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Chronique   

Rammstein – Rammstein


2019 pourrait s’avérer être l’année du retour des mastodontes de la scène metal. On pense bien sûr à Tool qui devrait (prenons toutes les précautions possibles) accoucher du successeur de 10 000 Days en août, treize ans plus tard. La certitude, c’est Rammstein. Liebe Ist Für Alle Da (2009) avait vu le jour il y a déjà dix ans. C’est une génération d’adolescents qui a grandi avec Rammstein et se retrouve aujourd’hui adulte. La décennie paraît d’autant plus longue que Rammstein ne s’est pas absenté des scènes, bien au contraire, avec un show grandiloquent au possible (et sa vingtaine de camions pour le matériel, à chacun son empreinte carbone). En clair, les Allemands sont parmi les artistes les plus plébiscités dans le monde du metal et au-delà. Symboliquement intitulé Rammstein, septième album de la formation, l’opus se place singulièrement dans la discographie tant par son titre, son attente que son contexte. Si l’on en croit les dires de Richard Z. Kruspe, Rammstein serait peut-être la dernière œuvre des géants. La pression n’épargne personne.

Rammstein s’est illustré à travers le clip de « Deutschland », mettant en scène l’allégorie Germania avec un budget interstellaire. Le public avait pu apprécier un Rammstein qui présentait son essence, issu de la scène indus avec un goût certain pour la provocation (scander « Deutschland ûber allen » fera toujours râler les amateurs du premier degré ignorants du poids de l’historiographie allemande dans les textes de Rammstein). Du Rammstein classique, efficace : une forme de sécurité qui rassure et ne transcende pas. « Radio », deuxième single, mettait en avant une facette davantage électro avec la prédominance du jeu de Flake Lorenz et la répétition d’un riff martial typique. « Radio » est une sorte de mise à jour des premières œuvres du groupe, hybride de metal, d’indus et de techno propre à la Neue Deutsche Härte amorcée par Oomph et grandement popularisée par Rammstein (« Tattoo » est à ce titre le rappel le plus rafraîchissant). « Radio » laisse apprécier la qualité d’écriture des refrains : la voix de Till Lindemann a toujours cette sensibilité nécessaire pour façonner des refrains entêtants. C’est peut-être la singularité de cet opus : Rammstein se plaît à revisiter ses origines électro à de nombreuses reprises. « Aufsländer » délaisse la douceur d’un « Radio » pour flirter avec les codes de l’EDM (de loin, on rassure). Derrière un riffing mécanique soutenu par des arrangements qui ne jureraient pas au Tomorrowland, c’est à nouveau le jeu de Till Lindemann qui façonne le titre, parfait en tant que dragueur invétéré jouant de son polyglottisme… Premier constat, Rammstein sait toujours composer des hymnes destinés à une interprétation live dont il a le secret.

Sans aller jusqu’à la déception, c’est d’ailleurs le seul (et toutefois significatif) fait marquant de l’opus. Oui, derrière leur réputation de pyrotechniciens et l’audace de leurs prestations scéniques, malgré une histoire sulfureuse avec des titres controversés, Rammstein s’est montré frileux. Impossible de les blâmer après dix ans et compte tenu de leur notoriété. C’est simplement qu’il n’y a pas l’effervescence d’un « Reise, Reise », la grandiloquence d’un « Mein Hertz Brennt », la violence d’un « Mann Gegen Mann » ou l’atmosphère d’un « Wiener Blut ». Il y a un peu de tout, sans exceller. « Zeig Dich » synthétise les ingrédients sans les magnifier : grosses guitares, chœurs, claviers électro. Tout fonctionne, plaît, mais n’emporte pas réellement. L’opus souffre en outre à mi-chemin d’une succession de titres moins énergiques : « Was Ich Liebe » et son introduction à la batterie à peine supportée par une guitare discrète qui semble issue de la pop anglaise ainsi que « Weit Weg » (avec encore une fois une introduction qui mise sur le jeu de Flake) donnent l’impression de jouer le rôle désagréable de « fillers ». Rammstein est certes agréable lorsqu’il est propret, on peut toutefois regretter une forme de vice et de malaise qui a pu faire toute sa puissance ; « Diamant » a au moins le mérite d’assumer à fond son parti pris romantico-mélancolique tout en douceur. L’interprétation de Till qui se lâche, la voix éraillée, au bord de la crise de nerfs, sur la fausse ballade « Puppe », avec un riff sorti tout droit du black, est en revanche l’un des moments forts – voire le moment d’excellence de l’album – parce qu’il constitue justement un écart avec ce que Rammstein propose sur les compositions adjacentes. Un accès de brutalité qui le rend plus beau en somme. « Hallomann », titre tout en tension, réussit à forger une ambiance glauque et prenante qui vient clôturer l’œuvre en douceur. Certains auraient apprécié une sortie plus cathartique, reste que cette conclusion douce-amère incarne justement l’esprit de Rammstein où la beauté côtoie les choses les plus laides en permanence.

Rammstein est une assurance. Celle d’excellents refrains, d’une production impeccable et de titres qui sauront prendre tout leur sens sur scène. Une décennie plus tard, Rammstein entérine définitivement son savoir-faire avec quelques renvois à sa discographie antérieure. D’une certaine façon, Rammstein offre presque trop de garanties. L’élégance de l’opus et son aspect « convenu » font rechercher ce riff gargantuesque, cette ligne vocale exubérante, ce goût du malsain maîtrisé et du lyrisme qui interviennent trop rarement. Quand on connaît le personnage, peut-être que pour une fois et potentiellement la dernière, Rammstein semble s’être montré légèrement introverti.

Clip vidéo de la chanson « Radio » :

Clip vidéo de la nouvelle chanson « Deutschland. » :

Album Rammstein, sortie le 17 mai 2019 via UME/Spinefarm. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Un bon album pour ma part. Etant à moitié allemand je reste toujours stupéfait par les paroles de ce groupe et les messages qu’ils font passer.
    Je reste scotché sur « Puppe », un refrain bien inspiré du black metal dont mes cervicales garderont un souvenir.

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  • Après 2 écoutes , un bon album avec un retour vers des structures plus simples que Mutter , Rosenrot . Clairement moins bon que LIFAD , ils évoluent dans leur zone de confort mais proposent un travail de qualité.
    De très bons titres , mais plus de « moins bon » qu’ auparavant.
    Maintenant , reste à voir si l’album va bien vieillir , comme le précédent.
    J’ai définitivement arrêter de visionner leur vidéos insupportables pour découvrir leur nouveaux titres .
    Rien ne vaut la bonne vieille écoute à l’ ancienne pour s’imprégner de la galette .

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  • Thibaud Bétencourt dit :

    J’écoute Rammstein depuis le début, j’apprécie beaucoup le groupe. Reste que, d’un point de vue le plus réfléchi et documenté possible, c’est un album qui à mon sens excelle sur certaines choses et se complait un peu trop dans une zone de confort pour d’autres. Pas besoin de faire des nouveaux trucs on s’en fout (l’électro chez eux c’est pas nouveau du tout), c’est juste que si tu recherches l’épique de Mutter ou Reise, Reise et certaines atmosphères de Liebe, tu ne l’as pas. Même la prod est plus lisse. En soi ça reste un album excellent, mais ça tout le monde est capable de le voir. Il faut juste mettre en avant les nuances. C’est Rammstein, pas Attack Attack.

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  • Je vous trouve un peu dur, aussi bien toi que Tiphaine. Tu liras ma chronique sur mon blog en ligne lundi à 6H… et la Vérité sur ce disque éclatera à la face du monde !!! 😉 😉 😉

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    Tiphaine

    Non non, moi je trouve que Thibaud a un excellent avis. 😉

    Tu m’étonnes…! 😉

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