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Chronique    Radio Metal   

Rammstein : les contre-avis


Le nouveau Rammstein a entraîné beaucoup de réactions chez les fans, au sein de la communauté metal en général, ainsi qu’au sein de l’équipe de Radio Metal. Afin d’offrir un complément ou contre-poids à la chronique de Thibaud publiée il y a quelques semaines, ainsi qu’au titre à titre de Tiphaine qui avait eu le privilège d’écouter l’album en avant-première pour en faire un papier à chaud, voici d’autres regards sur un album qui décidément fait beaucoup parler de lui. A vous, lecteurs, ensuite de déterminer l’avis qui vous paraîtra le plus juste ou le plus pertinent.

N’hésitez pas d’ailleurs vous-même à partager votre sentiment, les débats sont toujours intéressants et peuvent parfois ouvrir de nouvelles perspectives sur l’écoute d’un album.

L’avis de Jean-Florian Garel :

Peu de groupe de metal peuvent se targuer d’être connus de tous. Le titanesque Rammstein a réussi ce pari au même titre qu’un Metallica ou qu’un Marilyn Manson : son nom est dans la culture populaire. Pour cause, en vingt-cinq ans le groupe a façonné un univers complet porté sur ses mises en scène spectaculaires, ses ambiances riches, une efficacité indéniable amenant cette facilité à produire des tubes, et évidemment le chant singulier de Till Lindemann en allemand. Inutile de les présenter donc, mais rappelons que Rammstein est une entité solide qui n’a subi aucun changement de line-up et qui poursuit un parcours sans faute. Entre leurs divers projets solo, les musiciens ont donc pris le temps de puiser leur inspiration pour le successeur de Liebe Ist Für Alle Da. C’est donc dix ans après que le groupe plutôt extraverti revient sous sa forme la plus sobre avec un album sans titre et une allumette en guise d’artwork.

L’apparence minimaliste de cet album très attendu est presque une première provocation envers son public qui s’attend à en prendre plein la vue, et les clips vidéo de « Deutschland » et « Radio » sont d’ailleurs la démonstration qu’ils ne se sont pas calmés à ce niveau-là. Mais concentrons-nous plutôt sur nos oreilles puisque ces deux premiers titres, qui sont présentés comme les deux singles, ne sont pas seulement des tubes dansants, si on peut les qualifier ainsi, mais ils incarnent le savoir-faire de Rammstein à manier des hymnes entraînants portant un message fort de sens. « Deutschland » revisite les faces obscures de l’histoire allemande et « Radio » rappelle le temps de la guerre froide où les membres du groupe, tous ayant vécu en Allemagne de l’Est, se cachaient pour écouter les radios de l’Ouest. Du sérieux sur des refrains fédérateurs, cela fait partie de leur identité rappelant des « Feuer frei ! », « Links 2-3-4 », et évidemment « Amerika ». Tout aussi sérieusement, Rammstein s’attaque aussi à la religion avec « Zeig Dich » (montre-toi) en usant des chœurs pour l’ambiance liturgique et des riffs tranchants pour servir un message direct et offensif.

Les Allemands savent évidemment être plus légers puisqu’ils ont une autre thématique de prédilection bien connue : le sexe. « Ausländer » suit donc les aventures d’un éternel touriste qui vagabonde de pays en pays, et de partenaire en partenaire, le temps de quelques heures, le tout sur un titre symbiotique entre electro-dansant et metal indus, là encore assez immédiat à la première écoute qui ne manquera pas de s’inscrire à son tour sur les incontournables hits du groupe. Malgré son groove, « Sex » paraîtra peut-être plus anecdotique même si son côté coquin est subtilement porté par la musique et par un Till bien déchaîné, fidèle à lui-même sur ce sujet-là. Mais le sexe n’est rien sans l’amour et là encore Rammstein y va de ses quelques balades avec « Diamant » assez courte pour ne pas lasser l’auditeur, comme pouvait en pâtir un « Frühling In Paris » par exemple. Les Allemands évoquent aussi le refus d’aimer pour ne pas souffrir avec « Was Ich Liebe » qui là encore touchera davantage par les refrains portés par Till. « Weit Weg » continuera à manier les paradoxes avec le clavier de Flake aux sonorités seventies élançant un long paysage, en évoquant d’une manière bien étrange l’histoire d’un voyeur sur un titre rafraîchissant.

L’univers de Rammstein, c’est aussi dépeindre des ambiances angoissantes avec des histoires souvent glauques. Pour y parvenir, Till utilise le regard de l’enfant seul dans un environnement particulièrement malsain (« Spielhur », « Hilf Mir »). C’est à nouveau le cas dans l’inquiétante « Puppe » qui conte l’histoire d’un jeune enfant qui essaye de dormir à côté de sa grande sœur qui se prostitue (comme on peut le deviner dans le texte) et qui pour s’apaiser utilise sa poupée qui le protège, et comme on l’entend dans le lâcher-prise et la décompensation de Till qui vrille au chant, le jeune enfant n’a d’autre choix que de détruire la poupée (ce qui est symboliquement fort, vous aurait répondu le psychanalyste Donald Winnicott). « Hallomann » qui conclut l’album n’en sera pas moins sordide, semblant évoquer un pédophile qui s’adresse à une petite fille sur la plage. Là encore, en deux temps musicaux : un premier presque apaisant et une bascule plongeant l’auditeur dans l’immondice de l’homme.

On peut s’inquiéter que Rammstein peine à proposer quelque chose de neuf. En somme les Allemands ont prouvé avec ce nouvel album qu’ils savent toujours composer et qu’ils restent inspirés tout en usant de la même recette qui a fait leur succès. Pour autant, là où ils se distinguent des autres géants du metal, c’est que le disque est suffisamment hétérogène pour pouvoir avoir les mêmes prétentions que ses prédécesseurs. Il y a des ambiances à la Mutter, à la Herzeleid, et même à la Rosenrot. Peut-être que des titres marqueront moins les esprits que d’autres, mais cela a toujours été le cas sur leurs albums. En tout cas on peut parier sur le long terme : dans quelques temps les titres phares de cet album éponyme auront la même aura que les morceaux cultes du passé. Chaque fan se retrouvera dans plus d’un passage de cet album et finalement aucun disque ne semble faible à côté des autres tant qu’on retrouve le même plaisir à y revenir… En cela, ils prouvent à nouveau que leur statut de référence n’a rien de démérité.

L’avis d’Amaury Blanc :

Il est toujours aussi marrant de voir à quel point un nouveau disque des Allemands peut susciter tous les commentaires possibles et inimaginables ! C’est ça la démocratie et c’est beau. Et puis ça souligne surtout l’impatience du public quant au successeur de Liebe Ist Für Alle Da (2009). Mon pote Jeff (Jean-Florian Garel, animateur de l’émission Pure Fuckin’ Armageddon) me disait qu’il faudrait du temps pour se forger une opinion sur ce disque car, selon lui, seul le long terme révélera si l’album tient vraiment la route. Pas faux dans l’absolu, lorsque l’on a pour ambition d’avoir un regard le plus honnête possible sur un disque (je ne parlerai jamais d’objectivité, d’autant plus quand il s’agit de zik), mais selon moi un album de Rammstein, qui propose une musique catchy et immédiate, ne nécessite pas non plus des milliards d’écoutes pour se forger une opinion.

Je veux dire, Rammstein ne partage pas des compositions qui nécessitent une immersion de ouf comme un groupe de black metal expérimental peut, par exemple, l’exiger… Si je devais caricaturer, je dirais que l’on parle quand même de mecs qui proposent simplement du Laibach période Jesus Christ Superstars avec une grosse prod’ ! Moi j’adore le groupe hein, mais il ne faut pas oublier que leur recette musicale est super simple. Rammstein, c’est comme AC/DC ou Evanescence : tu sais à quoi t’attendre quoi !

Bon, passons aux choses sérieuses. Cet album restera à mon sens bien placé dans la discographie de Rammstein (je le mets dans mon top 5 bien que loin du top 3). D’ailleurs, il peut sans conteste être analysé, par les plus enjoués, encore plus positivement au regard de ce que bon nombre de très gros groupes de la scène proposent sur leurs derniers disques ! Si tu prends pour exemple un groupe comme AC/DC, son dernier grand disque est à mes yeux Ballbreaker et date de 1996. Depuis, tu as grosso modo trois morceaux par album qui valent le coup. C’est plus que maigre non ? Alors que sur cet album de Rammstein (à la pochette affreuse, j’espère que vous en conviendrez), il y a quand même beaucoup de très bons moments.

Pour résumer, on peut donc noter :

– un moment de grâce qui touche au génie (« Puppe » et son chant viscéral) ;
– une première partie de disque avec une pléthore de tubes (qu’est-ce que ce « Radio » est addictif ! et franchement, c’est sympa que le groupe rende hommage à Radio Metal de la sorte… ah mince, j’ai mal compris ?!), même si je trouve « Sex » en dessous ;
– une deuxième partie du disque beaucoup plus ennuyeuse.

Ce que j’aime chez Rammstein, c’est son côté viscéral, malsain, rapide et technoïde des débuts. Certains de ces aspects sont encore présents ponctuellement dans leur musique mais, si je devais résumer ma vision du Rammstein made in 2019, je dirais que le groupe a quand même baissé en termes de richesse de composition. Le disque le plus abouti du groupe étant à mon sens Mutter (donc tu l’auras compris, « Amerika » ou « Pussy » c’est pas mon délire…). Perso, je suis un grand fan des trois premiers disques du groupe et, à mes yeux, Rammstein a été vraiment très inégal sur album depuis 2001.

Le petit dernier, intitulé Rammstein, est plus que correct. Je prendrai toujours plaisir à l’écouter. Mais il est évidemment très loin des chefs-d’œuvre absolus du groupe. Un peu comme Prequelle de Ghost – un disque que j’écouterai toujours avec plaisir même s’il est beaucoup plus pop et fourre-tout que le chef-d’œuvre qu’est Meliora –, le nouveau Rammstein est bien composé et cela reste de l’excellente musique. Je pense qu’il est tout de même bon de le rappeler et d’insister là-dessus !

Une petite vue d’ensemble des morceaux : il paraît que « Diamant » est assez critiqué. C’est clair que c’est une ballade franchement insipide. Mais même sur les albums que j’apprécie le plus, les « Seemann » et autres « Mutter » sont des chansons qui ne m’ont jamais parlé car, sur le plan des ballades, Rammstein ne me procure pas les frissons qu’il peut me donner sur des titres comme « Mein Herz Brennt » ou « Puppe ». « Tattoo » a l’air de plaire au public alors que je la trouve un peu facile. Après, c’est typiquement le genre de morceaux qui fait taper du pied, et qui passera carrément l’épreuve du live si les Allemands choisissent de la jouer, mais que je trouve faible sur le plan de la compo. « Deutschland » et sa montée en régime sont une parfaite ouverture de disque. Je ne m’ennuie pas une seule seconde sur « Radio », le rapide « Zeig Dich », « Ausländer » et « Puppe ». Les autres compos sont pour moi beaucoup plus anecdotiques mais, sur le plan global, ce Rammstein est un super disque – 5 tubes sur 11, ce n’est pas à la portée de tous les artistes, n’est-ce pas ? Remettons les choses dans leur contexte – qui reste néanmoins inégal !

Album Rammstein, sorti le 17 mai 2019 via UME/Spinefarm. Disponible à l’achat ici



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  • Gregdevil666 dit :

    La 1ere écoute fut une grosse déception. J’attendais un album agressif, à riff, dans le genre de Mutter. Après un quelconque LIFAD j’avais espoir que les teuton se rachètent.

    Une fois la pilule avalée, je constate que c’est un bon album.
    Les compo sont fouillées et la production nikel. L’album à une résonance pop, Auslander étant la chanson la plus représentative du style adopté. Flake est clairement mis en avant, les mélodies sont légions, et hormis une fin de disque un peut poussive (Diamant, Weit Weg, Holloman) toutes les pistes ont quelque choses d’accrocheur. Zeig Dich est ma piste favorite, ses son texte dénonciateur, ses riff tranchant, de superbe chœurs, et la basse de Riedel fait des merveilles.

    Je ne suis pas d’accord quand j’entends que Rammstein na pas pris de risque, claqué un album pop il faut osé, LIFAD était sant vie, sans imagination, je pense qu’ils ont voulues changer cela, se laisser aller à leur délire. Puppe est d’ailleurs une sacrée baffe, qu’on accroche ou pas.
    Je me suis d’ailleurs fais la réflexion qu’hormis 3,4 titres cette album n’est pas taillé pour le live, un comble pour R4. Preuve en est de l’orientation différente de ses prédécesseurs.

    Après plusieurs écoute je suis enthousiaste quand à la qualités et au changement apportée au style du groupe. Évidemment il n’est pas au dessus d’un Sehnsucht, mais je le place à égalité avec un Reise, Reise ou Herzeleid.

    [Reply]

  • j’aime beaucoup votre manière de traiter l’information sur ce coup là.
    Loin des critiques péremptoires et téléramesque, ici chacun donne son avis sans chercher à convaincre. Chacun y prend ce qu’il veut et peut se faire son propre avis.
    C’est vraiment agréable.

    [Reply]

  • Utilitariste gaulois dit :

    Aussitôt écouté, aussitôt oublié

    [Reply]

    Utilitariste Gaulois

    En fait, non !

    Plus je l’écoute, plus je le trouve bon cet album, avec un p’tit goût de « reviens-y » !

    Mea culpa

  • Ils ont donc eu presque une décennie pour nous sortir ce qui pourrait être leur dernier album , si on traduit ce qu’a dit Richard … soit presque un an pour composé chaque titre . Et pourtant, les structures sont les mêmes, intro, couplet , refrain , couplet , parfois un bridge.
    J’en suis à la troisième écoute et déjà je me lasse de près de la moitié des titres , peu inspirés si ce n’est pas leur propre répertoire.
    Le cap a passer mais qui ne passe plus : Puppe . Rien n’a faire , je ne comprend l’engouement pour ce titre. Ultra-chiant. La poussette en concert est grotesque.
    Sex ? méritait bien mieux, rien que pour le titre.
    Bien que peu emballé par leurs vidéos , j’ai eu le tort de visionner celle de Ausländer . Pas de bol , du coup je vois des femmes en tenues tribales africaines se remuer les seins à l’air dès l’intro. Effet omelette garantie, bien fait pour moi.
    Diamant : sans doute une démo non-achevée retrouvée sur une clé USB. Le niveau technique moyen des musiciens apparaît au grand jour car la piste est très peu surproduite, contrairement au reste.
    En revanche , les 3 premiers titres et le dernier sont très bons. Tant qu’a cloner , il fallait le faire de ce coté-là. Mais où est le titre inspiré par les fabuleux Mein Herz brennt ou Reise, Reise ?

    L’artwork n’aide pas non plus , il ne faut jamais négliger son effet , c’est le coté visuel de l’ensemble avant la première écoute.
    Ok, une allumette sert à allumer un feu … mais d’autre accessoires le font avec bien plus de classe: Le Magnifique et Unique Drogon au dessus de King’s Landing , un zippo en gros plan , une lance-flamme époque « Le dernier Fusil » , une torche époque « La Guerre du Feu » , des silex et j’en passe . Nein , ce sera une allumette sur un vond planc , sans tégonner comme dirait Till.

    Au final , on est très loin des claques de Sehnsucht, Mutter et Reise, Reise.

    [Reply]

    Wlad

    J’aime beaucoup cette pochette. Une allumette, objet qui apporte le feu et qui ressemble un peu à une verge si on se creuse très fort les méninges, fait très Rammstein !

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    Alice Cooper @ Paris
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