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Interview   

Raised Fist tape du poing sur la table


Il faut être sacrément sûr de soi pour appeler son album Anthems, soit « Hymnes ». Or sûr de lui, le chanteur de Raised Fist, Alexander « Alle » Hagman, l’est assurément quant à cet album pour lequel lui et ses collègues se sont donné les moyens de leurs ambitions. Une assurance qui pourrait parfois passer pour de la prétention ou de l’arrogance, il en a conscience, mais c’est avant tout la marque d’un grand investissement personnel au service de sa musique. Car Hagman sait aussi se montrer très critique envers lui-même : la preuve en est lorsqu’il nous parle très sévèrement de Veil Of Ignorance (2009), un album qui fut pourtant un de leurs plus grands succès.

Alexander Hagman est tout simplement un homme intense : intense par son chant – quoiqu’il démontre largement sa capacité de nuances dans Anthems –, intense par sa personnalité franche et directe – en particulier lorsqu’il nous donne son avis sur le metalcore, la forme moderne du hardcore en quelque sorte –, intense par son intransigeance, y compris face aux fans, et intense par sa volubilité. A noter que l’entretien qui suit fera l’objet d’une seconde partie dans quelques semaines, dans laquelle le frontman nous parle plus généralement de la carrière de Raised Fist.

« Je ne veux pas paraître présomptueux mais j’ai un très bon talent lorsqu’il s’agit de créer des accroches. […] C’est comme quelqu’un qui dessine des croquis avec du papier et un crayon : soit on sait dessiner, soit on ne sait pas, et quand on sait dessiner, on dessine toujours bien, et parfois c’est même génial. »

Radio Metal : Vous sortez un nouvel album intitulé Anthems, un titre qui sonne comme une déclaration. L’un de vos objectifs avec cet album était que chaque chanson ait une accroche et ainsi obtenir dix hymnes. Penses-tu que trouver une bonne accroche est l’un des plus grands défis pour un compositeur ?

Alexander « Alle » Hagman (chant) : Pas pour moi. Je ne veux pas paraître présomptueux mais j’ai un très bon talent lorsqu’il s’agit de créer des accroches. Donc ce n’est pas un problème pour moi, ça vient assez naturellement. J’ai créé toutes les accroches de l’album sur le vif, car aucune chanson n’avait été enregistrée ou répétée avant d’aller en studio. Donc j’y suis allé avec Roberto Laghi et j’ai commencé à créer ces accroches, simplement en essayant différents trucs. Je crois avoir fait un maximum de deux ou trois tentatives avant de trouver que c’était bon. On me pose souvent cette question, car les gens se demandent : « Il y a dix chansons, dont certaines sont des tubes. Comment fais-tu ? C’est un coup de chance ! » Et je dis : « Non, ce n’est pas un coup de chance ! » C’est comme un peintre ou quelqu’un qui dessine des croquis avec du papier et un crayon : soit on sait dessiner, soit on ne sait pas, et quand on sait dessiner, on dessine toujours bien, et parfois c’est même génial. Je ne suis pas en train de dire que les accroches sur ces chansons sont géniales, je dis qu’elles sont bonnes. Donc tu t’assois et tu composes jusqu’à entendre quelque chose de bien, et quand c’est bon, tu l’enregistres. Je vois ce que tu veux dire quand tu demandes si c’est un défi, et ma réponse est oui et non. Ce qui, selon moi, est un plus grand défi, c’est de composer des riffs de guitare, et les couplets, et les textes, ça c’est un sacré défi. C’est genre : « Comment vais-je chanter ça ? Quel genre de rythmique ? Quel style ? De quoi parle la chanson ? » Ça c’est le plus gros challenge.

Quelle est ta définition d’un hymne ?

Un hymne, c’est une chanson qui représente une énorme déclaration derrière laquelle tu peux marcher, tu peux la laisser ouvrir la marche, pour ainsi dire. Nous avons baptisé la chanson « Anthem » ainsi avant d’avoir le moindre titre pour l’album, ou même pour n’importe quelle autre chanson ; il n’y avait que des titres de travail. Nous avons dit : « Cette chanson sonne comme un hymne. Ça donne l’impression d’un gros peloton hardcore qui descend dans la rue en agitant des drapeaux. » Nous avons eu l’idée d’un clip où nous arrivons et avançons vers la caméra avec une foule de gens. C’est une chanson hymnique, tout simplement. Et aussi, nous trouvions que c’était une chanson spéciale. Elle est très facile d’accès, très simpliste, les paroles sont très simples. C’est comme le hip-hop de la vieille école. Nous faisons ça parfois, nous chantons à propos de notre propre musique, exactement comme les vieux chanteurs de hip-hop, du style : « Bah, bah, c’est le nouveau beat, on arrive, etc. » C’est le genre de chose que je chantais déjà dans « Stronger Than Ever », quand nous avons commencé. Je chantais : « We’re back ! We are rising from graves. » C’est la même approche, et là je chante : « This is a brand new anthem ! » C’est comme si on disait : « Ok les gars, on arrive ! » Ensuite, nous avons eu un échange sur Facebook, et Andreas « Josse » [Johansson], le bassiste, a dit : « Appelons l’album Anthems, parce que je trouve que toutes les chansons sont des hymnes ! » Et nous étions tous là : « Putain, mais tu as raison, mec ! Oui ! » Tu le sais quand tu as le bon titre. Donc Anthem, c’était : « Oui, dix chansons, dix hymnes. C’est ça, on l’a ! » Car nous avons travaillé sur l’album en sachant dès le départ que ça allait être dix chansons et que ce serait de bonnes chansons. Tout était tellement complet dans notre esprit quand nous avons fait l’album que lorsque nous avons eu l’idée du titre Anthems, nous nous sommes dit : « Bien sûr ! »

Effectivement, dès le départ vous avez décidé que cet album serait construit sur les bases de dix chansons et seulement dix chansons. Penses-tu que le fait de limiter le nombre de chansons permet de maximiser la qualité ?

Oui, peut-être, et peut-être pas. Je n’en suis pas sûr, car c’est la première fois que nous avons procédé ainsi. Oui et non. Car nous avions d’autres chansons. Nous avions des chansons rapides, des chansons standards de Raised Fist, mais elles n’ont pas été retenues, car les chansons qu’on trouve dans l’album sont celles qui, selon nous, étaient les meilleures. Si nous avions décidé de sortir treize chansons, peut-être qu’une des chansons plus rapides aurait été retenue, et un gars quelque part dans un autre pays aurait dit : « Ah oui ! Bordel, j’avais besoin de ça ! » [Petits rires] Donc je ne suis pas sûr, c’est une question de goût. La musique, ce n’est qu’une histoire de goût. J’ai vu des gens qui détestaient l’album, pas beaucoup, heureusement, mais il y a des gens qui ne comprennent même pas les critiques. Nous avons obtenu des chroniques notées dix sur dix en Finlande, et un magazine a posté : « Voilà Raised Fist, dix sur dix ! C’est un chef-d’œuvre ! » Et là j’ai vu le commentaire d’un mec : « J’ai écouté l’album une seule fois, je ne peux pas l’écouter plus » [rires]. C’est juste hyper dur de plaire à tout le monde. C’est comme Picasso. Certaines personnes disent : « Je n’aime pas les couleurs » ou « Ça ne ressemble pas à une vraie personne ! » quand ils voient un portrait réalisé par Picasso [rires]. Peut-être que nous aurions pu remplir un peu plus l’album, mais il est clair que dans notre intérêt, par rapport à ce que nous ressentons – et je pense que plein de gens le comprennent aussi –, afin d’obtenir un ensemble constitué des meilleures compositions, les plus symétriques, je pense que c’était une bonne décision d’avoir comme prérequis de se limiter à dix chansons.

Penses-tu qu’un album comme Veil Of Ignorance, avec ses quatorze morceaux, contient trop de chansons ?

Je pense qu’il contient beaucoup de chansons moyennes qui ne sont là que pour faire du remplissage. Je n’aime pas trop Veil Of Ignorance. Je n’aimais même pas « Friends And Traitors », qui est pourtant le plus gros succès sur cet album. Il y a plein de bons riffs et de bons passages, mais nous avons dû nous presser, donc je n’ai pas eu le temps de tirer le meilleur de mes sessions de chant. C’était répétitif, dans la facilité, pas d’accroche, ou seulement sur quelques chansons. J’aimerais réécrire et réenregistrer cet album, mais je ne peux pas le faire maintenant parce que j’ai trop entendu cet album [petits rires]. Donc je n’en suis pas content. From The North, je ne sais pas combien de chansons il y avait là-dedans, peut-être onze, mais c’est un meilleur album. J’ai fait de meilleures parties de chant parce que j’avais plus de temps. Sound Of The Republic, là non plus je ne sais pas exactement combien de chansons il y avait dessus, onze ou douze, mais c’est un album très complet. J’ai le même sentiment que pour Anthems. Sound Of The Republic c’était la dernière fois que nous avions un bon album bien compact. Il ne s’agit pas de savoir quel type de chanson on a là-dedans, car elles peuvent être très différentes, mais c’est une sensation de symétrie que l’on a. Donc Veil Of Ignorance n’est pas mon album préféré, et du coup ma réponse est un peu biaisée si on me demande s’il est trop long. Si tu veux savoir, je dirais que oui, il est trop long de treize chansons ! [Rires]

« Quand les gens n’aiment pas ma voix aiguë façon pitbull, par exemple, c’est presque un avis ignare. D’accord, c’est une question de goûts aussi, on peut ne pas aimer ce type de timbre, mais on ne peut pas dire que je suis un mauvais chanteur, car je suis un chanteur très expérimenté. »

C’est intéressant que tu dises que tu n’aimes pas Veil Of Ignorance car cet album a connu un beau succès ! Plein de gens ont même découvert le groupe avec cet album.

Je sais ! Et c’est aussi pour ça qu’avant de sortir Anthems, j’ai dit : « Anthems sera un putain d’album qui déchire. Vous pouvez me croire quand je dis que c’est un bon album parce que je ne survends jamais nos albums. » J’ai loué From The North, et je trouve toujours que c’est un album génial. J’ai loué Sound Of The Republic, idem. J’ai dit à la maison de disques : « Un gros truc arrive, soyez prêts ! » C’est aussi exactement ce que j’ai dit pour Anthems. Mais je n’ai rien dit de bien à propos de Veil Of Ignorance. Nous avons rencontré un gros succès avec cet album, mais je pense que notre plus gros succès était avec Sound Of The Republic. C’était une autre percée pour nous. J’avais d’ailleurs aussi un peu de chant clair sur cet album, dans le morceau éponyme. Je ne suis pas en train de dire que Veil Of Ignorance est un mauvais album, je dis juste que je ne l’aime pas, ce n’est pas mon préféré. Tu sais quand tu fais quelque chose et que ce n’est pas au top… Par exemple, tu poses du carrelage au sol, et puis tu vois qu’à un endroit tu n’as pas fait une ligne parfaitement droite, personne ne le voit, mais toi tu y penses constamment. Tu es derrière le canapé, et tu te dis : « Je sais que ce sol n’est pas comme il faut ! » [Rires] Tu as envie de tout arracher et tout refaire. C’est ce que je ressens avec Veil Of Ignorance, je suis là : « J’aurais pu faire tellement mieux sur cet album ! » Car côté composition musicale, les riffs et tout, c’est génial. Par exemple, la chanson « Disbelief », [chante la chanson], toute cette chanson est tellement plate. Je sais que le résultat est vraiment tristounet, mais c’est le genre de chanson où les riffs sont vraiment bons, il y a des guitares bien heavy là-dedans, or dans ma façon de chanter, je pense que j’aurais pu au moins lui apporter une autre dimension, afin de porter un peu plus le refrain, rien qu’avec de meilleurs chœurs par exemple, ou autre. Quelque chose. Je ne sais pas, je ne peux pas faire l’arrangement là maintenant, mais si j’avais eu le temps, je me serais posé avec cette chanson et j’en aurais fait un putain de tube, parce que les riffs avaient tout ce qu’il faut.

Ce serait intéressant à entendre.

Oui, mais c’est une question de temps. J’ai appris que quand on a du temps, on peut faire des choses. Evidemment, il y a toujours le risque d’en faire trop, mais quand ça arrive, je m’en rends compte et alors je fais marche arrière. C’est aussi pour ça qu’on a des producteurs : c’est un œil extérieur et ils peuvent parler en voyant les choses sous un autre angle. C’est donc une question de temps. Tu te poses, tu essayes quelque chose, ça ne marche pas, tu reviens en arrière, tu essayes autre chose, « ouais, c’est mieux ». Tu fais des allers-retours, et à un moment donné, tu dis : « Wow, écoute ça ! » Et alors tu te tournes vers le producteur et lui aussi te regarde avec des yeux écarquillés : « Merde, c’est super ! Attends, fais une pause, laisse-moi ajouter ça. » Ensuite, tu reviens et tu écoutes, et tous les deux, vous dites : « Wow, c’est génial ! » Voilà ce qu’on peut faire quand on a du temps. Mais sur Veil Of Ignorance, je n’avais pas le temps. J’étais tellement stressé ! J’étais sous pression financière dans le studio. Le studio coûtait cher et nous avions réservé trop peu de temps de studio par rapport à ce dont j’avais besoin. Donc si tu as du temps pour travailler, tu obtiens de bons résultats, y compris avec la chance. C’est-à-dire que si tu as un dé qui va de un à cent, tu le jettes, ce n’est qu’une question de temps avant que tu tombes sur le nombre cent [petits rires]. C’est pareil avec la musique : tu écris, écris, écris, essayes, essayes, essayes, jettes le dé, encore et encore, jusqu’à ce que tu dises : « Et voilà ! » Nous n’avons donc pas eu le temps suffisant avec Veil Of Ignorance, mais nous l’avons eu avec Anthems. Avec From The North, j’avais plus de temps, mais je me suis quand même retrouvé avec le même genre de problème parfois.

En fait, la raison pour laquelle Anthems s’est avéré si bon, c’est parce que je savais suite à mon expérience avec Veil Of Ignorance et From The North que j’avais besoin de plus de temps. J’ai besoin d’un minimum d’un jour par chanson, et il faut prévoir du temps en plus au cas où il y a une merde, si j’ai un problème de voix ou autre. Donc cette fois, j’ai eu vingt jours. Je ne les ai pas tous utilisés, je n’en avais pas besoin, mais j’avais ces vingt jours à ma disposition, ce qui correspond presque, normalement, au temps d’enregistrement global d’un album de Raised Fist ! [Rires]. Ça m’a permis d’être plus détendu, je pouvais aller à ma chambre d’hôtel après une session de studio, je pouvais écrire, réfléchir, etc. Aussi, nous avons fait deux pré-productions avant d’aller en studio. Donc nous avions déjà pas mal de musique à écouter, et mon cerveau a pu commencer bien en amont à travailler sur les paroles, inconsciemment, pendant que j’écoutais la musique. J’étais donc bien plus préparé quand j’ai été en studio. Si j’avais eu ce temps avec Veil Of Ignorance, cet album aurait eu le potentiel de devenir génial. Je le sais maintenant. Je sais que Veil Of Ignorance aurait pu être un album vraiment énorme. J’aurais pu utiliser du chant clair à certains endroits de façon magnifique pour apporter d’autres dimensions. J’aurais pu utiliser – comme je l’ai fait avec Anthems – différents styles de chant pour construire les fondations de certaines chansons, et ensuite les faire exploser. Car les riffs – oh mon Dieu ! – ils sont tellement bons sur cet album !

Sur Anthems, tu fais d’ailleurs preuve d’une belle diversité vocale. C’est quelque chose qu’on avait pu déjà remarquer sur From The North, où on avait découvert de nouvelles facettes dans ta voix. Est-ce que ça veut dire que tu as toujours eu ça en toi mais qu’il te fallait la bonne opportunité pour en tirer profit ?

En fait, j’ai un bon chant clair, et j’ai déjà utilisé du chant clair dans d’anciens albums. Es-tu familier avec Sound Of The Republic, par exemple ? [Chante la chanson « Sound Of The Republic »] « Everyday you sit there with your friends at the café / Talking shit about me / And all the people on the street… » Et dans Veil Of Ignorance, dans « Words And Phrases », c’est moi qui chante. Donc le chant clair ne me pose pas de problème, mais je ne l’utilisais pas beaucoup. En fait, on me pose beaucoup de questions sur cet album, genre : « Qui sont les autres chanteurs ? » [Petits rires] Un journaliste finlandais a écrit : « Cet album est génial mais je me demande qui sont les autres chanteurs. Ils ne sont mentionnés nulle part. » Il y a un chanteur qu’on entend à un moment donné dans cet album qui n’est pas Alexander, et il s’agit de Daniel [Holmgren] qui crie « you can suck my dick ! » dans « Venomous », c’est tout ! [Rires] Donc oui, par le passé, je n’ai fait que mettre un tout petit peu de chant clair dans ma musique, mais j’en ai toujours été capable. Je suis un chanteur assez polyvalent, et les gens dans le groupe l’ont toujours su.

« Ce sont les gens qui ont des problèmes mentaux qui restent coincés sur les étiquettes et qui deviennent fous furieux si on appelle quelque chose autrement. C’est de la musique. »

Aussi, quand les gens n’aiment pas ma voix aiguë façon pitbull, par exemple, c’est presque un avis ignare. D’accord, c’est une question de goûts aussi, on peut ne pas aimer ce type de timbre, mais on ne peut pas dire que je suis un mauvais chanteur, car je suis un chanteur très expérimenté, j’ai beaucoup d’expérience dans l’écriture de paroles rythmiques, dans de multiples styles de cris et de chant clair. Ça vient du fait que j’ai commencé à chanter dans une chorale quand j’étais très jeune. J’ai dû auditionner pour en faire partie. Mon professeur de musique à l’école à l’époque – je crois que j’avais sept ou huit ans – m’a entendu chanté et m’a suggéré de rejoindre la chorale. Donc j’ai passé l’audition, j’ai rejoint la chorale, et j’ai chanté pendant quelques années dans des petites chorales de jeunes garçons [rires]. J’ai toujours eu la connaissance du chant, et après ça, j’ai fait de la musique toute ma vie, donc la question ne se pose pas, je sais chanter.

Le truc, c’est que je n’ai pas beaucoup exercé mon chant clair, et si tu ne l’exerces pas, tu ne développes pas une voix forte, une bonne assurance, la sécurité de la justesse, etc. Donc ça, ça a été un petit challenge quand j’ai écrit les chansons, car j’ai dû les répéter un petit peu. Tu sais, dans From The North, je chante un petit peu dans « Chaos ». [Chante la chanson] « When I feel down and low / In the city of cold where the snow falls… » Donc oui, je faisais déjà un peu de chant ici et là en live. Mais là, j’en ai mis dans de nombreuses chansons, au bon endroit, de façon à ce que ça soit mieux mis en valeur, et aussi c’est mixé à un volume plus fort, donc ça ressort davantage. Il a fallu que je fasse quelques essais avant d’aller en studio, car ce n’est pas mon style de chant « normal » avec Raised Fist. Mais en tant que musicien, j’écris parfois des chansons qui ne sont pas hardcore ou metal, voire même de la pop. Je me pose avec une guitare et je chante, et je fais de la musique normale aussi qui n’est pas Raised Fist, donc le chant a toujours été là.

Tu as déclaré que « la batterie et le chant ont, pour la première fois dans [votre] carrière, bénéficié exactement de l’espace et du temps nécessaires pour être au même niveau que la musique et les mélodies ». Tu as parlé du chant, mais penses-tu que la batterie a souffert du même manque de temps par le passé ?

Pas vraiment, mais elle n’avait pas bénéficié du même genre de… Je veux dire que nous avons travaillé avec Reberto Laghi et Jacob Herrmann. Jacob Herrmann prossède un studio – Top Floor Studios – à Goteborg et sa spécialité, c’est le son de batterie. Il est aussi batteur lui-même, il enseigne la batterie, et il a même joué des trucs en plus sur l’album. Il disait : « Oh, laisse-moi essayer un truc ici ! » et ça sonnait tout de suite super. Un producteur a toujours un domaine dans lequel il est meilleur. Daniel Bergstrand, par exemple, qui a travaillé sur Veil Of Ignorance, son truc c’était la batterie et le chant, donc il est très bon là-dedans. Roberto Laghi est bon avec le chant et la basse. Et Herrmann est bon avec les guitares et la batterie, donc il a mis en place toute une configuration pour les guitares, avec toutes les guitares que nous allions utiliser, comme de vieilles Fenders, des Stratocasters, pour obtenir le bon son. Il a aussi produit la batterie avec Rob [Wiiand].

Ils ont envoyé les démos de leurs premiers enregistrements à Raised Fist et nous avons dit : « Non, c’est bien, mais ce n’est pas ‘wow’. » Ils étaient là : « Oh merde, on a enregistré pendant quatre jours ! » « Oui, mais recommencez. » Au lieu de rester là-dessus parce que c’était déjà bien, nous avons dit : « Non, effacez ça et repartez de zéro. » Donc ils se sont remis au travail avec ce nouveau critère, genre : « D’accord, merde, les gars de Raised Fist recherchent un truc sacrément bien ! » [Rires] J’ai dit : « Allez-y, perfectionnez, prenez votre temps, essayez de nouvelles choses, marrez-vous, éclatez-vous, faites des trucs de dingue. » Ils l’ont fait. Ils n’ont pas produit deux chansons par jour, mais une seule par jour. Nous avons doublé le budget studio, rien que pour qu’ils puissent faire les batteries, et ils ont fait exactement comme j’ai fait en studio avec le chant, ils ont pris le temps nécessaire. Le résultat, l’auditeur ne fera probablement pas la différence. Parfois, il y a tellement de musique autour de la batterie qu’on ne peut pas entendre tous les petits détails, mais la piste de batterie seuel est putain de géniale ! Il y a tellement de finesse, ce n’est pas surchargé, ça ne détruit pas les chansons. Il joue ce qui convient à la chanson, ni plus ni moins. Je suis très content des batteries, plus que jamais.

Du coup, c’est pour ça que vous travaillez avec deux producteurs, car ils sont complémentaires ?

Oui, exactement. Nous avions un nouveau batteur suite à l’arrivée de Rob, donc nous nous disions que Jacob serait parfait. Imagine que tu as un producteur de studio qui ne connait pas la batterie, qui ne sait pas en jouer. D’accord, le batteur débarque, c’est toujours lui le meilleur juge, c’est toujours lui qui décide, il sait ce qu’il veut, et le producteur peut écouter et donner son avis pour l’aider, mais quand tu as un producteur-batteur, il peut dire : « Non, regarde, j’ai un très bon groove de charley que j’aimerais que tu essayes ! Regarde ça. Est-ce qu’on peut essayer quelque chose comme ça ? » Il peut donc agir davantage en mur porteur que n’importe quel autre producteur. C’était intentionnel d’avoir deux producteurs. Aussi pour les guitares, parce que nous voulions sortir des sentiers battus. Nous ne voulions pas de guitares typées metal, parce que ça ne convient pas à nos chansons. Il était hors de question d’avoir des guitares metal là-dedans, mais nous ne pouvions pas non plus avoir des guitares rock comme les Foo Fighters, car nous ne sommes pas un groupe de rock comme eux, nous sommes dans un entre-deux. Nous sommes Raised Fist, donc nous avions besoin de créer un son de guitare complètement unique, et c’était un putain de défi ! Donc nous avons amené des guitares et des amplis vintage. Nous avons aussi joué certains riffs [chante un riff] sur une corde, avec un seul doigt, et ensuite nous en avons assemblé quatre comme ça, donc ça sonne un peu bizarre [petits rires], mais nous en sommes contents. C’était donc son boulot : si vous n’aimez pas les guitares ou la batterie, c’est Jacob qui a eu ces idées [petits rires], mais nous adorons ce qu’il a fait. Nous pensons avoir un son original. Quand on est original et qu’on ne se noie pas dans un océan de productions, ça rend notre musique intemporelle.

« La raison pour laquelle nous progressons tout le temps et pourquoi Raison Fist va toujours plus loin, c’est parce que nous sommes constamment motivés par un désir irrépressible de faire quelque chose de nouveau et de cool, en nous basant sur ce que nous aimons et pas sur ce que les autres aiment. »

J’ai l’impression d’être prétentieux maintenant en parlant de ça. Je veux dire que ça reste du putain de hardcore rock n’ roll, mais ce que je suis en train de dire, c’est qu’en vieillissant, on devient des dégustateurs plus raffinés. J’adore la pizza mais j’adore aussi plein de bonne nourriture. J’adore boire de la bière, mais j’adore aussi boire du très bon vin [petits rires]. Ça vient avec l’âge. Je pense que c’est pareil avec Raised Fist. J’adore Dedication, j’adore toutes ces chansons et j’envoie toujours des morceaux rapides, parfois je me pose sur mon kit de batterie et je joue du black metal, mais j’adore aussi quand on peut avoir le temps et l’espace pour créer quelque chose, comme nous l’avons fait avec Anthems. Ce n’est pas parfait, ce n’est pas le meilleur album de tous les temps, certaines personnes pensent : « C’est bien, mais ce n’est pas un putain de chef-d’œuvre » ou peu importe. Ça se défend, mais pour moi et pour ce que le groupe est capable de faire aujourd’hui, ceci est la capacité maximum de Raised Fist, nous le savons. Donc je ne dis pas que nous sommes meilleurs que tout le monde, nous ne sommes pas meilleurs que Mozart, nous ne sommes pas meilleurs que d’autres musiciens. Il y a plein de musiciens qui ont plus de talent que nous, mais de notre point de vue, ceci est le mieux que nous pouvions faire. Nous avons maximisé la batterie, nous avons maximisé ma capacité vocale…

La seule chose que nous n’avons pas maximisée, c’était peut-être les textes, car c’est à peu près la même chose. J’ai eu fait des albums où je me disais : « Wow, ces paroles sont de l’or ! » Donc là, c’est quelque chose… Mais c’était aussi voulu. Je ne cherchais pas à écrire des textes qui pourraient gagner le prix Pulitzer. Je voulais des trucs plus faciles, rock n’ roll, à la AC/DC. Comme « Thunderstruck » [chante l’intro de la chanson] : je voulais obtenir ça dans certaines chansons d’Anthems. « Seventh » en fait partie. « Murder » aussi : « We are Raised Fist / And this is how it is / Now read my lips.” C’est un message pour tous les gens qui se plaignent de pas entendre de musique comme sur Dedication : « Oh, ce n’est plus Raised Fist, bla bla bla. » Nous sommes Raised Fist et putain, c’est comme ça ! Lisez sur mes putains de lèvres, pas le temps de ressasser! Nous avons fait Dedication, mais c’était il y a vingt ans ! C’est ma musique. J’ai écrit certaines des chansons dans cet album. Ça commence avec un roulement de batterie [chante le roulement], j’ai écrit ce roulement, je l’ai joué une fois par semaine, je le sais, c’est ma chanson, c’est mon bébé, et je suis toujours là. Donc je sais mieux que n’importe qui comment écrire ce genre de truc [petits rires], mais il n’y pas de temps à perdre à vivre dans le souvenir. Le train avance, c’est un autre temps, une nouvelle époque, nous devons faire de nouvelles choses dans la vie et pas simplement répéter nos propres riffs, car ce qui se passerait, c’est que ça serait probablement légèrement moins bien et nous détruirions l’héritage que représente Dedication. Nous en sommes convaincus.

Tu as mentionné les textes et en fait, on dirait qu’ils ont été écrits pour galvaniser les foules, c’est très orienté live, avec plein de punchlines hyper efficaces. D’un autre côté, est-ce que ça ne t’a pas forcé à faire des compromis sur le message ou bien penses-tu qu’au contraire ça renforce le message ?

Je pense qu’en effet, ça fait peut-être faire des compromis sur le message, peut-être. Très bonne question ! T’es un bon journaliste. Tu me fais parler sans même poser de question, je parle pendant une heure, et ensuite tu me poses une question difficile à laquelle je n’arrive pas à répondre ! Je ne sais pas, car le truc, c’est que j’aurais pu écrire un message très fort sur toutes ces chansons. Enfin, la chanson « Anthem » par exemple, j’aurais pu écrire n’importe quoi dessus. Donc elle aurait pu avoir un message plus fort, oui. Je ne sais pas ! C’est vraiment une bonne question. Si j’avais écrit un message vraiment décoiffant, ça serait peut-être devenu une chanson légendaire, ou bien ça lui aurait fait perdre un peu de sa force, car les gens comprennent ce sentiment : « Levez le poing ! » C’est facile, simple, clair, mais je ne sais pas ce que ressent celui qui reçoit notre musique. Donc peut-être les deux. Ça pourrait aller dans un sens comme dans l’autre. Je n’ai jamais réfléchi à cette question !

Roberto Laghi a été beaucoup associé au In Flames moderne – même s’ils ont récemment stoppé leur collaboration –, et c’est un groupe qui est connu pour l’évolution de son son, vers un côté plus rock et hymnique. En fait, deux chansons sur Anthems peuvent faire un peu penser au côté mélodique d’In Flames : « Into This World » et surtout « We Are Here ». Penses-tu que Roberto Laghi vous a aidés, tout comme il a peut-être aidé In Flames, à atteindre votre objectif ?

Non, je ne crois pas. J’ai fait « We Are Here » et je me souviens quand j’étais en train de faire des essais dessus. J’ai simplement dit : « Mets le refrain en boucle, je vais essayer des trucs. » J’ai commencé à chanter et tenter des trucs, en enregistrant des ébauches, et au bout d’un moment je lui ai dit : « Je pense que je le tiens. » Donc il n’était même pas impliqué. Toutes les mélodies, je les ai faites moi-même. Avec Raised Fist, le producteur n’écrit rien, sauf le cas des parties de batteries où Jacob avait des idées. Donc ce que Roberto et moi faisons, c’est qu’il me suggère des idées. Ça pourrait être un couplet qui va vers un refrain, et il dit : « D’accord, je vois le couplet, mais à la fin du couplet, on ne sent pas le refrain arriver. Est-ce que tu peux finir le couplet avec peut-être un changement de tempo ou autre chose, de façon à obtenir un pont naturel vers le refrain et le sentir venir ? » Et alors je dis : « D’accord, essayons. » Ensuite, je change peut-être certains mots, ou bien je crie plus longuement, et puis : « Oh, maintenant je l’ai. Je pense que ça colle mieux. » Ou parfois, je chante quelque chose et il se demande : « Est-ce que ça colle vraiment à la chanson ? » Et je dis : « Ecoute, on passe sur autre chose et on réécoutera ça à tête reposée. » Puis nous revenons dessus et réécoutons, et je dis : « Peut-être pas. Essayons autre chose. » Il est très bon quand il s’agit d’être un troisième œil, mais il n’écrit rien ou ne donne pas d’idée de partie, il ne me chante rien. Tout ce qu’on entend est écrit par Raised Fist du début à la fin.

« Je ne veux pas rabaisser les gosses, mais quand on est jeunes, nos sens ne sont pas aussi développés que quand on est plus grands. C’est pareil avec la nourriture, par exemple, on aime le sel, le sucré et l’aigre, donc on aime les pizzas, les macaronis et les saucisses-ketchup, on a des goûts simples. Quand on grandit, notre cerveau se développe et on aspire à des choses plus raffinées. »

En conséquence, la référence à In Flames pourrait être inconsciente, mais je n’écoute pas In Flames, et d’ailleurs je ne sais pas à quelle chanson tu fais référence. Mais je sais que « Into This World » a quelque chose qui fait penser à une chanson d’In Flames pour certaines personnes, car ils me l’ont dit, et j’ai écouté la chanson en question. Quand je l’ai entendue, j’étais là : « Wow, je n’avais jamais entendu cette chanson avant ! » Je pense que c’est peut-être plus un style qu’on a en Suède. In Flames fait ces choses à cause d’autres groupes, et d’autres groupes les font à cause d’autres groupes, et nous les faisons aussi à cause d’autres groupes. Ça s’interconnecte. Nous ne regardions aucun autre groupe, et si nous l’avions fait, j’aurais dit : « Ceci est un développement typique d’In Flames, » mais ce n’est pas le cas. Et je sais que Laghi ne l’a pas fait non plus, car comme je l’ai dit, il ne contribue à aucune partie ou mélodie. Je pense que c’est une coïncidence qui s’inscrit dans le cercle du metal suédois. Evidemment, j’ai été dans des bars rock. Evidemment, j’ai des gens autour de moi qui écoutent In Flames et nous avons joué avec In Flames à de nombreuses reprises, donc il se peut que j’aie entendu la chanson et qu’elle me soit restée en tête. C’est la seule explication que je peux donner, si tant est que ça vienne d’eux, mais en tout cas, ça ne vient pas de Roberto Laghi.

L’album se termine avec la chanson « Unsinkable II », la suite de la dernière chanson sur From The North. Cependant, ces deux chansons sont globalement assez différentes. Du coup, comment en êtes-vous arrivés à faire cette seconde partie ?

Tout d’abord, le plan de guitare du refrain dans « Unsinkable II » est le même que dans « Unsinkable ». Il n’a pas été changé, c’est exactement pareil. Nous étions en tournée une fois et Jimmy [Tikkanen] a commencé à jouer ce riff d’« Unsinkable », et j’étais là : « Oh putain ! » J’ai dit à Matte [Modin] : « Mets de la batterie là-dessus ! » Donc Matte a mis une petite partie de batterie entraînante [chante la partie de batterie]. J’étais là : « Oh merde ! C’est une bonne chanson rock ! » Donc ça aurait pu être comme ça. C’était la première version, et elle était bonne ! Puis Matte a évolué vers [chante une progression de batterie] et Jimmy a joué ce riff qui est devenu le refrain d’« Unsinkable », où je chante différemment mais autrement c’est le même riff. Seulement, nous avons joué l’autre version tellement de fois durant des balances, avec ce riff de guitare, que j’ai dit : « Je veux que cette chanson soit sur Anthems. » Jimmy a dit : « Ouais, ça allait tellement bien à ce refrain, mais nous l’avons déjà utilisé sur ‘Unsinkable’. » J’ai dit : « Ouais, mais tu sais ce qu’on peut faire ? On peut le réutiliser ! » Il m’a regardé : « On ne peut pas utiliser la même musique, Alex ! » [Petits rires] J’ai dit : « Si, on peut, parce que c’est ‘Unsinkable II’ ! Et pour être honnête avec toi, je ne pense même pas que les gens remarqueront que c’est le même riff que nous avons utilisé. »

Ensuite, j’ai écrit les paroles d’« Unsinkable II ». Niveau narratif, c’est différent, mais le sujet parle d’être insubmersible. Insubmersible, ça peut faire référence à Raised Fist qui avance contre vents et marées. Ça peut être aussi quelqu’un dans une relation violente, qui a besoin de maintenir la tête hors de l’eau. Ça peut être comme dans « Shadows », qui parle d’un gars qui s’apprête à foncer dans un mur avec sa voiture, et il lutte chaque jour pour rester en vie et ne pas se suicider. Tout le monde a besoin de maintenir son nez hors de l’eau, tout le monde a envie d’être insubmersible. Donc la première chanson parlait du groupe et la seconde parle des gens. Donc elles sont aussi un peu liées à ce niveau, en plus du riff. Il pourrait y avoir un « Unsinkable III », sait-on jamais. Mais je ne pense pas que nous réutiliserons trois fois le même riff [petits rires]. Ça pourrait être exagéré.

Tu as déclaré qu’avec cet album vous produisiez « quelque chose ayant un nouveau son » et que vous restiez totalement à l’écart « de cette merde de hardcore metal générique produit de façon digitale ». Penses-tu que le hardcore moderne/metalcore soit tombé dans le piège d’une formule générique ?

Je ne sais pas ! Certaines musiques hardcore sont très simples. C’est juste que ça sonne complexe et ça fait croire aux gosses que c’est très élaboré. Mais ce ne sont que des digressions mathématiques sur lesquelles tu mets un riff de guitare, mais quand tu mets à plat le motif rythmique, c’est assez simple. Certains sont plus complexes que d’autres, bien sûr, mais ce que je pense… Nous ne voulons pas faire ce type de musique très standardisé, comme l’est le hardcore d’aujourd’hui. Le hardcore a plusieurs significations pour Raised Fist. Quand nous avons démarré et que nous avons fait You’re Not Like Me et Stronger Than Ever, le hardcore c’était de la musique rapide. Si tu jouais tout sauf des plans rapides, tu ne faisais pas du hardcore. Et quand tu commençais à jouer du metal, tout le monde était là : « Ah, vous êtes des traîtres ! » [Petits rires]. Maintenant les gens jouent du death metal, ou du death rock plutôt, comme Parkway Drive, et appellent ça du hardcore, et je ne comprends vraiment pas comment ça peut passer de l’un à l’autre sans… C’est tellement sournois la façon dont la musique évolue, et ça n’a pas vraiment d’importance. Ce sont les gens qui ont des problèmes mentaux qui restent coincés sur les étiquettes et qui deviennent fous furieux si on appelle quelque chose autrement. C’est de la musique. Mais le truc, c’est que ces groupes de hardcore sonnent toujours pareil à mes oreilles, et il se peut que j’aie l’air d’un vieux chnoque, comme ma mère quand elle écoutait Raised Fist : « Oh, tu ne fais que crier ! » [Rires] Mais ce n’est pas ma tasse de thé.

« Le hardcore qu’on a aujourd’hui, c’est comme les DJ : parfois ça marche surtout avec les gamins et les gens bourrés qui veulent faire la fête. »

Il n’y a pas de mal à être simple. Je veux dire que le nouvel album de Raised Fist est très simple. Les Ramones étaient très simples. Les Sex Pistols étaient très simples. Donc la simplicité peut donner des chefs-d’œuvre. Nirvana était très simple et nombre de leurs riffs étaient très clichés, mais ça rend autre chose quand tu utilises ça sous une autre perspective. Mais le hardcore, tel qu’il est aujourd’hui, ce n’est pas ma tasse de thé, car c’est grosso modo toujours pareil. Et on dirait que ça attire les gamins prépubères plus qu’un public plus âgé, ce qui en dit long aussi. Je compare un peu ça à la culture des DJ : un concert, c’est quelqu’un debout qui joue un CD ou je ne sais quel format digital, et les gens dansent. Personne ne joue physiquement quoi que ce soit. Prends par exemple Swedish House Mafia, il y a plein de lumières, plein de musique, plein de breakdance, et les gens dansent dessus et s’éclatent. C’est pareil avec le hardcore moderne : il y a plein de lumières, de la pyrotechnie, une grande présence scénique, plein de trucs digitaux, des samples, et plein de breakdance, une formule très facile à assimiler pour le cerveau que tout le monde peut intégrer instantanément. Et le pit se met à bouger avec des gens qui passent un relativement bon moment. C’est donc le même scénario qu’avec les DJ : c’est plus une fête que ce n’est de vrais artistes qui jouent et font quelque chose de bien [petits rires]. C’est comme ça que j’analyse tout le truc.

Donc quand je vois lors d’un festival un groupe qui joue cette merde, je me dis : « Ok, ce n’est pas ma tasse de thé. » Alors je pars écouter autre chose. Je veux du porno amateur. Je veux que ce soit rugueux ! Je veux que les musiciens se donnent. Je peux un peu de sueur. Je veux un peu de ci et un peu de ça. Je veux un riff un peu de traviole. Donc pour moi, le hardcore du type [chante un riff metalcore]… Je peux écrire une chanson de hardcore moderne là maintenant ! Un morceau épique de cinq minutes. Pas de problème. C’est tellement facile. Il suffit que je me mette derrière une batterie et je ferais… Je vais t’écrire une chanson là tout de suite au téléphone ! D’accord, on aurait quelque chose comme ça [chante en improvisant une chanson]. Et on peut continuer comme ça, je peux te dicter : « Tu joues ça… » Et ça fera une super fête. Les gamins seront là : « C’est un truc de malade ! » Mais ce n’est pas ce que fait Raised Fist. Et c’est plus ou moins la même chose avec Dedication. Nous avions la formule pour faire des chansons rapides, on fait avec ça, on commence avec une intro, on fait ceci et ensuite on a un breakdown. C’est pour ça que c’est devenu répétitif. Aucun challenge, rien, donc il fallait que nous allions de plus en plus loin dans la musique.

D’autres gens m’ont posé la question, et je réponds : « Nous sommes de vrais musiciens. Tout le monde dans le groupe joue et compose plein de chansons. » J’ai écrit la musique de quatre morceaux sur cet album, ce qui fait quarante pour cent. J’ai même joué de la batterie… Si tu écoutes « Murder » sur le nouvel album, j’ai tout écrit là-dedans, y compris le rythme de batterie dans les couplets [chante le rythme]. Je l’ai moi-même joué, enregistré et envoyé au studio en disant : « Je veux que ce soit exactement comme ça. » J’ai composé les guitares. J’ai tout composé dessus. Jimmy a fait « Unsinkable II », comme je l’ai dit. Daniel a fait, par exemple, les riffs de « Polarized ». Donc nous composons tous à un niveau assez élevé. Quand nous écrivons de la musique, nous ne pouvons pas nous contenter de faire [chante un partie heavy basique]. Nous disons : « C’est de la merde ! Ce n’est même pas drôle ! » [Petits rires]. Donc quand Daniel écrit ses trucs, Jimmy les siens et moi les miens, c’est assez rock n’ roll, c’est un petit peu hardcore, c’est un petit peu punk, ça peut être n’importe quoi. Ensuite, nous écoutons, c’est beau… C’est pour ça que Raised Fist évolue constamment, parce que nous sommes comme des peintres. Nous n’achetons pas ces images avec des nombres sur des formes et ensuite il faut remplir avec des couleurs. Nous peignons à partir d’une toile vierge. Ou comme un photographe : nous voulons de bonnes photos, donc nous avons une vision, et ensuite nous la mettons en œuvre.

Nous sommes des âmes créatives… Je ne veux pas être narcissique. Je ne parle pas de notre niveau dans le domaine, je parle simplement de ce que nous aimons faire. J’ai fait les trois clips pour « Anthem », « Into This World » et Venomous ». Je n’avais jamais fait de clip avant, donc c’était une première pour moi. J’ai fait la pochette d’Anthems. Tout ce qui est graphique dans Anthems vient de moi. Et j’ai écrit les textes et quarante pour cent de la musique de l’album. Daniel a pris toutes les photos pour la presse. Il a aussi fait les prises de vue dont nous avions besoin pour les vidéos. C’est un photographe professionnel reconnu en Suède. Nous avons donc tout fait sur cet album. Nous sommes un groupe de créatifs. Je pense que la raison pour laquelle nous progressons tout le temps et pourquoi Raison Fist va toujours plus loin, c’est parce que nous sommes constamment motivés par un désir irrépressible de faire quelque chose de nouveau et de cool, en nous basant sur ce que nous aimons et pas sur ce que les autres aiment. C’est pour ça que nous prenons cette direction.

Pour la question, à savoir si le hardcore est tombé dans un piège générique, je ne sais pas ! Comme je l’ai dit, j’aime bien aussi quand c’est simple. Si tu as trois accords, ça peut être génial. Ça peut donner du rock à la Foo Fighters ou autre. Le hardcore peut aussi être bon en étant très simple. Je peux bien sûr profiter d’une bière en écoutant des merdes génériques très simples, et me dire : « Ok, c’est cool. » Donc ils font ce qu’ils font. Je ne sais pas si c’est un piège. C’est un peu un style. Je ne veux pas rabaisser les gosses, mais quand on est jeunes, nos sens ne sont pas aussi développés que quand on est plus grands. C’est pareil avec la nourriture, par exemple, on aime le sel, le sucré et l’aigre, donc on aime les pizzas, les macaronis et les saucisses-ketchup, on a des goûts simples. Quand on grandit, notre cerveau se développe et on aspire à des choses plus raffinées. Tu es là : « Peut-être qu’un bon verre de vin irait bien avec ça. » Donc ton cerveau commence à analyser les choses différemment, ce qui est aussi ce qui arrive avec la musique. Tu écoutes de la musique vraiment insignifiante quand tu es plus jeune, parce que c’est ce que ton cerveau est capable de gérer à ce stade. Puis tu vieillis, tu commences à digérer les choses, tu veux un peu plus, tu commences à penser aux nuances. Donc comme je l’ai dit, le hardcore qu’on a aujourd’hui, c’est comme les DJ : ça marche parfois avec les gamins et les gens bourrés qui veulent faire la fête.

Interview réalisée par téléphone le 21 novembre 2019 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Adrien Cabiran.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Daniel Holmgren.

Site officiel de Raised Fist : www.raisedfist.com.

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