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Y a pas que l'metal dans la vie   

Ils vous recommandent… série 1


Peut-être que certains vont apprendre quelque chose, mais il n’y a pas que le metal dans la vie. Si, si, on vous assure ! Il existe tout un monde là-dehors rempli d’œuvres émouvantes, enrichissantes ou tout simplement divertissantes, dans la musique au sens large, mais aussi dans le monde du cinéma, de la littérature ou du jeu vidéo. Voilà pourquoi, histoire de s’aérer l’esprit, nous demandons aux artistes de partager avec nous leurs recommandations hors metal. L’occasion de découvrir des œuvres qui les ont inspirés, fascinés, accompagnés, ou qui les ont aidés à se construire, à construire leur vision du monde ou de leur art ou, tout simplement, qu’ils aiment et souhaitent partager. Car finalement, au-delà de la découverte pour soi, savoir ce que nos artistes préférés écoutent, lisent, regardent ou jouent en dehors de leur domaine de prédilection, c’est aussi les comprendre un peu mieux eux-mêmes.

Note : certaines des recommandations ci-après ont été originellement publiées dans le cadre des trois premiers numéros du magazine Radio Metal, tandis que les autres sont inédits.

À écouter

Radio Suicide
Makala

Enzo Alfano (Uncut – guitare) : Pour son style atypique et extrêmement singulier dans le paysage du rap/trap francophone, j’ai choisi l’album « Radio Suicide » du rappeur suisse Makala, produit intégralement par Varnish La Piscine. La pochette représentant Makala en prophète prêchant la bonne parole et Varnish sautant, l’air fou, est en corrélation complète avec leur vision excentrique de la musique. Makala prouve encore une fois son aisance rythmique et toute sa palette vocale sur des textes allant de l’ego-trip au conscient, de la douceur à la colère dans l’interprétation. La production instantanément reconnaissable de Varnsih est quant à elle teintée de funk, de disco, de groove voire même de psychédélisme sur certaines instrumentales où les arrangements sont toujours de bon goût et apportent une vraie identité musicale. Mes morceaux disco préférés sont Margaret Dry, McEnroe, et Tante VV. Quant aux gros bangers qui donnent envie de se casser la nuque, j’affectionne particulièrement Bankable, King Pistol, Civilisation et Le Roi De La Floride. Si je devais retenir deux phrases de cet album : « J’espère que tu sais qu’je sais qu’j’suis unique, on est tous pareils parce qu’on est tous uniques » du morceau ICICELAO et « Comment l’futur se porte ? Mets deux couilles dans la main voilà tout mon ami ! » tirée de l’outro de Brigitte Barbade. Cet album vise à ouvrir les yeux et pousse à croire fort en ses rêves, sans oublier que nos différences sont des forces.

Live At The Acropolis
Yanni

Greg Burgess (Allegaeon – guitare) : J’ai un album qui me vient en tête et qui me tient vraiment à cœur, c’est le Live At The Acropolis de Yanni. J’adore cet album ! Je ne sais pas si c’est une forme originaire de Grèce ou si c’est une invention à lui, mais Yanni manipule la valse de telle manière qu’au lieu d’être sur des motifs de trois, comme c’est normalement le cas, ce sont des motifs de sept et c’est incroyable. Cette innovation et la manière dont il compose et orchestre sa musique ont une influence énorme sur mon écriture. C’est un peu comme John Tesh, c’est un pianiste et un orchestre avec un batteur de rock. Il a fait tout un tas de concerts qui ont eu énormément de succès. Celui-ci a lieu à l’Acropole, en Grèce, ensuite il en a fait un au Taj Mahal et un autre à la Cité interdite en Chine, avec une production énorme. Il embauche aussi des musiciens extrêmement talentueux que j’adore écouter. Ses violonistes solistes sont vraiment incroyables. Il a toujours avec lui un batteur incroyable, un bassiste incroyable, et ils ont tous leur passage solo. Il ajoute de temps en temps un guitariste classique, un percussionniste latin… C’est un genre de musique classique avec une sensibilité jazz, donc tout le monde a droit à son moment pour partir en solo, improviser, etc. C’est juste incroyable.

Love Over Fear
Pendragon

Sébastien Froidevaux (Galaad – guitare) : J’apprécie particulièrement Lover Over Fear car c’est une production pleine et soignée, sans emphases et qui capte les émotions justes. Pendragon est en pleine maturité et propose des musiques inspirées et personnelles pour les amoureux de belles mélodies vocales et guitaristiques. Les espaces et respirations témoignent d’une écriture sûre, aux arrangements intelligemment simples. Les soli de guitares sont généreux et rendent parfaitement hommage aux maîtres du genre. Ça me fait notamment penser à David Gilmour ou à Steve Hackett à la fin des 70’s. Les guitares acoustiques côtoient aussi le piano avec raffinement et je trouve que la voix de Nick Barrett est parfaitement placée et pleine de sincérité. Pas de manières ou d’effets inutiles. C’est un album plutôt acoustique et doux, apaisé et apaisant, qui renvoie aux grands espaces bleus. Les fans du groupe seront certainement ravis et je conseille à tous les autres auditeurs de s’y plonger sans retenue. Les amateurs d’albums comme A Trick Of The Tail ou The Seeds Of Love vont eux aussi se régaler. Love Over Fear est profond et riche d’atmosphères planantes, comme le groupe sait si bien le faire depuis toujours… Mais j’ai l’impression que c’est encore mieux cette fois-ci ! L’amour, au-delà des peurs, sera toujours vainqueur et la sincérité atteindra toujours sa cible. Selon moi, la mission est pleinement accomplie pour Nick Barrett et son groupe. En ces temps troubles, leur musique limpide ne peut que faire du bien aux âmes en manque d’espaces. Je souhaite à Pendragon de reprendre sa tournée avec son nouveau batteur Jan-Vincent Velazco, là où elle s’est brusquement arrêtée, Covid oblige… Longue vie au groupe !

Red
King Crimson

Lars Nedland (White Void, Borknagar, Solefald – chant & claviers) – : Red de King Crimson. C’est mon album préféré de tous les temps. C’est le meilleur album jamais réalisé. J’aime tout à son sujet, que ce soit la manière dont ils ont construit les chansons, le son de guitare, la relation entre la guitare, la basse et la batterie, sa diversité entre agressivité et douceur, etc. J’adore son sens mélodique. J’adore le côté brut de la production, et à la fois ça fait que ça sonne encore assez moderne aujourd’hui. C’est un album tout simplement extraordinaire. Je pense que j’aurais adoré cet album peu importe l’époque où il serait sorti. Si ça avait été un nouvel album qui sortait la semaine prochaine et que je ne l’avais jamais entendu avant, je pense que j’en tomberais tout aussi amoureux aujourd’hui qu’à l’époque où je l’ai entendu pour la première fois.

À lire

The Bluest Eye
Toni Morrison

Aaron Turner (Sumac – chant & guitare) : Je dirais les romans de Toni Morrison. C’est une écrivaine qui a réussi à écrire sur des choses que je trouve très importantes et qui reflètent le monde et des sujets qui doivent être abordés. Elle a aussi le talent d’être une incroyable conteuse. Ses compétences linguistiques sont vraiment profondes. En tant qu’homme américain blanc, lire une expression aussi puissante venant d’une femme noire américaine m’a vraiment aidé à élargir ma vision du monde et à sortir de ma compréhension abritée du monde. Je pense que c’est la plus grande aspiration de l’art, cette occasion de changer la vision du monde de quelqu’un. Être confronté à ces idées tissées avec une fibre narrative aussi puissante était un excellent moyen pour moi d’apprendre. J’ai du mal à lire des textes plus savants ou académiques, donc apprendre est beaucoup plus agréable quand il s’agit de récits écrits sous un forme narrative plus fictionnelle. J’ai lu la plupart de ses livres, mais je dirais que s’il fallait commencer quelque part, ce serait avec son premier livre, The Bluest Eye. Bien qu’elle soit peut-être devenue un peu plus nuancée et sophistiquée par la suite, rien que de voir où elle a commencé, la force de ce livre et son côté brut, c’est vraiment puissant.

Stalingrad – Moscou – Berlin
Theodor Plievier

Martin van Drunen (Asphyx – chant) : C’est une trilogie de livres qui s’appellent Stalingrad, Moscou et Berlin du romancier allemand Theodor Plievier. Ces trois livres sont ceux qui ont suscité chez moi mon grand intérêt pour la Seconde Guerre mondiale de façon générale, mais sur une base saine, sceptique, sans glorifier la guerre. Dans ces trois livres, on lit à propos de l’horreur de la guerre sous toutes ses formes. Ça a vraiment changé mon regard sur la guerre mais aussi mon attitude envers elle. Avant je trouvais que l’armée, les armes, les avions et toutes ces choses étaient super cool. Ils ne font peut-être plus ça de nos jours, mais quand on était gamins, on avait l’habitude de jouer à la guerre quelque part au fond d’un champ, avec nos fusils faits maison. Il y avait un peu une forme de glorification de la guerre dans un coin de nos têtes, mais quand on lit ces trois livres, ça l’efface complètement. Ils nous mettent vraiment face à la vérité des horreurs de la guerre. En tant qu’humanité, on devrait vraiment apprendre à éviter la guerre à tout prix, et malheureusement nous n’avons toujours rien appris. Si vous n’avez aucune idée à quel point la guerre peut être effroyable, lisez ces trois livres et vous saurez ! Toutes les chansons de guerre que j’ai écrites ces derniers temps existent parce que j’ai commencé à lire ces livres. C’est de la littérature très difficile. Ce n’est pas pour les âmes sensibles parce que c’est vraiment brutal. Il y a des scènes de guerre qui sont terribles, mais il y a aussi beaucoup d’humanité et d’amitié. Ce sont de magnifiques livres.

La Couleur Tombée Du Ciel
H.P. Lovecraft

Alexandre Dervieux (Exanimis – chant & guitare) : J’ai été familiarisé avec l’univers Lovecraft depuis tout petit, avec des jeux vidéo comme le premier Alone In The Dark (même si je n’avais aucune idée de l’existence de l’auteur). Vers mes 14 ans, après avoir entendu plusieurs fois ce nom souvent lié à celui de Cthulhu, je me décide enfin à acheter un recueil de plusieurs nouvelles (L’Appel De Cthulhu en tête). Une fois arrivé à la quatrième, je découvre La Couleur Tombée Du Ciel ! J’étais certainement trop jeune pour pouvoir apprécier pleinement les trois autres nouvelles. Même s’il est toujours mon auteur préféré, Lovecraft est loin d’être le plus facile à lire… Mais c’est avec cette nouvelle précise que je suis vraiment tombé amoureux de son style et de son univers. Je ne sais pas si c’est l’ambiance relativement terre à terre du début avec la tombée de la météorite et ce côté enquête qu’il y a tout autour, ou peut-être le fait qu’elle soit mieux écrite et donc plus simple à lire, mais je me rappelle très clairement avoir été immédiatement plongé dans celle-ci plus que dans toutes les autres, et ce encore aujourd’hui. Les images qui me sont venues en tête lors de ma lecture du dernier chapitre m’ont tellement marqué que je ne peux m’empêcher d’y repenser lors d’une relecture, même après plusieurs années. Elle reste à mes yeux l’une de ses meilleures nouvelles, dont l’intrigue est l’une des plus haletantes à suivre. Une adaptation en film avec Nicolas Cage (best actor ever) est sortie l’an dernier. Je suis toujours curieux de voir le résultat, surtout quand une nouvelle parle d’une couleur indescriptible… Pour ceux que cela intéresse, la nouvelle a également été adaptée en roman graphique par Gou Tanabe. Je vous le recommande chaudement !

L’Éthique
Baruch Spinoza

Andreas Kisser (Sepultura – guitare) : J’aime la philosophie, plein de livres sont très intéressants. J’aime beaucoup Ethica de Baruch Spinoza, un philosophe néerlandais issu d’une famille portugaise. Je l’ai reçu en cadeau d’anniversaire de la part d’un ami il y a environ quatorze ou quinze ans. C’est une œuvre et une vision fantastiques. Il a essayé d’expliquer l’existence de Dieu et la nature. Quand Einstein demandait s’il croyait en Dieu, il répondait : « Je crois au Dieu de Spinoza » [rires], car il traduisait Dieu comme étant la nature et tout. Ce n’est pas une lecture facile et il ne faut pas le lire en seulement quelques jours. C’est quelque chose qu’il faut lire tout au long de sa vie. C’est un livre pour entraîner son esprit. On peut le consulter quand on vit certaines situations. Spinoza embrouille vraiment notre esprit, mais de façon positive.

Living In The Heart
Drunvalo Melchizedek

Mark Jansen (Epica – growl & guitare) : J’aime beaucoup le travail de Drunvalo Melchizedek. C’est un écrivain, mais aussi un gars très spirituel avec beaucoup de sagesse. Il a écrit plusieurs livres, comme Living In The Heart, The Ancient Secret Of The Flower Of Life, et plein d’autres. C’est un peu un guide, à la manière d’Eckhart Tolle, mais peu de gens le connaissent. Il a un savoir de dingue. Donc si quelqu’un est curieux et ne sait pas quel livre lire, je suggérerai Drunvalo Melchizedek. Personnellement, j’adore Living In The Heart. C’est aussi pourquoi l’une de nos chansons [sur l’album The Quantum Enigma] est sous-titrée « Living In The Heart ». C’est dédié à ce livre.

À voir

Un Monde Plus Grand
Fabienne Berthaud

Justine Galmiche (Skáld – chant) : Si un film m’a touchée l’année dernière, c’est bien « Un monde plus grand » réalisé par Fabienne Berthaud et adapté du journal de bord : « Mon initiation chez les chamanes » de Corine Sombrun. L’autrice a d’ailleurs activement collaboré au scénario puisqu’il raconte son histoire, son parcours et ses recherches sur la transe chamanique et le chamanisme mongol et sibérien. Dans un monde où nous avons tous grandement besoin de nous réconcilier avec nos racines, notre spiritualité et notre être intérieur, je trouve que ce film est une grande et profonde inspiration qui nous invite à cette guérison. Le personnage de Corinne, incroyablement incarné par Cécile de France, est dans le tourbillon infernal du deuil suite au décès de son mari. Partie en Mongolie, loin de tout, elle apprend qu’elle possède un « don » et serait elle-même chamane. Commence son chemin initiatique, ses crises de nerfs, ses déceptions, son désir de pouvoir communiquer avec son amour perdu. Corine s’engage corps et âme, qu’importe les doutes et les inquiétudes de son entourage, au point de changer le point de vue des scientifiques sur le sujet puisqu’ils remettront en cause la distinction entre « état modifié de conscience » et « conscience ordinaire ». Corinne Sombrun m’a touchée, au-delà de ce film, dans son implication personnelle, cette façon de renaître par le biais d’une reconnexion spirituelle, une reconnexion à la nature, aux éléments et à soi. Les chercheurs sont aujourd’hui convaincus de l’importance des recherches scientifiques sur la transe cognitive, dérivée de la transe chamanique. Je trouve que c’est une grande avancée et que ce récit peut en inspirer beaucoup, moi y compris. Nos auditeurs sont pour la plupart dans cette démarche de « reconnexion » à des valeurs ancestrales, à une forme de spiritualité plus libre et plus sauvage. De plus en plus de gens sont conscients du rythme de vie intense que nous avons et de l’impact qu’il a sur la nature et nos esprits et souhaitent une sorte de « back to the roots ». Dans ce film nous sommes témoins de cette incroyable initiation et de la guérison qui en découle avec nous-mêmes, avec ce qui nous entoure et c’est ce dont nous avions besoin.

Blade Runner
Ridley Scott

Burton C. Bell (Ascension Of The Watchers – chant) : La première chose qui me vient à l’esprit, c’est le film Blade Runner. Il coche toutes les cases qui font que j’aime un film : c’est superbement filmé, la photo est incroyable, la bande originale fonctionne même sans le film tout en l’accompagnant parfaitement – cette musique de Vangelis est tout bonnement géniale. En plus de ça, Ridley Scott a su concevoir un scénario indépendant en s’appuyant vaguement sur Les Androïdes Rêvent-Ils De Moutons Électriques ? de Philip K. Dick. Il a créé sa propre histoire, qui m’a énormément influencé quand j’étais enfant. Le film est sorti en 1982 ; j’avais 13 ans. Pour moi, c’est le film parfait. J’aime toutes les versions de Blade Runner. Il y a eu quatre ou cinq versions, ils n’arrêtent pas de sortir des director’s cuts. J’adore la version cinéma d’origine, où Harrison Ford assure la narration de certaines parties du film, comme si c’était une histoire de détective classique des années 40 – Sam Spade, le blabla du détective… J’adore ce côté film noir. Même le dernier director’s cut, sans narration, qui transforme le film noir en paysage cinématographique, est franchement génial. Ce film, cette histoire et cette BO sont sans doute la plus grosse influence de ma vie. La suite n’est pas mauvaise. Je pense qu’ils auraient pu aller un peu plus loin dans l’histoire, mais ce n’est que mon avis. J’ai trouvé que c’était incroyablement beau et que l’histoire était pas mal – en tout cas, je ne l’ai pas détestée ! La seule chose qui n’allait pas dans Blade Runner 2049 était que la BO était nulle à chier. Evidemment, on ne peut pas faire mieux que la BO originelle de Vangelis, mais le but n’est pas de faire mieux, c’est de faire aussi bien. La BO est tellement mauvaise que je me fiche de savoir qui l’a faite. Elle ne me fait rien ressentir. Ce n’était que du bruit de fond. Ça ne complétait pas du tout le film ou l’image.

Once Upon A Time… In Hollywood
Quentin Tarantino

Dédo (Princesses Leya – chant): Béni soit QT. J’emploie consciemment le champ lexical de la religion parce qu’il a accompli un prodige. Et même une profession de foi. Il croit tout simplement au Dieu du septième art dont je suis également un fervent fidèle. Dans cette fabuleuse uchronie, on suit le parcours de Rick Dalton et Cliff Booth, deux figures imaginaires du monde du cinéma qui vont changer le destin de Sharon Tate ayant, elle, véritablement existé. Fiction et réalité deviennent ainsi miroirs. Ce qui permet de faire parfaitement fusionner les deux faces de cette même pièce : reflection et réflexion. J’admire la manière dont Tarantino nous amène à réfléchir sur ce qu’est le septième art, lui-même double illusionnel de la vie. Sans oublier ce qu’est profondément l’expérience d’un film au cinéma : un bref instant suspendu au cours duquel il n’y a plus que l’intrigue qui compte. Tout ceci vient former un touchant poème à cet ultime Eldorado capable d’unifier un groupe voulant se réunir dans une sombre alcôve pour partager en symbiose la même passion. Acheter son billet devenant le dernier rendez-vous d’une communion de notre société actuelle quand par contraste tout était encore léger dans les volutes stupéfiantes de cette Amérique de 1969. Je suis subjugué face à cet authentique chef-d’œuvre qui se métamorphose en une sublime métaphore de notre passage sur terre : un divertissement tantôt poignant ou nostalgique, tantôt drôle ou hystérique, qui nous bouscule et nous fait vibrer intensément jusqu’au mot Fin, qu’on aimerait retarder au maximum. Mais je m’arrête là et n’en dis pas plus ! Je vous laisse vous plonger dans ce film, vous asseoir dans cette vieille Cadillac qui parcourt l’asphalte d’un Los Angeles méticuleusement reconstitué, et profiter d’une belle balade dans les rues de ce flamboyant conte idéaliste. Chut ça commence! Il était une fois… Hollywood.

Standing In The Shadow Of Motown
Paul Justman

Al Pitrelli (Trans-Siberian Orchestra – guitare) : Il y a un documentaire qui s’appelle Standing In The Shadow Of Motown. J’ai trouvé absolument fascinant de voir comment Berry Gordy et tous ces artistes ont créé tout un genre musical dans les années 60 et 70. Ça m’a appris la valeur d’une chanson et la quantité de travail qu’il a fallu pour donner vie à ces chansons et l’interaction des Funk Brothers, surtout avec James Jamerson à la basse. Ce documentaire a vraiment changé ma vie musicalement parlant. De même, il y avait un film live de Peter Gabriel qui s’appelait Secret World. Je me souviens avoir regardé ça la première fois en me disant que c’était le film de concert le plus beau que j’avais jamais vu, et je suis devenu un énorme fan de Peter Gabriel après ça. J’ai appris que le diable était dans les détails. Dans ces deux films, il y avait une énorme attention aux détails sur tous les aspects qui m’a scotché, j’étais là : « Ouah, j’ai encore du pain sur la planche ! »

Unnatural Selection
Leeor Kaufman

Simone Simons (Epica – chant) : Une série qui m’a plus ou moins inspirée pour écrire les paroles de « Code Of Life » est Unnatural Selection. Ça parle de corrections génomiques, de faire des kits à usage personnel pour que les gens modifient génétiquement leurs animaux de compagnie chez eux, et d’essayer de créer des surhumains, comme des concepteurs de bébés. J’ai trouvé ça très intéressant à regarder, donc je le recommanderais. Ai-je peur du futur ? Je ne sais pas. Pas seulement à cause de ça, mais à cause de plein de choses. Même si je ne suis pas une personne religieuse, je crois vraiment qu’on devrait laisser la nature faire et ne pas essayer de la manipuler. Je pense qu’il n’y aura que de mauvaises choses qui résulteront de ça. Essayer d’éradiquer des espèces ou de faire des surhumains, je trouve que ça va trop loin.

Twin Peaks
David Lynch

Jarle Kvåle (Vreid – basse) : L’un des meilleurs trucs que j’aime regarder à la télé et qui est l’une des séries les plus inspirantes, c’est Twin Peaks de David Lynch. Ça a été une énorme source d’inspiration dans ma vie. Le casting, le décor, la BO, tout est parfait. Je peux écouter la BO ou regarder un épisode et immédiatement, ma créativité se met à tourner à plein régime ! Que ce soit pour les paroles ou l’esthétique liée à la musique, c’est une grande inspiration musicale. Sur le dernier album de Vreid, Lifehunger, la chanson « Hello Darkness » a été écrite dans un état de lourde intoxication par Twin Peaks [rires]. Les paroles et la musique de cette chanson sont vraiment un hommage à cette série. Même si c’est très abstrait et étrange, je trouve que c’est une représentation juste de toute la folie dans l’esprit des gens. Je parle surtout de la première saison de la série. La seconde saison s’est un peu égarée. C’était bien, mais quand tu as placé la barre aussi haut avec la première, c’est impossible de faire aussi bien. Si on la prend comme une série à part, je pense qu’elle est bien, mais pas aussi extraordinaire que la première saison. J’ai regardé cette dernière de nombreuses fois, mais je me souviens, quand nous tournions aux Etats-Unis en 2009, je crois, je me suis fait à nouveau toute la série, vingt-huit épisodes, en seulement deux jours. J’avais à peine le temps de sortir du bus et de ma banquette pour faire un concert ! Je l’a regardée tout le temps. C’est merveilleux pour perdre la notion du temps et de son environnement en entrant dans cet univers. Même quand nous étions aux Etats-Unis sur la dernière tournée, tout le groupe a abandonné le bus pour louer une voiture et se rendre à Twin Peak pendant une journée.

À jouer

Super Mario Land
Nintendo

Erinç Sakarya (Mantar – batterie) : J’ai toujours été à fond dans ce type de jeux de plate-forme d’aventures. Ils inventaient un monde merveilleux à la fois drôle et joli à regarder. Avant que la version pour Game Boy ne sorte en Allemagne en 1990, il y avait Super Mario Bros. pour consoles de salon, que j’adorais mais que je n’ai jamais possédé moi-même. J’adorais aussi la version un peu pompée pour PC, The Great Giana Sisters. Pour tous ceux qui ne connaîtraient pas le Mario à l’ancienne, il faut marcher ou courir de la gauche vers la droite en sautant, en volant, en tirant et en faisant plein d’autres trucs jusqu’à affronter le boss final, Tatanga. Ça n’a pas l’air bien spectaculaire, mais c’est fait de façon tellement sympa que ça devient très vite addictif. En tout cas, personnellement, j’étais à fond dedans – surtout dans la mesure où les seuls jeux vidéo que je connaissais avant avaient des graphiques épouvantables et étaient super difficiles à jouer. Après avoir fini Super Mario Land la première fois, je suis devenu ambitieux et j’ai voulu établir des records de partie la plus rapide, de partie la plus rapide sans mourir, du plus de points sans mourir, ce genre de choses. J’ai dû y jouer un million de fois. Je suis toujours fan, mais je n’ai pas joué depuis une éternité. Pour l’anecdote, j’ai vendu ma Game Boy quelques semaines avant de recevoir ma première batterie…

Tony Hawk Pro Skater
Activision

Julien Lanoiselée (Perseide – chant & guitare) : Tony Hawk, c’est plus qu’un jeu… C’est la famille, c’est un état d’esprit ! On y retrouve tous les plaisirs qui font le bonheur de se retrouver entre potes. Tout y est réuni : les tricks de folie, l’ambiance, la bande-son, quelle tuerie ! Avec Perseide, nous sommes des fans de la première heure, depuis la sortie du premier jeu sur la toute première Playstation ! Oui, nous sommes vieux ! Ce jeu nous a permis de découvrir des groupes de folie, de nous motiver à monter sur des boards et de nous sortir les doigts. Je peux même dire que ça a participé à la formation du groupe : je me souviens qu’on adorait se retrouver au skate park de notre bled pour imiter nos groupes favoris… C’était la belle époque. Voir ce jeu ressortir aujourd’hui sur les consoles next-gen, c’est une bouffée d’oxygène pour nous, et des tonnes de souvenirs ! Le plaisir est le même, on y retrouve tous les ingrédients qui ont fait la recette du succès de ce jeu. On a même l’impression que l’âme de cette période est en train de revenir sur le devant de la scène en ce moment, avec le retour des groupes de nu metal, la Team Nowhere… Ça nous touche beaucoup car nous sentons que nous faisons partie de ce mouvement avec Perseide : comme le premier jeu, nous avons bientôt vingt ans de groupe et nous faisons notre comeback, mais avec une nouvelle maturité ! Nous adorons cet état d’esprit et Nous aimerions faire ressentir le même plaisir que celui de jouer à Tony Hawk : le bonheur de l’esprit skate entre potes en écoutant du bon gros son !

Mass Effect
Bioware

Mathieu Ricou (Lizzard – chant & guitare) : J’ai redécouvert l’univers du jeu vidéo grâce à Mass Effect. C’était en 2010, un pote m’avait lâché sa console alors que je n’étais pas du tout intéressé par les jeux vidéo. J’ai certes grandi avec un frère qui était à fond dans FIFA et je jouais quelquefois, mais l’esprit général des jeux vidéo ne m’avait jamais vraiment scotché. Jusqu’à cette fameuse année. J’avais bien lâché l’affaire, je ne m’attendais pas à grand-chose… et j’ai pris une grosse claque. Le scénario et le concept m’ont bluffé. L’action non gratuite est toujours au service de l’histoire de chacun des personnages, ce qui, à mon sens, ajoute un effet addictif. J’avais envie de savoir ce qui pouvait se passer, autant pour les missions que les relations, les explorations de planètes et j’en passe. Plus je jouais, plus j’étais épaté par la complexité et l’inventivité des créateurs. Je me souviens finir le premier Mass Effect et lâcher à voix haute, seul devant mon écran, un « Wow » complètement ébahi ! Je n’en revenais pas. Et le pire, c’est que mon pote en question m’a filé le deuxième volet du jeu dans la foulée. Je me suis revu comme un gamin à Noël, ah ah ! Cette trilogie n’a été qu’un crescendo de curiosité ! C’est un scénario, selon moi, digne des plus grands films ou bouquins de science-fiction. J’ai même été surpris à regarder des films carrément influencés par l’ambiance, le scénario ou les personnages. Jusqu’à la musique, ce jeu tabasse ! Il m’a tout simplement convaincu que la virtualité pouvait être de l’art…

Metal: Hellsinger
Funcom

Mikael Stanne (Dark Tranquillity – chant) : En fait, je fais partie d’un jeu vidéo qui s’appelle Metal: Hellsinger qui sort bientôt, et c’est un pur jeu de death metal ! Donc je suppose que ce serait ma recommandation. Je n’aurais jamais pu rêver faire partie d’un truc plus cool que ça. C’est grosso modo un jeu vidéo de tir à la première personne, comme Doom, super violent, démoniaque… On joue à l’intérieur d’une pochette d’album de death metal et la musique qu’on écoute et sur laquelle on joue est super intense, et je chante ! C’est vraiment parfait, c’est super cool. J’ai hâte qu’il sorte. Le jeu vidéo, de façon générale, je trouve que c’est une forme d’art fantastique. La combinaison de l’interactivité, de la narration, de la musique, du visuel, de l’animation… Tout ce qui rend l’art cool et intéressant peut être fait au sein des jeux vidéo si c’est bien fait.

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  • Super idée. Je partage à 100 % l’avis de Burton C Bell sur le cultissime Blade Runner de Ridley Scott. Intouchable, donc la mauvaise idée d’une suite étant forcément casse-gueule et à ne pas faire. Il décrit très bien le film de 1982 et l’importance de la BO.
    Lecture intéressante pour « Once Upon A Time… In Hollywood » . Tarantino éprouve ce besoin curieux mais jouissif de récrire l’histoire et tuer les méchants : Les nazis dans Inglourious Basterds ou les esclavagistes dans Django Unchained. Ici , c’est Charles Manson et ses disciples qui vont morfler. Mais ce film mérite d’être vu au moins pour ces 3 raisons : l’incroyable séquence avec Bruce Lee , la sublime Margot Robbie en parfaite Sharon Tate et ce fétichisme des pieds féminins de Tarantino qui nous vaut quelques gros plans sympas.
    Une rubrique à poursuivre ! 🙂

    [Reply]

  • PanzerSam dit :

    Très très sympa cet article, une bonne surprise, même si je sais que Radio Metal a toujours été très ouvert d’esprit. Pour ma part certaines idées m’intéressent, surtout au niveau des propositions de lecture.

    J’attends la suite avec impatience! Merci!

    [Reply]

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