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Chronique   

Red Fang – Arrows


Red Fang reste facétieux malgré les temps qui courent. Le groupe originaire de Portland a décidé de démarrer son cinquième opus d’une manière qui ne « fait aucun sens » pour un album de Red Fang, selon les dires du bassiste-chanteur Aaron Beam. Red Fang veut se remémorer une époque détachée de toute écoute digitale, où le seul moyen d’apprécier la musique était de se plonger dans un album entier. Arrows a été réalisé à la fin de l’année 2019 et a vu sa sortie repoussée pour les raisons que l’on connaît. La pandémie n’a donc pas vraiment altéré la pratique de Red Fang qui a décidé de revenir à la philosophie de l’album Murder The Mountains (2011) : faire ce qu’il veut. Arrows incarne la liberté créative dont jouit le groupe aujourd’hui, désireux de ne pas répéter les recettes éculées du stoner rock.

Arrows a été enregistré aux Halfling Studios de Portland, renouant – après l’expérience Ross Robinson – avec le collaborateur de longue date Chris Funk, déjà à l’œuvre sur Murder The Mountains justement ainsi que Whales And Leeches (2013). Fait cocasse, la batterie a été enregistrée au fond d’une skate pool afin de « grossir » le son des fûts. Un procédé qui rejoint la démarche globale de Chris Funk, principal artisan des atmosphères étranges qui parcourent Arrows. L’introduction « Take It Back » joue le rôle de cette mise en condition de l’auditeur, mêlant notes de basse désarticulées, cris lointains et nappes sonores indiscernables. La saturation lointaine qui amorce « Unreal Estate » laisse vite poindre la batterie avant de nous livrer un riff plombé typique du groupe. Un stoner-sludge sale qui navigue entre les extrêmes de Crowbar par sa lourdeur et Mastodon ou Baroness pour ce son extrêmement organique et ses mélodies de chant à la limite de la justesse. Le single « Arrows » ne doit pas induire l’auditeur en erreur. Si Red Fang respecte son registre, il se permet sans cesse de lui agréger d’autres éléments, en l’occurrence ces dissonances de guitare qui viennent noircir le propos. Red Fang va jusqu’à faire intervenir des synthés modulaires et un violon, œuvre de Patti King, pour de discrets arrangements. Il accroît ainsi sa capacité à s’ouvrir mélodiquement et à ne pas devenir prisonnier d’une même boucle de guitare répétée à outrance. Arrows regorge d’idées qui ne visent qu’à obscurcir le propos plutôt direct de Red Fang. Même lorsque ce dernier s’illustre dans un rock énergique, à l’image d’un « My Disaster » aux influences punk, il le ponctue de leads aux multiples impuretés et réutilise ces dissonances qui rendent tout confort impossible.

Ce goût pour la bizarrerie, que le groupe pousse dans ses retranchements sur l’interlude bruitiste « Interop-Mod », se ressent jusque dans l’interprétation vocale d’Aaron Beam et de Bryan Giles sur « Anodyne ». Le premier scande de manière exubérante les paroles, avant d’être à deux doigts de s’égosiller et de dérailler. Un jeu qui renforce la puissance du cri du second sur un « Anodyne! » martelé à plusieurs reprises. « Fonzi Scheme » (inspiré par Arthur Fonzarelli de la série Happy Days) se veut peut-être le témoin le plus éloquent des largesses d’Arrows. Les violons côtoient le riffing lourd et suintant archétypal du stoner pour former une masse aussi floue que grandiloquente. « Why » joue quant à lui la carte de la mélancolie avec ses mélodies lancinantes et ses interrogations à répétition en guise de refrain qui explose puis se désagrège progressivement, tandis que « Dr Owl » se plaît à présenter la version de Red Fang la plus pesante possible où Bryan redouble d’efforts pour avoir l’air menaçant. Arrows a le mérite de développer tout l’arsenal de Red Fang, jusqu’à piocher dans des riffs vieux de douze ans, à l’instar de la conclusion « Funeral Coach » à la structure écervelée. Effectivement, Red Fang n’en fait qu’à sa tête.

Arrows a du stoner ce goût du riff et des sonorités brutes. Il a cependant l’ingéniosité de l’embrumer en permanence et de créer une aura de mystère continue lorsqu’on le parcourt. Red Fang nous propose ainsi deux niveaux de lecture indissociables : un frontal, où le riff émerge et nous frappe en plein visage, et l’autre plus immersif où l’on doit s’efforcer de saisir les contours volontairement confus de sa musique. Arrows n’en est que gagnant, l’auditeur aussi.

Chanson « Funeral Coach » :

Clip vidéo de la chanson « Arrows » :

Album Arrows, sortie le 4 juin 2021 via Relapse Records. Disponible à l’achat ici

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