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Interview   

Red Fang : entre méditation et destruction


Red Fang est une bande de joyeux drilles. En témoignent leurs clips vidéo qui ont largement contribué à leur réputation, à commencer par celui de « Prehistoric Dog » mais aussi celui de « Wires » et sa suite désormais avec « Arrows ». On y voit une bande de potes faire les idiots – parfois aux dépens de leur propre sécurité ! – des mecs normaux en somme. Mais qu’on ne résume pas Red Fang à ça, puisque le groupe cultive une forme d’ambiguïté, en ayant également une facette plus sombre par le biais de sa musique, comme le démontre son nouvel album Arrows.

Un album qui a vu le quatuor retrouver le producteur Chris Funk dans leur ville de Portland et a servi de nouveau terrain d’expérimentation, un peu comme l’a été il y a dix ans Murder The Mountains. Au programme, batterie enregistrée dans une piscine pour skateurs, des cordes, une intro étrange et des riffs qu’ils combinent comme on assemble mets et vins… Red Fang a sa propre conception de la musique, reposant largement sur des flux de conscience et tiraillée entre les différentes visions des musiciens. Nous discutons de tout ceci avec le chanteur-bassiste Aaron Beam.

« J’écris beaucoup de flux de conscience, or ce qui m’occupe le plus l’esprit, c’est ce qui m’arrive ou se passe dans ma tête au quotidien [petits rires]. C’est donc ce qui ressort dans les paroles. »

Radio Metal : Arrows a été réalisé en décembre 2019. La pandémie a frappé juste au moment où vous étiez sur le point de le sortir – je crois que vous parliez d’une sortie en mai. Ça signifie que ça fait un an que vous avez cet album prêt à sortir. Comment a été cette année pour vous ?

Aaron Beam (chant & basse) : En tant que groupe, nous n’avons pas vraiment eu l’occasion de répéter à cause des soucis de santé de certaines personnes de notre entourage. Nous avons répété une fois en décembre l’année dernière et ensuite, nous avons commencé à répéter au début de cette année, et nous n’avons pas fait grand-chose d’autre. Ça a donc été assez difficile, car nous ne pouvions pas non plus vraiment gagner de l’argent sans les tournées. J’ai donc fini par me prendre un gagne-pain en travaillant depuis chez moi sur ordinateur pour une production de film en stop motion. L’année a donc été assez différente de ce dont nous avons eu l’habitude au cours des dix dernières années.

C’est important pour un groupe comme Red Fang de tourner en parallèle de la sortie d’un album ?

Oui, exactement. C’est la raison pour laquelle nous avons repoussé la sortie. Personne ne savait vraiment comment les ventes d’albums allaient être affectées. Il s’avère – je ne sais pas si c’est une surprise – que les ventes d’albums se sont incroyablement bien portées en 2020, mais nous avons décidé malgré tout, parce qu’en tant que groupe, la majorité de nos revenus viennent des tournées, des ventes de T-shirts, etc., que nous voulions attendre d’être mieux assurés de pouvoir tourner avant de sortir l’album. Et il y a cette inquiétude comme quoi, si on sort un album alors qu’il faut attendre deux ans pour tourner, d’ici là les gens l’auront déjà oublié.

Ce n’était pas frustrant quand même d’attendre aussi longtemps avant de sortir toute cette musique ?

Oui. Enfin, je pense qu’au début, nous étions tellement… Tout le monde était vraiment focalisé sur la question de la survie du monde. A ce moment-là, je ne pensais pas beaucoup à mes propres difficultés en tant que musicien ou personne qui gagne sa vie en jouant de la musique. Il s’agissait plus de réfléchir à ce qu’on pouvait faire pour aider le monde à s’en sortir de façon générale. Ce n’était probablement pas avant l’automne que nous avons assimilé le fait que ceci était la nouvelle réalité et que nous n’allions pas pouvoir faire de concert dans un avenir proche. Sans même parler de tourner dans le monde entier – ce que nous avons beaucoup de chance de pouvoir faire –, rien que le fait de faire des concerts, c’est quelque chose de très important pour moi en tant qu’entité vivant sur ce ballon et ne pas pouvoir en faire, c’était au-delà de la frustration. Ça a bouleversé mon âme. Ce n’était pas bon du tout pour moi [petits rires]. Rien que cette première répétition en décembre, c’était tellement grisant, c’était comme un concert juste pour nous et c’était génial.

Tu as comparé Arrows à Murder The Mountains, pas en termes de son mais parce qu’avec Murder The Mountains, vous aviez fait tout ce que vous vouliez, et c’était aussi le cas de celui-ci. Mais n’avez-vous pas toujours fait tout ce que vous vouliez ?

Eh bien, si. Je suppose que je ne suis pas un très bon rédacteur. C’est la raison pour laquelle je me suis orienté vers la musique et non le journalisme. J’ai peut-être écrit quelques trucs, ça va, je peux écrire un texte de relations publiques, mais ce que j’essayais de faire comprendre, c’est qu’il s’agit plus d’un sentiment, en tout cas pour ma part. L’attitude que j’avais me paraissait plus détendue et dépourvue de la pression que je me serais mise pour essayer de répondre à une attente imaginaire. Evidemment, nous n’avons jamais été véritablement restreints de quelque façon que ce soit. Personne ne nous a jamais dit : « Oh, vous ne devriez probablement pas sortir cette chanson » ou « Oh, ça ne sonne pas comme je veux », ça n’est jamais arrivé. Nous avons toujours été libres de faire tout ce que nous voulions, mais ce que je voulais dire, c’est que sur les autres albums, je m’imposais des attentes, pour je ne sais quelle raison. J’imagine que c’est un des symptômes quand on sort un album que les gens aiment et qu’ils attendent d’entendre le suivant… C’est assez courant d’imaginer : « Oh, quelqu’un nous prête attention », donc maintenant tu penses par rapport à ça, au lieu de simplement penser à la chanson.

Ce qui est drôle, c’est que le décalage de la sortie de l’album à cause de la pandémie fait que maintenant, celui-ci sort pile pour les dix ans de Murder The Mountains…

Oui. Le timing est assez drôle. C’est une célébration non intentionnelle ! Et puis comment dix ans ont-ils pu déjà s’écouler depuis cet album ?! On peut voir les années ici [montre sa barbe]. Elle était complètement marron il y a dix ans ! C’est à cause de plein de choses… J’ai un fils de onze ans, on ne dort pas beaucoup quand on tourne… Ça laisse des séquelles sur la couleur de la barbe.

« La méditation, ce n’est pas une thérapie. Ce n’est pas fait pour être utilisé uniquement quand on a un problème. C’est quelque chose qu’on devrait vraiment faire tout le temps, mais je ne le fais pas, parce que je suis un poseur. »

Comment décrirais-tu le groupe à l’époque de Murder The Mountains ? Où en étiez-vous en tant que groupe ?

Purée, ça fait longtemps que je n’avais pas vraiment pensé à ça. Nous étions déjà sur une trajectoire ascendante grâce au clip de « Prehistoric Dog ». Je pense que nous étions un petit peu stressés à l’idée de ne pas pouvoir égaler la qualité de ce clip. Nous ne savions pas ce qui allait se passer dans le futur. Il a fallu une grande force de persuasion rien que pour que Relapse nous signe pour sortir Murder The Mountains. Nous n’avions aucune maison de disques quand nous avons enregistré cet album. Nous l’avons fait avec notre propre argent, simplement parce que nous avions l’habitude du mode de fonctionnement où on compose un paquet de chansons pour soi et ses potes du groupe, et ensuite on les enregistre parce qu’on n’a pas envie que soi-même on les oublie et que l’histoire les oublie. Nous n’avions jamais enregistré en ayant en tête qu’un label veut que nous fassions un album. Donc nous étions simplement là : « Ce truc est excitant, mais on ne sait pas non plus vraiment ce qui va se passer. » Nous étions contents de l’album, mais je ne pense pas que nous savions que ça allait être le truc qui… « Prehistoric Dog » nous a fait connaître et je pense que cet album a véritablement lancé notre carrière. Nous ne nous en doutions pas. Nous étions juste là : « Ça a l’air d’être un album plutôt bon. » Nous ne nous disions pas qu’il était spécial ou je ne sais quoi.

Comment vois-tu l’évolution du groupe en dix ans jusqu’à Arrows ?

Avec l’âge, nous nous sommes intéressés à différentes musiques, parce qu’on entend toujours de nouvelles choses, et généralement, ce qu’on a entendu le plus récemment est ce qui affecte le son d’un album. Donc musicalement, je ne dirais pas que nous ayons eu une quelconque évolution spirituelle ou philosophique, nous abordons tout de la même manière. Nous continuons de composer des chansons inspirées par ce que nous écoutons sur le moment, donc ça, ça change toujours. Pour ce qui est de l’approche des tournées et peut-être de la partie business, nous sommes plus détendus. Nous sommes un peu plus confiants dans le fait de prioriser un peu plus notre propre confort, car nous avons tous autour de cinquante ans maintenant. Nous n’avons tout simplement pas envie de dormir par terre cinq jours par semaine et de faire vingt-deux concerts d’affilée. De ce point de vue, c’est un peu plus lent et nous ménageons un peu plus notre corps, mais pour ce qui est de l’approche musicale du groupe, c’est exactement pareil.

Avec Arrows, non seulement vous aviez cet état d’esprit avec lequel vous aviez fait Murder The Mountains, mais la chanson « Funeral Coach » démarre sur un riff composé à peu près à l’époque du premier album. Comment se riff s’est-il retrouvé sur un album douze ans plus tard ?

[Rires] Nous avions en fait enregistré une version de la chanson « Whales And Leeches » pour Murder The Mountains, et elle contenait ce riff, mais c’était une très longue chanson, beaucoup trop longue. C’était un peu la poubelle dans laquelle nous jetions tous les riffs que nous aimions. Nous n’arrivions pas à trouver une manière de les incorporer dans une chanson, donc nous les avons tous mis à la suite à la fin de cette chanson. Mais ensuite, cet enregistrement a disparu. Les fichiers sur le disque dur étaient corrompus ou un truc du genre. Je pense que nous avons pris ça comme un signe pour laisser tomber ce riff pendant un moment. Puis nous avons réessayé avec Only Ghosts. Nous avons enregistré une autre version sur cet album. J’ai toujours adoré ce riff et j’ai toujours su qu’on pouvait le marier à autre chose qui le rendrait parfait. Tu sais, la manière dont la nourriture se marie avec le vin… C’est un nouveau concept que je viens d’inventer : parfois le vin se marie avec la nourriture. De façon similaire, parfois un riff sonne beaucoup mieux quand on le marie à autre chose qui accentue sa grandeur. Nous avons essayé de très nombreuses fois au fil des années de faire en sorte que ce riff fonctionne. J’avais un dossier avec cinquante versions différentes associées à d’autres riffs. Je suis allé dans l’ordinateur et j’ai commencé à tous les passer en revue, en me disant : « Il est comment celui-là ? Il est comment celui-là ? Il est comment celui-là ? » Puis j’ai trouvé quelque chose qui me paraissait le plus approprié et j’ai composé une chanson autour. D’une certaine façon, je me disais : « Putain, finissons-en, sortons ce truc. » Je pense que le vin qui peut-être aurait dû se marier avec s’est cassé dans la cave, il s’est bouchonné ou je ne sais quoi. Donc nous avons trouvé le deuxième meilleur vin qui irait bien avec ce morceau de poisson. Je préfère le manger et pouvoir le goûter plutôt que de continuer à m’interroger.

Après votre expérience avec le producteur Ross Robinson sur Only Ghost, vous êtes retournés auprès de Chris Funk à Portland. Ross Robinson a la réputation d’être très dur avec les groupes avec lesquels il travaille sur le plan émotionnel. Toi-même, tu avais dit que c’était physiquement et mentalement dur. Arrows pourrait-il être une réaction à cette expérience ?

C’est possible. Je ne pense pas que nous ayons creusé aussi loin notre réflexion. Je pense qu’en grande partie, c’était juste que, comme je l’ai dit plus tôt, nous vieillissons un peu, donc nous avions tous des trucs en cours à la maison et nous avons très vite décidé que voyager pour faire un album n’était pas la bonne chose à faire cette fois. Nous voulions être plus proches de chez nous. En gros, tous les producteurs avec qui nous avons envisagé de travailler, en dehors de Chris, ne vivaient pas à Portland. Chris est un mec facile à vivre. Nous savions déjà que nous étions super à l’aise quand nous travaillions avec lui et nous voulions être à Portland, et il avait aussi accès à un studio vraiment cool. J’aime ton idée, mais je ne veux pas tout de suite nous psychanalyser [petits rires].

« Nous avons tous des interprétations assez différentes des riffs qui sont apportés et nous avons des idées différentes de la direction à prendre. […] Quand la balle arrive au centre, j’ai l’impression que nous avons pris le meilleur des interprétations de chacun, mais on pourrait aussi soutenir que ça veut simplement dire que tout est un peu édulcoré et que c’est la version la plus merdique possible. »

Comment comparerais-tu Chris et Ross en tant que producteurs ?

Chris est beaucoup plus décontracté. Il a ses opinions et il les exprime. Ross est plus une sorte de gourou et il te force à faire beaucoup d’introspection, en tout cas en tant que parolier. Il s’implique beaucoup plus dans les détails. Il s’assoit avec nous, puis rentre vraiment dans les détails, pour voir par exemple où tombent les coups de charleston ou peut-être qu’il va rajouter une frappe de grosse caisse. Il va vraiment disséquer la partie de batterie. Chris le fait aussi dans une certaine mesure, mais c’est plus pendant que nous travaillons sur quelque chose, il va ajouter du clavier ou prendre certaines chansons pour les revoir sur l’ordinateur et nous les renvoyer en disant : « Qu’est-ce que vous en pensez ? » Je sais que je fais plein d’allers-retours, mais Ross est une boule d’énergie qui te pousse à explorer à l’intérieur de toi des choses qu’autrement tu n’aurais pas explorées et Chris est plus décontracté, et il t’oriente tranquillement dans des directions que tu n’aurais pas prises autrement.

A propos d’Only Ghost, tu avais déclaré que « l’approche du chant était inspirée par Ross et c’était clairement nouveau ». Penses-tu qu’Arrows en a bénéficié ? Et plus généralement, avez-vous pris quoi que ce soit de votre expérience avec Ross pour ce nouvel album ?

On ne peut pas faire autrement que de porter avec nous une partie de notre expérience à travailler avec Ross dans tout ce qui arrive ensuite, car c’est une personnalité très influente et puissante. Mais pour ce qui est des paroles et des sujets abordés, c’est resté assez constant. Je ne sais même pas si on peut appeler ça une méthode, parce que ce serait y accorder trop de crédit, mais ce que je fais, la plupart du temps, c’est que je trouve des paroles un peu à la dernière minute et généralement, j’ai une phrase ou un couplet qui est le truc autour duquel toute la chanson est construite. Souvent, je vais chanter trois fois ce couplet jusqu’à ce qu’enfin il faille enregistrer. A ce moment-là, j’ai compris ce que cette phrase ou ce couplet veut dire, car généralement, à la base, c’est juste quelque chose que j’ai gribouillé pour avoir un truc à chanter, et je ne pense même pas à ce que je suis en train d’essayer d’écrire ou à quel sujet je veux écrire. C’est juste peu importe ce qui sort. C’est plus tard que j’y réfléchis et je comprends ce que ça veut dire, et j’essaye d’écrire d’autres couplets ou un refrain qui fait lien avec la première inspiration. C’était pareil pour Only Ghosts. J’ai toujours procédé comme ça. Ce n’est peut-être la meilleure manière de faire, mais c’est un flux de conscience.

Bryan Giles a déclaré que « Chris est une influence majeure pour ce qui est des trucs ambients ». J’imagine que ça rejoint ce que tu disais plus tôt. Et il se trouve que c’est lui qui a eu l’idée d’amener les musiciens du Portland Cello Project.

Oui. Nous avions enregistré les pistes de base de cette chanson, « Fonzi Scheme ». Elle contenait un break instrumental assez long une fois toutes les parties vocales terminées et nous ne savions pas exactement quoi faire pour qu’elle soit intéressante. Elle sonnait très plate. Je ne sais pas s’il avait déjà l’idée et attendait simplement le bon moment pour en parler ou si c’est juste après l’avoir écoutée et avoir réfléchi qu’il a été inspiré… Il a suggéré l’idée avec prudence, genre : « Eh, qu’est-ce que vous diriez de mettre… des cordes ? » Nous étions là : « Euh, Je sais pas, mec. Je ne sais pas si on a envie de partir là-dedans. » Mais quand les musiciens sont arrivés, évidemment ils ont pigé et puis nous faisons confiance à Chris. Le pire qui pouvait arriver, c’était que nous dépensions deux cents dollars pour y mettre des cordes, et que nous disions qu’en fait nous ne voulions pas les garder. Finalement, nous avons écouté le résultat, et Bryan a pas mal participé à certains arrangements, certaines textures et certains choix sur ce qu’ils feraient. C’était assez sympa de le regarder faire. Quand il faisait des suggestions, ils allaient sur leurs partitions pour réécrire leurs parties. En fait, c’était très amusant d’avoir des cordes sur cet album.

On dirait que Chris était presque un genre de cinquième membre sur ces sessions…

Oui. En fait, je pense que c’est ce que devrait être n’importe quel bon producteur. C’est ce que Ross était pour Only Ghosts, incontestablement. Chris était aussi celui qui avait amené Jenny [Conlee] de The Decemberists pour mettre du clavier dans Murder The Mountains. George Martin avait apporté un paquet de choses aux albums des Beatles. Quand on est producteur et pas juste un ingénieur, ça fait partie de ce qu’on est censé faire, c’est-à-dire vraiment influencer le son de l’enregistrement et la construction de la chanson sous sa forme enregistrée.

« Heureusement, des milliers d’années d’expertise au Japon ont créé une épée conçue pour ne pas glisser des mains quand on découpe des choses. Elle tenait bien en main, mais c’était quand même effrayant. »

Ce qui est drôle aussi, c’est que tu as déclaré que « la paresse a motivé cette décision » de faire appel à des cordes. Penses-tu qu’étrangement, la paresse est une grande motivation pour la créativité ?

Oui. Ça nous est sans arrêt arrivé de repousser jusqu’à la dernière minute la finalisation de parties de chansons, parce que ça semblait trop dur, et alors, dans bien des cas, au moment où il faut s’y mettre, ça nous force à suivre notre instinct. J’ai fait ça avec d’autres enregistrements aussi. Avec l’un des groupes que j’avais et qui se chevauchait un peu avec Red Fang au début, je me souviens d’une chanson, nous avions enregistré toutes les parties, c’était complètement arrangé et enregistré. La seule chose qui manquait était le chant. Je ne savais pas du tout quoi faire et l’ingénieur, un ami à nous, était là : « Je vais faire tourner l’enregistrement et toi, contente-toi de chanter quelque chose. » J’étais là : « Je n’ai pas de paroles. Je n’ai aucune idée de mélodie. » Il était là : « Je m’en fiche. Fais-le. » Au final, il se trouve que c’était ma mélodie vocale préférée. Je connaissais la chanson, je connaissais déjà la structure d’accords, donc parfois se lâcher, ça nous libère pour laisser notre créativité aller directement sur la bande. Je ne sais pas si c’est le sens de ta question, mais c’est le sens de ma réponse.

Un aspect intéressant de l’enregistrement d’Arrows, c’est que certaines parties de batterie ont été faites au fond d’une piscine. Comment avez-vous eu l’idée de faire ça et quel effet ça a eu sur le son ?

Encore une fois, c’était l’idée de Chris Funk. Le studio dans lequel nous avons enregistré est situé dans une ancienne fabrique de bonbons qui a été détruite, puis le bâtiment a été reconstruit par le gars qui a lancé Nike Skateboarding. J’ai répondu deux ou trois fois à des questions au sujet de cette piscine et il faut encore que je recherche le nom du gars, mais c’est l’un des concepteurs et constructeurs de piscine à skateboard les plus célèbres, donc il en a mis une à l’intérieur du bâtiment. Chris avait déjà enregistré quelques groupes et travaillé dans ce studio pendant quelques années. Il avait déjà testé la piscine pour enregistrer des batteries. Ça ne marche que pour les chansons où il y a beaucoup d’écart entre les coups sur la batterie, car c’est un bol de béton avec un énorme espace, et ce que ça fait, c’est que ça ajoute énormément de résonance et ça donne un son monumental à la batterie avec de l’écho. Si on essaye de faire ça sur une chanson très rapide, ça crée un rendu chaotique. Donc nous l’avons utilisé avec parcimonie. C’est sur « Unreal Estate », la première chanson heavy, et je crois que c’est sur certaines parties de « Why », et puis peut-être quelques autres passages où les écarts de notes étaient propices à cet énorme son.

L’album démarre avec un étrange morceau d’introduction intitulé « Take It Back », avec des paroles cryptiques. A ce propos, tu as dit que tu aimais « l’idée que l’album commence d’une manière qui n’a aucune sens pour un album de Red Fang ». Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Je veux dire que c’est sombre et bruitiste, en un sens, donc c’est assez Red Fang, d’autant que vous avez un côté expérimental…

C’est vrai. En termes de contenu, nous n’avons jamais été intimidés par l’idée de mettre des sons bizarres et d’ajouter des choses que nous n’aurions jamais voulu faire ou été capables de reproduire en concert. Je pense que c’était plus une question de séquence : nous avons toujours mis une chanson rapide, bruyante qui accroche l’attention en premier, puis le premier single en second, etc. Nous avons structuré les séquences presque de la même manière à chaque fois. Un peu de la même façon qu’on a parfois envie de varier les setlists sans commencer à chaque fois avec la même chanson, je pense que nous en sommes arrivés à un point où nous avons voulu essayer quelque chose de différent. Plus nous y pensions, plus nous trouvions que les trois derniers albums commençaient tous plus ou moins de la même manière. Le fait d’avoir un démarrage qui sonne très différent préparera aussi peut-être les gens à une production que nous avons voulu simplifier. C’était une manière de doucement mettre dans la tête des gens que, en termes non seulement de composition mais aussi de qualité sonore, cet album sera un petit peu différent de nos deux derniers.

Globalement, c’est un album assez sombre. Est-ce que ça traduit un état d’esprit spécifique dans lequel étaient le groupe ou les compositeurs, ou une période difficile pour vous ?

Je ne pense pas que nous vivions une période difficile en tant que groupe. Je ne sais pas si, particulièrement, l’un de nous vivait une crise personnelle. Je pense que – en tout cas pour ma part, je ne peux pas parler pour les autres – compte tenu de l’état du monde au moment où nous étions en train d’écrire, c’est-à-dire en 2017, 2018 et une partie de 2019, il y avait beaucoup de conflits frustrants entre factions politiques. De même, mon père est scientifique, j’ai grandi et évolué dans un environnement académique où la raison et la logique sont les références ou les bases de n’importe quel débat, et voir ceci disparaître était très perturbant. Tout ce climat politique me rendait très pessimiste sur l’avenir, je me demandais comment ça allait être pour mon enfant ou comment on allait bien pouvoir un jour résoudre ces problèmes. Je sais que tout finit par se résoudre d’une façon ou d’une autre, mais à l’époque, j’étais là : « Putain, ça craint. » Donc je pense que c’est reflété dans la composition et les paroles.

« Nous nous sentirions stupides et ça aurait l’air complètement forcé si nous essayions de faire autre chose qu’une version exagérée de nous-mêmes. »

Le groupe est basé à Portland, une ville désormais connue du monde entier pour les événements de l’an dernier, avec la mort de George Floyd et les émeutes. Comment as-tu vécu ça ?

Pour être tout à fait honnête, je ne l’ai pas vécu, parce que dès le début du confinement, tout le monde pensait : « Eh bien, il se peut qu’on soit coincé chez nous pendant un mois ou deux. » Nous avons pensé que peut-être nous n’allions pas pouvoir sortir de chez nous, or à Portland, j’ai un petit appartement avec une seule chambre, alors que ma femme vit à Tacoma et elle a une maison avec quatre chambres. Donc j’ai déménagé à Tacoma en avril 2020. J’ai donc vécu ces événements de la même manière que toi, en lisant à ce sujet. J’ai parlé à des amis là-bas et d’après ce que j’entends, le centre-ville est toujours évacué et il y a des contreplaqués sur les commerces. La situation n’est pas terrible. Je pense qu’il y a de nombreux problèmes à résoudre à plein de niveaux des deux côtés pour que Portland revienne à la normale. Je croise les doigts. Je pense que ça arrivera, mais le maintien de l’ordre a besoin d’aide. Les gens qui manifestent contre la police ne le font peut-être pas de la meilleure des manières. Les gens qui se battent et manifestent contre la police agissent comme des cons. Tout le monde doit se calmer, se poser autour d’une table et parler comme des grands garçons.

Si on prend l’exemple de la chanson « Funeral Coach », ça a été inspiré par un corbillard que tu as vu et sur lequel c’était marqué : « Services de coach funéraire ». La vie quotidienne est-elle ta principale source d’inspiration ?

Oui, ma seule source d’inspiration en dehors de ça, ce sont les livres et les films ; parfois d’autres formes d’art influencent l’atmosphère de la musique ou des paroles, même si ce n’est pas si récurrent. Par exemple, pour la chanson « DOEN » j’ai écrit des paroles évoquant le film 30 Jours De Nuit. Mais généralement, c’est ce qui se passe dans ma vie personnelle ou dans mon quotidien, parce que comme je l’ai dit, j’écris beaucoup de flux de conscience, or ce qui m’occupe le plus l’esprit, c’est ce qui m’arrive ou se passe dans ma tête au quotidien [petits rires]. C’est donc ce qui ressort dans les paroles. Si j’étais le genre de personne capable de dire : « Il faut que je compose une chanson qui parle des microcrédits en Asie et à quel point c’est super », alors je le ferais, mais je ne suis pas capable d’écrie de manière intentionnelle comme ça. Je ne suis pas très doué pour établir une cible pour des paroles ou même musicalement. Je ne peux pas me dire : « Je vais composer une chanson qui sonne comme les Beatles. » Je ne peux pas le faire exprès. Il faut que ça vienne de ce que, j’imagine, les gens appellent une muse.

La chanson « Fonzi Scheme » tire son nom du gars qui dans la série Happy Days a toujours l’air cool. Est-ce le genre de gars que tu admirais quand tu étais gamin ? T’identifiais-tu à lui d’une quelconque manière ?

J’ai un âge qui fait que cette série a fait partie de mon enfance et c’est clair que quand j’avais huit ans, ce personnage me parlait, c’était celui dans la série auquel je voulais ressembler. Je ne me rappelais même pas Potsie ou Richie. Il n’y avait que Fonzie et éventuellement Chachi, c’était eux les gars qui me faisaient dire : « Bien sûr que j’ai envie d’être comme ça. » Tous mes amis à l’école primaire faisaient ce truc – je me souviens moi-même le faire… Encore aujourd’hui, quand ton ampli ne marche pas bien, le premier truc que tu fais pour le réparer, c’est que tu le fais à la Fonzie, c’est-à-dire que tu tapes très fort dessus et avec un peu de chance, il se remet à fonctionner. Je ne pense pas avoir activement aspiré à devenir exactement comme lui, mais c’était juste cette attitude : « Peu importe, t’inquiète pas, ça va bien se passer. »

Le morceau éponyme, « Arrows », est une référence à la méditation, que tu as commencé à pratiquer il y a six ans. Comment t’y es-tu mis ?

J’étais en train de me séparer de la mère de mon fils. C’était très tourmenté et pour je ne sais quelle raison, la méditation me semblait être la bonne chose à faire à l’époque. Evidemment, j’en avais entendu parler avant et les gens me l’avaient recommandé, mais c’est ainsi et c’est à ce moment-là que je m’y suis mis, pendant une période tumultueuse de ma vie. J’ai trouvé que ça m’aidait beaucoup. Il fallait que j’arrête de boire de la binouze, de manger du sucre et ce genre de chose pendant un moment, et que je puisse me concentrer et réfléchir à ce que je ressentais dans ma tête et mon corps à cette période, au lieu de succomber immédiatement à n’importe quelle tentation, ce qui a aussi été utile. J’ai tendance à ne pas tellement méditer quand je n’ai pas l’impression d’en avoir besoin, quand je me sens calme et sous contrôle, or c’est n’importe quoi comme démarche. La méditation, ce n’est pas une thérapie. Ce n’est pas fait pour être utilisé uniquement quand on a un problème ; ce n’est pas une solution pour régler les problèmes. C’est quelque chose qu’on devrait vraiment faire tout le temps, mais je ne le fais pas, parce que je suis un poseur. Concernant la chanson, j’avais du mal, je pense, avec l’état du monde et probablement aussi avec la chanson elle-même, car c’est une autre, comme « Funeral Coach », dont j’avais écrit le riff principal et ensuite, je n’ai pas arrêté de le triturer pendant deux ans d’affilée sans réussir à trouver le truc qui en ferait la chanson que je voulais qu’il soit. Ces paroles parlaient un peu d’être frustré et de finalement se résoudre à : « Fait chier, je vais boire un coup » ou peu importe, genre utiliser des substances ou s’injecter quelque chose pour essayer de régler le problème. Il s’agissait de juxtaposer ceci avec le fait de prendre la voie de la méditation, pour examiner ces sentiments et y réfléchir au lieu de simplement y réagir.

« Pour être honnête, je m’étais un petit peu inquiété que la vidéo de ‘Wires’ soit trop débile, car les paroles sont très sérieuses, [mais] c’était important pour le développement du groupe et pour moi, en tant qu’individu, de pouvoir accepter que la vie est beaucoup plus compliquée que : ‘Tu es quelqu’un de sérieux et tout doit toujours être sérieux.’ Personne n’est unidimensionnel. »

En tant que musicien, les tournées peuvent être très difficiles pour la santé mentale – on a vu pas mal de musiciens faire des burn-out ces dernières années. Penses-tu que la méditation t’a aidé de ce point de vue ?

Oui, clairement. Ça facilite la concentration sur les moments importants de la journée et ça permet de lâcher prise sur les choses qui n’ont pas d’importance, c’est-à-dire tout [rires]. C’est beaucoup plus facile d’être détaché des trucs qui peuvent être super frustrants en tournée.

Penses-tu que Red Fang et cet album pourraient être de la bonne musique pour la méditation ?

[Rires] Je pense que ce serait probablement un bon entraînement pour apprendre à ne pas être distrait pendant qu’on essaye de méditer.

A propos du titre, Arrows, John Sherman a dit que « de tous les titres qui ont été proposés, c’était celui que tout le monde détestait le moins, et c’est le cas de pratiquement tous les albums » On dirait que vous êtes tous des fortes têtes. A quel point est-ce difficile de faire en sorte que tout le monde soit en phase ?

C’est difficile, mais ça vaut la peine, je trouve. C’est aussi la raison pour laquelle une grande partie de nos chansons mettent beaucoup de temps à s’écrire, car nous avons tous des interprétations assez différentes des riffs qui sont apportés et nous avons des idées différentes de la direction à prendre. Je suis là : « Oh, ça m’inspire, j’adorerais aller dans cette direction. » Tandis que John est là : « Ça m’inspire aussi, mais je l’entends aller dans cette direction. » Quand la balle arrive au centre, j’ai l’impression que nous avons pris le meilleur des interprétations de chacun, mais on pourrait aussi soutenir que ça veut simplement dire que tout est un peu édulcoré et que c’est la version la plus merdique possible. Donc je ne sais pas ! C’est aux autres d’en juger. Rien que le nom Red Fang est venu exactement de la même manière. Nous avions une énorme liste de noms et l’un d’entre nous aimait l’un tandis que les trois autres le détestaient, ou deux d’entre nous en adoraient un autre et les deux autres le détestaient. Au final, la liste s’est réduite jusqu’à arriver sur celui-ci pour lequel nous étions là : « Ça va » [rires]. Mais je ne pense pas que nous soyons un jour arrivés à un point avec la musique où nous avons tous capitulé pour dire « ça va ». Je pense que nous comprenons tous que les titres et les noms n’ont pas tellement d’importance. Nous comprenons que les noms de presque tous nos groupes préférés sonnent cool parce que nous adorons la musique. Il n’y a pas énormément de groupes pour lesquels nous nous sommes dit : « Bordel, le nom de ce groupe est génial. J’ai envie de découvrir leur musique. » Il y en a quelques-uns, mais ce n’est pas le cas pour la plupart. Mais musicalement, nous n’hésitons pas à travailler douze ans sur une chanson. Le truc avec la musique, c’est que nous voulons tous être super contents, et pas seulement nous satisfaire d’un compromis. Nous ne voulons jamais faire de compromis avec la musique.

Red Fang s’est fait un nom non seulement grâce à sa musique et ses concerts, mais aussi grâce à ses clips humoristiques réalisés en collaboration avec des réalisateurs tels que Rob « Whitey » McConnaughy et Ansel Wallenfang. Comment fonctionnent ces collaborations ?

Avant même que Red Fang ne devienne un groupe, les trois autres gars ont harcelé pendant des années Rob pour qu’il fasse un clip, car il est évidemment très doué. Finalement, « Prehistoric Dog », j’imagine, correspondait au modèle de ce qu’il recherchait musicalement pour construire quelque chose autour. Tous ses clips se font essentiellement de la même manière : il a une idée, il nous la présente, nous disons que c’est génial, nous faisons peut-être deux ou trois petits ajustements, genre : « Je préfèrerais ne pas dire cette phrase. Est-ce qu’on peut essayer ça à la place ? » C’est à peu près tout. A partir de là, ça part complètement dans son univers. Nous lui faisons confiance et nous le laissons faire ce qu’il veut. C’est pareil avec Ansel. Ansel travaille dans une agence qui s’appelle Wieden And Kennedy. Il avait donc déjà un petit portfolio. Nous ne le connaissions pas du tout. Nous étions amis avec Whitey et nous savions qu’il avait beaucoup de talent, alors qu’Ansel nous a juste contactés avec… Je ne me souviens pas comment ils appellent ça, c’est un gros PDF avec un paquet d’images et une sorte de scénario pour un clip. Il a dit : « J’adore votre groupe et j’adore vos vidéos. J’ai cette idée. » C’est ainsi que nous avons commencé à travailler avec lui. Mais c’est similaire, ces gars gèrent tout et nous leur faisons simplement confiance et les laissons faire, et nous nous écartons de leur chemin.

« Si on est fidèle à soi-même et si on fait ce qui nous vient naturellement et nous paraît vrai, on ne peut pas échouer artistiquement, mais nous parions avec l’argent du label. Faire quelque chose qui nous paraît vrai ne signifie pas que les gens vont vouloir l’acheter [rires]. Désolé Relapse. »

Le clip du single « Arrows » est un clin d’œil direct à celui de « Wires » sur Murder The Mountains. Il y a une nouvelle fois ce thème de la destruction d’objets. A quel point ça fait du bien de détruire des trucs ?

A ton avis ? C’est génial ! [Rires] Nous avons énormément de chance d’avoir un réalisateur qui trouve des idées ultra amusantes à mettre en pratique pour nous, et ensuite il est très doué quand il s’agit de filmer ça de façon à ce que ça soit divertissant. C’est aussi amusant qu’on peut l’imaginer. Toute l’idée derrière le clip de « Wires » était : « Voyons ce que vous, bande d’idiots, feriez si vous aviez un plus gros budget pour un clip. Vous le gaspilleriez sur quelque chose de stupide et destructif, n’est-ce pas ? » Mais ensuite, une fois le concept posé, il voulait vraiment faire ressortir nos réactions émotionnelles quand nous foncions avec la voiture dans ces trucs. D’où les GoPros à l’intérieur du véhicule. Il était là : « L’idée est bien, mais d’autres gens ont fait des vidéos de ce genre. Ce qui va vraiment la démarquer, c’est vous et vos véritables émotions. » C’est une nouvelle fois ce qu’il a voulu faire avec « Arrows » : nous filmer en train de nous éclater à découper des trucs avec un katana.

N’aviez-vous pas peur de vous blesser avec ce katana ?

Si ! Le clip de « Wires » était dangereux aussi. A chaque fois, il était là : « Vous devez rouler plus vite ! Plus vite ! » Nous foncions sur des piles de téléviseurs et une machine de pinball, des trucs qui ne sont pas légers. Mais avec le katana, il n’y avait pas de manière parfaite de ne pas faire obstacle à… Par exemple, si ça échappe des mains à quelqu’un, le truc se met à voler et c’est super tranchant ! C’était sérieusement une épée capable de tuer. Donc à chaque fois, nous avons tous – le groupe, en tout cas – essayé de rester en retrait de la personne qui découpait des choses, mais parfois, nous balancions un objet en l’air et là nous ne pouvions pas être derrière. Heureusement, des milliers d’années d’expertise au Japon ont créé une épée conçue pour ne pas glisser des mains quand on découpe des choses. Elle tenait bien en main, mais c’était quand même effrayant.

Penses-tu que le succès du groupe vient en partie du fait que les gens peuvent s’identifier à ces mecs normaux qui font les idiots sur ces vidéos et ne font pas les rock stars ou mine d’être mystérieux ?

J’espère ! Je pense qu’au final, ça représente qui nous sommes. Nous nous sentirions stupides et ça aurait l’air complètement forcé si nous essayions de faire autre chose qu’une version exagérée de nous-mêmes. Au final, toute l’idée du groupe et de l’art, pour nous, c’est de pouvoir se connecter aux gens et de faire qu’ils ressentent ce que nous ressentons. Comme je disais sur la dernière question, l’idée d’avoir nos réactions c’est parce que c’est ce que serait la réaction de n’importe qui et nous avons envie que les gens puissent partager ce que nous ressentons sur le moment.

L’illustration de l’album est faite de couleurs très flashy si on compare aux artworks des albums précédents, mais si on regarde bien, ces yeux sont en fait en train de pleurer, donc ce n’est pas si joyeux que ça. Est-ce que ça symbolise l’ambiguïté du groupe ou les niveaux d’appréciations très différents, presque opposés qui vous caractérisent ? Je veux dire que vous faites les idiots sur les vidéos mais la musique peut être très sombre et triste…

C’est une très bonne question et j’apprécie beaucoup cette analyse de l’illustration. Encore une fois, à la manière des vidéos, l’illustration est vraiment l’œuvre d’Orion Landau qui travaille chez Relapse en tant que concepteur interne et fait tous les artworks de Relapse, et nous avons énormément foi en lui et nous lui faisons confiance, car il assure toujours. Nous lui avons envoyé la musique longtemps en avance. Donc il l’écoute et l’utilise comme inspiration pour son visuel. Nous en parlons aussi, mais au final, ça vient toujours de lui. Donc je ne sais pas, nous n’avons pas dit : « Voici ce qu’on pense et ce qu’on veut faire. » Mais j’apprécie vraiment cette interprétation et je pense que ce n’est probablement pas loin de la vérité, même si je parie que si tu demandes à Orion, il se peut qu’il n’ait pas consciemment cherché à faire ça. Encore une fois, souvent, comme avec les textes et une bonne partie de la composition, ce n’est qu’un flux de conscience et on ne comprend ce que ça veut dire qu’après coup. C’est moins intensionnel que ce n’est réactionnel.

« Tu vois, notre OnlyFans montrerait des photos de nous en sous-vêtements et si vous payez plus, nous remettrions nos vêtements [rires]. »

Mais absolument, je suis d’accord que le groupe a plusieurs niveaux d’appréciation. Pour être honnête, je m’étais un petit peu inquiété que la vidéo de « Wires » soit trop débile, car les paroles sont très sérieuses. J’étais aussi un petit peu plus sérieux à l’époque, à certains égards, et je pense que c’était important pour le développement du groupe et pour moi, en tant qu’individu, de pouvoir accepter que la vie est beaucoup plus compliquée que : « Tu es quelqu’un de sérieux et tout doit toujours être sérieux. » Personne n’est unidimensionnel. Nous pouvons donc incorporer ces deux aspect, genre : « Oui, il y a plein de trucs sérieux qui se passent, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas aussi avoir de l’humour ou qu’il n’y a pas de joie dans le monde, même si on vit quelque chose de sombre. » Cette sorte de dichotomie est plus en phase avec la réalité que d’avoir un clip super sombre et déprimant. Même lorsque nous créons la musique, nous ne sommes pas tous blottis atour de notre thé et nos cigarettes à porter du noir et à pleurer sur le sort du monde ; nous plaisantons, faisons les idiots, pétons, etc. On peut faire les deux !

L’album est disponible en édition limitée dans un coffret Psycho Vegas pour les adeptes de jeux de paris. Est-ce que, finalement, ça ne reflète pas l’état d’esprit de Red Fang en tant qu’artistes : ne faites-vous pas des paris parfois avec vos décisions créatives bizarres ?

Je ne veux pas nous accorder trop de crédit, mais je pense vraiment que quiconque crée de l’art en étant véritablement fidèle à sa propre vision… J’hésite à qualifier ça de pari, parce que je pense que nous ne pouvons pas échouer. Si on est fidèle à soi-même et si on fait ce qui nous vient naturellement et nous paraît vrai, on ne peut pas échouer artistiquement, mais nous parions avec l’argent du label. Faire quelque chose qui nous paraît vrai ne signifie pas que les gens vont vouloir l’acheter [rires]. Désolé Relapse. Enfin, ils ne sortiraient pas l’album s’ils n’en voulaient pas, s’ils le trouvaient nul. Le seul pari, c’est un pari financier.

Etes-vous des joueurs de casino ?

Personnellement, pas tellement, à peine. Je crois n’avoir jamais vu David [Sullivan] jouer. Par contre, Bryan joue et John joue au poker hebdomadairement avec les gars qui ont sorti ce coffret de jeu. Ils viennent de Las Vegas, ils adorent jouer, ils ont leur propre tournois hebdomadaire de poker en ligne et nous ont tous invités, et John adore ça. Enfin, j’aime bien. En tant que groupe, Bryan et John vivaient ensemble et ils hébergeaient des soirées poker et j’y allais toutes les semaines, car j’aime beaucoup le Texas hold’em, mais ils ne vivent plus ensemble, donc il n’y a plus ces soirées.

Dans le dossier de presse, tu as déclaré que votre « idée initiale était de sortir l’album sans chant ni solo de guitare ». Etait-ce une plaisanterie ou l’avez-vous vraiment envisagé ?

Non, mais un vieil ami, d’un groupe dans lequel j’ai officié dans les années 90, a essayé de réfléchir à des idées bizarres pour sortir un album, car nous essayions de mixer ce truc nous-mêmes chez nous et il était là: « Et si on sortait toutes les pistes individuelles pour que les gens puissent le mixer comme ils le veulent ? » Nous discutions de ça et plaisantions sur la monétisation de tout. « Rendons tout disponible à travers un paywall ! » Nous déconnions, mais nous pourrions bientôt le faire. Nous allons faire ce truc avec le site Only Fans où les gens payent pour te voir retirer tes vêtements. Genre des célébrités vont là-dessus et elles postent du contenu, et vous obtenez des extras si vous payez plus. Je plaisante, nous n’allons jamais faire ça. Nous sommes trop vieux pour faire ce genre de truc. Tu vois, notre OnlyFans montrerait des photos de nous en sous-vêtements et si vous payez plus, nous remettrions nos vêtements [rires].

Interview réalisée par téléphone le 24 mai 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : James Rexroad.

Site officiel de Red Fang : www.redfang.net

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