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Chronique   

Reb Beach – A View From The Inside


Est-ce que le temps des légendes est révolu ? À l’heure où la plupart des jeunes groupes s’illustrent en premier lieu collectivement avant de chercher à faire briller un musicien virtuose, les nostalgiques de l’ère des guitar heroes sont pratiquement laissés pour compte, lentement condamnés à revisiter les classiques. Reb Beach ne tolère pas cet état de fait. Le guitariste de Winger et Whitesnake entend redonner ses lettres de noblesse à la six-cordes exubérante via son premier album instrumental, A View From The Inside. De quoi renouer avec les « rythmiques-prétextes » et les arrangements à la subtilité douteuse. Autres temps, autres mœurs.

A View From The Inside semble effectivement être un vestige d’une époque révolue. Reb Beach s’est inspiré des plus grands guitaristes des années 70 et 80 pour donner vie à son projet. Réalisation qui, il faut le reconnaître, a des allures de grande récréation. Les premières élancées de « Black Magic » donnent très vite le ton. Tout est pensé pour la guitare. Les leads et les rythmiques s’enchevêtrent sans cesse. Ces dernières rappellent d’ailleurs les « efforts » de Steve Vai et Joe Satriani pour accompagner décemment leurs exploits sans avoir l’air de rustines. A View From The Inside ne brillera par tant par ses compositions que par la dextérité et le sens mélodique qui ont fait la réputation de Reb Beach. Les phrasés de « Black Magic » démontrent une production des leads aux petits oignons. La guitare s’émoustille, crie, se démultiplie… Elle prend des allures de possédée. Sur ce plan, Reb Beach délivre de quoi rassasier les amateurs de cascades. Quitte à mettre des effets, Reb Beach n’y va pas avec le dos de la cuillère. La réverb’ d’« Attack Of The Massive » est une posture à elle seule : Monsieur Beach ne reculera devant aucune extravagance. Il y a presque du second degré contenu dans A View From The Inside, un album qui, derrière le tricotage, se veut avant tout « fun » et bon enfant. « Sea Of Tranquility » délivre exactement ce que son titre implique : des leads langoureux accompagnés d’une rythmique caricaturale et d’accords de piano mielleux.

Il ne faut toutefois pas être réducteur quant à l’agencement des compositions. A View From The Inside bénéficie grandement de la polyvalence de Reb Beach et de sa volonté de multiplier les registres. Si « Black Magic » et « Cutting Loose » jouent le rôle de figurants heavy par excellence, le sens de la sophistication que Reb Beach a entretenu en particulier dans Winger se manifeste à de multiples endroits. « Little Robots » et « Attack Of The Massive » laissent apprécier des grooves basse-batterie-clavier – chacun profite même d’un solo sur le second – proche du jazz-funk (slap de basse à l’appui), tandis qu’« Hawkdance » flirte avec les rythmiques blues et boogie. « Infinito 1122 » prend quant à lui un aspect plus dramatique, voire épique. Cette variété se ressent surtout à l’intérieur des morceaux mêmes, l’exemple le plus marquant étant « Aurora Borealis » et ce duo guitare-piano extravagant. Il finit par voler en éclats et se transformer en rock tantôt progressif, tantôt issu d’une bande originale d’un soap américain permanenté. Reb Beach et Santa Barbara ou l’alliance improbable. De quoi s’entraîner à tourner la tête au ralenti devant son miroir. Et puis personne ne reniera (en particulier Toto) cette basse et ce clavier pornos qui soulèvent « The Way Home » à eux seuls, avant de laisser la guitare exprimer tous ses orgasmes.

Les prouesses de Reb Beach sont-elles inédites ? Grand dieu, non. Elles sont en revanche délectables car elles nous rappellent les plus grandes frasques de guitaristes aussi romanesques qu’époustouflants. Elles s’accompagnent de ces instrumentaux qui n’ont d’autre dessein que de faire briller l’instrument et de nous amuser avec lui. Certes, il y a parfois ce côté « patterns d’entraînement » que l’on retrouve sur les batteries électroniques, les claviers bon marché ou les méthodes d’entraînement conçues par un musicien obscur à la chemise en satin violette – celui qui vous sourit à pleines dents et s’accoude fièrement sur son instrument – mais le groupe fait largement le job, faisant preuve de dextérité lorsque c’est nécessaire, pour accompagner la star du disque. Et peu importe si Reb Beach nous laisse entrevoir ses auréoles à travers la chemise : parfois la musique est un jeu et la guitare son terrain le plus propice.

Chanson « Cutting Loose » :

Clip vidéo de la chanson « Aurora Borealis » :

Clip vidéo de la chanson « Infinito 1122 » :

Album A View From The Inside, sorti le 6 novembre 2020 via Frontiers Music srl. Disponible à l’achat ici



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  • J’ai bien écouté le travail de Reb Beach et je ne sais pas trop quoi en penser :
    D’un côté le gratteux de Whitesnake à la technique irréprochable naviguant facilement entre le shred et le jazz-rock,de l’autre des compos un peu banales sur lesquelles planent l’ombre de Satriani ou de Vai.
    Hélas, le principal problème de ce genre de production c’est qu’elle s’adresse à un public un peu réduit et ne contente que les guitaristes amateurs (dont je fais partie)
    Donc moi j’adore mais je crains que ce CD passe un peu inaperçu..

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