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Chronique   

Rammstein – Zeit


Que font des bêtes de scène comme les membres de Rammstein lorsqu’une pandémie mondiale les force à remettre à plus tard leur tournée titanesque ? Comme beaucoup de leurs camarades d’une industrie très touchée par les conséquences du coronavirus, elles reprennent le chemin des studios, et ce un an à peine après la sortie d’un septième album, Rammstein, qui, selon les propos du guitariste Richard Z. Kruspe, aurait pu être le dernier. Sorti après dix longues années de silence en 2019 et renouant avec des sonorités électro que les Allemands avaient un peu délaissées, il avait été une agréable surprise pour des fans qui n’osaient plus en espérer tant. Fruit d’une créativité revigorée par l’annulation des concerts et l’austérité des confinements selon Flake, le claviériste du groupe, Zeit, huitième album qui sort seulement trois petites années plus tard, s’annonce comme l’occasion d’enfoncer le clou pour un groupe qui n’a plus rien à prouver.

En plus de vingt-cinq ans de carrière, Rammstein a peaufiné sa formule, déclinée avec de nouvelles inflexions sur chaque album. Zeit n’y coupe pas avec ses onze titres rituels, sa palette qui va du convenu au plus audacieux et de la lourdeur aux ballades, et son traditionnel premier titre-manifeste, cette fois-ci intitulé « Armee Der Tristen ». Avec ses nappes de synthé à la Depeche Mode et son adresse directe à l’auditeur, que le groupe convie à rejoindre son armée pour « être triste ensemble », il plante le décor d’un Zeit plus atrabilaire qu’incisif, tenant plus de la pop sombre que du metal testostéroné de ses débuts, dans la lignée d’« Halloman », par exemple, qui refermait l’album précédent. Et ce ne sont pas les titres suivants qui vont faire mentir cette impression, entre la ballade choisie comme premier single de l’album, « Zeit », et « Schwarz », sorte d’hymne à la nuit pop rock, élégant avec son ouverture au piano et ses lignes de basses caverneuses. La production à nouveau effectuée par Olsen Involtini met en valeur cette facette pop : lisse, extrêmement soignée, elle fait la part belle aux claviers et à la voix de Till Lindemann dont l’expressivité et les qualités de conteur portent l’album.

Non pas que les six Allemands aient perdu leur sens du riff et du grandiose, ni oublié d’où ils viennent. On imagine sans peine « OK », « Adieu » ou « Angst » résonner dans les stades, notamment cette dernière avec son ouverture percussive un peu tribale, son break syncopé ultra lourd et Lindemann qui renoue avec ses prouesses de « Puppe » sur la fin. Les clins d’œil au passé du groupe sont moins appuyés que sur Rammstein, mais on retrouve quelque chose de « Sehnsucht » dans les mélopées orientalisantes et l’ouverture synthétique de « Giftig », de « Los » dans le riff acoustique de « Zick Zack », et de « Mutter » dans la ballade « Meine Tränen », avec son histoire de relation à la mère compliquée et sa montée en puissance épique. Même l’inévitable intermède potache façon « Pussy » ne manque pas à l’appel avec un « Dicke Titten » (« Gros nichons ») qui mêle fanfare façon Oktoberfest et riff à se déboîter les cervicales pour un résultat d’un goût aussi discutable qu’on peut se l’imaginer, mais qui sera à n’en pas douter repris en chœur avec enthousiasme par des milliers de spectateurs cet été. Le tout sans grandes prises de risque, certes, mais on ne s’attendait pas à ce qu’une telle machine de guerre se réinvente après près de trois décennies d’existence. La plus grande audace que se permettent les Allemands sur cet album, et on ne doute pas qu’elle fera grincer des dents, c’est l’utilisation de l’Auto-Tune, par touches tout au long du disque, puis en overdose sur la fin de « Lügen ».

Si la relative proximité de la sortie de l’album avec le précédent pouvait laisser redouter un effet Rosenrot – une impression de collage précipité de chutes de studio –, ce n’est pas le cas ici : Zeit poursuit certaines des pistes ouvertes sur Rammstein mais façonne son propre ton, sa propre unité. Avec des membres qui ont tous passé la cinquantaine, le temps qui passe s’impose comme thématique d’ensemble, que ce soit sur un ton comique (« Zick Zack » et sa satire de la chirurgie esthétique et ses promesses de jeunesse éternelle) ou plus grave, souvent doux-amer (« Zeit ») : rien ne dure et les choses évoluent naturellement vers leur fin. Groupe singulier qui se démarque autant de ses influences que de ceux qu’il aurait inspirés, comparable seulement à lui-même, il explore ici sa dimension la plus adulte, relativement sobre et consensuelle, plus mélancolique que survoltée. Avec une chanson intitulée « Adieu » en position finale, on peut se demander si les Allemands ne sont pas en train de tirer leur révérence, offrant cet album comme dernière accolade à leurs fans avant de leur dire de continuer sans eux, mais difficile de savoir à quoi s’attendre avec Rammstein. Vu la tournée annoncée, ce ne sera en tout cas pas avant une dernière série d’explosions…

Clip vidéo de la chanson « Zick Zack » :

Clip vidéo de la chanson « Zeit » :

Album Zeit, sortie le 29 avril 2022 via Universal Music. Disponible à l’achat ici



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