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Nouvelles Du Front   

Ray Manzarek, la force tranquille des Doors


Ray Manzarek s’est éteint lundi 20 mai en Allemagne d’un cancer des voies biliaires à 74 ans. Il aura donc survécu quarante-deux ans à son acolyte Jim Morrison, avec qui il avait créé l’un des groupes les plus mythiques de l’histoire du rock, The Doors.

Quarante-deux ans d’une vie médiatique forcément plus calme, loin de l’exposition sans relâche due au culte voué aux Doors, notamment à travers la personnalité de Morrison. Ray Manzarek était son alter-ego calme. Un claviériste équilibré qui prenait parfois la place de chanteur sur scène quand Jim était dans un état trop décadent pour en assurer les parties. Un homme qui aimait vivre dans la discrétion, loin des tourments et des manifestations extatiques du leader charismatique qu’était le Lizard King. Mais un musicien qui joua un rôle majeur dans la musique des années 60/70, apportant au rock des lignes de basse faites au piano somptueuses et une utilisation de l’orgue qui résonne encore aujourd’hui à travers l’incalculable nombre de groupes qui se réfèrent à cette époque dorée de la musique.

L’introduction à l’orgue mythique de « Light My Fire », ce rythme déjanté et diablement entraînant d’ « Hello I Love You », ces notes de piano venues d’ailleurs sur « Riders On The Storm »… toutes ces pépites du rock intemporel, c’était Ray Manzarek. Il était en quelque sorte la caution « terrienne », de Morrison, celui qui faisait revenir son diable de chanteur sur terre quand tout allait mal, mais aussi pour soutenir de la meilleure des manières son chant unique en son genre. Il rencontra Jim par hasard en 1965 à Venice Beach, près de Los Angeles, et fût curieux d’entendre quelques chansons que Morrison avait écrites. En 1966, ils se lancent dans les clubs de Sunset Boulevard et se font jeter de Columbia Records, avant d’être récupérés par Elektra Records qui en fera son plus beau porte-drapeau, et jouira de la fidélité de Morrison et ses sbires qui n’oublieront jamais ce qu’Elektra a fait pour eux. En six albums du vivant de Jim Morrison, ils conquerront la planète entière, vendront des millions d’albums et créeront l’hystérie partout où il passeront. Si l’image des Doors est forcément associée à celle de Jim Morrison, la musique elle, vient bien essentiellement du génial guitariste Robby Krieger et de Ray Manzarek.

L’album éponyme des débuts sort en 1966, il est essentiellement composé par Krieger, et contient déjà les classiques majeurs du groupe. « Break On Through », « Light My Fire », « Alabama Song » et l’épique « The End » figurent tous sur cet incroyable opus. Les Doors de l’époque n’avaient pas de bassiste, alors Manzarek réalise les basses sur un piano-basse. « Break On Through », le premier single ne fonctionne pas vraiment, alors on décide de lancer « Light My Fire ». Problème : le morceau dure sept minutes. On coupe donc le solo de guitare du milieu, on en fait un format radio de 3 minutes passées, et le tour est joué. « Light My Fire » cartonne dans le monde entier, et Morrison est adulé par des hordes de fans, souvent féminines, qui se déchaînent à chaque sortie du groupe après un an de tournée quasi continue entre 1966 et 1967.

A la fin de 1967 sort Strange Days, deuxième album où Manzarek joue un rôle encore plus central. Il inaugure une toute nouvelle technologie : le synthétiseur Moog, un synthétiseur analogique capable de sons jamais entendus avant et que Manzarek va expérimenter tout au long de cet album considéré par les membres du groupe comme le meilleur, même si celui-ci n’aura pas à l’époque le succès escompté. Le pianiste s’y éclate et fait rugir son orgue comme jamais, et montre son jeu hypnotique et envoûtant, tout en groove, sur des titres comme le prenant « When The Music’s Over ». La symbiose avec le jeu de guitare de Krieger et le chant de Morrison est alors à son apogée. Le groupe met de côté le clavier-basse de Manzarek pour les enregistrements studio, même si celui-ci le conserve en live, et engage désormais différents bassistes pour tourner avec eux.

La fin de la carrière des Doors s’articulera entre moments de génie et pétages de plomb en règle de la part de Morrison qui multiplie les problèmes de drogue, d’alcool et d’arrestations. A sa mort en 1971, Manzarek et Krieger tentent bien de relancer les Doors, Manzarek se collant aux tâches vocales, mais le cœur n’y est plus et le public, bien sûr, ne répond pas à l’appel, acquis surtout à la cause et au culte de Morrison. Il y aura un autre groupe en compagnie de Krieger, The Butt’s Band et trois albums solo à l’accueil confidentiel, entre 1974 et 1983. En 2002, Ray Manzarek et Robby Krieger décident de reformer les Doors sur scène, sous le nom « The Doors Of The 21st Century ». Mais pour utiliser le nom des Doors, ils doivent lutter juridiquement avec le batteur historique John Densmore qui refuse de participer au projet malgré les nombreuses invitations en raison de l’absence de Jim Morrison, et interdit aux deux hommes d’utiliser le nom The Doors pour cette reformation. Ils finiront par tourner quand même sous le nom Manzarek-Krieger.

Ray Manzarek aura donc exercé son métier et sa passion jusqu’à la fin de ses jours, jouant avec un enthousiasme jamais atténué, heureux de continuer à partager ce talent immense. Il n’est pas mort très jeune comme une rock-star torturée qu’il n’a jamais été, mais a connu une vie heureuse auprès de sa femme Dorothy Fujikawa qu’il rencontra en 1967, lorsque les Doors ont commencé à tutoyer les sommets, et qu’il ne quittera jamais. Son jeu innovant et son sens de la composition resteront à jamais dans l’histoire de la musique. John Densmore, le batteur qui l’a accompagné pendant l’aventure The Doors et qui ne voulait pas embarquer à nouveau sans Jim dans le groupe, en apprenant le décès de son ancien frère d’arme, a eu ces mots décrivant la relation musicale qui unissait l’un des groupes de rock les plus marquants de l’Histoire: « Il n’y avait aucun pianiste sur terre plus approprié pour soutenir les mots de Jim Morrison. Ray, je me sentais en totale synchronisation avec toi. C’était comme si nous étions fait d’un seul esprit, tenant les fondations pour Robby, et pour que Jim flotte au dessus de nous. »



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  • Un bel hommage.
    Merci pour lui.

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  • raskholnikov dit :

    Toute façon ce n’est pas compliqué, écouter les Doors ça donne la pêche, la joie de vivre même si la musique n’est pas toujours gaie, il y a énormément de vie dedans. Enfin je me comprends ^^.

    [Reply]

  • Leur musique ne sera jamais « over ».
    Le morceau « When the music’s over » en vidéo dans cet article est le témoin d’une intemporalité saisissante. Une voix. Un son. Un must.
    Et ce soir je veux croire, juste un instant, que deux amis se sont retrouvés.

    Merci pour la musique.

    [Reply]

    Alejandro

    Juste un istant.. Lo que dices es genial, poetico, magnifico.

    Gracias por la música The Doors, escuchar un morceau
    es volar!!

    saludos..

  • Belles paroles ce John Densmore !! C’est très poétique… Après John Lord, on enchaîne les pertes ces temps-ci :'(

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