur le crâne. Mais c’est avant tout quelqu’un d’aimable, qui saura remercier son public par des « Thank you ! Thank you ! Funck you ! Fuck you !! FUCK YOU !!! ». Dans ses dires il n’oubliera pas de remercier Rotting Christ à qui ils ont emprunté du matériel scénique, ainsi que son guitariste sans qui « Nargaroth n’existerait pas en live », et également le festival qui les a accueillis et dont il se sent proche du concept central. Très communicatif, il évoquera aussi des sujets plus politiques comme une Europe qui se meurt, selon lui, et parle d’un combat qui doit se tenir concrètement dans la rue à l’heure où tout se fait sur internet. Mais le leader ne sera pas le seul à faire le show, puisque l’on aura à nouveau droit à un cracheur de feu pendant le concert. Nargaroth est avant tout le projet intimiste de Ash, et ce concert l’a démontré, car c’est une prestation personnelle qui a été délivrée ce soir et qui achève donc cette deuxième édition.

pinte rff 2016

A la tienne Ragnard !

Alors quel bilan et quelles remarques pour cette édition 2016 du Ragnard Rock Fest ? Parlons d’abord des questions pratiques : d’abord le site, bien mieux organisé qu’en 2015 comme nous l’avons souligné en introduction. Le village Viking, véritable atout de ce festival, était bien plus dynamique et visuel que l’année passée, au point de pouvoir y passer tout son festival si on le souhaitait. Mais au-delà de l’aspect convivial et chaleureux qui résume une certaine atmosphère de ce village, c’est aussi le côté instructif, culturel et historique notamment à travers les échanges dans tous les protagonistes de ce village que ce festival puise sa singularité. Du plus novice au plus expert, chacun a pu tirer et apprendre quelque chose en matière des cultures médiévales, vikings, et autour des croyances païennes. En matière de programmation musicale, l’organisation a osé prendre des risques, et c’est un autre de leur point fort. Entre groupes cultes (et rares en live), et formations émergeantes encore trop méconnues, des pièces d’or ont été découvertes et ont complété le carnet de discographies à approfondir. A la fois underground et diversifiée, cette programmation fut riche et ne peut faire que saliver les festivaliers pour l’édition 2017.

En ce qui concerne ces derniers, nous pouvons noter différents types de publics lors de cette édition, entre ceux intéressés par la musique folk vagabonde et séduisante, ceux davantage tournés vers le folk metal sous toutes ses formes et son côté plus jovial, et enfin les amateurs de black metal préférant sa musicalité plus sombre et intense. Rares étaient ceux qui prenaient tout autant leur pieds sur Griffon que sur Skiltron, par exemple… Dans l’ensemble, ce public diversifié aux sensibilités différentes a très bien su cohabiter, toujours de manière respectueuse et bien intentionnée. Nous ne parlons pas ici de l’exécrable minorité qui tenait absolument à faire sentir leurs aisselles droites aux autres… Eux qui n’étaient certainement pas là pour des raisons musicales et c’est bien regrettable. Notons que des prédispositions sécuritaires ont été prises pour éviter ce genre d’incidents pendant le festival, même si il semble difficile de permettre un contrôle total de ce type de situations (et cela est valable pour tout un ensemble de rassemblements culturels). Espérons pour la compagnie Edoras qu’ils ne subissent pas ces quelques agissements débiles et malheureux par la suite.

Côté organisation, quelques points restent encore à retravailler en profondeur, dans l’accueil des festivaliers, des artistes, des bénévoles, et des VIP, que ça soit au niveau des douches, au niveau technique, ou au niveau de la communication. On pourrait recommander par exemple à l’organisation de faire une enquête sous forme de sondage sur ces différents points auprès de l’ensemble des acteurs de ce festival, afin de pouvoir réorganiser l’ensemble et rendre le tout plus agréable à vivre et régler ces quelques défauts. Ce sont ces mêmes exigences qui ont permis l’évolution entre les deux premières éditions, démontrant la capacité d’écoute, la proximité et la volonté d’amélioration du confort des festivaliers. Dans cet esprit, pas de doute sur les beaux jours qui s’annoncent pour la troisième édition… D’ailleurs, un nouveau pays sera mis à l’honneur. Qui succèdera donc à l’Ukraine en 2017 ? On attend vos pronostics… En attendant la réponse dans les prochains mois, reprenons donc un verre d’hypocras tous ensemble…

BONUS : Quelques citations entendues par ci par là…

Deux festivaliers :
« C’est quoi Graveland, tu connais ?
« Ouais, c’est un groupe de black norvégien. » (ndlr : Perdu !)

Franco, organisateur du festival :
« L’année prochaine on mettra à nouveau un pays à l’honneur, on vous donnera des indices en septembre sur la page Facebook. »
Un spectateur :
« La Corse ! »

Ash (Nargaroth) : « If you hate me, I don’t give a shit ! You can suck my very, very small dick ! »

Live Report : Jean-Florian Garel
Photographe : Nicolas Guerillot



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  • BlizzardBeast dit :

    En ce qui concerne le set de Ghaals Wyrd, si je me trompe pas, le passage « experimental » et répetitif c’était « Steg », de Trelldom.

    Je l’attendais un peu, mais même en sachant qu’ils allaient la jouer j’ai presque pas reconnnu la chanson. Les nuances de guitares avaient bien disparues, sans parler des parties de vielle à archet.

    Pourtant cette chanson a vraiment un truc, une ambiance transcendentale :

    https://www.youtube.com/watch?v=2QckOf1PelY

    Sinon, le reste du set et du festival étaient vraiment pas mal au niveau du son en ce qui me concerne.

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